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[Éditorial] Youtubeurs versus Presse spécialisée

Akata a lancé une opération de promotion des youtubeurs manga via laquelle, pendant quatre mois, l’éditeur mettra en avant, par des bandeaux, les recommandations de quatre vidéastes amateurs.

Cette initiative a vu s’opposer (dans une mesure somme tout limitée) pros et antis “booktubers”, allant jusqu’à balancer des lieux communs faciles et dénués de fondement quand d’autres ont prêché pour leur paroisse.

Ce qui intéressant de relever de cette situation, c’est le fossé qui peut se creuser entre le public d’une “génération” pour qui YouTube est une évidence, en passe (si ce n’est déjà fait) de supplanter tout autre médium, et qui se défie de la presse “traditionnelle”.
C’est assez cocasse, désormais, de constater que, pour certains, la vénérable presse papier et la presse spécialisée sur le web sont mis dans un même panier, là où ces deux là s’opposaient il n’y a pas si longtemps.

Revenons à ce qui nous intéresse. Les “journalistes” sont, tour à tour, qualifiés de « pantins » qui « n’ont […] plus [de] liberté de pensée propre » et sont « conditionner (SIC)« . D’autres signifiant qu’« aimer un sujet c’est plus simple pour sortir du boulot derrière », sous entendant que la presse spécialisée n’a plus aucune passion et n’écrit ses papiers que pour l’argent qu’ils peuvent générer. Le retour du grand fantasme des “pros” attirés par l’appât du gain opposés aux gentils fans-vidéastes qui n’ont aucune once d’intérêt autre que leur passion.

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En face, on trouve logiquement ceux qui ne comprennent pas une telle initiative, voir sont clairement critiques sur le travail et le rendu réel des youtubeurs, les qualifiant de « kikoo », arguant que cela « ruine la réputation » d’Akata, et sous-entendant que nombreux sont ceux à être « sponsorisés » et donc pieds et poings liés.

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Akata étant dirigé par des gens qui, naturellement, vont bien souvent à contre-courant des pratiques du marché, ont un nez assez phénoménal pour flairer les nouvelles tendances et les chemins à emprunter, il est finalement assez logique de les voir s’engouffrer dans cette voie en forme de pied de nez à une presse traditionnelle dans laquelle ils ne se retrouvent pas.

Ce qui est évident c’est que YouTube devient, année après année, une plateforme médiatique totalement incontournable, prenant la place des autres médiums dans le cœur et l’intérêt de nombre d’internautes.
Les chiffres d’abonnés et de visionnages de nombreux youtubeurs manga affolent les compteurs, aiguisent les appétits, et en font un biais difficile à ignorer pour des éditeurs en quête de ce public qu’ils n’arrivent plus à capter.
Il suffit de regarder les abonnés de Menu Manga (près de 240.000, pour des vidéos dépassant souvent les 100.000 vues), de LuccassTV (près de 220.000, pour des vidéos dépassant souvent les 40.000 vues), ou de Pause Manga (plus de 150.000, pour des vidéos dépassant souvent les 90.000 vues), pour se rendre compte de leur impact.
Ils sont même devenus pour les différents salons spécialisés le nouvel eldorado des invités. Faciles d’accès et peu coûteux, ils attirent toujours plus de visiteurs qui désirent les rencontrer.

Finalement, ce que l’on pourrait retenir des différents échanges, c’est que s’opposerait, donc, une presse spécialisée vendue à des éditeurs tout puissants et des youtubeurs manga dont l’avis changerait au gré des sponsorings obtenus de-ci, de-là.

Des deux côtés, le trait est volontairement forcé et même terriblement caricatural, même si nombreux sont ceux à le penser et si, dans certains cas, ça peut-être une réalité.
Bien sur que certains blogueurs et youtubeurs n’osent pas (ou ne veulent pas) s’attirer les foudres d’éditeurs, bien sur que que certains éditeurs font pression quand la teneur de critiques ne leur convient pas et font plier certains rédacteurs, bien sur que certains vidéastes et rédacteurs sont influencés par l’obtention de “services presse” ou de “cadeaux”… Mais est-ce que cela est une généralité ? Fort heureusement non.

N’oublions pas que les journaleux tant honnis sont avant tout des passionnés qui font en sorte de partager ce qu’ils aiment, avec les obligations qui incombent à une structure légale, et que les youtubeurs se “professionnalisent” de plus en plus, se rapprochant toujours un peu plus des fameux “journalistes”.
Objectivement, ce qui est visé ici, soit les chroniques de titres, n’est pas l’essentiel du travail “journalistique” des médias spécialisés, et n’est qu’une petite part de ce qu’ils produisent. Le cœur est bien souvent les articles de fond que ne peuvent pas (pour l’instant) produire les vidéastes amateur.

Dans les faits, que l’on soit ou pas amateur de ce nouveau mode de diffusion de sa passion qu’est YouTube, il faut se rendre à l’évidence : ce n’est qu’une nouvelle forme de ce que les “pionniers” de la presse kiosque (AnimeLand) ou du web ont fait en leur temps : du travail amateur fait de bric et de broc qui se bonifie avec le temps.

Si la situation et les rapports de force restent les même, voire s’amplifient côté YouTube, il deviendra bientôt naturel de compter à égal les avis des youtubeurs importants et ceux de la presse traditionnelle, et peut-être même cette dernière de se faire supplanter. Ainsi va l’évolution des modes de consommation et d’information, le lecteur/spectateur étant logiquement celui qui a le dernier mot…




A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la "génération Club Dorothée", c'est un gros lecteur de mangas depuis plus de 20 ans et fan invétéré de Dragon Ball. Fondateur du podcast Mangacast, il est aussi l'un des créateurs de Manga Mag.

7 commentaires

  1. Le débat est en sois intéressant . Devenir Youtubeur ne coûte plus rien ou presque , comme ouvrir un blog d ‘ ailleurs . Le problème ne vient pas du  » digital  » , mais des vielles institutions qui refusent de mué , bref rien de nouveau sous le soleil me concernant .

  2. Journalistes ou youtubers peu importe on a la chance d’avoir accès a beaucoup de contenus et donc pleins d’avis différents il suffit d’écouter ou lire quelqu’un quelques fois pour vite se rendre compte de sa culture et de sa sincérité, a partir de la on le prend comme source fiable ou non. Honnêtement je lis plus de magazines et je ne me fis pas a une seule personne avant d’acheter un titre.
    Le débat est sans intérêt si on a un tant soit peu de sens critique…
    J’entends des conneries sur youtube comme j’en lis dans les magazines c’est juste mieux enrobé et plus cher dans le deuxième cas.
    Si le « public » se tourne vers les youtubers c’est uniquement pour la gratuité, ce même public, très jeune n’achète de toute façon quasiment rien.

  3. Il n’y a pas de débat, ce sont des supports différents avec des attentes et des publics différents. En tout cas il y a clairement plus d’attente pour les nouveaux médias et je pense que la presse pro a loupé le coche à ce sujet.

  4. J’avoue que tout ça me dépasse un peu mais que si ça permet à Akata d’avoir une meilleure visibilité, tant mieux !
    Pour ma part, je pense que c’est une question d’époque, où les plus anciens restent encore attachés à l’écrit qu’une vidéo où les intervenants sont bien plus jeunes que moi. Quand j’entends certains parler de tel manga alors qu’ils n’étaient pas nés, alors qu’il existe bien des gens qui ont vécu l’époque, là, ça me fait bien marrer.
    Mais je suppose que pour ces vidéos, ça doit être un public assez jeune qui doit les regarder, peut-être plus malléable à ce que va recommander tel ou tel youtuber.

    Sur les quelques noms cités par l’article, je n’en connaissais aucun, et on va dire que ce n’est absolument pas ce que je recherche dans la critique d’un titre. Du coup, en suivant les recommandations youtube, j’ai découvert LinceOtaku, qui parle de nouveautés, de coups de cœur mais sur un ton plus posé, moins foufou, et là, ça m’a plus parlé.

    Tout cela n’est qu’une question d’époque, non ? Car je reste encore très attaché à la lecture (papier/web).

  5. Mais en pratique c’est quoi la presse papier pour le manga ? Cet article ne cite qu’Animeland, mais qui ne m’a pas l’air d’être forcément la presse à feuilleter pour la découverte.

    En presse je connais le bimestriel CanalBD manga, qui est diffusé gratuitement par mon dealer de manga, mais c’est tout.

    Où est le reste ?

  6. En effet, ces chaînes Youtube citées visent un public jeune (je parle pour Menu Manga et Pause Manga, que je suis), ce qui peut se remarquer dans la forme : recherche de dynamisme, blagues potaches parfois, mais c’est aussi le format vidéo qui veut ça (qui va regarder la vidéo d’une simple lecture d’un Animeland ?). Mais d’un autre côté, si des titres comme Animeland ont une bonne culture otaku et de bonnes références, le public visé reste similaire.

    Alors au contraire de ce qui est dit, ces 2 vidéastes privilégient les longues, profondes et toujours pertinentes critiques et tentent d’englober l’ensemble du spectre manga (shôjo, shônen, seinen, anime) et s’attaquent à des oeuvres de référence, comme à de plus récentes.

    En tant que consommateur de vidéos et de « presse » (Animeland, Manga Sanctuary…) la pertinence se trouve dans les deux, voir plus du côté Youtube (je parle encore des 2 mêmes, pas de n’importe quel kikoo qui se film devant son étagère pleine de Fairy Tail), où les « auteurs » sont plus libres, plus cash et n’ont pas d’échéance à prévoir. L’avantage de la presse reste encore les interviews et le fait qu’elle puisse couvrir l’ensemble des sorties et des actualités de l’industrie manga.

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