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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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©Monkey Punch / TMS

[Éditorial] Sommes-nous tous des vendus ?

Une marotte revient régulièrement sur la scène manga, bien aidée par la simplicité de transmission du médium internet : les médias spécialisés manga sont généralement des vendus qui reçoivent des mangas et des DVD gratuitement, sont invités à des soirées ou beuveries et sont aux ordres des tout-puissants éditeurs.

S’il peut paraître inutile pour certains de parler de ce genre de sujet, au vu de l’ampleur que prennent certaines polémiques et des suspicions quasi-permanentes, il nous apparait nécessaire, au contraire, de démonter certaines idées reçues.

La plupart des médias (tout du moins ceux que les éditeurs concernés considèrent comme « majeurs ») reçoivent ce que l’on nomme les “services presse” (SP), c’est-à-dire les volumes parus ou à paraître directement des éditeurs, et gratuitement.
Si l’on peut voir ça comme des “cadeaux”, ça n’en est clairement pas, tant côté éditeur que média, ce sont des outils de travail qui permettent d’accéder à la production pour pouvoir donner son avis sur un large éventail de titres.
De la même façon que les critiques cinéma sont invités à des séances particulières, les critiques manga reçoivent les outils qui leur permettent de faire leur boulot.
Malgré ça, rares sont les médias à recevoir toute la production. Plusieurs éditeurs n’envoient que peu de “SP”, quand certains n’envoient qu’à de très rares médias ou d’autres n’en envoient tout simplement pas.

Charge au critique de faire son job et de traiter chaque volume avec impartialité et honnêteté. Payer un volume de sa poche ne garantira par l’impartialité, tout comme le SP ne garantit pas l’honnêteté. Il n’y a pas de position générale là-dessus, il y autant de positionnements que des médias.
La particularité du domaine du manga est d’être essentiellement composé de médias “amateurs” quand les structures légales sont très minoritaires.

Un média qui « compte » recevra des SP, sans doute pas tous, mais dès que les éditeurs voient qu’il marche, qu’il soit magazine, site web, blog ou youtubeur, ils font en sorte que celui-ci parle de leurs titres, en bien ou en mal. L’essentiel pour l’éditeur étant souvent qu’on parle de ses bouquins, même si certains tentent le jeu malsain du « tu parles mal de mes titres, tu sais que ça coûte cher en frais de port… », soit des menaces non-dissimulées.
Tout média en a reçu et charge à lui d’y répondre de la meilleure façon qui soit : seul compte le lecteur, et donc seule compte notre impartialité.
Un chroniqueur peut se tromper, mais il le fait en se basant sur son avis, sur son ressentit, sur son expérience, avec honnêteté.

Autre sujet de discorde : les soirées de lancement.
Depuis quelques temps, les éditeurs multiplient ce genre d’initiative pour faire des lancements de leurs titres un moment important pour les acteurs de la chaîne du manga : ayants-droit, partenaires directs, staff de l’éditeur, traducteurs, libraires et médias.

On a pas mal parlé de celles de Kurokawa pour One-Punch Man et de Ki-oon pour My Hero Academia, mais le groupe Delcourt (Soleil et Delcourt / Tonkam) en a proposé de nombreuses en 2015 dans un relatif anonymat.

Dans ces soirées aux couleurs du manga, les éditeurs célèbrent une sortie importante avec animations, buvette, mise en avant et quelques goodies.
Hormis le côté « l’éditeur te paye à boire, voire à manger », certains trouvent que les fameux goodies sont une façon d’acheter les médias. J’avoue être quelque peu dubitatif sur l’impact réel d’une clé USB, d’un shikishi ou de sachets de bonbons sur l’avis d’un chroniqueur…

Si je ne sais pas comment les médias invités sont choisis, pour quelle raison ceux-là et pas d’autres, ces soirées ne sont finalement que des temps de mise en avant de titres que l’on considère déjà comme importants.
De la même façon qu’un film comme Avengers va avoir droit à tout le tralala et toute la mise en avant possible, événement oblige, les mangas événementiels subissent le même traitement.

Côté Manga Mag, les polémiques étant si fortes que nous préférons refuser les invitations que l’on reçoit. Nul besoin d’ajouter de la polémique à la polémique, même quand tout cela est plutôt stérile.
Assurément, ce n’est pas ça qui aurait un quelconque impact sur nos critiques.
Les seules invitations que l’on accepte sont les conférences de presse, quand cela nous est possible, car on y apprend des informations que l’on peut répercuter.

Ce qui est troublant ce sont les médias ou les chroniqueurs qui affichent leurs invitations / SP / goodies reçus, comme s’ils avaient besoin de partager une certaine forme de contentement vis à vis de cette “possession”, voire de remercier l’éditeur en question.
Si l’éditeur veut envoyer des invitations, des dossiers de presse, ou des goodies, c’est lui que ça regarde, mais il n’y a pas de remerciement à en attendre ; encore moins avec un SP qui n’est, et ne restera jamais, qu’un “simple” outil de travail.

Au final, difficile de dire comment nos confrères se positionnent dans leurs critiques vis-à-vis des titres reçus par les éditeurs et des invitations aux soirées de lancement. Toujours est-il qu’il apparaît difficile pour un média ayant une certaine importance de ne pas être impartial, tant “l’emprise” des éditeurs sur notre travail est proche du zéro.
Pour nous, comme pour les éditeurs, ce qui compte c’est le résultat, l’intérêt des lecteurs et leur volonté de revenir lire notre travail. Ce n’est ni un bouquin gratuit ni une soirée petits fours qui garantira l’avenir d’un média, mais bel et bien sa capacité à partager son véritable avis.




A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

23 commentaires

  1. Tiens, j’ai l’impression de relire ce qu’il s’est passé il y a quelques temps quand la populace s’étonnait des pratiques des éditeurs de JV qui invitent certains médias importants à essayer / tester des jeux dans certaines conditions.
    J’imagine que cet édito fait peut-être écho au récent shitstorm provoqué par un bandeau promotionnel avec un flashcode redirigeant sur une célèbre plateforme de streaming ?

    Un gros +1 pour les narcissiques qui exhibent leurs « petits privilèges ».
    Comme si un garagiste prenait en photo une clé à molette ou un tube pour gonfler les pneus (je force le trait volontairement pour partager mon point de vue).
    Cela dit, chroniquer un titre qui ne plaît pas est un cadeau empoisonné, pour ne pas dire une corvée, que de souvenirs avec le manga Les triplées.

    Après il y en a qui revendent leurs SP (de mémoire ce n’est pas légal, d’autant plus que certains éditeurs ne les marquent pas comme tel), donc est-ce que certains sont « vendus », la réponse me paraît évidemment oui dans ce cas.

    • Kubo

      Pas précisément, mais cela en fait parti bien évidemment. Certains usent, voire abusent, des réseaux sociaux pour balancer leur fiel et faire croire aux gens que les médias sont tous des vendus (sauf leurs copains, of course !).
      Y’a un pauvre gars qui s’est fait enchainer sur Twitter l’autre jour pour avoir posté son « kit presse ».

      Et j’avoue que j’en ai un peu marre des mecs qui croient à leurs délires du « tous pourris » juste parce que les mecs aimeraient en être.

      Comme tu dis, un SP d’un titre qu’on déteste c’est vraiment un sale « cadeau ». Ours m’en parlait justement quand il a relu l’édito :p

      Oui il parait que certains les revendent. A ma connaissance il n’y a qu’un éditeur qui « marque » ses SP, et encore faut le chercher.

  2. La jalousie c’est mal 😀
    Sinon effectivement tous les petits fours au monde ne m’empêcheront pas de donner une mauvaise critique. Par contre, entretenir son réseau, glaner des infos (profiter de faire boire les éditeurs *.*) c’est non seulement important mais cela permet après de faire profiter ensuite des interviews, des exclus etc …
    Pour les SP il faut savoir que la plupart sont en format tout pourri avec papier pas cher et couverture en carton. C’est pas génial quand il faut faire une critique de la forme mais pour le contenu ça suffit amplement et ça évite la revente.
    Il est très rare que j’ai des SP, en avoir changerait simplement la donne pour mon porte monnaie, je ne peux pas acheter tout ce qui passe, si on veut de la diversité dans les chroniques il faut aussi des SP, on est pas crésus.
    Bref ce débat existe depuis toujours, les gens qui parlent sont ceux qui ragent le plus et ignorent finalement tout de la tenu d’un média. Ce sont les même qui hurlent contre les pubs des youtubeurs, contre les cadeau des blogueuse etc … Vous voulez toujours plus de contenu ? Il nous faut des outils de travail et on ne peut pas tout financer.

  3. Salut,

    cet article est intéressant, je me permet donc de venir donner mon avis sur le sujet. Précision, je ne connais pas votre site pour ne jamais avoir été grand consommateur de sites de critique manga ; je connais beaucoup mieux la critique JV, mais les deux semblent avoir de nombreux points communs et notamment au niveau des suspicions de collusion.

    La question pour moi n’est pas de savoir si vous êtes des vendus au sens où l’on vous soudoierait directement et ouvertement pour obtenir des critiques dithyrambiques. Ça c’est la caricature facile, bête et méchante. Non, la question est de savoir si vos relations avec les éditeurs influencent votre travail. Et la réponse, que vous le vouliez ou non, c’est oui. A divers niveaux certes, et l’indépendance totale n’existe pas, mais l’influence est certaine.
    D’abord, entretenir des contacts avec les personnes à l’origines des œuvres que vous traitez est assez logique pour un site pro comme amateur. Ça vous permet d’avoir de la matière. Le problème c’est qu’il y a une relation de subordination entre vous, et à plusieurs niveaux : l’éditeur/artiste se sert de vous parce que vous devenez partie intégrante de son plan com. Vous avez une fonction directe dans son travail, particulièrement à une époque où la presse spécialisée (et professionnelle) est vue comme le méchant de l’affaire, et les gentils amateurs comme les seuls capables d’offrir une critique expurgée de toute influence. Or c’est le contraire.

    C’est le contraire parce que, et même si la collusion peut exister chez les pros, eux ne profitent pas « personnellement » des avantages offerts. Ils sont payés par leur employeur, qui généralement reste propriétaire des œuvres traitées, et celles-ci ne sont que des outils de travail. Or la critique amateur n’est pas un travail au sens « emploi » du terme, ce qui fait ressembler cela à des avantages en nature, voire à du travail dissimulé. C’est difficile quand ce n’est pas ton métier de garder la tête suffisamment froide pour savoir à quoi s’en tenir.

    Surtout c’est le côté insidieux de l’influence qui est prégnant : le pro, du moins quand il l’est vraiment, a les outils psychiques pour s’en prémunir. C’est pas le cas de l’amateur, puisque quand on l’invite à rencontrer un grand acteur de sa passion ou à tester en avant-première un produit, il a fatalement le sentiment d’être important, influent, d’être reconnu. Partant de là, peut-il être certain que cela n’aura aucune influence ni sur son ressenti, ni sur sa production ? Bien sûr que non. J’ai vu la semaine dernière des sites amateurs français partir couvrir l’évènement Square Enix à L.A ; Qu’est-ce que ça leur a vraiment apporté, éditorialement parlant, par rapport à ceux qui ont juste repris les infos (et qui bien souvent les ont eu aussi complètes et en avance) ? Rien. C’était cool pour eux et peut-être pensent-il vraiment que ça les sert sans les desservir, mais on aura toujours une suspicion, ou une influence plausible.

    L’autre chose qui rejoint le paragraphe précédent – et là je me garderai bien de parler sur vous puisque encore une fois je ne vous connais pas assez – c’est que bien souvent, les sites amateurs gardent une âme et des agissements de fans. Cela transparait bien trop dans la façon d’écrire les articles, les news, qui soit se concentrent sur le bénéfique au détriment du reste , soit ne vont pas chercher plus loin que l’évidence, sans analyser la globalité de l’œuvre.

    Entendons-nous bien, je pense que chacun fait avec son sens moral et sa conscience pour essayer de bien faire son taf de critique. Mais je pense que nous devons tous garder dans un coin de la tête la problématique et rester vigilant sur ce qu’on nous propose, se soucier de savoir quelles en sont les implications sur notre prose. Parce que c’est une fonction qui a explosé ces dernières années (et c’est pas finie) et s’est développée un peu n’importe comment, au mépris à la fois de la législation et de la morale. Restons critiques, également sur nous mêmes*.

    *Et cet article est un bon début, même s’il est un peu trop écrit en réaction et manque donc d’autoévaluation à mon gout 😉

    Voilà, désolé pour le petit pavé.

    • Kubo

      L’édito part d’un constat global, pas d’une justification de notre part que je ne pense pas nécessaire d’avoir.

      Les chroniques réalisées sur notre site sont très majoritairement écrites par des gens n’ayant aucun rapport direct avec les éditeurs, d’aucune sorte.
      Je suis quasiment le seul à converser avec eux, et je suis celui qui réalise le moins de critiques. Et même quand je le fais, mes rapports (qui restent très éloignés) avec les pros n’ont aucune influence sur ce que j’écris. Je n’hésite pas à flinguer le titre d’un dont je suis plus « proche » si je trouve le manga pourri.

      Malgré tout, comme tout ce qui nous entoure, tout à une influence, consciente ou inconsciente, sur ce que l’on fait. Nos rapports aux autres, notre expérience, nos goûts, notre sensibilité, notre humeur du moment. Et ce que l’on soit un média pro ou un amateur, un gros ou un petit.
      Combien de médias télévisés, donc over-pros, usent, chaque jour, de leur temps d’antenne pour imposer leur façon de voir le monde, donner « du temps de cerveau disponible à Coca-Cola », mettre en avant une marque ou une idée politique ?
      Le but d’un média, à mon sens, est de donner de la matière à réflexion, de donner des clés, pas d’imposer un avis préconçu. Donner des pistes, donner des avis tels que nous les concevons en tant que passionnés qui connaissons bien le domaine.

      Il y a une différence entre inviter des mecs à jouer à un jeu dans des conditions particulières, et pour certains à l’étranger, et recevoir un bouquin pour un faire une chronique.

      Je ne sais pas si le « pro » a des outils pour se prémunir de toute influence, mais les structures légales du secteur du manga/japanime sont quasi toutes parties prenantes, financièrement parlant, dans une structure éditoriale ou en sont la propriété. Est-ce que ça en fait des « vendus » ? Est-ce que ça leur donne les moyens de se « prémunir » ?

      Et dans le domaine du manga, les pros sont tous partis de « l’amateurisme » : Animeland, Manga Sanctuary, Manga-News, Coyote Mag… Tous sont des amateurs qui ont créé leur structure légale à partir de leur travail « amateur », et qui travaillent toujours un peu de la même façon.
      Les éditeurs, pareil, combien sont partis de rien, sans même savoir sous quelle définition on imprimait professionnellement ?

      A mon sens, si un « amateur » a une ligne éditoriale claire, définie et entourée, il fait le même taff qu’un média pro. Il a même, bien souvent, des protections plus importantes car il n’a pas l’épée de Damoclès de la publicité au dessus de sa tête.

      Une publicité payée fera parti du « plan comm’ » d’un éditeur, une critique non.
      Recevoir un SP ne garantit pas la publication d’une critique, pas plus qu’elle ne garantit une publication dans un délais imparti si chronique il y a.

      Au final, c’est ce que j’essaye de signifier : tout cela n’est qu’une question d’impartialité et de considération du sujet traité. Difficile de se prononcer pour les autres, mais, chez nous, les taquets sont assez importants pour être tranquilles de ce côté là 😉

  4. Pourquoi craindre un Doritos gate ? ce média , comme Animeland ne sont pas dans le cas de haute suspicion de Gameblog

    • Kubo

      On ne craint rien de particulier. En l’occurence tout ça part de deux affaires totalement extérieures à nous. Mais, et sans connaitre les pratiques de personnes qui y ont été incriminées, je trouve que cette suscpition permanente sur internet est problématique.
      Et puis ce n’est qu’un édito, donc juste un avis émis sur un sujet du moment. :p

  5. se justifier, c’est accorder qu’on puisse avoir tort.

  6. On sent dans cet article une réponse à quelques tweets hostiles et parfois débiles.
    C’est vrai que ce sujet revient sur la table sans cesse et ça me fait rire. Evidemment, il y a des abus, évidemment il y a des gens qui ne font ça que pour le SP, mais ils sont ultra minoritaires dans notre secteur. Ça reste une niche, avec quasi aucun débouché pour faire de l’argent. Donc c’est d’abord la passion qui parle. Et forcément il y a un côté amateur. J’ai presque tendance à penser qu’un amateur est encore plus partial qu’un pro.

    Je vais passer outre la nécessité d’avoir des SP pour « travailler ». Kubo en a parlé et je partage son avis. Ce qui m’intéresse c’est plus les biais que peuvent entraîner les SP.
    J’ai tendance à croire que cela n’influence pas suffisamment le chroniqueur pour modifier la perception d’un manga. Mais, paradoxalement, je pense qu’il peut y avoir une légère influence qui se crée du fait des SP. Pour moi, ça peut jouer sur le côté « trash » des critiques négatives. Sans SP, ou relation avec les éditeurs, quand un titre est mauvais, le rédacteur pourra utiliser des termes très tranchés, très forts : « C’est de la merde », « quelle bouse ». Mais quelqu’un travaillant avec les éditeurs pensera la même chose, mais sera peut-être moins vindicatif, en s’appuyant plus sur des arguments qu’un jugement de valeur : « Ce titre a un scénario qui tient sur un post-it » ou « les personnages n’ont aucune caractérisation ». Et encore !

    Et puis surtout, il y a tellement de biais autres qui ont plus d’impact qu’un SP : les affinités avec l’auteur (dans le sens un auteur dont on a aimé une oeuvre précédente), la hype du moment, la politique éditoriale de l’éditeur (on sait que les goûts de chacun se rapproche plus de la politique éditoriale de tel éditeur), les conditions de lecture (lire dans le RER avec des mecs qui jouent de l’accordéon vous rendra de suite le manga plus mauvais^^) et la plus grosse : les goûts du rédacteur (pour embêter l’auteur, je n’arrive pas à accrocher au style d’Hisa alors que lui adore)…

    Mais je pense qu’il y a surtout beaucoup de jalousie et de fantasmes. Comme si faire des critiques étaient rentables, voir source de profits. Ceux qui ne connaissent pas comment ça se passe, ne peuvent comprendre l’investissement financier mais surtout en temps que cela demande. Et même avec tous les SP du monde, ça sera toujours déficitaire (du moins dans le manga et l’édition en général).

    Personnellement, je reçois quelques SP et je ne pense pas que ça m’influence. C’est juste un moyen de m’alimenter en contenu. Je continue à dépenser des sommes importantes par mois pour mes achats. Mais ces SP me font découvrir des titres à côté desquels je serais surement passé ou au contraire de vaincre un a-priori négatif.
    Et puis très franchement, si certains pensent que je suis un vendu, je m’en fous royalement. Ca reste une passion et je n’ai d’autres ambitions que de continuer à prendre du plaisir à le faire et à donner envie aux gens de lire du manga (ou du comic ou de la fantasy en l’occurrence).

  7. J’ai travaillé pendant plusieurs années pour un média professionnel. A un moment je recevais beaucoup de SP et rédigeais beaucoup de chroniques. Si certains éditeurs jouent le jeu en acceptant les critiques (qu’elles soient bonnes ou mauvaises), d’autres en revanche n’hésitent pas à contacter le chroniqueur et l’engueuler en cas d’avis négatif (même si l’avis en question est très argumenté).

    Autre problème aussi, c’est que de plus en plus de chroniqueurs construisent leur collection via les SP qu’ils reçoivent. Les SP ne sont alors plus un outil de travail, mais un moyen vital d’assouvir leur passion et de faire grossir leur collection. Quand on en arrive là, on peut commencer à douter de l’impartialité du chroniqueur lorsqu’il rédige une chronique.

    Kubo : « Recevoir un SP ne garantit pas la publication d’une critique, pas plus qu’elle ne garantit une publication dans un délais imparti si chronique il y a. »
    En l’occurrence, j’ai déjà observé à de nombreuses reprises que certains éditeurs (ceux qui jouent à fond sur les plans com’…) exigent parfois contre l’envoi d’un SP la publication de la chronique dans un temps imparti, souvent le jour de la sortie du manga ou peu de temps après.

    • Kubo

      Je sais que certains souhaitent imposer la publication d’une critique, mais de notre côté nous ne sommes sensibles à aucune forme de pression donc il arrive que l’on en recoive plus.

  8. Le problème que j’ai avec l’argumentaire de cet article, c’est finalement qu’il se résume à un « nous considérons que les SP n’influent pas sur nos avis donc nous ne voyons pas le problème avec cette pratique ». Seulement, je n’imagine pas quiconque annoncer recevoir des SP et que ceux-ci ont effectivement un impact sur ses chroniques… Au final, c’est au lecteur de juger, de décider s’il accepte de lire une chronique obtenue à partir d’un SP, et il ne peut le faire que s’il a toutes les cartes en main. En d’autres termes, j’estime qu’un chroniqueur qui utilise un SP a le devoir moral d’en informer son public, quand bien même il considérerait que recevoir un SP ne l’a pas influencé, et que révéler cette information ne ferait au contraire que jeter le doute sur son travail.

    Aujourd’hui, de nombreux médias – sites, blogs, vidéastes – utilisent le label « amateur » par opposition à des médias professionnels en mal de crédibilité, et en font un argument séduction auprès d’un public considérant qu’entre amateurs, il ne peut y avoir tromperie et calculs. Seulement, je considère qu’un média recevant des SP ne peut plus être perçu comme strictement amateur, et se doit d’assumer ce statut.
    Pour moi, un SP induit nécessairement un biais, plus ou moins fort selon la personne. Cela ira de la volonté de ne pas froisser l’éditeur, à une disparition progressive de la notion de coût associé à chaque manga. Il ne faut jamais oublier que le public, lui, paye tous ses manga (et qu’il ne peut pas tout acheter). Un titre peut être sympathique, amusant, mais ne pas mériter qu’un lecteur mette 7€ dans un tome. De la même façon, recevoir un titre à peine médiocre en SP pourra rendre une déception plus acceptable, là où elle représentera une perte sèche chez celui a déboursé de l’argent pour l’obtenir. Je sais que nous parlons de culture, que c’est vulgaire d’en revenir à des notions bassement pécuniaires, mais les salaires ne sont pas extensibles à l’infini.

    • Kubo

      Bien sur, je n’imagine pas quelqu’un dire « on est des vendus » même si c’est le cas.
      En l’occurence, l’idée est plutôt de signifier des choses qu’on lit partout et de ne prendre, quand il le faut, que le seul exemple sur lequel je peux me prononcer : le notre.

      Après, je connais un certain nombre de critiques manga et je n’ai pas l’impression qu’ils soient influencés par les éditeurs. Certains amateurs sans SP ont des avis beaucoup plus biaisés de certains éditeurs « chéris » que d’autres recevant des SP.

      Perso, le prix du livre n’entre pas dans mes critères. Je ne suis pas regardant sur le coût de mes ouvrages, que ce soit des mangas ou des comics book. Il y a des prix « standardisés » et je ne vois que la qualité, ou son absence, dans mes critiques.

  9. Tout d’abord ce débat existe partout, et depuis bien longtemps. On peut parler des émissions à volet culturel, à la télé (Ruquier, journal télévisé, j’en passe et des meilleurs), à la radio, dans la presse (les magazines littéraires, les rubriques de périodiques qu’ils soient quotidiens, hebdomadaires ou autres), mais j’ai l’impression que ce débat est plus violent dans les milieux non-professionnels, ou qui paraissent l’être, c’est-à-dire les fanzines, les sites web, les blogs et vlogs, etc.

    S’il y a subordination financière, on trouve normal qu’il y ait subjectivité, alors que le gratuit devrait être absolument objectif. On retrouve d’une certaine façon le problème de la corruption et du trafic d’influence pour les personnes publiques.

  10. Je lis Manga Mag régulièrement et j’écoute Mangacast depuis ses débuts et je sais que vous êtes indépendant et que vous n’hésitez pas à dire ce que vous pensez des produits ou services que vous avez entre les mains… qu’ils soient bons ou mauvais.

    Merci pour cet article qui est très pédagogique et qui explique bien le fonctionnement des choses.

  11. Je suis totalement d’accord avec ce qui a été dit dans l’article. En fait, les seuls « medias » qui peuvent être influencés par la réception de SP sont les vrais « amateurs ». Je parle des Youtubeurs et autres bloggueurs. L’enthousiasme de recevoir des mangas gratuitement prend clairement le dessus sur certains et on se rend compte qu’ils trouvent tous les mangas très bon, bons, ou plutôt bons… et force est de constater que dans la production manga actuellement, s’il y a 10% de bons titres chaque mois c’est le bout du monde (je ne pense pas que l’équipe de Manga Mag me contredira).

    Penser qu’on se sent obligés de faire de bonnes chroniques tout ça parce qu’on nous a envoyé les SP est ridicule. Les personnes qui pensent cela manquent de connaissances sur le sujet et de discernement je pense. J’ai envie de dire que c’est presque le contraire. On doit lire beaucoup de mangas et beaucoup sont une vraie purge à lire… et on a justement tendance à être agacés à la longue et plus acerbes dans nos critiques quand on voit 100 fois une histoire traitée de la même manière. Par contre, quand on lit un bon titre, c’est une vraie joie !

    • Le truc c’est que sans les SP on achète finalement que les titres qu’on aime donc j’ai parfois l’impression d’écrire que des « wahou trop bien achetez le ». Sauf pour Rainbow Days mais Ours l’a défoncé avant moi lol

      • Ours256

        J’ai le monopole du défonçage ! Sinon je suis plutôt d’accord avec toi. Dans mon cas, je les achète même plus deux fois qu’une puisque les meilleurs titres finissent dans la bibliothèque de mon école en tant que « livres étrangers ».

  12. Je ne reçois aucun chiquichi ni SP,mais je vous le dis liser Gen d’Hiroshima,en + il y aura bientôt une nouvelle édition,j’espère que MangaMag en fera une critique que dis je une émission complète,sur ceux les gens vive One Piece:)

  13. il y a une manière facile de savoir qui est vendu aux éditeurs et qui ne l’est pas. il suffit de voir combien de support presse vont relayer cette info :

    http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/04/06/panama-papers-ces-riches-francais-qui-dissimulent-leurs-avoirs_4896660_4890278.html

    • Kubo

      M’étonnerai que beaucoup de médias manga (si ce n’est aucun) ne trouve matière à écrire un article sur les déboires de Jacques Glénat dans le scandale Panama Papers :p

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