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Pika Edition

[Éditorial] Pika Édition : quelle identité éditoriale en 2017 ?

Ceci est un billet d’humeur qui ne reflète pas nécessairement la position ou l’avis de Manga Mag et de sa rédaction. Il n’engage que son rédacteur et lui seul.

Pika Édition, actuel deuxième éditeur du secteur du manga en France, semble traverser depuis quelques temps une crise identitaire qui interroge. Fondé par Alain KAHN et Pierre VALLS sur les ruines de Média Système Édition (Manga Player), Pika va rapidement se faire un nom avec l’édition de titres tels que Ah! My Goddess, Dragon Head, GTO, Love Hina, Card Captor Sakura, Air Gear, et plus récemment avec Fairy Tail, L’Attaque des Titans ou Seven Deadly Sins

Si la politique éditoriale de Pika a longtemps semblé claire et lisible, cette clarté s’est quelque peu émoussé ces derniers mois.
En effet, il est de notoriété publique que l’éditeur filiale de Hachette a une très grosse « first option » sur les titres de la maison d’édition japonaise Kodansha grâce à un accord passé de longue date entre les deux structures et qui n’a fait que se renforcer jusqu’à aujourd’hui.
C’est via ce « contrat en or » que Pika a pu s’octroyer un certain nombre de ses plus grands succès, faisant de l’éditeur parisien une sorte de Kodansha Comics France sans en avoir le nom (et la possession).

De là a rapidement découlé une logique éditoriale qui a vu Pika développer, comme bien souvent dans l’édition de manga tant au Japon qu’en France, une politique d’auteurs cohérente et facilement identifiable.
Ainsi quand il met la main sur le quatuor CLAMP avec Magic Knight Rayearth (sous le label Manga Player), Pika va se faire un devoir d’éditer un maximum d’oeuvres des mangakas qui lui sont accessibles. On retrouvera au catalogue des mangas tels que Card Captor SakuraClamp School Detectives, Chobits, Angelic LayerTrèfle, Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE, xxxHolic, entre autres, mais aussi la collection de pièces de jeu d’échec à collectionner Clamp Anthology, et cela devrait se poursuivre avec de nouvelles annonces à venir autour du studio.
De même, le succès un peu inattendu d’un GTO va lancer Pika dans une frénésie de parutions autour de Tôru FUJISAWA avec la quasi totalité de ce que l’éditeur a pu obtenir : toutes la saga GTO d’abord, avec Young GTOGT-RIno-Head Gargoyle, GTO Shonan 14 Days, GTO Paradise Lost, mais aussi TokkôKamen TeacherMomoider… et plus récemment GTO Bad Company, Dark Goddess ou Tokkô Zero. Une liste non exhaustive qui prouve l’intérêt de Pika pour FUJISAWA, et l’attachement de l’un à l’autre, et qui met en lumière la colère qu’il peut ressentir quand, par le fait du hasard ou de l’erreur manifeste, un des titres de l’artiste lui passe sous le nez.
On peut aussi citer Ken AKAMATSU avec les différentes éditions de Love Hina et de Negima! – Le maître magicien, mais aussi Negima !? Neo, UQ! Holder et des titres beaucoup plus anecdotiques tels que My Santa ou Ai non stop!
Ou bien encore Kouji SEO dont tous les titres qui intéressaient Pika sont tombés dans son escarcelle, parmi lesquels Suzuka bien sur, mais aussi A Town Where You Live et dernièrement Fûka.
On pourrait encore citer Kôsuke FUJISHIMA, il fut un temps, et bien sur Hiro MASHIMA, l’auteur best-seller de son catalogue.

Finalement, il n’y a rien d’étonnant à cela car une « politique d’auteur » est bien souvent cohérente. Au Japon, les mangakas restent le plus souvent longtemps attachés à un même éditeur, même s’ils peuvent passer d’un magazine de pré-publication à un autre, conservant un ton et un public fidèle sur le moyen voir le long terme. Certes, certains artistes quittent leur maison d’édition, même parmi les plus puissantes, mais sont bien souvent des mangakas confirmés au succès énorme qui peuvent se permettre de voir ailleurs si l’herbe est plus verte, mais qui, bien souvent, continuent sur leur lancée artistique.
Ainsi, la plupart des éditeurs français ont cette politique, on peut d’ailleurs citer, sans que la liste soit complète : Tonkam avec Masakazu KATSURA ou Mitsuru ADACHI, Glénat avec Akira TORIYAMA ou Tsutomu NIHEI, Kurokawa avec Hiromu ARAKAWA (qui a dû batailler pour ne pas se faire chiper The Heroic Legend of Arslân), Kana avec Goshô AOYAMA, Io SAKISAKA, Inio ASANO, Takeshi OBATA, Kazuo KAMIMURA, Naoki URASAWA, Keiko ICHIGUCHI, Fumiyo KÔNO et bien sur Masashi KISHIMOTO.

Cette logique est encore plus forte quand un éditeur vient mettre un auteur inconnu du lectorat sur le devant de la scène.
Et, depuis quelques temps, Pika s’est fait une petite spécialité d’aller profiter de la belle exposition dont ont pu profiter certains auteurs au travers de ses concurrents en allant chercher chez Kodansha le(s) autre(s) titre(s) des mangakas concernés.
Après avoir fait d’A Silent Voice le meilleur lancement de 2015, Ki-oon voit passer le dernier Yoshitoki OIMA, To Your Eternity, sous le giron de Pika sans que celui-ci ne soit véritablement capable de transformer l’essai commercialement.
C’est aussi Frau Faust de Koré YAMAZAKI qui arrive chez Pika après que l’auteure se soit fait connaître chez Komikku avec The Ancient Magus Bride, ainsi que To the Abandoned Sacred Beasts de MAYBE, duo s’était fait connaître avec Dusk Maiden of Amnesia et Tales of Wedding Rings chez Kana. Fait d’autant plus cocasse quand ont sait que les deux derniers titres cités sont édités au Japon chez Square Enix, et que l’autre manga de MAYBE l’est chez Kodansha… Difficile pour un éditeur français de poursuivre une « politique d’auteur » si les dés sont pipés dès qu’un titre est estampillé Kodansha.
Et même quand un auteur ne se vend pas bien en France, Pika semble s’intéresser à ses œuvres éditées chez Kodansha. Ainsi le mangaka Shûzô OSHIMI va connaître un troisième éditeur français après Akata et Dans l’intimité de Marie ainsi que Ki-oon et Les Fleurs du Mal (qu’Akata a longtemps laissé de côté craignant pour une œuvre trop difficile d’accès). Il est a noter que le titre en question, non encore annoncé, n’a fait l’objet d’aucune offre aux autres éditeurs puisque Pika s’était positionné d’emblée dessus empêchant, de fait, d’avoir différentes propositions de campagnes promotionnelles pour imposer un tel auteur.

D’autres éditeurs sont déjà aller chiper des auteurs habitués aux catalogues de concurrents, on citera pour l’exemple Kazé avec Platinum End alors que Kana travaillait de longue date sur Takeshi OBATA et sur le duo formé avec Tsugumi OHBA. Ce changement de crèmerie, de Shueisha vers une entreprise sœur, a créé un mini psychodrame qui peut légitimement se comprendre.
Même si, après coup, il est simple de parler d’un succès comme de quelque chose de naturel, en réalité rien n’est jamais acquis pour un éditeur que l’on parle d’un succès qui a traversé les années tel que Death Note ou un autre, plus inattendu, tel qu’A Silent Voice.
Quand on a fait découvrir un auteur tel que Yoshiaki SUKENO avec un titre dur à vendre comme Bimbogami Ga!, il est toujours dur de voir un manga comme Twin Star Exorcists passer à la concurrence.
Bien des auteurs ont fait le yoyo entre plusieurs éditeurs français, mais la majeure partie du temps c’était dû à une simple absence d’offre permettant à d’autres de se positionner et de remporter la timbale.

On a tout de même le sentiment que, chez Pika, on ne s’embarrasse plus trop avec la concurrence. Le titre nous plait ? Il est chez Kodansha ? Allez, « first option » et zou !
En même temps, me direz-vous, tout cela est un business et, comme souvent, on n’est pas là pour faire des politesses à ses concurrents mais pour se placer du mieux possible, mais alors difficile d’expliquer la baisse constante depuis l’an passé des parts de marché de Pika Édition. Finalement, il ne serait pas si simple de tenter de capitaliser sur les succès forgés par autrui. On pourrait dire que chaque éditeur à sa propre couleur, sa propre image qu’il renvoie au lectorat qui adhère ou rejette la proposition qui lui est faite. Difficile d’adhérer à une image qui se floute de plus en plus, en allant piocher à droite et à gauche, sans que cela ne soit nécessairement ce que la « communauté » du lectorat habituel de Pika attende de l’éditeur qu’il suit depuis un moment.
Alors quelle est l’identité éditoriale que Mehdi BENRABAH, le directeur éditorial de Pika, veut imprimer chez les lecteurs de mangas francophones ? Difficile à dire. D’un côté il nous propose une excellente collection Pika Graphic de belle facture et plutôt intelligente, de l’autre on trouve un Pika Édition sans idée, recyclant à l’infini ses classiques, ne dénichant plus rien d’original, qui essaie de se relancer avec des auteurs découverts par d’autres… Une énigme encore non résolue.




A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la "génération Club Dorothée", c'est un gros lecteur de mangas depuis plus de 20 ans et fan invétéré de Dragon Ball. Fondateur du podcast Mangacast, il est aussi l'un des créateurs de Manga Mag.

7 commentaires

  1. Merci pour cette analyse. Je me permets quelques questions, pour rebondir sur le propos.

    Le deal entre Pika et Kodansha peut-il être remis en question ? Comme vous le soulignez, si Pika ne parvient pas à transformer l’essai l’éditeur peut aussi être tenté d’écouter d’autres offres (même si ce n’est pas pour tout de suite) ou alors c’est un accord « tout-risque » ? C’est d’ailleurs intéressant de voir cette priorité qu’a Pika alors que Kazé n’a pas eu tous les titres Shueisha qui pouvaient potentiellement l’intéresser (je ne sais pas si la comparaison est pertinente).

    D’un autre côté, si Pika tire assez de bénéfices chez ces titres qui vendent alors il peut se permettre de multiplier les sorties et donc de verrouiller certains auteurs. A court terme les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous mais sur le long terme la stratégie peut payer.

    En tout cas cela justifie un peu plus la volonté d’un éditeur comme Ki-oon qui veut développer ses propres séries en direct avec le Japon.

  2. J’ai déjà « défendu » Pika sur un autre site sur l’acquisition de Frau faust, on va vraiment croire que je sus un pro-pika mais tant pis… Autant l’édito est intéressant, autant je partage pas tous les griefs ( ce qui m’empêche pas d’en avoir d’autres) vis à vis de l’éditeur
    Voilà quelques points que j’aimerais nuancer : « To Your Eternity, sous le giron de Pika sans que celui-ci ne soit véritablement capable de transformer l’essai commercialement. » honnêtement, je doute que le titre aurait mieux marcher chez kioon, To your eternity est vraiment un titre atypique, rien que sur les 3 tomes qu’on a pu découvrir, on a l’impression qu’il y a un ton différent à chaque tome, les thèmes sont lourds ( mais très bien traités) , c’est vraiment surprenant pour le lecteur quand on commence un nouveau tome de ce titre , on sait pas ce qu’on va y trouver, ça peut être déconcertant, de ce fait c’est difficile de l’imposer au grand public ( ça semble d’ailleurs être le même souci au japon, bien que présent à chaque sortie dans les top 50, la série fait des démarrages modestes si on la compare à son prédécesseur) … ( perso j’aime beaucoup)

  3. Autre point sur le manque de lisibilité de la ligne éditoriale, qui parmi les gros éditeurs fr en a encore une , Kana (peut être ?) , certainement pas glénat, certainement pas le groupe delcourt ( à l’exception de soleil dont les collections restent cohérentes) , kioon et kurokawa se dispersent de plus en plus, kazé ça reste assez flou dans l’ensemble (à part sortir les gros hits de la shueisha / shogakukan) , reste après les éditeurs comme komikku, doki doki , ototo, akata où là c’est plutôt clair, et il semble que plus l’éditeur est modeste et c’est « facile » d’avoir une ligne éditoriale bien définie ( lezard noir, kotoji , imho, isan, etc) .

  4. Au final, c’est comme vos dites dans l’article, l’éditeur capitalise sur les gros hits de la kodansha et sur ses auteurs historiques, mais n’hésite pas quand même à explorer des terrains nouveaux ( pika graphic, pika romans ) et peut aussi tenter des « coups » Muséum sorti chez pika édition et pika graphic en ait un bon exemple ou récemment les brigades immuntaires, et même parmi leurs petites séries courtes « alimentaires » il peut y avoir de bonnes surprises ( même si rarement le cas 🙁 ) comme Pact. Après c’est pas trop mon rayon, mais leur collection shôjo à l’air elle assez cohérente et qualitative , je pense que c’est bon de le souligner…
    Et là pour le coup sortir des titres qui ont quand même une identité marquée comme Frau faust, to your eternity, happiness, ou born to be on air , et dans une moindre mesure to the abandoned sacred beast ça comporte quand même sa part de risque malgré la notoriété de leurs auteurs respectifs.

  5. Après dernier point, c’est bizarre comme ça va vite, parce qu’il y a encore 1/2 ans , tout semblait rouler pour Pika.
    PS: mon principal reproche envers eux, c’est sur les très longues séries et/ou les séries qui durent dans le temps où l’éditeur met une plombe entre chaque tome : 1 an voire plus parfois pour certaines ( yozakura quartet, chihaya furu, space brothers par exemple) , alors qu’avec juste 2/tomes par an , je suis sûr qu’ ils parviendraient quand même à la limiter la casse tout en satisfaisant les lecteurs 🙁
    PS2 : votre article est assez riche et y a beaucoup à dire dessus mais on est limité en ligne à cause de wordpress sinon on peut l’envoyer d’où mon com en plusieurs parties , désolé.

  6. Pika est un editeur dont la ligne editorial ne me touche pas plus que ça, à quelques exceptions près ( Seven Deadly Sins, Born to be on air, Museum ) , mais c’est surtout un editeur qui m’ a beaucoup déçu recemment avec sa collection Graphique surtout, que je trouve vraiment très ratée par exemple.
    Aussi bien sur le plan graphique que qualitatif et pratique c’est la moins bonne edition destinée à un lectorat moins manga traditionnel que je connaisse. Je prefere encore ceux qui se copient les uns les autres si la qualité est au rendez-vous.

  7. Ca reste un des principaux acteurs du marché quand même avec des titres comme l’ attaque des titans ou Fairy Tail. J’ai l’impression qu’il leur faudra tout de même ne pas trop se perdre avec les recents changements au niveau editorial et la grande diversité de titres, sous peine de voir leur identité devenir un peu trop flou pour le grand public peut être. En tout cas ils ont les moyens de faire toujours de bons resultats je pense.

    Bon article en tout cas.

    ps : oula oui c’est peu pratique ça, obligé de couper les coms en plusieurs morceaux…

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