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Photo : Bebopnoun
Photo : Bebopnoun

Le numérique est-il l’avenir du manga ?

Chute régulière des ventes de livres, arrivée d’offres de simulpub, ancrage du scantrad, changement dans les mentalités… Autant de facteurs qui laissent à penser que la diffusion numérique est, d’une certaine manière, l’avenir de la publication de mangas.

Depuis cinq ans, le marché est en net déclin avec une baisse globale de 22% des ventes de mangas. C’est un fait établit.

La crise financière de 2007-2008 a, sans doute, touché le portefeuille des acheteurs, mais ne peut tout expliquer. Surtout avec des chiffres globaux de 15 millions d’exemplaires écoulés en 2008 et 2009, et plus de 14 millions pour les années 2010 et 2011, montrant que, même en pleine crise, les lecteurs de mangas étaient au rendez-vous.

Alors comment expliquer cette déperdition ?
D’aucun expliqueront que l’augmentation du marché des tablettes à impacté négativement les ventes de livre. Certes les ventes françaises ont explosé depuis 2010, passant de moins d’1 millions à plus de 6 en 2013 et 2014 avant d’amorcer une baisse cette année.
Si ce support à plusieurs utilisations possibles, la lecture, particulièrement de BD, en est une, et il est tentant de profiter des chapitres avancés d’œuvres par ce biais
D’autant qu’il est, objectivement, beaucoup plus simple de lire des chapitres scannés, via les nombreuses applications disponibles dans les stores mobiles, que d’accéder à l’offre légale, qui reste assez maigrichonne et plutôt mal pensée.

Les espaces de vie n’étant pas, non plus, extensibles, le stockage numérique est une solution qui s’impose de plus en plus dans les secteurs des biens culturels que sont la vidéo et le livre.
Malgré tout, le marché du manga, dans sa globalité, reste attaché à l’objet, ne laissant, pour le moment, qu’une infime place à l’offre légale.

Les mœurs changent, bien sur, et l’objet physique perd, petit à petit, son attrait au profit d’une consommation immédiate.
Le succès des offres de Canalplay et de Netflix montrent que le modèle recherché, sur le marché de la vidéo, est celui de la SVOD, il nous enseigne, ainsi, que les consommateurs ne sont, globalement, pas disposés à payer une œuvre à l’unité, mais recherchent des offres d’abonnement leur donnant un accès illimité à un catalogue donné.

Au États-Unis, Crunchyroll à déjà son offre de simulpub incluse dans l’abonnement. Pour le même prix les abonnés ont accès aux catalogues vidéo et manga, ce qui prouve, s’il en était besoin, que c’est possible, techniquement et financièrement.

Si l’avenir de l’édition semble, inéluctablement, voué à glisser progressivement vers le numérique, il semble clair que ce qui est proposé, à l’heure actuelle, ne convient pas au public et qu’il faut, aux éditeurs, revoir en profondeur leur modèle d’édition.

Proposer des volumes, à prix réduit, sur les plateformes spécialisées (iBook, Google Play, Izneo…) est tout à fait logique, même s’il pose l’éternel problème de la possession réelle des ouvrages. Mais proposer, de la même façon, les chapitres de simulpub semble une hérésie, tant ce mode de consommation est différent de l’acte d’acquisition d’un volume.
Il faut, certes, proposer les chapitres de mangas en parallèle avec le Japon, mais dans une offre globalisée qui permettrait, non pas de posséder les chapitres, mais juste de les lire.

Si Crunchyroll se décidait, enfin, à proposer ses ouvrages en français (ils sont majoritairement accessibles aux abonnés français, mais dans la langue de Shakespeare), il mettrait un coup de pied phénoménal dans la fourmilière, et provoquerait, sans doute, un effet de bord salvateur pour le marché.

A quand une offre similaire sur la plateforme ADN ?
Kazé et Kana, propriétaires du diffuseur, ont des catalogues qui pourraient, sans aucun problème, remplir cet office, et proposer une vraie plus-value à l’abonnement (qui le perd avec la récente gratuité temporaire des simulcast), en plus de se mettre à la pointe du marché quant à la diffusion de ses titres, avec, en prime, une maîtrise totale de la chaîne, de la production à la diffusion.

A terme le marché se scindera, logiquement, en deux : d’un côté l’édition traditionnelle, avec des volumes proposés en physique et en numérique, et de l’autre les lecteurs de simulpub, qui cherchent à lire les chapitres au plus proche de la publication nippone, mais n’ont pas forcément le côté « collection » qui peut caractériser celui qui achète ses volumes.
Ce qui ne signifie pas, pour autant, qu’on ne trouvera pas de lecteurs qui consommeront des deux façons, bien au contraire. Mais, tout comme le marché de la vidéo s’est scindé en deux : le numérique et la vidéo, avec des acteurs spécialisés, le marché de l’édition numérique peut avoir ses acteurs uniquement portés sur ce mode d’édition, comme c’est le cas du diffuseur nord-américain.

Trop longtemps attentistes, les éditeurs français doivent devancer les attentes du public et proposer, de façon structurée, ce qu’internet lui offre facilement. Changer clairement de bord, cesser de subir, et devenir une vraie force de proposition, cohérente et réaliste.

A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

19 commentaires

  1. Weaper

    Je pense aussi que le principal problème vient des éditeurs français qui sont presque totalement passif face à ce phénomène croissant. Et ce n’est pas les pauvres tentatives de simulpub à l’unité qui prouvent le contraire.

    Beaucoup ont de gros groupes derrières, certains sont mêmes regroupés sous la même coupes avec des éditeurs manga, BD et comics confondus qui ont tous des problématiques similaires dans le numérique. Et pourtant, malgré cela, et les pertes de marché, ils vont encore se faire couper l’herbe sous le pied par un service américain comme Crunchyroll ou encore un géant comme Amazon et leur Comixology.

    De même, il existe de nombreux moyens d’exploiter le numérique pour booster les ventes physiques qui ont bien plus de potentiels que de la pub conventionnelle. Pour l’instant ces éditeurs sont au stade « on fait des vidéo trailer sur Youtube alors on fait du numérique », se conformant à la politique du « il ne faut pas trop faire de numérique pour pas se mettre les libraires à dos ».

    Je vais m’arrêter là parce au lieu de commencer une fois de plus une dissertation sur pourquoi les éditeurs (et libraire aussi souvent) préfères se plaindre qu’agir.

  2. Personnelement ce genre d’offre m’interesserait mais je reste dubitatif sur leur capacite a redresser le marche notamment a cause de ce que je vois autour de moi sur les livres traditionnels.
    J’ai un certain nombre de connaissances qui se sont mis au romans numeriques (via liseuse ou tablette) et meme ceux qui achetaient du papier avant ne payent plus : ils tournent tous avec une enorme bibliotheque de versions rip…
    D’ailleurs j’ai lu recemment que si les ventes papier progressaient un peu cette annee, celles numeriques se contractaient…

    En gros a titre personnel je suis impatient de voir une telle offre se develloper mais je suis pas super optimiste sur sa capacite a avoir un impact puissant sur le marche. (desole pour les accents je suis sur un qwerty 🙂 )

    • Kubo

      Plus qu’un impact sur le marché dans son ensemble, je pense à une réduction de la fracture qui s’est effectuée avec les gens qui accèdent aux chapitres sur internet.
      L’arrivée d’opérateurs réalistes comme Netflix semble convenir au marché de la série TV, et attire les abonnements avec des tarifs acceptables.
      Il me semble qu’une telle offre (qui existe, d’ailleurs, déjà avec CR) permettrait de récupérer un lectorat parti sous d’autres latitudes, en proposant du simulpub de lecture par abonnement.

      • C’est juste ma nature pessimiste qui s’exprimait 🙂
        Je suppose qu’un des problemes en France risque d’etre la fragmentation des droits et du marche un peu comme avec les offres de simulcast anime ? (Argument souvent mis en avant pour justifier de n’en payer aucun 🙂 )

  3. ah la la si seulement ça pouvait bouger un peu, d’autant que ça parait tellement évident que le futur du manga passe le numérique… Je partage complètement les constats de Weaper dans son comm, sur la passivité des éditeurs, et même des politiques d’ailleurs, passivité voire freiner des 4 fers pour ensuite diaboliser les concurrents étrangers qui vont inévitablement se glisser dans la brèche.
    Déjà le marché du livre numérique n’est pas folichon alors comment ça pourrait décoller sur du long terme, entre le manque de titres, les DRM, la non-portabilité des formats propriétaires, les prix pratiqués…. donc oui se tourner vers le rip est vraiment plus simple.
    Et au lieu de se remettre en question et de s’adapter aux nouveaux usages, ce qui donnerait un nouvel élan évident car la demande est là, on criminalise les consommateurs, on punit, on se pose en victime, on réfléchit à des verrous encore plus « efficaces » et on agrippe à des usages obsolètes …
    bref c’est super déprimant…
    le numérique est devenu vraiment complémentaire du manga papier et il faudrait avoir le choix entre version papier, version numérique et version abonnement / lecture simple légalement épicétou
    je pratique autant les 3 perso, il y a les séries que je veux en papier (et dont j’aime parfois avoir une copie numérique en parallèle), celles que j’aime un peu moins donc uniquement en numérique et celles que je ne vais lire qu’une fois vite fait (mais en légal, il n’y a que IDP qui propose un abo VF assez accessible mais bon déjà c’est du boys love qui ne concerne pas grand monde, et ensuite je reste abonnée mais les licences sont loin d’être ce qui se fait de mieux dans le genre)
    Et au moins les version numériques permettraient de résoudre les problèmes de tomes manquants de séries plus anciennes ou même carrément récentes et toujours en cours mais jamais réimprimées (exemple il manque des tas de tomes parfois très récents chez Azuka/kaze de séries en cours et pas spécialement longues )

  4. Non, le manga ne doit pas devenir tout numérique ! Pour moi un livre doit resté un livre, comment pouvez-vous prendre plaisir à tourner des pages avec une tablette ? J’aime contempler ma collection de mangas, ou encore lire dans mon jardin et sentir le papier sous mes doigts. Je suis peut-être, pardonnez-moi l’expression « un vieux con », mais le numérique n’ait clairement pas la voie à suivre.

    • Kubo

      Il me semble que tu as mal lu mon édito. A aucun moment il n’est question de « tout numérique » 😉

    • Je suis comme toi. Je préfère de loin un produit papier plutôt que numérique. Je ne prend absolument pas plaisir a lire un livre sur un écran. Je préfère la sensation du papier et comme toi, admirer ma collection.
      Après es-ce que je lirais les scans légale, genre 24h après le japon ?
      J’hésite, mais je préfère une fois de plus la version papier, même pour une première lecture.

  5. Le problème n’est pas du tout lié aux éditeurs français mais bien aux éditeurs japonais plus que frileeux sur le sujet et à la manne trop pauvre dégagée par le manga en France désormais.

    • Kubo

      On parle d’un marché qui représente 30% de la BD locale, écoule plus de 12 millions d’exemplaires par an pour plus de 90 millions d’€ en valeur, je ne sais pas si on peut objectivement parler de « pauvre manne ». :p
      A propos des japonais, c’est très partiellement vrai. Les droits numériques existent déjà pour quelques titres, et Crunchyroll à démontré que certains ayants-droit japonais acceptaient la formule qui pourrait donner lieu à une ébauche d’offre.

  6. De mon point de vue de lecteur, je pourrai switcher vers le numérique à partir du moment où ce sera aussi agréable que le papier, c’est-à-dire l’encre électronique et un format propre (donc pas du pdf). Actuellement le Kindle n’est adapté qu’au texte pur, et l’offre en titre reste limitée.
    J’aime bien avoir des bouquins sur mes étagères mais je ne les relis que rarement et je n’ai pas tant de place que ça.
    Pour le modèles économique abo vs achat à l’unité je ne sais trop. J’aime posséder le contenu, donc pas de lecture online. Mais accumuler les Go n’est pas viable sur le long terme non plus…

    • Kubo

      Il semble que le futur du manga numérique passe plus par les tablettes que par les liseuses, même s’il y a des tests faits pour que celles-ci puissent accueillir proprement de la BD N&B à terme.

  7. Dans l’etat des choses, en tout cas en France, ca risque pas d’arriver de si tot. La pour l’instant le support du livre offre beaucoup plus de choses comparé au numérique: objet de collection, sensation du papier, matérialité de la chose donc plus de facilité a dépenser de l’argent pour « posséder » le manga, etc

    Alors que de l’autre coté t’a le scantrad qui est une sorte de concurrent direct et qui lui est gratuit bien qu' »illégal ». Une grande partie des gens préféreront toujours l’option de télécharger gratuitement ce qui fait que le modele est pas rentable. Le rythme de parution des scans est souvent plus rapide que celui des simulpub lié a des obligations légale et ca fait les souffrir. Je ne connais pas les chiffres qu’ont fait les simulpub SnK et Boruto ici, mais j’aimerai bien les voir et j’ai le sentiment que ca étayerai mes propos. On peux également lire les chapitres sur tablettes, pc etc sans aucune restriction lié a une application.

    Alors a mon avis pour que ca se produise faudrait: Soit que le Japon lui meme fasse du numérique sa priorité du jour au lendemain ou que les éditeurs se mettent a faire une véritable chasse au sorciere des scans de leurs mangas licenciés pour pouvoir exploiter le numérique a fond.

    Aussi je ne crois pas a un « netflix » du manga. Le concept est bon et je serai le premier client pour mais y’aura jamais personne pour le porté. Il faudrait un gros catalogue avec les oeuvres de plusieurs éditeurs et ca serait un lourde tache a faire.
    L’offre manga de crunchyroll est a part parce que l’abonnement te donne acces a un tout: aux anime en premier lieu, puis aux drama puis aux manga. C’est plus un bonus qu’autre chose et je doute que la majorité des anglophones s’abonnent pour les mangas.
    Le pire serait que chaque éditeur propose une offre différente obligeant une nouvelle fois aux lecteurs de multiplié les abonnements.

    En gros le numérique le sur plan économique c’est peut etre séduisant mais ca reste potentiellement un tres gros casse gueule

    • Kubo

      Les chiffres du simulpub sont assez bas, en effet. On ne parle pas en millier d’exemplaires. Mais des éditeurs, non présents sur ce marché pour l’heure, en espèrent plus en 2016.

      Dans tous les cas, vu les lois françaises, il sera dur d’envisager une distribution très différente d’aujourd’hui, au chapitre. L’idéal serait d’avoir un magazine numérique de pré-publication, mais qui ne pourrait contenir que les titres d’un même éditeur japonais.

  8. Personnellement je lis un peu en numérique, surtout les comics VO, dont les single issues ne sont pas forcément évidentes à se procurer en France, et où le format original (des fascicules d’une trentaine de pages agrafés et imprimés sur un papier moyen) ne me plaît pas des masses.

    A part ça, je n’achète que les BD, mangas, comics qui bénéficient des énormes réductions que le numérique permet parfois. Et à chaque fois je râle contre les éditeurs français qui proposent à chaque fois des DRM. Ca me fait chier de ne pas pouvoir prêter une BD que j’ai apprécié, et de ne pas avoir la garantie que je posséderais cette BD toute ma vie (si un jour Comixology ferme par exemple…).

    Concernant le simulpub, c’est vrai que l’achat au chapitre est un peu chiant, dans le sens où il y a un chapitre par semaine et qu’on a vite envie de lire plusieurs séries, donc la facture peut vite être salée. C’est comme pour les séries où les offres d’abonnements de Crunchyroll, Netflix ou ADN semblent mieux marcher que l’achat à l’unité. Ce serait donc bien que de telles offres se développent en VF. Mais comme dit par les éditeurs VF dans les mangacast, il faut acheter les droits digitaux et réussir à se synchroniser avec les équipes japonaises qui ne mettent pas forcément la priorité sur leurs partenaires étrangers… Mais si ils veulent développer l’offre numérique, il faut passer par ces offres d’abonnements et de simulpub, ou proposer les volumes reliés digitaux sans DRM (ou proposer que des mangas qui sont en rupture de stock). Sinon, l’intérêt de l’offre digital restera nul.

  9. Le plus gros problème est le prix du livre/manga, c’est ce qui a amené les gens à lire sur internet, à travers des tablettes, des liseuses et ou autrement… et ainsi ce qui a amené la baisse de vente des mangas…

    • Kubo

      Le prix est très probablement un facteur de la baisse constatée, mais l’augmentation des tarifs depuis 20 ans n’est pas énorme.
      En 94, un shônen comme Video Girl Aï valait 30 FF (6,18€ d’aujourd’hui en euros constants), en 2015, en moyenne, un shônen vaut 6,79€. Il y a une augmentation, mais contenue (sur ce format, +0,60€).
      Après il y a eu l’explosion des formats « seinen » qui valent bien plus cher (8-9€), et surtout de la quantité de parutions.

      Accessibilité aux chapitres + augmentation + offre pléthorique, ça provoque un cocktail détonant ! :p

      Bon, et puis tout cela est contrebalancé par la meilleure forme du marché en 2015, qui, après des années de baisse, prend +20% par rapport à l’an passé.

  10. Ce serait une chose HORRIBLE ! Parler de virtuel pour les produits culturel, c’est un crime, pour moi. Que les gens restent avec le manga papier.

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