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Traduction de manga - Les professionnels ont la parole

[Dossier] Traduction de manga : les professionnels ont la parole

La sortie d’un nouveau manga est une opportunité que certains saisissent assez souvent pour remettre un vieux dossier sur le devant de la scène : les traducteurs professionnels ne sont pas à la hauteur des séries qu’ils traduisent.

En tout cas, c’est ce que le grand public semble penser comme on peut le voir avec les critiques virulentes qui ont pu s’abattre sur Kurokawa lors de la sortie de FullMetal Alchemist par exemple, les lecteurs reprochant un vocabulaire différent de celui présent dans les scans

Manga Mag a été à la rencontre de nombreux traducteurs afin de recueillir leurs expériences et leur point de vue sur la question. Ce dossier est donc la synthèse de la vision qu’ils ont de leur travail.

Présentation des participants

Tous se sont prêtés au petit jeu de la présentation et ont écrit un petit texte. Manga Mag a seulement rajouté une bibliographie sélective des œuvres traduites ou de leurs titres préférées sous forme d’images !

Patrick HONNORÉ : Je m’appelle Patrick HONNORÉ. Je suis traducteur depuis une douzaine d’années. Je traduis de la littérature japonaise, de la littérature jeunesse, et des mangas.
J’ai appris le japonais au Japon, dans une université à Tokyo où j’ai vécu pendant 14 ans mais je ne suis devenu traducteur que depuis mon retour en France. Je n’ai pas d’autre travail ni d’autres revenus, donc je traduis à plein temps et je n’ai pas beaucoup de vacances.

Mon manga préféré en tant que lecteur : Bono-bono, de Mikio IGARASHI, qui n’est pas encore traduit en français. C’est le premier manga que j’ai lu de ma vie, avant même d’aller au Japon.

Je ne parlais pas un mot de japonais et déjà, j’éclatais de rire avec Bono-bono. C’est un peu ce qui m’a donné le courage de me lancer, qui m’a fait dire que si les Japonais avait un sens de l’humour aussi génial, je pourrais être heureux là-bas, ce qui s’est avéré exact.

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Thibaud DESBIEF : Je m’appelle Thibaud DESBIEF, je pense faire partie de la première vague de traducteurs de mangas en français. J’essaye d’exercer cette activité à plein temps depuis 1996.

Au départ, je suis un lecteur de BD, passé par les comics, et arrivé aux mangas à la fin des années 80, après avoir découvert que tous les dessins animés japonais diffusés à la télévision qui me fascinaient prenaient leur source dans des ouvrages en papier.

J’ai acheté mon premier manga en japonais (Touch de Mitsuru ADACHI) en 1988 dans une librairie spécialisée à Marseille qui s’appelait “Gégé Le chinois”. Cela a été mon premier contact avec la langue japonaise, qui a débouché sur l’achat d’une coûteuse méthode ASSIMIL.
Quelques années plus tard, après un cursus en comptabilité et gestion, j’ai intégré l’INALCO, en section japonaise.

J’ai commencé à travailler sur des mangas en 1996, en binôme avec Misato RAILLARD, au moment de la création du label Kana des éditions Dargaud.
En 1997, je suis parti pour la première fois au Japon, et j’y suis resté jusqu’en 2011. Actuellement, je suis dans une parenthèse française qui devrait prendre fin en 2016 avec un retour à Tokyo programmé.

Je suis toujours très admiratif de ceux qui sont capables de nommer leur manga préféré… Fondamentalement, j’adore les mangas, pas une journée ne passe sans que j’en lise ou que j’en prenne un en main. Ils font partie intégrante de ma vie quotidienne depuis presque trente ans, et certains sortent du lot parce qu’ils sont associés à des moments clés de mon évolution.

Il y en a au moins un par décennie : Akira de Katsuhiro OTOMO pour les années 80, Dragon Ball de Akira TORIYAMA et Asatte Dance de Naoki YAMAMOTO pour les années 90, Cigatera de Minoru FURUYA et Beelzebub de Ryûhei TAMURA dans les années 2000. Pour les années 2010, il est encore trop tôt pour se prononcer…

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Arnaud DELAGE : Je m’appelle Arnaud DELAGE. J’ai commencé ma « carrière » par le sous-titrage d’animés au début des années 2000, et depuis je continue cette activité en parallèle avec la traduction de mangas.

Comme beaucoup, je suis un enfant de la génération Goldorak et mon premier contact avec le japonais remonte au jour où, rivé devant mon poste de télé, j’ai découvert d’étranges signes sur la carte de France en regardant mon épisode hebdomadaire de Rémi sans famille.

L’amour des animés ne m’a plus jamais quitté, et tout naturellement, j’ai fini par m’intéresser aux mangas à l’époque du lycée. Je me souviens que je les achetais à prix d’or à Tonkam et Junku, deux librairies emblématiques de ma jeunesse.

Après une année de droit à la fac, j’ai décidé de m’inscrire à l’INALCO et d’apprendre le japonais sérieusement. La chance a ensuite voulu qu’on me propose du travail en rapport avec mon amour des animés et des mangas.

Je n’ai pas de mangas préférés, mais plutôt des auteurs préférés. J’aime tout particulièrement Tsukasa HOJO, Mitsuru ADACHI, Eiichiro ODA, BOICHI, Yuko OSADA, Naoki URASAWA, Kazuo KAMIMURA et j’en oublie bien d’autres…

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Anaïs KOECHLIN : Je m’appelle Anaïs KOECHLIN. Je suis traductrice depuis presque 7 ans dans le domaine de l’édition manga. Je traduis aussi des jeux vidéo et des choses plus techniques. Pour les jeux vidéo, je ne peux pas donner beaucoup plus de précisions, pour des raisons contractuelles de confidentialité.

À la base, j’ai une formation de linguiste. J’ai une maîtrise de linguistique et de philologie. J’ai appris le japonais avec un membre de ma famille qui était japonais, et, plus tard, j’ai passé une licence de japonais à l’INALCO avant de partir vivre à Tokyo.

Avant de commencer à traduire des mangas, j’étais prof de français auprès de publics analphabètes ou en situation d’illettrisme. Je ne prévoyais pas de me découvrir une passion pour la traduction. Au début, c’était un petit boulot à côté. Ce sont mes proches qui se sont aperçus, avant moi, que c’était une évidence.
J’étais passionnée de mangas et de littérature japonaise depuis de nombreuses années et les langues et la linguistique ont toujours fait partie de ma vie. Avec du recul, je m’étonne de ne pas m’en être aperçue plus tôt…

Avec mon mari, j’ai fondé le B•L•A•C•K Studio. Nous sommes un regroupement de prestataires indépendants, lettreurs et traducteurs, et nous essayons de mettre nos expériences en commun pour nous entraider et faire un travail de qualité.

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Claire OLIVIER : Je m’appelle Claire OLIVIER. Traductrice depuis un peu plus de trois ans, je suis une nouvelle venue dans le milieu.

Je fais partie de la génération « Club Dorothée » et c’est par l’intermédiaire des animes et des mangas que j’ai découvert le Japon et que je me suis pris de passion pour ce pays, sa culture et sa langue.

Alors que j’étais en licence de biologie, j’ai tout laissé tomber pour m’inscrire à l’INALCO et faire des études de japonais. Au cours de mon cursus, j’ai eu la chance de bénéficier de la bourse d’études du gouvernement japonais (MEXT) pour étudier pendant 18 mois à l’Université des études étrangères de Tokyo (Tokyo Gaikokugo Daigaku).

J’ai obtenu un master d’Études japonaises en juin 2011 et j’ai d’abord travaillé comme enseignante de japonais à domicile. Puis, parallèlement à cette activité, je me suis lancée dans la traduction littéraire avec un premier one-shot (Egoistic Blue, chez Kaze) en juillet 2012.

Dans le même temps, je me suis enregistrée comme auto-entrepreneur pour pouvoir faire de la traduction technique (principalement dans le domaine de la mode et du tourisme, en anglais et japonais). J’exerce désormais mon activité de traductrice à temps plein.

Quel est mon manga préféré ? Je ne suis pas capable d’en sélectionner un seul… Mais je peux en citer au moins trois qui m’ont particulièrement marquée : Berserk, GTO ou encore Nana (dans des genres qui n’ont rien à voir entre eux !).

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Miyako SLOCOMBE : Je m’appelle Miyako SLOCOMBE, je suis traductrice (de mangas et de romans surtout, mais je fais aussi du sous-titrage de films et du surtitrage pour le théâtre) et parallèlement, je travaille comme interprète.

J’ai commencé la traduction tout à fait par hasard, suite à une proposition de Stéphane DUVAL, des éditions du Lézard Noir, à l’époque où il a fondé sa maison d’édition. J’étais étudiante dans une école de beaux-arts et ne me destinais pas du tout à la traduction, mais il a pensé à moi car j’étais bilingue. En effet, ma mère est japonaise et mon père, français, parle le japonais. De plus, mes parents m’ont fait suivre des cours de japonais à Paris quand j’étais petite.

J’étais également une fervente lectrice de mangas, et la ligne éditoriale que Stéphane comptait développer m’était familière. L’exercice m’a tout de suite énormément plu et j’ai décidé de m’inscrire à l’INALCO pour perfectionner mon niveau en japonais et acquérir des connaissances variées et approfondies sur le Japon et la culture japonaise.

Au cours de ces études, j’ai bénéficié d’une bourse du gouvernement japonais pour étudier un an à l’université de Waseda, à Tokyo, puis à mon retour, une fois mon master validé, j’ai travaillé quelque temps à la Maison de la culture du Japon à Paris en tant qu’assistante à la programmation cinéma tout en continuant mes traductions en parallèle, et depuis trois ans je suis traductrice-interprète freelance à 100%.

Difficile de choisir un seul manga parmi tous ceux qui ont pu me marquer à diverses périodes de ma vie, mais pour n’en citer qu’un : Poe no ichizoku (littéralement : La Famille Poe) de Moto HAGIO, inédit en français, un shôjo des années 1970 racontant une histoire de vampires qui se déroule sur plusieurs siècles.

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Misato KAKIZAKI-RAILLARD : Je suis Misato KAKIZAKI-RAILLARD. Je suis principalement traductrice de manga et je fais également du sous-titrage du japonais vers le français. Je traduis aussi de la littérature enfantine. Par ailleurs, j’ai écrit des ouvrages sur Japon et sur le manga. En 2015, deux ouvrages sont parus : Le Japonais du manga aux éditions AssimilKana co-écrit avec Shima KADOKURA, et L’Art de la beauté zen aux éditions Hachette, co-écrit avec Isabelle BRUNO.

Je suis franco-japonaise. Mes parents sont Japonais mais je suis née en France et j’ai fait des études dans les deux langues et j’ai vécu dans les deux pays. Je lisais déjà beaucoup de manga en étant enfant. Donc c’est tout naturellement que je me suis orientée vers la traduction. Je suis traductrice depuis presque 20 ans. J’ai commencé en binôme avec Thibaud DESBIEF.

Chaque manga a son charme, un style, une résonance après la lecture différente. Mais les séries qui m’ont marqué dans mon enfance sont Doraemon de FUJIKO. F. FUJIO, Docteur Slump d’Akira TORIYAMA, Cipher de Marita MINAKO et Garasu no kamen de Miuchi SUZUE mais il y en plein d’autres…

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Fabien NABHAN : Salut, je m’appelle Fabien NABHAN. Je travaille dans la traduction, principalement de mangas, depuis plus de cinq ans maintenant, mais je traduis également des romans et toutes sortes de choses plus techniques (en vrac : des logiciels informatiques, des scénarios, des notices explicatives pour des hôpitaux au Japon, des trailers de jeux, etc…).

Je suis arrivé dans la traduction un peu par hasard, alors que je travaillais depuis plus de huit ans comme journaliste pour la presse jeux vidéo, où j’étais spécialisé dans l’actu japonaise. À force de faire l’interprète pour divers créateurs de jeux japonais (activité que je poursuis toujours aujourd’hui), j’ai fini par me faire connaître dans le milieu du manga et j’ai commencé à travailler pour Tonkam.

J’ai évidemment été bercé par toute l’animation japonaise qu’on pouvait nous offrir sur le PAF [ou Paysage Audiovisuel Français] durant les années 80, puis par la première vague de manga, même si je me fournissais surtout en manga en VO chez Tonkam et Junku dès le début des années 90. C’est pile à cette période que je commence à apprendre la langue en autodidacte, mais j’ai quand même souhaité valider mes connaissances en entrant à l’INALCO en 2000. J’ai vécu aussi au Japon pendant assez longtemps.

Mon manga préféré… c’est très dur de répondre à une question pareille mais je vais oser en citer un qui m’a vraiment marqué : Monster de Naoki URASAWA.

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Yuko K. : Je m’appelle Yuko K. C’est mon nom de traductrice. Je suis 100 % Japonaise, née au Japon, chez un monsieur japonais avec sa femme japonaise. J’ai donc grandi avec les autres Japonais, et j’ai aussi terminé mes études au Japon.

En arrivant en France, ce n’est pas mon ancien métier de professeur des écoles qui m’a aidé mais plutôt la rencontre avec Dominique VERET qui m’a offert du travail en tant que traductrice de manga. C’était pour la présentation rapide, mais si vous voulez une version longue… je peux le faire aussi !

Mon premier manga était Candy Candy. J’ai été passionnée pendant quelque temps par Doraemon, et plus tard, je suis devenue fan de Mitsuru ADACHI, avec Miyuki et Touch, entre autres…

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Ryoko SEKIGUCHI : Je m’appelle Ryoko SEKIGUCHI. Je suis traductrice depuis une quinzaine d’années, et auteur littéraire depuis vingt-cinq ans, avec une petite dizaine de livres publiés dans les deux langues. J’écris en japonais et en français, et je traduis la littérature et les mangas du français en japonais, et du japonais en français, en collaboration avec d’autres traducteurs, comme Patrick HONNORÉ ou Wladimir LABAERE.

J’ai appris le français à la faculté de lettres à l’université de Waseda puis de Tokyo, et puis je me suis installée en France depuis 1997.

Mon manga préféré ; c’est difficile… en général, je peux facilement en aimer beaucoup, ce qui peut être un atout quand on est traductrice de manga. Mais si on me demande de choisir trois auteurs qui ont marqué ma jeunesse, je dirai : Fumiko TAKANO (Le livre jaune), Kyôko OKAZAKI (Rock, Tokyo Girls Bravo, Pink, Helter Skelter, Nonamour, River’s edge) et Naito YAMADA (Beautiful World, À l’ouest de Tokyo, Corduroy). Eh oui, je suis une enfant des années 80, quand ces femmes mangaka nous ont ouvert une autre vision…

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Akiko INDEI et Pierre FERNANDE : On est un duo de traducteurs (Akiko, langue maternelle japonais – Pierre, langue maternelle français). On s’est rencontrés durant nos études à l’INALCO, à un âge qui nous a laissé le temps d’avoir une vie avant de tomber dans la marmite de la traduction.

Nos mangas préférés : Ashita no Joe pour Akiko et Jabberwocky pour Pierre.

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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

6 commentaires

  1. Miyako Slocombe est une femme de goût en plus d’être une des meilleures traductrices actuelles. Parmi les invités, j’en connaissais quelques-uns, mais pas tous pour la qualité de leurs prestations, loin s’en faut…

  2. Dossier vraiment très intéressant, bravo à l’auteur et aux participants.

  3. A trop vouloir adapter, on se retrouve avec du fluide partout (One Piece)

  4. Bonjour,

    Article très interessant. On devrait mieux connaître ces personnes de l’ombre.
    En avide lecteur je me suis trop habitué aux traduction en scan qui reprend allegremenbt les onomatopée et autres spécificités de la langue japonaise.

    Le cas contraire me laisserait une trop grande impression non naturelle.
    Un peu comme si on me demandait de lire une BD traduite en japonais qui utiliserait Spirou-kun, Fantasio-san et Secotine-Chan… Pas possible 🙂

  5. Traduisez-vous les manga pas connu ?

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