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[Dossier] Shigeru MIZUKI, le maître des yôkai

Hospitalisé à partir du début du mois de novembre 2015, Shigeru MIZUKI, papa de Kitaro et de nombreux autres yôkai (ces fameux monstres typiquement japonais comme vous avez pu en voir dans des titres aussi différents que Le Pacte des yôkaiNura – Le Seigneur des yôkai ou encore Rosario + Vampire) s’est éteint la semaine dernière, laissant derrière lui un héritage qui force le respect.

Qui était Shigeru MIZUKI ?

Yoshikazu TSUNO / AFP
Yoshikazu TSUNO / AFP

Shigeru MIZUKI est né Shigeru MURA en 1922 dans le Japon d’avant-guerre, juste avant une période de grand chamboulement historique. Son service commencera juste après l’attaque de Pearl Harbor en 1942 alors qu’il a tout juste 20 ans. Evidemment, ça a son importance puisqu’une grande partie de son œuvre sera influencée par sa période militaire (Opération Mort, Vie de Mizuki).

Jeune soldat, il a découvert les horreurs de la guerre, la violence des conflits mais aussi les misères de sa condition. En effet, il se rendra compte que ceux qui combattent pour l’Empereur ne reçoivent pas les égards qu’on leur promet. Ridiculisés, trainés dans la boue, privés de nourriture… Il aura matière à raconter sur les différents mauvais traitement infligés aux acteurs de la guerre, souvent par les officiers eux-mêmes.

C’est aussi pendant cette période qu’un bombardement américain lui fera perdre l’usage de son bras dominant, le gauche. Alors qu’il rentre gravement blessé, il ne se laissera pas abattre et tentera de reprendre une vie normale en réapprenant à vivre sans son bras gauche, une expérience qui passera notamment par le dessin. Cette activité lui servira de boost pour retrouver rapidement la motricité nécessaire à la vie quotidienne.

Crédit Photo : The Japan News
Crédit Photo : The Japan News

Ayant toujours eu un certain talent artistique (il était très bon en peinture à l’école primaire), MIZUKI va très rapidement se prendre au jeu et se met à apprécier de plus en plus le dessin. Dans une interview en 2013 pour The Japan News, il déclarait qu’il « n’était pas le genre d’homme à faire quoi que ce soit qui ne lui déplaise ». Difficile de l’imaginer dessiner pendant plus de 60 ans s’il ne faisait ça que pour gagner de quoi vivre.

Au début, les choses ne seront pas faciles et je suis certains que les plus fans d’entre vous se souviendront de l’histoire de cette banane presque pourrie achetée dans un moment de désespoir et partagée avec sa femme Nunoe. Le succès n’était donc pas immédiatement au rendez-vous et il lui aura fallu passer par une période particulièrement instable financièrement avant de devenir l’auteur que l’on connaît tous (pour info, il avait plus de 40 ans lorsqu’il a créé Kitaro).

Le succès de son personnage est tel que la “route Shigeru MIZUKI”, située dans sa ville natale de Sakaiminato (dans la préfecture de Tottori) accueille près d’une centaine de statues à l’effigie des yôkai qu’il a créés. Elle se termine devant le Musée dédié à l’oeuvre du mangaka qui se trouve tout près de son mémorial, de quoi occuper les touristes qui souhaiteraient s’aventurer dans cette partie du Japon.

Crédit Photo : HuffPost Japan
Crédit Photo : HuffPost Japan

Parmi ses disciples les plus connus, on compte Yoshiharu TSUGE, auteur de L’Homme sans talent (paru chez Ego comme X en 2004) mais aussi Ryôichi IKEGAMI qu’on ne présente plus tant ses œuvres sont célèbres : Crying Freeman, Heat, Sanctuary mais aussi Lord en collaboration avec Buronson. Ce dernier a même été le premier à adapter les aventures du célèbres Spiderman en manga !

Tout aussi important, sa devise dans la vie : « Soyez feignant ! ». Après toutes les difficultés qu’il a eu à surmonter, il n’avait plus qu’une seule envie, celle de faire les choses à son rythme et c’est d’ailleurs cette philosophie de vie qui lui a permis de bien vieillir. Pour la petite histoire, on la retrouve dans les paroles du générique de GeGeGe no Kitaro : « GeGeGe no Ge, les yôkai n’ont besoin de rien faire, ni d’aller à l’école, ni de passer des contrôles ! ».

Crédit Photo : Mizuki Production
Crédit Photo : Mizuki Production

Pendant sa carrière, l’auteur ne s’est jamais cantonné à un genre particulier. Il est passé du shônen fantastique avec GeGeGe no Kitaro au gekiga autobiographique avec Vie de Mizuki. Il a cultivé son style unique tout au long de sa carrière et n’a jamais caché son amour pour le surnaturel. Chacune de ses œuvres possède un élément qui fait le lien entre la réalité et un monde qui serait invisible mais bien présent. Il joue en permanence avec les frontières du réel et n’hésite pas à les rendre les plus floues possibles.

Difficile de ne pas mentionner que Shigeru MIZUKI est l’un des rares auteurs japonais à avoir été primé en France. En effet, il a reçu le prix du meilleur album à Angoulême en 2007 (tout premier album japonais à être primé), avant d’obtenir le prix du Patrimoine en 2009. Si vous vouliez une preuve supplémentaire de l’universalité de son oeuvre, elle est toute trouvée !

Voilà donc une semaine qu’il nous a quitté et il est très difficile de ne pas regretter ce talentueux mangaka. Il aura continué à travailler pratiquement jusqu’à la fin de vie puisque sa dernière oeuvre s’est achevée en mai dernier, faisant de lui un exemple de ténacité et de passion. Le monde de la BD a bel et bien perdu un de ses membres les plus éminents le 30 novembre 2015.

Crédit Photo : Mizuki Production
Crédit Photo : Mizuki Production

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A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

3 commentaires

  1. Robot-M

    J’aime tellement cet article :>

    L’anecdote de Kanaco me parle tellement aussi.

    Bravo !

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