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[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

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Affiche du festival Manga-sur-Loire, dessinée par Salomé Fillon (16 ans)
Affiche du festival Manga-sur-Loire, dessinée par Salomé Fillon (16 ans)

Manga-sur-Loire 2016 – Un exemple d’action locale

Manga-sur-Loire, c’est un peu comme le gâteau chocolat/courgette… Il fait plaisir à tout le monde ! Les gens exigeants sont contents d’avoir des légumes et les gourmands apprécient l’aspect dessert. Manga-sur-Loire, un festival manga qui sait mêler habilement le ludique débridé des conventions manga et ce petit truc intelligent qui fait que le manga est une fenêtre vers la culture. C’est parti pour une visite du salon et une analyse de son fonctionnement.

Le samedi 13 février 2016 : la météo annonce des vents violents sur la région Centre-Val de Loire.
Voilà qui ne va pas jouer en faveur du petit festival de Montlouis qui souffre déjà de se dérouler entre deux mastodontes : Paris Manga (les 6 et 7 février) et Japan Tours (les 20 et 21 février).

A 10h, le hall soigneusement décoré permet l’accès aux quatre salles. On y croise une foule de personnes qui se dirigent sans hésitation vers l’espace « Dojo-Ninja ». En effet, cette journée est aussi l’occasion pour le club d’Arts martiaux local d’organiser le challenge interdépartemental de karaté.

Nous explorons ensuite la salle « Soleil levant ».
C’est la plus petite, mais on peut y passer du temps : entre le stand des Geek Faëries et le rétrogaming proposé par Brutal Kawaï (grâce à qui on peut, entre autre, (re)faire des parties de Street Fighter II sur Super Nintendo ou d’Aladin sur Mégadrive).

Le gros espace de jeux vidéo, tenu par  par Player Up, Imagin’ con’, Ouest Games et Entre le joystick et la bulle, est un peu plus loin dans la salle « Kotori ». Là, outre les bornes d’arcades qui permettent la tenue de tournois, on trouve un stand avec des jeux et des mangas d’occasions (parmi lesquels des raretés comme des livres d’éditeurs disparus).

L'espace jeux vidéo de Manga-sur-Loire L'espace jeux vidéo de Manga-sur-Loire

En repassant par le hall, on voit le stand de Radio Active, un média local qui est venu dans sa table de mixage pour enregistrer sur place. Enfin, on se dirige vers la grande salle « Kitsuné » où nous attendent une grande partie de la trentaine de stands du festival et surtout la scène. On slalome entre quelques freehugers pour arriver près d’un collectif de dessinateurs tourangeaux : le Bureau 21.

C’est coloré et vivant.
Beaucoup d’entre eux parlent (voire dessinent) des héros de manga qui ont marqué leur imaginaire, même si cela ne se voit pas dans leur trait. Sur les bords de la salle, des stands de fanzines et de jeunes créateurs parmi lesquels on remarque les petits objets délicats de Nami Création. C’est une japonaise installée à Tours qui propose ses livres, mais aussi des recettes de cuisines en petits rouleaux décorés. Ça sent le fait-main soigné !

Radio Active à Manga-sur-Loire Le stand de Nami Créations à Manga-sur-Loire

C’est le matin, les allées sont loin d’être désertes, même si le pic de fréquentation sera plutôt dans l’après-midi. Un petit tour aux toilettes des filles envahis par les cosplayeuses finit de nous convaincre qu’on est sur un festival manga qui respecte les règles du genre.

On profite des animations sur scène d’Antony GOMES (le jeu What is my cosplay? et un blind test) en mangeant un curry à la japonaise par le restaurant San Ga.

Des décorations réalisées pour l'occasion à Manga-sur-Loire La décoration du hall de Manga-sur-Loire

Voilà, le décor est posé.
Il est temps d’examiner les spécificités de Manga-sur-Loire, car si nous avons choisi d’y consacrer un article, c’est bien parce que ce festival propose un projet différent des conventions de grande envergures comme Japan Expo ou Paris Manga. Il ne s’agit pas de condamner le modèle de ces deux mastodontes, mais bien de faire l’apologie d’une pluralité des offres événementielles.

 Le hall est propice aux photos de cosplayeurs Une cosplayeuse pose pour un photographe à Manga-sur-Loire

La genèse de cet événement est déjà remarquable puisqu’il est né, il y a 8 ans, de la volonté de jeunes montlouisiens qui ont été soutenus par le service jeunesse de leur ville. Aujourd’hui, c’est environ 2000 visiteurs qui viennent de tout le département (et parfois d’au-delà). Les organisateurs font tout pour instaurer une dynamique auprès des jeunes et développer les partenariats avec des structures de proximité. Le manga se met, ici, au service de la culture locale.

Pour cela, la librairie spécialisée Azu Manga est un atout majeur. Elle participe depuis 5 ans au festival. Cependant, les libraires sont loin de se réduire à un rôle de vendeur de bouquins. C’est grâce à eux qu’il est possible de faire venir des auteurs en dédicace. Cette année, Camille MOULIN-DUPRÉ est venu dédicacer son livre Le Voleur d’estampes, édité chez Glénat.

Romain OLLIVIER (gérant des deux boutiques, celles de Tours et d’Angers) nous parle aussi de leurs autres actions, notamment l’organisation depuis trois ans du prix Mangalu. Une trentaine de collèges de la région font voter les élèves pour leurs titres favoris dans une sélection soigneusement élaborée par les libraires, mais aussi des bibliothécaires et des professeurs-documentalistes de l’Éducation Nationale.

Même si Azu Manga participe à d’autres festivals comme Japan Tours, Romain nous confie que leurs relations sont totalement différente : « Il y a tout un affect qui est là-dedans. Si, personnellement, je tiens particulièrement à faire Manga-sur-Loire, c’est que la librairie de Tours est née ici, de ma rencontre avec ma gérante actuelle, qui est aujourd’hui responsable du magasin. Elle était venue m’aider sur le stand et, juste après le salon, on a eu l’idée d’ouvrir la boutique à Tours. »

La conférence d'Isabelle Jeudy sur le cosplay L'entrée (gratuite) de Manga-sur-Loire

Delphine BROISIN, du service animation de la vie locale de la ville de Montlouis, est fière de l’événement car c’est un festival utile, mais pas au sens de rentable financièrement (l’entrée est gratuite).

Elle explique : “Notre festival fait venir à la fois des gens hyper passionnés et pointus dans le domaine (ils passent leur journée ici et attendent le rendez-vous tous les ans), mais aussi les promeneurs qui viennent voir ce qui se passe. J’ai, parfois, des retours de parents qui me disent que ça fait deux ou trois ans qu’ils viennent et que cette année, leur fils a voulu faire le concours cosplay ou que leur fille dessine… Ça crée des vocations parce que c’est une jolie fête où il y a un vrai respect. Qu’on soit cosplay ou pas, qu’on soit connaisseur ou pas… Tout le monde est là et tous se côtoient dans une belle ambiance”.

D’ailleurs, il est regrettable que les aides des années passées aient été retirées. La municipalité montlouisienne, consciente des enjeux culturels qui se cachent derrière le manga, a entièrement pris en charge le festival.

Manga-sur-Loire s’adresse aux fans, qui y trouvent un espace d’expression de leur passion, mais aussi à un public plus large : le promeneur, le parent, voire le grand-parent et l’enfant désœuvré. La médiathèque Stéphane Hessel n’a pas de scrupule à inciter les petits à s’intéresser aux mangas au travers de contes japonais.

De même, le concours de cosplay était précédé d’une conférence d’Isabelle JEUDY sur ce sujet. Un moment intelligent qui rassure les parents et encourage ceux qui hésitaient à se lancer. Manga-sur-Loire ne fait pas seulement vivre le manga, il permet de faire changer les regards de la population de sa région. Ce type d’événement, loin des grandes conventions à plus de 100 000 visiteurs, est utile pour que le manga ne rime pas qu’avec « marché », mais aussi avec le mot « culture ».

Merci à Delphine BROISIN de la mairie de Montlouis et Romain OLLIVIER d’Azu Manga d’avoir bien voulu répondre à mes questions.



A propos de Apsara

Apsara
Mon travail m'incite à me tourner vers les mangas destinés aux plus jeunes, mais mon plaisir ne veut pas être en reste. Alors je lis aussi des trucs avec du sexe, de la violence et des gros mots.

7 commentaires

  1. Comment ne pas pensé au 3615 Usul sur les conventions ….

    • Apsara

      Du coup, ton commentaire m’a fait découvrir cette vidéo qui est super drôle. Effectivement, je partage son analyse finale sur la fête populaire et sur André Malraux. C’est pour ça que je trouve qu’il faut valoriser les événements à taille humaine : Le travail de réappropriation de la culture passe par là.

  2. Mais la Culture dois être défendu

    • Apsara

      Et on ne peut pas la défendre uniquement dans festival à but commerciaux. Ce qui fait que le manga n’est pas qu’un marché en France, mais aussi une culture, c’est les initiatives amateurs (sites internet, youtubers, fanzines, cosplayeurs…).

  3. Je ne met pas sur le même plan le Joueur du Grenier et un quelconque youtubeur plagieur . Le manga est aussi un commerce au Japon , nous avons les même a coté , mais une culture  » académique  » différente du fait de notre géographie et de notre histoire

    • Apsara

      Quand j’utilise le mot « culture », j’entends « ce qui crée du lien ». Une culture commune est ce qui donne un sentiment d’appartenance. Or, les otak’ ont (en général) ce sentiment. On parle de communauté, on a des blagues compréhensibles que par les initiés, etc… Donc, même si on ne peut pas mettre sur un plan qualitatif tous les vidéastes sur le même plan, sur le plan de participation à une culture commune, si ! Même un amateur médiocre participe à cette culture. Et personnellement, je ne regarde pas ce qui se passe au Japon, ce qui me parait important, c’est effectivement notre réception en France (avec notre géographie et notre histoire, comme tu le dis).

  4. Il n ‘ y a , n ‘ auras pas d ‘ otaku en France , le système scolaire français est bien trop laxiste pour cela , voir la société en général . Parlé de geek , d ‘ amateur de la culture pop japonaise oui , d ‘ otaku non

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