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Dossier Boichi

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Naruto – Partie 2 : Descente dans l’enfer des ninjas

Alors que Masashi KISHIMOTO démarrait son manga avec brio, on se rendait compte que la fin de la première partie de Naruto amorçait un véritable changement de rythme dans la narration. Même si aucune séparation nominale n’a été effectuée dans le manga, l’animé a choisi de marquer le coup en devenant Naruto Shippuden (« Les Chroniques de l’Ouragan ») et une fois la lecture de cette deuxième partie terminée, on comprend un peu mieux pourquoi.

spoilers

Quand l’Akatsuki fait sa loi…

Fini le Naruto bon enfant, positif et où tout semble simple. Alors que les héros ont grandi, le monde a changé. Si les 27 premiers volumes étaient une bonne occasion pour le mangaka de mettre en place son univers, il va utiliser le suivant pour le détruire complètement.
Alors que l’alternance entre récit et narration était clairement bien maîtrisé, on retombe dans quelque chose de très caricatural avec un nombre de combats que tous les lecteurs n’apprécieront pas. Il y a toujours quelques pauses mais elles se font très rares, l’auteur préférant intégrer les éléments de son histoire en plein milieu d’affrontements dantesques. Ils font office de respiration (souvent trop courte) dans une surenchère de techniques qui ne s’arrête jamais.

Reprenons là où l’on s’était arrêté : Naruto était parti s’entraîner avec Jiraya dans le but d’empêcher l’Akatsuki de réaliser ses plans machiavéliques. À l’époque, l’auteur nous présentait ce groupe de ninjas comme des mercenaires puissants, sans merci et capables des pires exactions. Lors des premiers affrontements entre les ninjas de Konoha (ou des autres villages) et ceux de l’Akatsuki, leur puissance et leur supériorité sont incontestables.
Pourtant, une fois le choc initial dépassé, on se rend compte qu’ils ne sont pas si forts que ça, à tel point que la plupart sera battu par des ninjas intelligents mais pas forcément ultra-puissants, ce qui donne des combats assez tactiques et pas mauvais du tout… du moins, jusqu’à l’affrontement contre Itachi.

Le mangaka va construire tout son récit autour des monstres et de leur nombre de queues (sans sous-entendu aucun). Ils sont la cible de l’Akatsuki qui va se mettre en chasse et tenter de tous les réunir. Malheureusement, on les voit rarement combattre si ce n’est celui à 8 queues, Bee, et celui à 9 queues, Naruto. On ne sait pas trop pourquoi les autres ont été autant éclipsés alors qu’on nous dit clairement qu’ils font partie des éléments clés du monde des ninjas mais bon… au moins, on voit les monstres en action lors de la grande guerre.

Dans les duels notables, on notera celui de Shikimaru contre les immortels qui ont battu son professeur. Alors que ce dernier n’a jamais vraiment eu envie de se trop se mouiller et de faire des efforts, il va mettre toute son âme dans ce qui s’avèrera être le combat de sa vie (on le voit à peine pendant la guerre des ninjas). Grâce à des plans ingénieux, il va réussir à mettre à mal deux ennemis qui ont décimé un bataillon tout entier, preuve que faire marcher sa cervelle est tout aussi efficace que faire marcher ses muscles dans les moments cruciaux.

Il ne faut pas non plus bouder le combat entre Bee et Kisame qui donnera l’occasion à l’unique homme-poisson du monde des ninjas de faire usage de son épée monstrueuse (qui disparaîtra pas par la suite, soit dit en passant). Il nous offre l’occasion de voir un ninja exploiter son monstre à la perfection et permettra à Naruto de trouver une façon de gérer le sien (et surtout d’avoir envie de devenir ami avec le renard qui vit en lui).

L’unique combat qui va vraiment durer, c’est celui qui fera intervenir Pain (le fondateur de l’Akatsuki). Ce dernier est si puissant qu’il a réussi à vaincre l’un des trois ninjas légendaires du pays de la feuille, c’est dire. Le mangaka utilise d’ailleurs ce duel à la perfection pour montrer les progrès effectués par Naruto et l’utilisation de ses nouveaux pouvoirs. Pour la première fois depuis l’ellipse temporelle, il montre son personnage principal comme ce qu’il est vraiment, un héros.
C’est d’ailleurs à partir de combat que Naruto obtiendra enfin la reconnaissance des autres habitants du village. Dans une scène émouvante, le ninja aux cheveux orange voit son rêve devenir réalité puisque tous croient en lui : il a clairement fait le premier pas pour devenir hokage.

Cependant, difficile de dire que le combat est satisfaisant. Pain possède un rôle d’orphelin de la guerre à qui on aurait tout enlevé et qui aurait perdu toute envie de vivre. C’est dans cette haine des autres qu’il puise sa force et c’est aussi à cause de son passé qu’il va chercher à détruire le monde pour le remodeler à son image.
D’un côté, on nous présente un personnage meurtri et de l’autre, un meurtrier. C’était déjà le cas, si vous vous souvenez, d’Haku dans la première partie, ce qui fait que le lecteur est moins à même de sympathiser avec la cause de Nagato (le vrai nom de Pain, qui signifie douleur en anglais – preuve qu’il porte le fardeau du monde sur ses épaules). Petit côté rediffusion donc pour ce personnage qui, malgré sa soit-disant importance, aura du mal à vraiment rester dans les mémoires.

Le cas d’Itachi est singulier. Il est très difficile de justifier ce que KISHIMOTO a fait de l’un de ses personnages les plus cools et les plus intéressants. Alors qu’on s’attendait à le voir endosser son rôle de méchant jusqu’au bout, l’auteur en fait un agent double (ou triple, c’est cadeau) qui le transforme en gros bisounours. Son affrontement contre Sasuke est à moitié raté et ne nous laisse entre que la crise d’adolescence du petit frère qui se laisse complètement aveugler par sa haine (et sa bêtise).
Leur deuxième rencontre, lors de la grande guerre, finira d’enterrer le personnage en confirmant cette personnalité bienveillante et de laquelle on peut voir transpirer un amour sans borne pour son frère et son village.

On notera aussi un changement majeur au niveau du point de vue. Alors que l’auteur passait pas mal de temps en compagnie des ninjas de Konoha dans la première partie, ces derniers seront majoritairement délaissés au profit de l’Akatsuki et de Naruto qui devient, plus que jamais, le personnage sur lequel toute l’histoire se concentre.
On aura ainsi le droit à une belle rencontre entre Naruto et chacun de ses parents. Même si l’identité de l’un d’eux étaient presque évidente, on découvre le second avec plaisir. Grâce à des techniques (très pratiques, soit dit en passant), ils pourront tous deux discuter avec leur fils et échanger des excuses et autres banalités d’usage qui donneront quand même un moment plein d’émotion qui s’insère plutôt bien dans le récit.

Malheureusement, ce changement de point de vue se fait au prix du sacrifice de nombreux personnages auxquels on avait pu s’attacher lors de la première partie. On dit donc adieu à Lee (presque inexistant) et autres jeunes aspirants ninjas mais aussi à Kakashi (qui ne revient vraiment sur le devant de la scène que lors de la bataille finale).
Même si Sasuke a le droit à deux ou trois combats, il reste beaucoup moins présent qu’au début avec un rôle diminué par son nouveau caractère d’adolescent torturé qui ne sait pas vraiment ce qu’il fait. Si vous n’aimiez pas beaucoup le personnage dans les premiers tomes, préparez-vous à l’aimer encore moins ici. Ses actions sont de plus en plus absurdes et ses changements d’humeur désagréables au possible.

KISHIMOTO se débarrasse aussi de plusieurs personnages sans trop qu’on sache pourquoi. Ainsi, Sai, ninja venu remplacer Sasuke dans la team 7, va presque disparaître de la série une fois son rôle de bouche-trou terminé. Alors que ses techniques auraient pu apporter énormément en tactiques aux différents affrontements, ses apparitions vont se compter sur le bout des doigts.
On pourrait dire exactement la même chose sur les trois membres de l’équipe de substitution qui va être formée par Sasuke. Même si on revoit un peu Karin lors de la guerre, les trois disparaissent presque des radars une fois le combat contre Danzo terminé. Sachant qu’ils avaient des pouvoirs originaux, on aurait bien aimé les voir un peu plus à l’oeuvre…

Graphiquement, l’auteur fait des progrès plus qu’évidents des 44 tomes qui composent cette seconde partie. On le voit notamment via les changements sur les couvertures qui abandonnent le fond blanc uniforme à partir du tome 34. Même s’il se permet de le réutiliser de temps en temps, on a souvent le droit à des compositions sublimes que la couleur vient magnifier.
Au niveau de son style, il ne change pas mais s’affine énormément. On retrouve donc toujours ces double-pages découpées en trois et ces perspectives qui confèrent ce côté ultra-dynamique au trait de l’auteur. Même chose au niveau du rythme des affrontements, c’est bien maîtrisé avec un découpage des cases qui suit toujours bien le mouvement et qui sait l’accélérer ou le ralentir quand le besoin s’en fait sentir.

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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

2 commentaires

  1. Merci beaucoup pour ce dossier. Quoi qu’on en dise, Naruto aura marqué sa génération. Il me semble qu’il a également joué un rôle important dans le marché du manga en france.

    Nous avons effectivement eu le droit à énormément de combat dans la deuxième partie du manga, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’un shonen, il faut donc le prendre pour ce qu’il est.
    Et justement en parlant de ça, Naruto est bien l’un des seuls Shonen à ouvrir explicitement un débat (littéralement parlant, il y a de la parlote dans naruto) autour de ses thématiques.
    Là où très peu de shonen n’osent se mouiller pour mettre en scène ce genre de dialogue dans le récit.

    En ce qui concerne la dernière partie, seule l’apparition du dernier antagoniste est de trop pour moi. S’arrêter au méchant juste avant aurait sans doute été préférable.

  2. Enfin lu ce second dossier sur Naruto. Bravo pour avoir dégagé les lignes de force de cette seconde partie, tu as mis en lumière des éléments auxquels je n’avais pas toujours bien prêté attention (il faudra que je me relise les tomes un de ces jours). Ma nostalgie pour la série est encore monté d’un cran. 🙂

    Comme Naruto a été le premier manga que j’ai vraiment suivi assidument, je garde un avis moins critique que le tien, même si la guerre prend une tournure – suite à l’apparition de vous savez qui – qui va ressembler à un déchaînement de puissance qui m’a parfois un peu lassé. C’était même marrant de lire l’auteur nous dire que ** était tellement fort qu’il ne savait pas comment le faire chuter…

    En lisant ce dossier, je me demande à quel point le rythme de parution a pu jouer dans ce que Masashi Kishimoto a produit. On ne le saura sans doute jamais.

    Merci !

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