Japan Expo - 18ème Impact

Publicité

Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / Chroniques Séries / Naruto – Partie 1 : Un ninja qui a créé sa légende

[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

Publicité

Naruto - Partie 1 : Un ninja qui a créé sa légende

Naruto – Partie 1 : Un ninja qui a créé sa légende

Naruto – Partie 1 : Un ninja qui a créé sa légende Éditeur : Kana
Titre original : Naruto
Dessin : Masashi KISHIMOTO
Scénario : Masashi KISHIMOTO
Traduction : Multiples
Prix : 6.85 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 09/03/2002

Naruto est une série emblématique a bien des niveaux : véritable pilier du Weekly Shônen Jump pendant près de dix ans, la série a aussi fait mouche chez nous en devenant le plus gros phénomène manga de la vague post-Dragon Ball et ce, dès les premiers volumes. Avec des ventes complètement folles (plus de 18 millions d’exemplaires écoulés pour la seule version française !), le manga de Masashi KISHIMOTO a fait les beaux jours des éditions Kana.

Alors que le titre prend fin aujourd’hui, Manga Mag profitera du mois de novembre pour vous proposer une série de petits dossiers dédiés au ninja qui a marqué toute une génération de lecteurs du Weekly Shônen Jump. Dans le premier, nous vous proposons de revenir sur la première partie de la série ainsi que sur ses personnages clés.

spoilers

Soyons clairs dès le début, si la série a aussi bien marché, c’est parce que son auteur met le paquet dès le début. On a le droit a une mise en place expédiée mais efficace et une entrée dans l’action immédiate.

Après quelques chapitres introductifs et la formation du trio Naruto / Sakura / Sasuke (supervisés par Kakashi), KISHIMOTO lance le premier arc narratif de la série pour donner le ton. Grâce à Zabuza et Haku, premiers véritables ennemis de la nouvelle équipe, on découvre que l’univers mis en place par l’auteur est loin d’être aussi jovial et positif que ce que l’on aurait pu penser avec les premiers chapitres.

Haku est un orphelin de guerre qui n’a rien connu d’autre que la violence et la loi du plus fort. Même s’il est clairement stéréotypé (il a le profil typique d’un enfant victime de la guerre comme on a pu en voir des dizaines dans d’autres œuvres), son caractère vient s’opposer immédiatement à celui de Naruto. Alors que le jeune garçon de Konoha a décidé de se battre et de faire en sorte d’être reconnu par tous grâce à sa force et à son enthousiasme, Haku a choisi de vivre dans l’ombre et de faire en sorte de ne plus jamais perdre quelqu’un à qui il tient.

Il se dégage une mélancolie assez forte du duo Zabuza/Haku. Même si le premier fait un peu le fier, on sent qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autres, qu’ils se complètent. Les deux personnages sont, avant tout des tueurs (doués dans leur travail et impitoyables), il faut le rappeler. Pourtant, le mangaka réussit l’exploit d’en faire des victimes de la société, à tel point qu’il est impossible pour le lecteur de ne pas ressentir une certaine sympathie pour ces antagonistes qui, au final, sont peut-être plus humains que ceux qui les emploient.

En tout cas, une chose est sûre, cette première aventure de l’équipe Kakashi est calibrée pour accrocher le lecteur : flashback, action, rebondissements, bons sentiments… KISHIMOTO n’a rien laissé au hasard et c’est très probablement la raison pour laquelle le manga a aussi bien marché lors de sa sortie. Il a su imprégner un excellent rythme (qu’il ne pourra malheureusement pas maintenir dans la deuxième partie de la série avec quelques longueurs) pour accrocher le lecteurs dès les premières cases.

Ce n’est probablement pas pour rien si, pour célébrer la fin de sa (longue) série, Masashi KISHIMOTO a accepté une interview avec Yoshihiro TOGASHI. On retrouve, dans l’examen pour devenir ninja de classe moyenne, de nombreuses similitudes avec l’examen des hunters. On le voit dans la mise en scène, dans la décomposition et le style des épreuves… Il est vrai qu’il le remet un peu à sa sauce et dans un monde assez différent mais l’hommage (ou la copie, ça dépendra de celui qui écrit) est clair et évident.

La base : un groupe de jeunes gens traversent des épreuves sous la surveillance de professionnels experts dans leurs domaines et qui ont préparés des pièges typiques pour chacun d’entre eux ; et on finit par un tournoi entre les meilleurs !
La partie dans la forêt pendant laquelle Orochimaru fera sa première apparition n’est pas sans rappeler l’errance de Gon dans Hunter X Hunter et sa rencontre décisive avec Hisoka. Là où les deux œuvres ne se rejoignent pas, c’est dans le niveau de violence que chaque auteur ose montrer. Quand TOGASHI ne se met quasiment aucun limite (meurtres, découpage de membres, etc.), KISHIMOTO reste quand même assez gentillet et semble encore rechigner à montrer du sang et à vraiment mutiler ses personnages. Évidemment, dans Naruto, ce changement à pour effet direct de diminuer l’angoisse et la tension de l’examen qui est pourtant censé mettre en jeu la vie de ses participants dans les deux mangas.

Le jeune auteur qu’était KISHIMOTO en 2000 lorsqu’il écrit ses premiers volumes s’est très probablement inspiré du vétéran TOGASHI qui n’en était plus à son coup d’essai (Hunter X Hunter a commencé sa parution environ 2 ans avant Naruto). D’ailleurs, certains pourront aussi voir une certaine ressemblance entre le nen et le chakra. Cette énergie intérieure qui doit être expulsée à l’extérieure peut prendre des formes différentes mais l’idée de base reste assez similaire.
Dans les deux cas, les auteurs ont pour référence de base, le qi chinois, cette énergie à l’origine du ying et du yang mais chacun est parvenu à se la réapproprier tout en gardant un élément majeur : peu importe son nom, ce flux de puissance possède une certaine « couleur » qui est déterminé par la personnalité et une affinité particulière du personnage.

Dans le titre de KISHIMOTO, Sasuke, de par son sang, sera plus enclin à apprendre les techniques de feu alors que Shikimaru se dirigera plutôt vers les techniques d’ombre. Chez TOGASHI, ces différences se manifestent par le type de nen que chaque utilisateur peut développer plus facilement (renforcement, émission, spécialisation…).

Là où l’auteur de Naruto va chercher à innover, c’est qu’il ne va pas hésiter à couper en deux son examen. Alors qu’une petite série de combats vise à sélectionner les meilleurs éléments en vue d’un tournoi au sommet, l’action ne vient pas immédiatement. Il va y avoir une traditionnelle phase d’entraînement qui va mettre le héros face à un personnage qu’il n’apprécie guère mais la rencontre avec un nouveau mentor (un ninja de légende tant qu’à faire) va lui permettre de progresser très rapidement.

Jiraya est un personnage qui ne possède aucun a priori et qui voit autre chose en Naruto qu’un simple monstre. Il va aider le jeune garçon, le guider pas à pas et surtout libérer son potentiel latent, celui qui était bloqué par le renard à neuf queues enfermé en lui. Les résultats seront visibles immédiatement lors de son combat contre Neji, l’un des plus puissants aspirants de classe moyenne mais surtout dans le grand combat entre Konoha et les alliés d’Orochimaru qui vont mettre à mal le village tout entier ainsi que son principal protecteur…

KISHIMOTO met en scène son premier affrontement d’envergure avec tout un écosystème menacé. Il n’y personne qui est épargné, chacun possède son ennemi. Que ce soit Sarutobi, le hokage, ou les aspirants ninjas qui doivent faire face à ceux qui étaient leurs « compagnons d’infortune » durant l’examen. Le mangaka découpe intelligemment l’action et propose un bon ratio combat / dialogues et surtout un temps passé sur chaque bataille bien maîtrisé. Même s’il s’amuse à passer plusieurs fois de l’un à l’autre, il ne casse jamais le rythme effréné qui rend l’arc si facile à lire d’un coup.

Après les événements, impossible de revenir à quelque chose d’aussi prenant, l’auteur fait plutôt le pari de calmer les choses et on retourne à ce grand classique des shônen fleuves : le renforcement du héros. C’est tout ? On serait reparti pour un tour d’entraînement alors qu’on vient d’y avoir droit quelques volumes auparavant ? Ce serait mal connaître KISHIMOTO ! Ce dernier va se payer le luxe d’ajouter un enjeu majeur dans cette période où le lecteur s’attend à quelque chose de basique : la recherche d’un ninja légendaire.

La recherche de Tsunade prend la forme d’un petit road movie transposé sur le papier où Naruto et Jiraya sillonnent les routes tout en s’entraînant et en découvrant un peu le monde qui les entoure. Il est vrai que l’on ne va pas forcément dans les détail mais on apprécie la respiration et elle permet pas mal de révélations sympathiques sur les ninjas de légende ainsi que des dialogues plutôt bien écrits, surtout dans les échanges Orochimaru / Tsunade.

Ce côté assez cinématographique de KISHIMOTO, on le retrouve à nouveau dans l’arc suivant qui lance les ninjas de Konoha à la poursuite de Sasuke. Alors que ce dernier est parti à la recherche de plus de puissance afin de pouvoir défier son frère, il va être protégé par des sbires du serpent qui vont le pousser à rejoindre leur maître. Le début de l’arc possède une belle mise en place avec une planification méticuleuse de la part de Shikimaru qui, en chef de groupe, va répartir les rôles et préparer ses amis à un combat de longue haleine.

L’auteur renforce ce côté film grâce à un découpage avec des cases plus grandes et plus de double-pages (qu’il adore couper en 3, soit dit en passant) qui montrent les personnages en gros plan dans une pose assez classe (on appellera cela le « Syndrome Bleach »). Quand il souhaite se focaliser sur un personnage, on bascule, au contraire, sur une multitude de petites cases où les mouvements sont décomposés successivement, un peu comme dans un storyboard qui présenterait les différentes étapes ou les différentes prises à faire pour une scène.

Avec un niveau généralement très bon au niveau de l’histoire, il est intéressant de noter l’évolution graphique de KISHIMOTO. Si on regarde son travail au début de la série, on se rend compte qu’il possède un sens assez exceptionnel de la perspective avec des contre-plongées tout simplement sublimes. Là où il pêche un peu, c’est au niveau des proportions. Au départ, on remarque que certains personnages paraissent excessivement petits (ce n’est pas nécessairement à cause de leur âge, ils font un peu écrasés) et ce défaut se corrige presque de lui-même au fil des volumes. Le dessinateur apprend, se perfectionne.

On notera aussi un soin tout particulier de l’auteur en ce qui concerne le regard. Sharingan et byakugan sont deux techniques majeures de la série qui font intervenir des yeux très spéciaux. De plus, l’une d’entre elles est évolutive, de quoi imaginer qu’il puisse y en avoir d’autres… Les yeux dans Naruto sont donc souvent révélateurs et vont rarement être dessinés aux hasard. Le mangaka pense souvent aux petits détails qui font plaisir et qui vont venir le démarquer d’autres productions shônen. Petit exemple tout simple : lorsque Sasuke souffre en silence à cause de la marque d’Orochimaru, ses yeux ne mentent pas. Lorsqu’un pic de douleur se fait sentir, l’un de ses yeux va se fermer.
Dans la même idée, les yeux de Naruto changent lorsqu’il laisse le chakra du renard à neuf queues l’envahir pour mieux représenter l’animalité à laquelle il cède. De plus, Kakashi porte toujours son bandeau sur son oeil lorsqu’il ne combat pas, peut-être pour exprimer que « tout voir » n’est peut-être pas la meilleure chose à faire dans un univers où la morte est partout.

Comme dit plus haut, le dessinateur possède un bon sens du rythme et parvient à arranger ses planches en accord avec la vitesse qu’il veut donner à son action. Ça peut sembler être la base mais il y a beaucoup d’auteurs qui peinent à vraiment dynamiser leur travail selon leurs envies. KISHIMOTO, lui, y arrive avec brio. Pour les scènes « calmes », il n’hésite pas à proposer une organisation assez scolaire avec des rectangles « simples », sans trop de fantaisie.
Par contre, il montre un tout autre visage lorsque l’on est en pleine action. Il prend plus de risques avec des cases moins régulières et qui n’hésitent pas à s’étaler et à venir grignoter sur l’espace utilisés par d’autres. Ses angles changent aussi pas mal et il ne va pas hésiter à se placer en biais de l’action ou même en auteur pour donner une vision de la scène plus globale et surtout plus lisible. Le mangaka balade l’oeil de son lecteur comme il l’entend et l’amène un peu où il veut, que demander de plus ?

Pour cette première partie, Kana a proposé deux éditions. La première n’est autre que son format shônen traditionnel et ne possède aucune différence avec les autres titres de la collection.
La seconde est un peu plus intéressantes puisque l’on retrouve un format Jump. Qui dit magazine dit grand format (les amateurs du travail du mangaka en auront pour leur argent) et pages en couleurs venant de la prépublication. Après, on retrouve un ouvrage assez souple, au papier pas forcément très épais (même le papier glacé des pages en couleur reste fin), une nécessité si on ne veut pas se retrouver avec quelque chose de trop lourd.

Avec une très bonne introduction de sa vision des ninjas, Masashi KISHIMOTO nous propose 27 premiers volumes qui sont vraiment bons à tous les niveaux. L’évolution graphique entre les premiers volumes de cette partie et les derniers sont flagrantes, surtout aux niveaux des proportions. Si les personnages n’ont pas grandi en âge, ils ont, pour la plupart, énormément gagné en maturité et sont capables de beaucoup plus de choses qu’auparavant même s’il leur reste encore beaucoup à apprendre ; de quoi laisser augurer du bon pour la suite des aventures du jeune Ninja.

Lire la suite




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

2 commentaires

  1. Merci pour cette première partie qui fait resurgir bien des souvenirs…

    Deux petites remarques qui n’en sont pas vraiment : concernant les poitrines c’est amusant de voir que l’auteur n’abuse pas trop (on n’est pas Gantz !) alors qu’il préfère les grosses poitrines ! (cf. son entretien avec Hiroaki Samura dans une certaine édition de l’Habitant de l’Infini… 🙂 )

    Seconde remarque : « Ce dernier va se payer le luxe d’ajouter un enjeu majeur dans cette période où le lecteur s’attend à quelque chose de basique : la recherche d’un ninja légendaire. » Il y a aussi la survenue d’un duo qui ne passera pas inaperçu et qui est annonciateur de quelques événement dans la suite de la partie… en plus de remettre le niveau de Naruto mais aussi – et surtout – de Sasuke en perspective. Mais il en sera sûrement question dans un futur dossier. 😀

Laisser un commentaire

banner