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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

[Dossier] My Hero Academia, comic book déguisé en manga ?

Alors que le nouveau shônen événement issu des pages du Weekly Shônen Jump arrive le 14 avril en France, beaucoup tentent de le vendre comme un « comic book japonisé ». Il faut dire qu’avec son pitch de base, difficile de ne pas faire le lien entre l’univers des super-héros de type Marvel qui sont partout sur nos écrans depuis quelques années.

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Le format

Au niveau du format, il n’y a qu’un seul point commun entre My Hero Academia et les comics. Il s’agit bien sur de la première page de certains chapitres (comme celle du 14 par exemple) qui reprend la composition classique des couvertures des différents numéros de comics.

Pour le reste, tout est très différent à commencer par l’utilisation de la couleur. Dans les mangas, elle n’apparaît pas souvent si ce n’est sur la couverture du tome et dans les quelques pages qui viennent marquer des moments forts de la série dans les magazines de prépublication (pour les shônen, il est assez rare de les retrouver dans la version reliée).

Dans les comics, la bande-dessinée est réalisée par un petit groupe qui fonctionne comme un véritable studio ou chacun à une tâche bien définie. On voit donc une délimitation des arcs plus marquée dans les comics, une personne différente s’occupant du scénario. C’est aussi pour ça que la colorisation peut-être faite assez rapidement, presque en parallèle avec la réalisation des planches elle-même.

Dans le cas d’un manga, l’auteur garde souvent une grande mainmise sur son oeuvre et même s’il délègue les décors et d’autres tâches comme le tramage à de potentiels assistants, il a quand même tendance à faire une très grande partie de son travail tout seul.

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Avengers VS X-Men © MARVEL

Le rythme n’est pas non plus le même dans la mesure où la demande de production est totalement différente. Chez les américains, c’est une quarantaine de pages qui est demandée aux auteurs tous les mois alors que les dessinateurs du Weekly Shônen Jump (TOGASHI est un cas exceptionnel, ce n’est plus une nouvelle pour personne) doivent produire 20 pages par semaines donc 80 par mois.
C’est évidemment sans compter les pages couleurs, les retouches pour la publication en tankôbon ou autres commandes que le mangaka pourrait avoir.

Terminons par une évidence mais qui a son importance. Alors que les comics sont généralement dans un format proche de l’A4, les mangas arrivent chez nous au format A5 et sont donc moitié moins grands.

En France, Panini possède deux formats « traditionnels » pour les comics : des magazines d’une centaine de pages à couverture souple et des intégrales ou histoires complètes dont le nombre de pages varient en fonction du récit et qui peuvent, dans certains cas bénéficier d’une hardcover. Ce n’est donc pas la même prise en main qu’un manga qui fait 200 pages pour une taille divisée par deux.

Le manga sera plus épais, parfois plus lourd et la gestion des cases (plans) est plus codifiée. Même s’il est pré-publié dans un magazine grand format, le titre doit rester lisible lorsque les chapitres sont compilés en volume relié. L’impact se verra surtout dans la gestion des cases et le dynamisme de la narration mais ça… on vous en reparle un peu plus tard !

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BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

Les personnages

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BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

« Fear not ! [HE] is here ! »
Ceux qui auront lu la version américaine de Viz auront reconnu la catchphrase d’All Might, le héros n°1 dans la hiérarchie établie dans My Hero Academia. David LE QUÉRÉ, dans la version Ki-oon, l’a traduit par « N’aie pas peur ! La cavalerie est là ! » (et quelques petites variantes selon la situation alors qu’en anglais, ça ne bouge pas), probablement pour accentuer le côté tout puissant du personnage qui se compare très facilement à Captain America.

Son costume qui met bien en valeur ses muscles (encore une fois symbole de son invincibilité) aux couleurs simples et efficaces (bleu, blanc, rouge – pas dans cet ordre – et un peu d’or) n’est pas sans rappeler le symbole de l’Amérique de chez Marvel. Ses attaques empruntent d’ailleurs le nom d’une ville ou d’un état du pays de l’oncle Sam (Detroit Smash, Texas Smash…).
Ce n’est pas non plus sa tendance à glisser des mots anglais dans la conversation et son sourire “Hollywood” (il n’a pourtant pas de pouvoirs spécifiques au dentifrice) qui empêchera le lecteur de faire lien avec le représentant des États-Unis. Toujours prêt à faire respecter la justice, il possède un grand sens de la droiture et une verve qui n’ont rien à envier au leader des Avengers.

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BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

Deku, un peu comme Tsuna de Reborn, est un naze. Il n’a rien pour lui. Pas cool, pas grand, pas d’alter… C’est un peu le résumé de la malchance du héros de My Hero Academia. Il possède pourtant une caractéristique claire du héros : un grand sens de la justice et du courage. Le pouvoir qu’il obtiendra d’All Might n’a rien d’original puisqu’il s’agit tout simplement d’une super-force.

Pas besoin de nommer tous ceux qui possèdent une mutation qui apporte ce type de pouvoir, il y en a un peu trop. Ce qu’il faut savoir sur son pouvoir, c’est qu’il ne peut absolument pas le contrôler. À chaque fois qu’il l’utilise, il se blesse (plus ou moins) gravement selon la situation.

Katchan est l’éternel rival. Avec son pouvoir, on tient un personnage qui serait un mélange de Gambit et Nitro. Il est capable de charger une substance poudreuse qui lui permet d’utiliser des explosions de façon variée : pour attaquer, pour accélérer (et même voler temporairement). Personnage désagréable au possible, il a ce petit quelque chose du méchant qui laisse présager un passage du côté obscur par la suite.
HORIKOSHI a bien réussi son coup avec ce personnage. Du début à la fin, il reste antipathique au lecteur. Impossible de s’attacher à tant de mauvaise humeur. Son côté racaille n’aide pas et son arrogance non plus.

Dès le départ, le mangaka pose l’opposition entre Deku, impuissant et Katchan, monstrueux. Dans leur essence même, les deux personnages étaient voués à s’affronter à un moment où à un autre, un peu à la manière d’Iron Man et Captain America.
L’un possède les dernières technologies et une puissance de feu illimitée alors que l’autre n’a rien si ce n’est une petite amélioration physique et un bouclier. L’écart entre les deux forces qui s’opposent est démesuré et pourtant, l’affrontement est loin d’être gagné d’avance pour celui qui semble dominer.

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BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

De manière générale, il est assez facile de faire une comparaison entre le monde de My Hero Academia et celui des X-men. Deku et les autres, avec leurs alter qui se manifestent pendant leur jeunesse sont semblables à des mutants à la différence (non-négligeable) que le monde ne les craint pas et ne le hais pas.
La diversité des pouvoirs est très similaire dans les deux cas et si certains personnages n’ont pas un alter très intéressant (la mère du héros peut juste attirer de petits objets vers elle, c’est pas la folie…), certains mutants ont des pouvoirs pas pratiques non plus comme la mouche qui se voit pousser des ailes…
On peut nuancer par le nombre. Chez les X-Men, la quantité de mutants est limitée (sauf avant l’arc narratif House of M où la population d’homo superior a failli prendre le pas sur les humains sans mutation), c’est d’ailleurs pour ça que le monde les craint et les hait.
Au contraire, dans le monde de Deku, 80% de la population possède un pouvoir, quel qu’il soit. C’est plutôt le personnage d’HORIKOSHI qui se retrouve en marge puisqu’il n’a développé aucun alter… 

Le mode de narration

Première grosse différence, dans My Hero Academia, les super-héros que l’on suit n’en sont pas vraiment. Ils possèdent des super-pouvoirs, c’est vrai mais ils n’ont pas encore fini leur formation. Ce sont des personnages jeunes et qui sont encore en plein apprentissage et qui ne maîtrisent pas forcément encore leurs pouvoirs.

Au contraire, dans les comics, on trouve le plus souvent des super-héros déjà complets (saufs dans les histoires de découvertes bien sûr) maîtrisant souvent leurs pouvoirs. Si on prend les plus célèbres, il n’y a aucun doute à avoir. Tous les X-Men connaissent leur boulot, X-Force ou même les Gardiens de la Galaxie maîtrisent leur pouvoir.
Il y a bien sur un contre-exemple majeur chez Marvel : l’univers Ultimate. L’idée des auteurs était de faire un retour au source, un point de départ pour d’éventuels jeunes lecteurs qui ne souhaitent pas commencer sur un arc lambda de l’univers traditionnel.

Comme dit plus haut, l’auteur japonais travaille souvent tout seul sur l’histoire et sur le dessin alors que les américains ont souvent des rôles plus répartis. Dans les comics, les auteurs peuvent donc prévoir plus facilement combien de numéros va durer chaque arc et l’histoire peut paraître beaucoup maîtrisée.

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Avengers VS X-Men © MARVEL

Au niveau de la narration, il y a une petite similarité dans la mesure où les deux types de publications adoptent un concept épisodique. Que ce soit le manga ou le comic book, les auteurs ne cherchent qu’une seule chose : faire en sorte que le lecteur revienne lors de la prochaine itération de leur histoire.
Que ce soit dans My Hero Academia ou dans n’importe quel numéro des Avengers ou des X-Men, il y a un cliffhanger (un point culminant non résolu) à la fin. En effet, qu’est-ce qui peut être meilleur qu’un gros moment de suspense sur la fin pour faire garder un public captivé ?

Evidemment, le format plus court, une vingtaine de pages en manga pour une quarantaine en comics (taille moyenne d’un épisode), force un changement dans la vitesse de narration. Alors que le dessinateur américain peut se permettre plus de double-pages et de gros plans, l’artiste japonais va devoir chercher à ne jamais perdre le rythme de son titre.

Il y a toujours besoin de plus d’impact dans les formats courts. Sans quoi, le lecteur n’aura pas envie de revenir. Les double-pages dans le manga sont plus là pour en mettre « plein la vue » du lecteur quand elles pourront avoir une plus grande diversité dans le comics (action, explication, révélation, group shot…).

On notera aussi la différence de point de vue. Dans un titre comme My Hero Academia, le lecteur se place directement dans la tête de Deku. C’est le héros qui régit le ton de la narration puisque c’est son vocabulaire typique qui est utilisé. En général, c’est vrai pour un bon nombre de shônen, le héros reste le point d’ancrage du lecteur.

Dans les comics, on note (pas toujours, il y a des exceptions, comme partout) un point de vue plus général, surtout quand il s’agit de suivre les aventures d’un groupe comme les X-Men ou même les Avengers. Les petits boites de récit restent souvent neutres et l’action peut basculer d’un personnage à l’autre très facilement si l’équipe ne travaille pas ensemble quand le manga aura du mal à lâcher quelques pages sans son héros.

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Une page explicative d’Avengers VS X-Men et une page « plein la vue » de My Hero Academia
Avengers VS X-Men © MARVEL
BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

On aurait pu aussi rapprocher l’univers de My Hero Academia de celui des Inhumans (ces mutants de l’univers Marvel créés par le peuple Kree) mais aurait-ce été réellement utile ? Au final, la seule chose qui rapproche le titre de Kohei HORIKOSHI des comics américains, c’est la multitude de pouvoirs et les premières pages de chaque chapitre qui font penser à la couverture d’un comic book.
En réalité, la comparaison (s’il y en a vraiment une) s’arrête là.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

4 commentaires

  1. Merci pour l’article et vivement après demain pour découvrir cette série qui me fait de plus en plus envie (je ne tiens pl).

  2. J’ai pas tout lu,même les noms des protagonistes,je veux les découvrir dans les tankôbons,aller Ki-oon + vite

  3. Juste une petite précision Ours, un comic single (c’est à dire un mensuel, souple, etc) est d’une pagination moyenne de vingt planches (contre 24 jusqu’au début des années 2000).

  4. Malheureusement les codes du shonen classique reprennent vite les rennes du récit, ce qui met dans l’ombre tout le côté original du côté héros-comics assez rapidement.
    Dommage.

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