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[Interview] SHÔNEN, auteur d'Outlaw Players (Ki-oon)

[Interview] SHÔNEN, auteur d’Outlaw Players (Ki-oon)

Ki-oon se lance dans le manga à la française avec Outlaw Players, un titre dessiné par SHÔNEN que l’éditeur soutient énormément comme en témoigne le trailer animé par le studio GONZO.
A l’occasion de la 17ème édition du festival Japan Expo, nous avons rencontré l’artiste et son éditeur.

Outlaw Player - Logo

Le public français vous connaît déjà plutôt bien. Pour développer un peu ce lien, est-ce que vous pouvez donner une information que vous n’avez donné dans aucune autre interview ?

SHÔNEN : Je dirais que la série que je fais actuellement Outlaw Players est vraiment une série qui m’est personnelle à la base. C’est un web comic et je n’avais pas du tout l’intention d’en faire une série éditée il y a 14 ans quand j’ai commencé ce projet. En tout cas, beaucoup de choses ont changé.

Quels sont les auteurs qui vous inspirent le plus ?

SHÔNEN : Il y en a surtout un qui est évident et la plupart des lecteurs l’ont remarqué, c’est Oh! Great. Après, plus que de l’inspiration, on peut plutôt parler d’admiration car je ne crois pas que son influence se voit dans mon trait. Il s’agit de Kentarô MIURA, l’auteur de Berserk. J’aime beaucoup son style général et façon de faire les hachures et d’utiliser les trames. Son univers et sa façon d’aborder la fantasy sont assez géniaux.

© Shonen / Ki-oon
© Shonen / Ki-oon

Comment en êtes-vous arrivé à dessiner des mangas et pas de la BD franco-belge ? 

SHÔNEN : En réalité, il n’y avait rien de tout ça qui était prévu au départ. J’étais plus dans l’illustration et le chara-design. Mon intention, c’était de bosser dans le domaine du jeu vidéo en tant que concept artist. J’ai aussi fait des collaborations, mais c’était pour un magazine qui était anglais.

En 2006, il y a Guillaume DORISON des Humanoïdes Associés qui était venu me voir et m’a proposé de faire du manga et il était parfaitement conscient qu’à cette époque, je ne faisais pas encore d’encrage. Je faisais tout en crayon car je n’étais pas assez confiant mais j’ai fini par accepter.

Il s’avère donc que j’ai commencé ma carrière sur un défi. Il est venu, il m’a demandé si je voulais faire du manga alors que je ne savais pas encrer et j’ai dit oui parce que je savais que ça m’obligerait à en faire. J’ai toujours appris sur le tas, je n’ai jamais fait d’école de dessin.

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Pouvez-vous nous expliquer votre méthode de travail ? Préférez-vous travailler à la main ou en numérique, pourquoi ? 

SHÔNEN : Un peu des deux, mais je vais dire que je travaille principalement de manière traditionnelle. Mes planches, les storyboards et même l’encrage, je les fais à la plume ou au feutre, tout sur feuille en tout cas. C’est seulement l’étape qui consiste au tramage que je fais à l’ordinateur. La seule fois où j’ai voulu utiliser un ordinateur de A à Z, j’ai trouvé ça ennuyeux donc…

Les assistants coûtent relativement cher ici donc, c’est à oublier. Même l’importation des feuilles de trames est quelque chose d’assez coûteux donc j’ai préféré investir dans un logiciel qui me permet de faire ce que je veux et de créer mes propres motifs, ce qui m’offre des possibilités infinies. Après, il est vrai que tout ce qui touche à la couleur, je le fais via un logiciel. J’ai testé une fois à la main et j’ai abandonné parce que je me suis rendu compte que je ne savais pas le faire, le résultat était trop mauvais !

Comment gérer-vous les multiples séries que vous avez en cours ? 

SHÔNEN : Pendant toutes ces années j’ai dû trouver une méthode de travail. C’est un peu idiot de le dire pour quelqu’un qui vit de cette passion mais je dirais qu’il faut parler d’optimisation, de performance. On peut être bon mais pas forcément régulier. C’est d’ailleurs ce que j’ai eu à travailler et j’ai testé différentes méthodes mais j’ai enfin trouvé la bonne. La seule chose qui me manque maintenant, c’est un local, près d’un Starbucks Coffee.

© Shonen / Ki-oon
© Shonen / Ki-oon

Comment en êtes-vous arrivée à collaborer avec Ki-oon ? Vous sentiez l’éditeur intéressé ou c’est plutôt vous qui vouliez travailler pour lui ?

SHÔNEN : Un peu des deux à mon avis.

Ahmed AGNE (éditeur) : On s’est croisés plusieurs fois sur des salons. Je lui ai dit il y a plusieurs années que j’aimais bien ce qu’il faisait et depuis, je surveille son travail. C’était en 2007 à Angoulême, quand il travaillait encore sur BB Project. C’était au début du projet de Ki-oon et à l’époque, on n’était pas en mesure de publier des auteurs français sachant qu’il n’y avait encore que Cécile et moi. Il fallait d’abord gérer les japonais et… il y a que 24h dans une journée ! Pourtant, de tous les auteurs français que j’ai vu à l’époque, celui que je voulais garder sous le coude pour « plus tard » c’était SHÔNEN, parce qu’il y avait une vraie différence de niveaux entre ce qu’on voyait à l’époque et lui. C’est via une connaissance commune que l’on s’est « retrouvés ».

SHÔNEN : Tout à fait et après, je suis passé par la procédure classique : j’ai soumis un dossier avec un concept, une histoire et l’éditeur à été intéressé.

Outlaw Players est un manga qui puise énormément dans le RPG. Quel sont ceux qui vous inspiré pour la série ?

SHÔNEN : Je ne joue pas beaucoup aux MMORPG en fait, c’est surtout que j’entends beaucoup d’amis en parler. Ils me racontent leurs exploits sur World of Warcraft mais bon, je ne me suis pas particulièrement inspiré de ce dernier car je ne le connais pas personnellement.

Je n’ai pas joué a beaucoup de jeux à vrai dire ou alors ce n’était même pas de l’heroic-fantasy…  J’ai joué à Secret World, mais ce n’est pas pareil… Je suis surtout intéressé par les J-RPG et ce, depuis longtemps. Comme je le disais, le web comic est daté de 2002 donc les MMORPG n’était pas encore très en vogue. C’était l’âge d’or du J-RPG par contre, d’où les références qui se veulent plus « solo » plutôt que multi-joueurs.

Votre héros, c’est un peu un faux-loser, qu’est-ce qui est intéressant avec ce genre de personnages ? 

SHÔNEN : Ça vient surtout du fait qu’on ne me prend pas au sérieux en général ! Ça change un peu et c’est le genre de personnage que j’aime bien parce que c’est un peu tout l’inverse de ce que je suis : plus ouvert, plus extraverti, beaucoup plus confiant en ses capacités (quand il les connaît, bien entendu). Dans ce contexte, le héros débarque dans le jeu mais il n’a jamais joué à un MMORPG donc il n’y connait rien !

Niveau bestiaire, est-ce qu’il y a des monstres que vous vous interdisez de dessiner ? 

SHÔNEN : Non, pas particulièrement, je dirais même que, comme cette histoire est basée sur un jeu vidéo, il faut que l’auteur s’y retrouve. En général, un jeu est basé sur que les auteurs connaissent donc il est normal de voir certains types de monstres revenir. Pour moi, ça sera donc un mélange de tout ce que j’aime.

En ce qui concerne les pouvoirs et les attaques spéciales, qu’est-ce que vous prenez le plus de plaisir à dessiner ?

SHÔNEN : Tous les pouvoirs élémentaires sont fastidieux à dessiner… Je vais faire le mec paresseux, le plus simple c’est de faire un rayon laser. Il part et fait disparaitre tout ce qu’il y a devant donc c’est rapide et c’est efficace et impressionnant. Il peut être blanc ou tramé et en plus ça prend de la place !

Dans la série, les références aux mangas fusent. Impossible de ne pas mentionner celle à Jojo’s Bizarre Adventure. Est-ce que vous avez pensé le titre pour les fans de mangas en priorité ? 

Ahmed AGNE : Je pense que vous êtes 500 à qui ça a parlé en France mais ce n’est pas grave !

SHÔNEN : Il y a un peu de ça mais à la base, c’est aussi pour me faire plaisir parce qu’il y a forcément des références qu’on ne remarquera pas mais que moi, personnellement, je connais. Par exemple, la plupart des noms des attaques sont tirées de jeux connus. Dans le premier volume, un personnage utilise une attaque qui s’appelle « Mirage Slicer », c’est un dérivé d’une attaque de Star Ocean II, le mirror slice.

Ahmed AGNE : C’est pareil, il doit y avoir 20 personnes en France qui l’ont vu !

Avez-vous déjà prévu un nombre de tomes pour votre série ?

SHÔNEN : Si on me laisse faire et que je peux avancer correctement et si on peut me laisser l’opportunité d’aborder tous les sujets que je voudrais faire, il y aurait une vingtaine de tomes environ.

Ahmed AGNE : En fait, « le problème » du manga français, c’est ce rythme de parution très espacé. Même quand tu as une série qui marche bien, les lecteurs de manga ne sont pas habitués à attendre 10 mois ou même un an pour avoir la suite de leur truc donc ce qu’on voulait avec Outlaw Players, c’est déjà avoir un nombre de tomes dans les cartons suffisant pour pouvoir faire un lancement qui se tienne bien. On a déjà 4 tomes de prêt : le 2 qui sort en septembre, le 3 en décembre, le 4 en mars de l’année prochaine et le 5 arrivera trois mois plus tard.

Pendant très longtemps, on va pouvoir sortir la série à un bon rythme. Ce qu’on ne voulait pas, c’est que la série soit pénalisée à cause de ça donc si ça ne marche pas… pas d’excuses ! En tout cas, comme j’ai de la chance et que SHÔNEN est quelqu’un qui dessine très vite, je pense que même quand on aura rattrapé le stock et qu’on sera en vitesse de croisière absolue, on aura deux tomes par an dans le pire des cas et puis si la série prend bien, il pourra très bien avoir un assistant qui lui donne un coup de main.

Pourquoi avoir changé le visuel de la couverture du premier tome ?

Ahmed AGNE : Ce que vous avez vu, c’est un visuel de présentation libraire, c’est un visuel provisoire. Dans notre esprit, ça n’a jamais été le visuel définitif, c’était un concept art en couleur qui était très jolie certes, mais qui n’était pas représentatif de ce qu’il y avait à l’intérieur.

Du coup on ne s’est pas arrêté dessus, c’était un mock up rapide pour une présentation en interne mais ça n’a jamais été le projet de couverture. Il faut savoir que, quand on enregistre des couvertures, on a l’option de dire « couverture provisoire » et quand ça l’est, ce n’est pas censé se retrouver sur les sites de ventes en ligne mais parfois ils ne regardent pas…

Comment s’est passée la collaboration avec le studio GONZO ?

Ahmed AGNE : Ça s’est super bien passé. Ki-oon a ouvert un bureau au Japon au mois d’octobre dernier. L’idée derrière ce bureau, c’est justement de pouvoir faire plus de projet de ce type là où on travaille avec des interlocuteurs japonais. Nous sommes partis les voir en septembre 2015.

Kim BEDENNE, mon éditrice au Japon avait déjà fait un tour d’horizon des différents studios d’animation, pour demander des devis, pour voir qui était spécialisé en quoi… Finalement, notre choix s’est porté sur GONZO. La première étape, c’était traduire le manga en japonais, pour qu’ils puissent le lire et s’imprégner de l’univers de la série.

Comment faire un trailer d’une série si tu ne sais pas de quoi ça parle ? C’est impossible et je pense que c’est aussi pour ça qu’il fonctionne très bien notre trailer, on a bien fait le travail en leur présentant la série. Une des directives de SHÔNEN était d’ailleurs qu’il spoile pas l’histoire. Il fallait que ça présente l’univers de la série mais sans vraiment raconter l’histoire d’où la nécessité d’une bonne présentation.

En tout cas, ça s’est super bien passé et on a eu des retours de fou dessus. Le but, c’est que ça nous serve de « carte de visite » et qu’on puisse le montrer à des studios d’animation européens pour leur dire « Voilà ce qu’il est possible de faire avec l’univers de la série ! ». C’est un peu comme les travaux des départements research and developpement des grosses entreprises, ça ouvre énormément de possibilités.

Dédicace SHONEN - Outlaw Players

Propos recueillis par Ours256 & Kobito pour Manga Mag

Merci aux équipes de Ki-oon et de Japan Expo.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

Un commentaire

  1. Merci pour l’interview. Un très bon manga en tout cas, maintenant que les bases ont été posées, je suis pressé de voir ce que la suite nous réserve.

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