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[Interview] Reno, auteur de Dreamland (Pika)

[Interview] Reno, auteur de Dreamland (Pika)

Invité du festival Japan Expo parmi les auteurs français, Reno LEMAIRE est un habitué des salons qu’il sillonne depuis ses débuts. Il publie Dreamland chez Pika Edition depuis 2006. Au fur et à mesure que son titre a pris de l’ampleur, il a su rester le même, un auteur humble, simple et tellement facile à aborder qu’il est impossible à vouvoyer !

Bonjour Reno, pour ceux qui ne te connaissent pas encore trop bien, est-ce que tu pourrais te décrire en un mot ?

Reno LEMAIRE : Funky.

Ta série, Dreamland, est une histoire très axée shônen. Qu’est-ce qui t’a plu dans ce genre ?

Reno LEMAIRE : Je ne la trouve pas si typée shônen que ça. Quand j’imagine mes histoires, je ne cherche pas à rentrer dans des cases. Ce sont les personnages qui font l’histoire.

Après, moi, j’ai de tout dans ma bibliothèque, que ce soit des comics, du franco-belge, du manga, beaucoup de titres indépendants. Quand tu as ton histoire, tu vois des scènes dans ta tête et tu vas aller vers le format qui va mieux retranscrire ce à quoi tu penses.

Dreamland ne pouvait pas sortir au format 48 pages ou elle n’aurait pas raconté la même chose. J’ai lu beaucoup de choses, des milliers de pages avant de faire mon titre. J’ai ma culture manga et un style manga, ça c’est sur et je comprends l’étiquette shônen qu’on a donné ou qu’on continue à donner à Dreamland. Les premiers tomes le sont sans aucun doute.

Cependant, je sais comment j’ai écrit ma série. Le 1er et le dernier sont bouclés et je sais exactement combien il y aura de tomes. Je sais exactement par quelles phases je vais faire passer mes personnages. Il faudrait reparler de l’étiquette lorsqu’elle sera terminée

Déjà avec le tome 8, déconseillé moins de 16 ans, le “cadre” du shônen est brisé. Je raconte la première fois du héros avec sa copine. Il y a une histoire d’amour qui ne dure pas 12 tomes donc ce n’est pas du shôjo mais ce n’est pas du shônen pour autant, c’est juste une aventure avec des personnages.

J’avance et j’évolue selon les personnages. Bien sûr qu’il y a un peu de fight. Sur 15 tomes, il y a un peu plus de 3000 pages et je peux t’assurer qu’il n’y a pas plus de 15 pages de combat qui se suivent et il doit y en avoir un peu plus de 400 en tout.

Dreamland, c’est un gros univers qu’on compare souvent à One Piece, Je me suis retrouvé avec quelque chose d’assez riche dans la base et quand tu vois la liste des phobies qu’il y a, il y a encore moyen de l’étendre. C’est un univers imaginaire, loufoque, avec des personnages qui ont la classe, il y a des méchants mais qui peuvent changer. Tout le monde est gris donc non, je ne considère pas Dreamland comme un shônen.

© Reno LEMAIRE / Pika édition
© Reno LEMAIRE / Pika édition

Au niveau du format, le fait d’avoir 200 pages au lieu de 48, quels sont les avantages ou les contraintes ?

Reno LEMAIRE : Je disais qu’en tant qu’auteur, les scènes se jouent dans ma tête. J’imaginais Terrence qui embrasse sa copine, j’ai vu la scène et je voulais la décomposer en 8-9 pages. En franco-belge, c’est quasiment le quart de la BD… Du coup, je m’étais dit 48 pages, ce n’était pas possible. Tu vas lâcher 13 euros pour un tome et il y aura 10 minutes de lecture… Pour moi, la différence entre le Franco-belge et le manga, c’est la même que celle entre le cinéma et les séries américaines.

Tu peux avoir les mêmes scénarios mais tu ne les développes pas de la même façon, tu n’as pas le même média. En franco-belge tu as pas mal d’ellipses puisque tu dois aller à l’essentiel. Avec le manga, tu peux te lâcher et développer plus les personnages. Il est possible de passer plus de temps sur des scènes qui sont peut être trop longues pour des lecteurs franco-belge.

C’est vraiment une envie personnelle. Dreamland, avec la construction de son scénario, ne pouvait pas être autre chose qu’un manga. Je ne ferme pas la porte pour autant puisque j’ai d’autres projets qui ne sortiront pas en manga parce que ce n’est pas comme ça qu’ils doivent sortir.

Dreamland, c’est ta première série…

Reno LEMAIRE : C’est la première connue et éditée, celle qui me permet d’être auteur mais ma première BD, je l’ai dessinée à 7 ans et je n’ai fait que ça depuis. Cependant, je ne me considère pas comme un dessinateur mais plutôt comme un raconteur d’histoires.

Justement, comment réagit ce petit garçon quand il voit ses histoires sur des sites de scantrad ? Est-ce qu’il se rend compte que ses histoires sont appréciées et traduites par des fans de nombreux pays ?

Reno LEMAIRE : Déjà, il y a la réaction du petit garçon de 7 ans, celui que je préserve et qui est à la base de la création. Pika te le dira, pendant 4-5 mois, je ne réponds pas au téléphone, je veux me couper de tout. Mon processus de création doit être sans stress, sans pression. Après quand il faut renvoyer les pages et quand il faut parler de la sortie, pendant 2 mois on communique.

Je suis toujours le même depuis le début de la publication, je n’ai pas changé ma façon de travailler mais je me suis professionnalisé. J’ai pris de l’expérience et du coup, je ne relis pas mes bd…
Quand j’écris l’histoire, je suis confiant et après la réalisation, le tome est digéré. Il reste les finitions mais je ne me relis pas vraiment sinon je jette le tome…. Si tu relis ou si tu lis ce que tu fais, ce n’est pas constructif surtout dans le schéma que j’ai choisi du manga.

Je prends mon kiff à la création du tome, pendant l’élaboration du storyboard qui dure 10 jours. Je fais mes 200 pages d’un coup. C’est pour ça que je dis que mon truc c’est vraiment de raconter des histoires. Je parviens à prévoir toute la pagination et bien sûr, je n’accepterais pas que ce soit un autre dessinateur qui s’occupe de mon travail.

Moi je dessine et si, au début, il y a mes 15 potes qui lisent mes trucs, finalement il y a de plus de gens de gens même si on n’en a pas vraiment conscience. Lors d’une séance de dédicace, les fans qui m’ont dit que Dreamland était traduit en anglais. Curieux, j’ai pris l’adresse du site pour aller voir par moi-même. Le tome 10 venait de sortir. Imaginez, il est 3h du matin et je vais sur ce site de scantrad et je m’amuse à relire le tome 1 traduit en anglais pour voir si c’est bien fait.

La traduction faite par les fans n’était pas mauvaise et ils ont dû garder certains termes, le mot « chouquette » par exemple. En voyant mes pages à l’écran, je me disais des choses comme : « Ah c’est dommage, si j’avais un peu enlevé ce trait… ».
En fait, regarder mon premier volume (5-6 ans après sa réalisation) en scan m’a surtout amené à me questionner sur mes débuts. J’ai ouvert des anciens fichiers du tome 1 et j’ai re-tramé. Lors de mes débuts, j’utilisais un modèle shônen avec deux trames, une grise et une un peu plus foncée pour les différents plans. C’est ce que font les shônen pour aller vite.

Pour donner une idée de l’évolution, dans le tome 10, il y a, à peu près, 80 trames différentes. Vu qu’on critiquait Dreamland à ses débuts pour ses cases vides et blanches, je me suis demandé ce que ça donnerait si je les utilisais pour retravailler le premier volume. En plein rush pour la fin du tome 10, à 5h du matin, je me suis mis à retramer 10 pages du tome 1 et boom ça envoie du lourd sans changer le dessin parce qu’il ne fallait pas dénaturer.

En ce qui concerne les scans, je suivais régulièrement les vues sur le site et ça me faisait halluciner de voir des fils de discussion anglais où les gens parlaient de ma série. Il y a des mecs en Australie qui connaissent Terrence et Sabba grâce à ça et j’ai même trouvé qu’ils étaient moins sévères que les français à l’époque. Pour la petite histoire, on a fêté le million de vue par mois avec ma copine, j’étais classé 72éme parmi les milliers de séries du site. Une fois arrivé au tome 8, il faut que tu sois majeur donc c’est un peu descendu.

Pika a même essayé de vendre la licence à l’étranger ils finissent toujours par me dire qu’ils n’y arrivent pas même s’ils croient au potentiel. L’éditeur montrait le tome 9 et insistait sur mes progrès mais avant de vendre les tomes en cours, il faut vendre les premiers.

Lorsque j’en ai parlé avec mon éditeur à l’époque, je lui ai avoué que j’avais retramé 10 pages du tome 1 histoire qu’il puisse voir ce que ça donne. Une semaine après, il m’a annoncé que les allemands voulaient la série si elle était intégralement dans ce style et c’est de là qu’est née la réédition.

J’ai donné mon accord pour les trois premiers tomes, uniquement pour toucher le public allemand à ce moment-là. Même si, au final, j’ai retravaillé jusqu’au tome 5, les pages n’ont jamais été redessinées avec le stylo, tout a été fait avec la tablette graphique et au niveau des trames.

J’ai expliqué à la fin du nouveau 1 que cette nouvelle édition n’était pas faite pour le fan puisque c’est la même histoire, c’était pour toucher les gens qui auraient pu la bouder à l’époque. Je ne voulais pas que les gens l’achètent 2 fois mais je suis très fier de cette réédition qui a réussi à me faire signer en Allemagne. Tout est parti des fans qui m’ont parlé du scantrad

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A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

7 commentaires

  1. Sympa l’interview, merci à MangaMag et Reno Lemaire pour la lecture!
    SInon, une petite relecture serait la bien,venue, il y a pas mal d’erreurs (d’oublis).

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