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[Interview] Rencontre avec le studio Emon Animation / Haoliners

[Interview] Rencontre avec le studio Emon Animation / Haoliners

A l’occasion d’un séjour au Japon, nous avons eu la chance de pouvoir nous rendre au sein d’un studio d’animation japonaise et de rencontrer l’un de ses employés que nous avons interviewé. Bienvenue au studio Emon Animation / Haoliners qui a produit les animés A Centaur’s Life (Centaur no Nayami)Hitori no Shita the OutcastThe Silver Guardian (Gin no Guardian)To Be Hero ou bien encore Evil or Live.

Haoliners Animation

Bonjour, pouvez-vous vous présenter s’il-vous-plait et nous expliquer votre fonction au sein du studio Emon ?

Noureddine WIDAD : Bonjour, je suis Widad NOUREDDINE et je suis en charge de toute la partie internationale du studio Emon chez Haoliner, situé dans le quartier de Kishijoji à Tokyo.

Parlez nous du studio Emon, de son passé à aujourd’hui, de ce que vous y produisez et pour qui ?

Noureddine WIDAD : Emon Haoliners est une grosse entreprise du secteur de l’animation qui possède plusieurs studios autres qu’au Japon, en Corée, à Beijing ou à Shanghai. Moi je suis en charge de la partie Emon Tokyo. Nous produisons pas mal d’animés tirés de web-manga chinois mais également de quelques mangas japonais comme A Centaur’s Life et de jeux comme Kenka Banchô Otome -Girl Beats Boys-.

Quels liens entretiennent la Chine et le Japon dans le milieu de l’animation en général ?

Noureddine WIDAD : les liens Chine/Japon sont assez anciens et ce n’est pas nouveau que les Chinois et les Japonais travaillent ensemble mais Haoliners et le premier studio à avoir une maison mère en Chine et qui a décidé de s’implanter au Japon. C’est une première mondiale.

Haoliners adapte beaucoup de web-manga chinois que vous adaptez ensuite en animés japonais. Comment est-ce reçu par le public nippon ?

Noureddine WIDAD : Ces web-mangas très populaires en Chine sont produits au Japon. L’accueil est particulier parce que les japonais ne savent généralement pas que ces œuvres sont tirées de web-manga et du coup ils découvrent généralement ces séries pour la première fois.

Vous êtes un très jeune studio sur le marché japonais, comment se passe votre parcours pour intégrer le milieu de l’animation face à des studios stars comme Toei Animation, A-1 Pictures ou Shaft. Avez-vous une ligne directrice pour faire votre nid ?

Noureddine WIDAD : Effectivement, comme nous sommes un jeune studio on ne va pas se mesurer directement avec les autres, mais on ne peut pas parler de pure compétition dans le sens où au Japon les studios s’entraident les uns les autres et travaillent ensemble. Comme nous sommes un jeune studio nous avons dû demander de l’aide à plusieurs studios. C’est ça qui est intéressant.

Votre maison mère (chinoise) pourrait-elle envisager de s’implanter en Europe via un studio d’animation et produire pour l’Europe ?

Noureddine WIDAD : Dans l’avenir ce serait intéressant mais il faudrait voir quel serait le but de cette implantation en Europe. Nous sommes allés au Japon parce que notre ambition est de faire des animés dans un style japonais, du coup ça nous semblait naturel mais cela reste une intéressante question parce que nous savons qu’il y a des talents en France et ça serait une excellente idée.

Quelles sont pour vous les années les plus importantes marquant un changement dans les méthodes de travail ?

Noureddine WIDAD : Je pense que ça s’est fait fin 90 / début 2000 avec l’apparition de la 3D, les japonais n’étaient pas prêts pour ça, ils ont démarré petit à petit (notamment le studio Gonzo). Du coup maintenant le Japon a un très gros retard dans l’utilisation de la 3D. Un retard de presque 10 ans par rapport aux États-Unis ou à l’Europe et je pense que c’est ça le changement le plus important dans les méthodes de travail.

Aujourd’hui il est indéniable que le marché de l’animation n’a plus rien à voir avec ce qu’il était dans les années 80, d’ailleurs les faillites de  studios semblent se multiplier. Quelle est votre opinion sur la cause de cette augmentation ? Quel avenir pour l’animation japonaise ?

Noureddine WIDAD : Comme dit précédemment, le Japon n’a pas suivi le coche de la 3D, ce qui fait que beaucoup de studios sont restés avec les méthodes traditionnelles et n’ont pas évolués avec les méthodes de travail. De nos jours, on se retrouve avec une génération d’animateurs qui maîtrise la 3D mais plus du tout l’animation traditionnelle, et le souci actuel est qu’il y a de moins en moins d’animateurs mais de plus en plus de séries. La 3D pourrait être une solution mais les vieux animateurs n’ayant plus de disciples, le lien entre l’ancienne et la nouvelle génération est compliqué.

Justement les séries entièrement en 3D apparaissent de plus en plus. Est-ce vraiment amené à se généraliser ?

Noureddine WIDAD : Étant fan à la base je préférerais toujours l’animation traditionnelle, mais on va devoir s’habituer à la 3D parce qu’elle devient un incontournable des studios, c’est un gain de temps non négligeable. Je pense qu’il est préférable, au lieu de la rejeter complètement, de l’accepter parce que de toute façon cela va se populariser de plus en plus.

Certains “vieux fans” prétendent que la qualité et l’originalité de l’animation a beaucoup baissé. Que voulez-vous leur répondre ?

Noureddine WIDAD : Au niveau de la qualité, je ne sais pas. Au niveau de l’originalité : oui. À l’époque une grande partie de l’animation était faites d’OAV qui étaient dédiées au marché de la VHS et là on avait beaucoup de création et d’originalité. Le problème aujourd’hui ce qu’une série doit se vendre, il faut donc avant même de la démarrer, avoir un plan de vente (étude de marketing, merchandising…). Du coup on est sur du marketing plus que sur de la création pure, c’est ce qui est dommage dans l’animation japonaise aujourd’hui.

Pour retrouver un second souffle il y a beaucoup de remakes et de relance de licences (Sailor Moon Crystal, Dragon Ball Super …), est-ce une mode ou une vraie bonne idée ?

Noureddine WIDAD : Là aussi je suis mitigé. Les remakes sont intéressants pour initier les nouveaux fans, c’est-à-dire les enfants généralement. Ça permet d’entretenir le côté nostalgique. Prenez Dragon Ball Super par exemple, ce n’est pas la meilleure série d’animation mais ça permet de remettre Dragon Ball Z en avant, et même s’il y a des gens qui n’aiment pas ça, s’il y a des personnes qui aiment c’est l’essentiel. Au final, refaire des remakes je pense que ce n’est pas toujours la solution. il y a beaucoup de choses qui méritent d’être faites plutôt que refaites.

Netflix investit dans l’animation pour obtenir du contenu exclusif, est-ce une bonne chose pour le marché de l’animation ? Et n’avez-vous pas peur que cette avalanche soudaine de fonds n’entraîne des conséquences néfastes pour le milieu de l’animation tout entier en cas d’échec ?

Noureddine WIDAD : Là encore c’est quitte ou double. Le fait qu’une compagnie étrangère investisse au Japon dans des projets originaux, je pense personnellement que c’est une très bonne chose. Aucun studio japonais ne prend de risque actuellement en produisant quelque chose d’original. Tous les studios ont au moins une dizaine de projets originaux chacun, mais personne n’a de quoi les financer. Donc si Netflix prend ce risque, c’est une très bonne chose. En revanche si dans le futur Netflix décide de ne plus faire d’animation, ça pourrait poser un réel problème économique.

Si vous deviez recommander de façon générale une série animée, un film d’animation ou une série d’OAV, que choisiriez-vous ?

Noureddine WIDAD : Question film, il y a deux œuvres qui m’ont beaucoup impressionné à l’époque. D’abord il y a Vampire Hunter D: Blood Lust qui est excellent même s’il n’était pas fait pour le marché japonais. Ensuite il y a le huitième film de Dragon Ball Z: Broly le Super Guerrier (Dragon Ball Z: Moetsukiro!! Nessen Ressen Chô-Gekisen). C’est mon coup de cœur.
En matière de séries je pense à City Hunter mais surtout Hokuto no Ken. Et si je devais choisir un manga je dirais Toriko.

Merci Nourredine de nous avoir accordé cet entretien, nous vous souhaitons le meilleur pour les futurs projets du Studio Emon.

Noureddine WIDAD : Merci à vous et nous allons faire en sorte de montrer nos produit pour le marché français alors n’hésitez pas à nous donner votre avis !

Propos recueillis par Kobito
Transcription par ThunderGeek

Photographies : ©CL/Manga Mag, tous droits réservés.




A propos de Kobito

Kobito

Les mangas c’est comme la vie, sauf que dans les manga à la fin tu meurs rarement !

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