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One-Punch Man : entretien avec l'éditeur

One-Punch Man : entretien croisé avec l’éditeur

One-Punch Man, le manga de ONE et Yûsuke MURATA, est l’événement de ce début d’année 2016. Rarement titre aura été aussi attendu et aura tant opposé les éditeurs.
Pour l’occasion l’équipe de Kurokawa, éditrice du titre en France, a répondu à nos questions sur l’obtention du titre, sa traduction et sa mise en place.

Frédéric MALET : Traducteur

Comment as-tu été choisi pour traduire ce manga très attendu ? 
Frédéric MALET : Tout a commencé en avril 2015. J’ai été contacté par Grégoire HELLOT, directeur de collection chez Kurokawa, qui m’a demandé la liste de mes travaux de traduction, car Kurokawa était en train de faire une offre sur One-Punch Man et la condition de l’éditeur japonais était de savoir qui allait traduire ce manga et d’avoir une liste des titres que cette personne avait déjà traduits auparavant. One-Punch Man est un seinen de bagarre avec une bonne dose d’humour et Greg a pensé à moi, car je travaillais déjà sur plusieurs titres dans lesquels l’humour est très présent (Blood Lad, Gintama, Assassination classroom…).
Puis, au mois de juillet, Greg m’a recontacté pour me dire que Kurokawa avait obtenu la licence et que j’en serai le traducteur. J’étais bien sûr fou de joie.
One-Punch Man est une série que je suis depuis ses débuts, je l’avais lue sur le site de ONE et du Tonari no Young Jump avant de me procurer les tomes reliés, ça cartonnait au Japon et je savais que c’était un titre très attendu en France.
J’avais donc hâte de me mettre au boulot et d’attaquer la traduction de cette super série !

Comment se déroule ton travail de traduction sur One-Punch Man ?
F.M. : Pour la traduction, je travaille seul. Je traduis un tome environ tous les deux mois.
En revanche, pour l’adaptation, le travail se fait en collaboration avec Greg et l’équipe d’ADN en charge du simulcast de la version animée. Pratiquement tous les noms de personnages sont composés de jeux de mots en japonais qu’il est nécessaire d’adapter pour avoir une version française rigolote au possible.
Avec ADN, nous avons donc créé ensemble une bible des noms de personnages, d’attaques. On fait tous des propositions de traduction et d’adaptation, puis on retient les meilleures idées.
Par exemple, pour l’accroche du tome 1, on avait pensé à “Juste un poing ! Vous voulez pas un whisky d’abord ?” ou bien à “One-Punch Man, le manga qui met les poings sur les i et des barres dans ta g…”. C’est finalement “Un poing c’est tout !” qui a été retenu.
Avec Kurokawa et ADN, nous travaillons donc ensemble l’adaptation de ce titre et on retrouvera par conséquent les mêmes noms dans la version française du manga et de l’anime.

L’éditeur ou les auteurs avaient-ils des exigences particulières quant à la traduction ?
F.M. : One-Punch Man est un titre avec beaucoup d’humour. L’éditeur japonais voulait donc une édition française drolatique et bien adaptée tout en restant fidèle à la version originale.

Quelles sont les particularités du travail sur un titre comme One-Punch Man par rapport à d’autres ?
F.M. : Comme dit précédemment, One-Punch Man est un titre dans lequel l’humour est omniprésent. Le but est donc de faire rire les lecteurs, et il faut pour ça adapter tous les gags et tous les jeux de mots. C’est là la principale difficulté de ce titre. Et pouvoir travailler en collaboration avec des personnes comme Greg et le staff d’ADN est vraiment une excellente chose. On se tape parfois de bonnes barres dans nos échanges de mails lorsqu’on propose des idées bien débiles.

Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
F.M. : Encore une fois, la principale difficulté est l’adaptation des gags et de l’humour. J’espère vraiment que les lecteurs apprécieront la version française et qu’ils pourront rigoler autant, voire plus, que les lecteurs japonais.

Comment décrirais-tu One-Punch Man pour donner envie aux gens de le lire ?
F.M. : One-Punch Man est un manga original comme on a peu l’occasion d’en voir. On a avant tout un héros qui sort complètement de l’ordinaire et qui se distingue nettement de ceux des autres productions actuelles. Saitama ne cherche pas à devenir plus fort. Au contraire, il est déjà trop puissant et il commence à en avoir marre de rétamer tous ses adversaires en un seul coup de poing.
De plus, tous les ingrédients d’un bon seinen sont là : de l’action, de la bagarre, un humour dévastateur et une avalanche de personnages complètement loufoques. Et le tout est servi par le sublime dessin de Yusuke MURATA qui a un véritable don pour donner du punch à son manga. Bref, si vous voulez une lecture originale et vous taper de bonnes barres, lisez One-Punch Man, le nouveau manga coup de poing qui va vous mettre K.O. !

One-Punch Man
ONE-PUNCH MAN © 2012 by ONE, Yusuke Murata/SHUEISHA Inc.

Grégoire HELLOT : Directeur de collection

Qu’est-ce qui t’a attiré dans One-Punch Man ?
Grégoire HELLOT : Son coté décalé ainsi que son univers graphique très poussé.

Pourquoi être allé vers un titre Shueisha qui n’était jusqu’alors pas un éditeur très présent à votre catalogue ?
G.H. : Tout simplement parce qu’il faisait partie de notre politique d’investissement sur le numérique à l’époque où nous l’avons découvert.

Si on connait bien le dessinateur, Yusuke MURATA, on connait moins le créateur de la licence, ONE. Peux-tu nous en dire plus sur lui ?
G.H. : Malheureusement non, il s’agit d’un personnage encore assez mystérieux, même s’il est apparu à la télévision japonaise le mois dernier.

Qu’est-ce qui, selon toi, a été déterminant dans l’obtention de la licence par Kurokawa sachant que de nombreux éditeurs voulaient aussi ce titre ?
G.H. : La grande qualité de notre éditorial, mais aussi l’ampleur de notre projet marketing et communication qui était très ambitieux. Nous avons à la fois promis une édition de qualité car le manga est extrêmement foisonnant en terme de jeux de mots, et aussi un lancement d’envergure afin que le manga soit assuré d’un succès similaire à celui qu’il connaît au Japon ou aux États-Unis

Qu’attends-tu de ce titre vis-à-vis de Kurokawa ? Quels sont les enjeux ?
G.H. : L’enjeu est déjà de ne pas décevoir l’éditeur japonais ou le public français. Nous avons conscience que nous sommes très attendus au tournant, la popularité du manga s’étendant au-delà du cercle habituel des lecteurs de bande dessinée japonaise.

A quoi peut-on s’attendre, en termes de promotion, sur l’année 2016 ?
G.H. : Il y aura un dispositif en librairie lors du tome 1, ainsi qu’un rappel promotionnel à la sortie de chaque nouveau tome. Enfin, le titre sera accompagné que ce soit en communication ou en événementiel sur différents événements tout au long de l’année.

A quel rythme allez-vous publier ce titre ?
G.H. : Il y aura 5 tomes publiés dans l’année 2016. Le problème principal que nous avons est que la parution du manga au Japon est assez irrégulière. Nous devons donc mettre en place un planning de publication assez large pour ne pas nous retrouver le bec dans l’eau rapidement.

Quelle est la plus-value du manga pour les gens ayant déjà vu l’animé ?
G.H. : Elle est la même que pour un film tiré de roman: le plaisir de découvrir l’original!
Sans compter que dans un manga, on dispose de plus d’espace pour s’exprimer. Et le manga est composé d’un certain nombre d’histoires et d’épisodes inédits en dessins animés.

L’une des grandes forces de OPM, c’est qu’il fonctionne aussi très bien en numérique (même mieux sur certaines scènes), est-ce que Kurokawa prévoit de la sortir ?
G.H. : Malheureusement la balle n’est pas dans notre camp pour ce qui concerne le numérique. Les discussions sont en cours avec l’éditeur japonais.

Y a-t-il des différences entre la version pré-publiée dans le Tonari no Young Jump et la version reliée que vous éditez ?
G.H. : Bien sur, la plupart des pages animées ont malheureusement disparues de la version papier.

Le simultrad est l’un des nouveaux modes de luttes contre le piratage. Peut-on en espérer un pour OPM?
G.H. :  Malheureusement la réponse ne nous appartient pas encore…

Toi qui t’investit personnellement dans la promotion des titres Kurokawa, vas-tu te raser la tête pour faire un cosplay Saitama à Japan Expo ?
Grégoire : Pas de spoilers SVP !

Comment décrirais-tu One-Punch Man pour donner envie aux gens de le lire ?
G.H. :  Au delà de l’humour, il s’agit d’un méta-manga d’une grande qualité dont le niveau d’écriture et de réflexion sur l’existence même du héros et son rapport à la société en impressionnera plus d’un !

One-Punch Man 1  One Punch-Man 2 JP One Punch-Man 10 JP

Fabien VAUTRIN : Directeur artistique

Quel est ton rôle vis-à-vis de ce titre ?
Fabien VAUTRIN : Sur One-Punch Man, mon travail s’est concentré sur la promotion et le marketing. Cela a commencé dès les négociations avec l’éditeur japonais afin de lui montrer la campagne de lancement que nous souhaitions proposer pour la sortie. J’ai créé de nombreux matériels pour les points de vente afin de mettre le titre en valeur, ainsi qu’une campagne de publicité pour le métro, les gares et les kiosques. J’ai aussi participé avec Greg, Frédéric et l’équipe d’ADN au brainstorming autour de la traduction des termes spécifiques à l’univers de One-Punch Man.

One-Punch Man est un gros enjeu pour Kurokawa. Quelle va être la campagne mise en place pour ce titre ?
F.V. : Depuis la création de Kurokawa en 2005, c’est probablement la plus grosse campagne qu’il nous ait été donné de faire. Pour les lancements, il arrive que l’on privilégie les points de vente ou la publicité par exemple. Mais sur One-Punch Man, nous avons utilisé toute l’expérience acquise depuis 10 ans pour faire le maximum de choses possibles avec le budget qu’on nous avait alloué. Toute l’équipe marketing s’est donnée à fond !

Quel travail graphique cela t’a demandé ?
Y a-t-il des éléments graphiques que tu as eu du mal à adapter ?
F.V. : Il y a eu un gros travail de création pour les matériels destinés aux points de vente. Celui sur lequel j’ai passé le plus de temps est le bâtiment détruit inspiré de l’immeuble où habite Saitama. Concernant les difficultés, nous avions un nombre restreint d’illustrations couleur à notre disposition et le dessin de Saitama, poing en avant, que nous comptions utiliser comme visuel pour la campagne avait une petite particularité. En effet, son autre poing était en partie recouvert par un second personnage et il a fallu ruser pour l’utiliser seul car nous ne pouvions pas redessiner les parties cachées.

Comment décrirais-tu One-Punch Man pour donner envie aux gens de le lire ?
F.V. : Dans une époque où on a tendance à intellectualiser les choses à outrance, où l’on a presque honte d’apprécier une œuvre fun, One-Punch Man réussit un bel équilibre en proposant un manga à l’action débridée qui ne prend pas ses lecteurs pour des idiots !

Propos recueillis par KUBO
Merci à Aurélie de Games of Com pour l’organisation de l’entretien

A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

Un commentaire

  1. Excellente cette interview croisée !
    C’est tout de même un sacré pari de la part de Shueisha d’avoir attribué OPM a un éditeur avec lequel ils n’ont quasiment aucun passif : de mémoire Kuro publie juste Wolf girl and black prince, Hamatora et OPM de leur catalogue pour le moment. Pour moi c’est cool car j’adore Kuro et leurs responsable Fabien et Grégoire que je trouve toujours hyper passionnant à chaque fois qu’on leur tend un micro. Une sacrée reconnaissance pour leur travail qui je l’espère amènera Shueisha a leur attribué d’autres mangas !

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