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[Interview] J.P. NISHI, auteur d'À nos amours (Kana)

[Interview] J.P. NISHI, auteur d’À nos amours (Kana)

A l’occasion de sa venue en France pour le salon Livre Paris où il est venu présenter sa dernière œuvre : A nos amours paru chez Kana, nous avons pu rencontrer le mangaka J.P. NISHI et lui poser quelques questions.

Monsieur NISHI, pouvez-vous nous expliquer comment vous en êtes venu au manga ?

J.P. NISHI : Je suis tout simplement un japonais qui a vécu plusieurs années à Paris, qui s’est mis a dessiner ce qu’il avait vécu, qui a finit par se marier avec une française et qui continue à dessiner ce qui lui arrive dans sa vie.

Je « mange » du manga depuis que je suis tout petit, j’en ai lu énormément. Quand je suis arrivé en âge de pouvoir proposer un manga à un concours d’un magazine de prépublication, je l’ai fait et je l’ai gagné. Ça m’a ouvert des portes et notamment une, celle de l’assistanat d’un dessinateur professionnel : Yukio TAMAI, un auteur de seinen de science-fiction.

Pourquoi avoir choisi Jean-Paul comme pseudonyme ?

J.P. NISHI : C’est mon éditeur qui m’a donné ce prénom. Jean-Paul, c’est un nom typiquement français et le son est un peu drôle pour les japonais. C’est aussi celui d’un grand acteur, Jean Paul BELMONDO.

Vous avez vécu un peu France, ce que vous racontez dans vos premiers ouvrages. Qu’est-ce que vous retenez de cette expérience française ?

J.P. NISHI : Il y a eu plein de choses un petit peu difficiles bien sûr mais rien n’a été insurmontable. Ce que je retiens surtout, ce sont les relations humaines qui étaient très positives. À l’époque, j’étais jeune donc je pouvais faire plein de choses et je me suis beaucoup amusé.

On pourrait presque dire que vous êtes le mangaka le plus français qu’il y soit. Entre votre pseudo et ce que vous écrivez… Est-ce que vous sentez un attachement particulier envers la France et les français ?

J.P. NISHI : Il est clair que, si on compare aux autres mangakas, je m’intéresse plus à la France qu’eux et je la connais aussi mieux qu’eux. J’ai effectivement un sentiment particulier vis à vis de la France donc je perçois les choses peut-être différemment d’autres auteurs.

L’un de mes amis dessinateurs américains, Philip SMITH me disait « Ah toi, t’es comme un français ». Au contact de la France, j’ai peut-être un peu changé, le pays a du déteindre sur moi !

De plus, les attitudes des français m’intéressent vraiment !

Est-ce que vous pensez que, sans ce séjour, vous seriez allé dans le domaine du manga ? Sinon, qu’est-ce que vous pensiez faire de votre carrière ?

J.P. NISHI : Je pense que je serais quand même devenir dessinateur de manga parce qu’avant de venir à Paris, je l’étais déjà ! J’avais déjà publié environ 4 épisodes de fiction dans des magazines et l’un d’entre eux parlait des travailleurs pauvres dans la jeunesse japonaise et les autres de science-fiction donc j’aurais continué dans cette voie. Sous mon vrai nom, j’ai aussi publié l’adaptation en manga d’un roman.

Est-ce que j’aurai rencontré le même succès ? Ça, c’est une autre question à laquelle je ne peux pas répondre mais je suis quasiment sûr que, même si j’avais du continuer à faire des petits boulots à côté, je serai resté dessinateur de manga.

En France, on ne vous connait que pour votre trait humoristique et vos mangas sur la France. Est-ce que, une fois « À nos amours » terminé, vous pensez revenir à des récits de science-fiction ?

J.P. NISHI : Pour l’instant, c’est vrai que je raconte surtout ce qui m’arrive au quotidien mais, plutôt que de me dire « Ah quand j’aurais fini ça, je commencerai autre chose », je réfléchis à beaucoup de projets. Plutôt qu’après, je me dis plutôt « en même temps ». Je peux peut-être faire les choses simultanément et j’en discute avec l’éditeur qui me donnera peut-être le feu vert sur un projet. Pour l’instant, ma série en cours marche très bien et je continue mais j’ai plein d’autres choses en tête !

Dans vos titres, vous dites souvent que vous êtes venus en France par amour pour la BD. Quels sont les auteurs qui vous passionnent, autant en Europe qu’au Japon ? 

Fatale Max Cabanes
Fatale de Max Cabanes

J.P. NISHI : Le premier auteur de BD dont j’ai vu les planches et devant lequel je suis tombé en admiration était présenté dans un magazine japonais n’est autre que Max CABANES. Un autre dont je déforme peut-être le nom est Alex BARBIER. C’est un peu ancien mais ce sont les gens qui m’ont marqué.

J’ai eu un choc la première fois que j’ai vu des BDs de Max CABANES à cause de la beauté des images. En manga, on n’a pas le temps de peaufiner autant et de mettre de la couleur et je trouvais que chaque case était une oeuvre d’art.

Dans les mangakas, il y en a beaucoup mais je peux citer Fujiko FUJIO (Doraemon), Akira TORIYAMA (Dragon Ball), Tetsuo HARA (Hokuto no Ken) et beaucoup d’autres mangakas du Shônen Jump puisque j’ai commencé à lire des mangas très jeune vu que les jeux vidéo étaient interdits à la maison.

Quelle est la spécificité culturelle française qui vous a posé le plus de soucis lors de votre arrivée ?

J.P. NISHI : Cette espèce d’agressivité de la vie quotidienne qui, je l’ai compris, n’est pas forcément volontaire. Par exemple, tout à l’heure, je faisais tranquillement la queue pour acheter une bouteille d’eau pour le petit et il y a une personne qui est arrivée derrière lui et qui est passée devant. Toutes ces petites choses qui impliquent un rapport de force, même minime, dans la société et qui revient tout le temps dans la vie à la française. Si on ne sait pas et qu’on arrive, on se fait avoir à chaque fois. Maintenant, je le sais et je me prépare psychologiquement : En France, il faut se battre ! Pour moi, c’est un peu contre-nature.

C’est drôle parce que les Français qui partent au Japon apprécient justement que les Japonais respectent ces petites choses ! 

J.P. NISHI : Il y a quand même un changement qui se produit chez les français qui vont au Japon. Quand ils reviennent en France et qu’ils ont affaire à des japonais, ils se comportent comme au Japon. Ils savent quelle attitude il faut adopter face à un japonais mais pour ça, il faut avoir vécu au Japon.

Vous portez un regard souvent dur envers les Japonais installés en France, vous ne trouvez pas ?

J.P. NISHI : Je ne pense pas. Je crois que vous faites allusion à une discussion avec des japonaises de Paris. Moi, je suis un japonais venu à Paris et japonais/japonaise n’ont pas le même regard. Ces dernières se sentent très libres et avoir un regard critique qui ne se retrouverait pas chez un homme japonais. Ça créé donc des discussions qui peuvent paraître un peu tendues mais je n’ai pas eu la sensation d’être trop sévère avec elles.

Vous parlez beaucoup de Paris mais… avez-vous déjà visité d’autres villes françaises ? Comment les voyez-vous comparées à la capitale ?

J.P. NISHI : Je suis allé à plusieurs endroits dont Lyon, Lille, Colmar, Marseille, Bayonne et Strasbourg mais je n’ai pas vraiment senti beaucoup de différences avec Paris. Les Français me disent toujours : « Toi, t’es allé qu’à Paris ! Va ailleurs et tu vas voir, c’est complètement différent ! ». Je n’ai pas eu l’impression que ça soit si différent que ça. Par contre, je vois très bien les différences entre la France et le Japon.

Karyn NISHIMURA-POUPÉE (épouse de l’auteur) : Pour l’anecdote, il est allé à Colmar parce qu’il voulait aller à Arles. C’est l’agent de la SNCF qui lui a dit qu’il fallait passer par là ! Même s’il a voyagé en période blanche, il n’a pas vraiment pu voir la beauté de la ville puisqu’il était malade.

Si vous deviez choisir votre élément culturel français et votre élément culturel japonais préférés, quels seraient-ils ?

J.P. NISHI : Je suis avant tout quelqu’un qui aime les gens. J’ai donc plutôt tendance à comparer la culture qu’ils portent plutôt que quelque chose de trop général. Chez les japonais, l’élément culturel porté que je préfère, c’est le respect mutuel. Ça fait partie de la société. Du côté français, c’est la facilité de communication, cette spontanéité particulière et l’existence du bisou !

Propos recueillis par Kubo

Traduction : Karyn NISHIMURA-POUPEE
Nos remerciements à l’équipe Kana

A nos amours , tome 1

Price: EUR 12,00

4.0 étoiles sur 5 (3 customer reviews)

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A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

Un commentaire

  1. Merci pour l’article ! Je ne connaissais pas du tout JP Nishi. Son regard sur la France a l’air vraiment drôle ! C’est en tout cas toujours interessant de se découvrir dans le regard d’un autre, en particulier japonais. Je vais me les trouver !

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