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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

[Interview] Sylvain DOS SANTOS, Rémi GUÉRIN & Guillaume LAPEYRE, auteurs de Booksterz (Kana)

Entretien avec les auteurs de Booksterz (Kana)

À l’occasion de Japan ExpoKana présentait sa nouveauté française de la rentrée : Booksterz, une série sur laquelle on retrouve deux auteurs bien connus de ceux qui suivent la production française de mangas, Rémi GUÉRIN et Guillaume LAPEYRE (le duo à l’origine City Hall), ainsi qu’un troisième larron à l’écriture, Sylvain DOS SANTOS.

© 2016 Lapeyre – Guérin – Dos Santos - KANA (Dargaud-Lombard s.a.)
© 2016 Lapeyre – Guérin – Dos Santos – KANA (Dargaud-Lombard s.a.)

Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, est-ce que vous pouvez vous présenter et nous donner une information que vous n’avez donnée dans aucune autre interview ?

Sylvain DOS SANTOS : Je m’appelle Sylvain DOS SANTOS et j’ai écrit Booksterz avec Rémy. L’info en plus, c’est que je travaille aussi dans l’animation et que je suis en train de développer un shônen de football pour Disney.

Rémi GUÉRIN : Moi je m’appelle Rémi GUÉRIN et je suis l’autre scénariste de la série Booksterz. Je suis aussi l’auteur de City Hall pour ceux qui connaissent un peu le manga français et une information que je n’ai pas donnée avant, c’est que j’ai monté, il y a maintenant 1 an, un studio d’écriture transmédia avec d’autres auteurs et je suis donc président de société qui s’appelle Termites Factory. 

Guillaume LAPEYRE : Moi, c’est Guillaume LAPEYRE, dessinateur à tendance manga et j’aime les tortellinis au pesto. Avec François DESCRAQUES, j’ai dessiné Le Visiteur du futur : La Brigade temporelle, un spin-off de la série TV qui est sorti le 8 juillet.

Comment en êtes-vous arrivés à travailler pour Kana ?

Guillaume LAPEYRE : À la base Booksters, c’est un projet transmédia. Le manga devrait être accompagné d’un roman et on a l’ambition de faire un jeu vidéo ainsi qu’un dessin animé. Chez l’éditeur Ankama (NdlR : City Hall, précédente série de deux des trois auteurs est sorti chez cet éditeur), c’était assez compliqué parce qu’ils ont déjà le mastodonte Dofus. 

On sentait que ce n’était pas opportun pour nous de développer un deuxième projet transmédia chez cet éditeur de peur de ne pas avoir suffisamment de libertés chez eux. Pour ma part, j’avais de bons échos de Kana via Elsa BRANTS (NdlR : auteure de Save Me Pythie), qui est mon épouse. Cet éditeur souhaitait travailler avec nous selon des petits bruits de couloir que l’on avait entendu. On a donc pensé que c’était une bonne idée et on leur a présenté le projet.

Rémi GUÉRIN : On a toujours de très bons rapports avec Ankama, ce n’est pas le soucis. Guillaume fait La Brigade temporelle et moi le spin-off de City Hall mais ce qui a été très motivant, c’est qu’il y avait une véritable envie de Kana de travailler avec nous et il n’y a rien de plus agréable d’avoir un éditeur dans cet état d’esprit. Lorsqu’on leur a apporté Booksterz, ils ont été séduit tout de suite en tout cas.

D’où vous est venue l’idée de Booksterz. On sent une petite influence Yu-Gi-Oh ! et Pokémon, non ?

Sylvain DOS SANTOS : Un jour, je lisais un magazine de Japanim’, j’ai vu 2 illustrations d’Alice au Pays des Merveilles en mode manga et je me suis dit : « Tiens, ça ferait des super personnages de jeu de baston ». En partant de là, je me suis dit que ça serait énorme de voir des affrontements la petite sirène et Frankenstein ou entre le petit chaperon rouge et Lancelot.

Je parle bien sûr de la petite sirène d’ANDERSEN. Pour les personnages de Booksterz, on travaille sur les versions des contes papiers et pas avec les versions Disney. Je suis d’ailleurs un gros consommateur de ce genre d’oeuvres mais j’aime aussi beaucoup Pokémon, Yu-Gi-Oh! et aussi Yokai Watch en ce moment. Il y a donc une filiation presque naturelle et c’est ce qui fait que c’était intéressant de travailler avec Rémi parce que lui, ce n’est pas du tout son truc.

Rémi GUÉRIN : En réalité, je suis très littéraire et je lis énormément de romans. Pour le coup, ma culture manga, elle est surtout shônen. Pour le reste, elle est proche du zéro absolu. J’ai lu deux mangas que Guillaume m’a conseillé, Death Note et Hikaru No Go. Je n’en ai pas lu et je n’en lis toujours pas aujourd’hui. Ce n’est pas que ça ne m’intéresse pas mais j’ai vu quelques adaptations animées par contre. Je suis de la génération Club Dorothée donc j’ai grandi avec cette culture là, ça fait partie de ma vie mais pas forcément en manga papier.

Sylvain DOS SANTOS : C’est aussi ce qui a fait que City Hall possède une écriture qui sort du lot et du cadre de ce que l’on a l’habitude de lire quand on consomme du manga. Moi, c’est ce qui m’a plu à la base. Je les ai rencontrés parce que je suis fan de City Hall et travailler avec Rémi, c’est super enrichissant parce qu’on a pas du tout les mêmes références, les même réflexes…

Rémi GUÉRIN : Tout à fait et inversement, je n’ai jamais autant appris en écriture shônen qu’en travaillant avec Sylvain parce que toute la dimension « combat un peu épique délirant », c’est totalement étranger à ma culture et il apporte un souffle nouveau à mon travail.

Guillaume LAPEYRE : C’est vrai que si toi le lecteur tu aimes bien le shônen japonais, il vaut mieux  se tourner vers Radiant (NdlR : Titre en cours de Tony VALENTE avec 5 disponibles chez Ankama, c’est le premier « manga français » à être publié au Japon), Si tu aimes le format manga mais avec ce petit truc en plus qui fait que c’est plus occidental que japonais, viens plutôt vers Booksterz.

En parlant de ça, est-ce que vous définiriez votre œuvre comme un shônen ou plutôt un kodomo ?

Guillaume LAPEYRE : Non ce n’est vraiment pas Animal Kingdom (NdlR : Manga de Makoto RAIKU publié par Ki-oon dans sa collection Kids), le kodomo, c’est vraiment plus petit. Moi, j’ai l’impression que c’est du shônen mais comme on l’entend au japon : c’est à partir de 10-15 ans. Souvent en France, on dit shônen mais les titres sont plutôt ciblés pour les adolescents.

Sylvain DOS SANTOS : Là on aborde des thèmes qui sont pas très kodomo. Il y a un rapport à la mort qui est présent assez rapidement, des choses assez dures qui ne passeraient pas probablement pas au Japon pour cette tranche d’âge. Au niveau de l’ambiance, on se rapprocherait plus d’un Harry Potter.

Pourquoi avoir choisi le shônen, qu’est-ce qui vous change de la production franco-belge ?

Rémi GUÉRIN : Comme tu t’en doutes, ce n’était évidemment pas mon choix donc je vais les laisser répondre !

Sylvain DOS SANTOS : En fait, je ne sais faire que ça et c’est vraiment tout ce que j’aime faire, lire ou voir donc je ne pouvais pas m’imaginer faire autre chose. Il y a aussi l’apport de Kana qui était important à ce moment là et qui avait une vraie volonté éditoriale de faire de cette histoire un shônen

Rémi GUÉRIN : C’est comme ça qu’ils le voyaient et ils nous ont beaucoup accompagné dans le processus de création. On a aussi beaucoup discuté de la direction à prendre et l’éditeur y a participé. C’était un développement à la japonaise.

Sylvain DOS SANTOS : Autre que l’on a pas dit dans d’autres interview et qui est important, c’est que Kana était très présent au niveau éditorial. On nous a aiguillé, guidé vers quelque chose. C’est mon premier manga donc je ne peux pas parler pour les autres sachant que j’ai fait beaucoup de BDs, je peux te dire que ça change par rapport à d’autres éditeurs. On ne se sent pas seul et on sent qu’il y a un vrai avis derrière, une vraie vision d’ensemble.

Rémi GUÉRIN : C’est vrai qu’on est moins jeté dans la nature. J’avais le même sentiment d’accompagnement chez Ankama et effectivement, je rejoins Sylvain sur ce qu’il a dit au niveau du monde de la BD, l’aide est proche de zéro. Aujourd’hui, on a presque 5 personnes qui travaillent autour de cette série !

Beaucoup de bras… trop de bras… Comment ça marche l’organisation ?

Rémi GUÉRIN : Beaucoup de bras… beaucoup de chocolats ! Non, mais tu as deux auteurs graphiques et deux auteurs littéraires. Sylvain et moi, on a beaucoup discuté entre nous et le scénario, on l’a écrit ensemble et on s’est corrigés l’un l’autre. Ensuite, il y eu un gros travail de recherche graphique pour Guillaume et Alexandre (la quatrième main). On ne se rejoignait qu’à un seul niveau : pour la préparation du story-board.

Sylvain DOS SANTOS : Guillaume et Rémy faisaient la charnière. Eux, ils ont l’habitude de travailler ensemble et du coup moi je travaillais avec Rémy, et Alexandre bossait avec Guillaume. En tant que charnière de City Hall, ils savaient comment s’organiser donc ils nous ont appris et tout était hyper fluide.

Guillaume LAPEYRE : Pour ma part, j’ai un co-créateur de décors qui s’appelle Alexandre DESMASSIAS qui fait tous mes décors à partir de Booksterz et donc aussi sur La Brigade temporelle. Il sera aussi là sur mes prochaines séries s’il le souhaite. Il a même fait l’épilogue de City Hall… C’est fou ce qu’il m’avance comme boulot !

Au final vous êtes presque un petit studio ?

Tous les 3 : Tout à fait !

Combien de temps vous prend la réalisation d’un tome et quel rythme de publication avez-vous envisagé ?

Guillaume LAPEYRE : Même quand j’étais en franco-belge, on va dire que j’étais un « dessinateur rapide ». J’en ai fait 7 pendant 3 ans tout seul. Étant moi-même lecteur de manga et consommateur de séries TV, je donne toujours le même exemple : « Quand j’ai découvert le premier épisode de Dr House, j’ai adoré. Le deuxième n’était pas là un an après mais la semaine d’après. »

Avec Booksterz, on ne peut pas aller aussi vite parce qu’on pas l’infrastructure mais si je l’avais, je le ferais… On veut être réalistes et du coup, on vise un rythme d’un volume tous les 5 ou 6 mois. Pour le coup, le tome 3 est écrit.

En ce qui concerne les sorties, le tome 1 arrivera en septembre, le 2 devrait être en librairie en décembre ou janvier et le troisième sortira au printemps 2017. Il n’y aura pas énormément d’attente.

Après, il faut faire attention. Je pense qu’on a mal éduqué le public français. Les éditeurs ont tellement acheté de nouveautés japonaises et ont tellement habitué le lecteur français à avoir son volume tous les 2 ou 3 mois que c’est difficile… Une fois les publications japonaises rattrapées, ça devient beaucoup plus compliqué et les lecteurs râlent un peu alors qu’au Japon, il n’est pas rare d’avoir un tome tous les 6 mois pour une bonne série…

Quel est le personnage que vous préférez dessiner ?

Guillaume LAPEYRE : Tous ! Le plus ennuyeux, ça reste les cheveux ! J’aime bien le rival parce que c’est un peu le Vegeta d’avant et j’aime bien Barbe Bleue parce que c’est un gros bonhomme gigantesque !

Qui n’aime pas barbe bleue de toute façon ?

Ensemble : Ses femmes !

Guillaume LAPEYRE : On a eu du mal avec Renard, le vilain. C’est toujours plus difficile à faire parce qu’il doit être plus charismatique que le gentil. On voulait un personnage « normal » donc on a estimé que ses actions étaient plus importantes que son apparence. J’avoue que j’ai un peu de regrets par rapport à ça. J’aurais vu le personnage avec une petite armure mais non il ressemble à un vrai renard !

Portrait chinois de Sylvain DOS SANTOS :
Un manga : One Piece d’Eiichiro ODA
Un auteur : Christophe ARLESTON (ou Aristote pour que ça soit plus cool)
Un livre : Les Contes de Charles PERRAULT.
Un groupe de musique : Akira
Un plat : Pâtes à la bolognaise
Un bonbon : Les mi-choco
Un type de pain : Le pain pita
Un pouvoir : Transformer tout en glace
Un couple : Sanji & Zoro

Portrait chinois de Rémi GUÉRIN :
Un manga : Death Note de Takeshi OBATA & Tsugumi OHBA
Un auteur : Joe HILL
Un livre : Justine ou les Malheurs de la vertu du Marquis de Sade
Un groupe de musique : U2
Un plat : La poutine
Un bonbon : Les oursons en chocolat
Un type de pain : Le pain aux graines de sésames
Un pouvoir : Voler
Un couple : Indiana & Demi-Lune !

Portrait chinois de Guillaume LAPEYRE :
Un manga : Death Note de Takeshi OBATA & Tsugumi OHBA
Un auteur : Takeshi OBATA
Un livre : Marche ou crève de Stephen KING
Un groupe de musique : Metallica
Un plat : Les pâtes au pesto
Un bonbon : Les fraises Tagada
Un type de pain : Le pain abricot-figues de chez Auchan
Un pouvoir : Faire une sauvegarde et pouvoir remonter le temps comme dans All You Need Is Kill
Un couple : Indiana & Henry Jones

Propos recueillis par Ours256 pour Manga Mag

Merci aux équipes de Kana et de Japan Expo.




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

3 commentaires

  1. Merci pour l’avalanche d’interviews, c’est bien sympa à lire

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