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[Interview] Izumi MATSUMOTO, mangaka tout simplement

Pour les 15 ans de Japan Expo, les créateurs du festival ont fait le choix d’un auteur rétro comme invité d’honneur : Izumi MATSUMOTO, l’auteur de Kimagure Orange Road (paru en France chez Tonkam), aussi connu en France sous le nom de Max et Compagnie. Retour sur un entretien avec un mangaka très simple dont l’oeuvre a su rester dans la mémoire collective.

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Il y a un paradoxe dans la série c’est l’envie d’être adulte de Kyosuke et en même temps le lecteur ressent un sentiment de tristesse parce que l’adolescence s’en va. Est-ce intentionnel de votre part, l’avez-vous ressenti comme ça ?

Izumi MATSUMOTO : Orange Road est une comédie romantique. En ce qui concerne les relations amoureuses entre les personnages, c’est vrai qu’il y a une part d’autobiographie. Cette envie de devenir adulte de Kyosuke, je pense que c’est quelque chose qui est relativement universel, je pense que tout le monde a envie de devenir adulte.

Tout le monde, peu importe l’envie, devient adulte, qu’il le veuille ou non. Au Japon, la période de l’adolescence commence au collège et se termine au lycée ou au début de l’université. On rentre alors dans une entreprise et c’est pour ça qu’au début, j’ai voulu dessiner Kyosuke comme un personnage relativement jeune, Madoka est évidement plus adulte…

Je me suis dit qu’il était nécessaire justement de décrire ce processus de l’enfant qui devient petit à petit un adulte

Ce n’est pas ce qu’elle attend que Kyosuke devienne adulte ? 

Izumi MATSUMOTO : Je pense, effectivement, que Madoka, garde dans un coin de sa tête cette envie que Kyosuke grandisse un petit peu. Je pense que c’est quelque chose d’universel.

On dit souvent que les filles sont plus avancées en âge, sont plus mures surtout pendant cette période. Au contraire, les garçons sont souvent un peu plus jeunes et mettent un peu plus de temps à murir.

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Madoka sort des archétypes des personnages féminins. Qui vous a inspiré pour ce personnage que l’on pourrait qualifier de quasiment féministe de nos jours ?

Izumi MATSUMOTO : Jusqu’alors, les personnages féminins principaux qui étaient représentés dans les manga étaient des filles qui étaient jolies, sérieuses, qui prenaient des responsabilités. Elles pouvaient être déléguées de classe ou des filles que tout le monde pouvait admirer.

Finalement, dans les années 80, il y a eu un phénomène dans le manga qui était celui de représenter beaucoup de petits délinquants, des furyo et donc évidemment c’était souvent des garçons qui étaient représentés.

Une mangaka qui s’appelle Fusako KURAMOCHI a justement dessiné ces garçons dans ses histoires, ces loubards qui tombaient parfois amoureux de filles pures, innocentes.

Moi, j’ai voulu faire le contraire en faisant de Madoka une fille qui avait une apparence de délinquante, même si elle est gentille au fond, qui tombait amoureux d’un personnage masculin qui, lui, est plutôt pur et innocent.

C’est vrai qu’à l’époque, il n’y avait pas d’histoire d’amour qui représentait ce genre de situation dans les shônen. J’ai voulu intégrer ce genre d’éléments dans mon histoire : les filles n’étaient pas représentées comme des personnages sexuellement attirants, on les trouvait kawaii mais pas sexy.

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© 1987 MATSUMOTO Izumi / Tôhô, Pierrot Co.,Ltd.

Pouvez-vous nous révéler un secret sur le personnage de Madoka ?

Izumi MATSUMOTO : Certains grands grands fans japonais le savent déjà mais je pense qu’en France, ça reste relativement inédit. Il faut savoir qu’à l’origine, je comptais donner un grand frère à Hikaru, un grand frère qui était leader d’un gang de bosozoku (NdlR : des voyous à moto) et qui était très cool, attirant même.

Ce chef de clan était en fait en relation amoureuse avec Madoka, au moment où Kyosuke la rencontre, elle avait déjà un petit ami. On se trouvait alors dans un carré amoureux (et non pas un triangle comme ça l’est dans la série) sauf que, quand j’ai dit ça à l’éditeur, il m’a dit que ça allait devenir vraiment difficile à comprendre pour les lecteurs si on rajoutait un personnage.

Au début de la série, on voit souvent Madoka en train de rêver à l’école sur son bureau en regardant la fenêtre. Pour moi, elle est en train de penser à son petit ami qui est donc le grand frère de Hikaru. L’éditeur m’a dit que ça allait être vraiment compliqué donc ce fameux grand frère n’est jamais apparu dans mon manga.

Il y a un aspect fantastique dans Orange Road avec les pouvoirs de la famille Kazuka. Vous le faites de manière assez subtile, souvent au second plan par rapport à la romance. Vouliez-vous vraiment les limiter ?

Izumi MATSUMOTO : Comme je le disais, il y avait très peu de comédies romantiques dans le Shônen Jump à l’époque. On trouvait beaucoup de « shônen pur » avec du combat comme Hokuto no Ken (ou Ken le Survivant).

Ce que j’ai voulu faire, c’est intégrer de la science-fiction, un peu de fantastique dans cette comédie romantique. Pour ce faire, j’étais influencé par un dessinateur qui s’appelle Anderson ZOLLER qui inclue des pouvoirs de manière subtile.

J’ai donc, moi aussi, essayé d’expliquer d’où venait les pouvoirs de la famille Kazuka de manière intelligente. J’ai toujours voulu garder cet élément en arrière-plan parce que je pense qu’il y avait des risques que ça ce superpose avec ce qui existe déjà dans le Jump.

Par exemple, dans les combats de Hokuto no Ken, le héros dispose de capacités extraordinaires, les autres personnages aussi et c’est très bien comme ça car c’est le propre de cette histoire. J’ai toujours voulu garder l’élément comédie romantique au centre de la mienne et je pense que c’est ça qui a marché au final.

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© 1987 MATSUMOTO Izumi / Tôhô, Pierrot Co.,Ltd.

En France, on a d’abord connu votre oeuvre par la série animée. Qu’avez-vous pensé de l’adaptation ? Y avez-vous participé ? Qu’avez-vous pensé du film qui vient conclure la série ?

Izumi MATSUMOTO : Au niveau de l’adaptation animée, il y avait un très bon staff avec des personnes comme Tomomitsu MOCHIZUKI et Akemi TAKAHATA qui ont adapté à merveilles mon travail. Je regardais à la télé quand j’avais le temps et je le trouvais bien adapté.

J’ai commencé à participer aux animations u films à partir du moment où le manga a fini d’être publié dans le Jump car je n’avais absolument pas le temps de faire autre chose à ce moment là, devant rendre des planches chaque semaine. Ce n’est que lors de la production du 2ème film que j’ai eu du temps pour me consacrer à ce genre de travail.

Concernant Shin Kimagure Orange Road, je ne le perçois pas vraiment comme une suite. Chronologiquement, on trouve un Kyosuke qui a grandi, on arrive dans le futur mais en réalité c’est un Kyosuke du passé qui est projeté dans le futur. C’est comme ça que le triangle amoureux resurgit plus tard.

Ce n’est vraiment pas une fin puisqu’il revient dans le passé. Il voit son futur et il est possible de voir encore une suite à ce film. Kyosuke fait un saut dans le temps à la suite d’un accident de voiture donc même s’il y a un peu moins du côté des capacités du héros, je ne pense pas qu’il y a moins de fantastique dans Shin Kimagure Orange Road. Le voyage dans le temps est déjà un élément suffisamment important pour ne pas avoir eu à rajouter des éléments fantastiques à ce moment là.

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Kimagure Orange Road est une série qui a introduit la culture japonaise en France, en êtes-vous conscient et qu’en pensez-vous ?

Izumi MATSUMOTO : Je vous remercie de considérer mon manga comme étant un titre ayant introduit la culture japonaise en France mais, à vrai dire, je n’en ai pas conscience.

Je ne le réalise vraiment qu’au moment où vous me posez cette question. En tout cas, je suis très content de rencontrer tous mes fans français et de voir à quel point ils aiment mon travail et ça me fait vraiment chaud au cœur.

Vous vivez avec la maladie depuis 9 ans, comment allez-vous maintenant ?

Izumi MATSUMOTO : En réalité, ça fait plutôt 15 ans que cette maladie s’est déclenchée, c’était en 1999. Aujourd’hui, ça va plutôt bien, je suis venu en France en bonne forme, un petit peu fatigué mais c’est vrai que pendant ces 15 ans, j’ai eu beaucoup d’interventions, j’ai suivi beaucoup de traitements. Je prends beaucoup de médicaments chaque jour, chaque midi, chaque soir. Merci de vous soucier de ma santé.

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Remerciements :

Le staff Japan Expo pour l’organisation de l’interview et la traduction.

Mini conférence en présence d’Ours256 pour Manga Mag ainsi que de nombreux autres médias.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

Un commentaire

  1. Merci Ours pour l’interview de ce grand Mangaka ! Je dois admettre que l’anime a eu plus d’impact sur moi que le manga, en particulier les derniers films. Mais je réalisé en fait que c’est surtout la partie de cette licence sur laquelle l’auteur n’a pas vraiment été impliqué… La Madoka de l’anime est infiniment plus touchant que la Madoka du manga. Le trait était mieux appliqué et l’univers musical a du jouer un role dans cette reception. Quoi qu’il en soit, c’est clairement une histoire qui marque une génération. Merci a Matsumoto et bon rétablissement a lui !

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