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[Interview] guilt | pleasure parle d’In These Words

Avec la sortie du deuxième tome d’In These Words, les éditions Taïfu en ont profité pour faire venir les auteures du duo guilt | pleasure à Japan Expo. La bonne nouvelle, aucune n’a sa langue dans sa poche !

Manga Mag : Bonjour, pour commencer, est-ce que vous pouvez nous donner un détail sur vous que n’avez pas encore révélé et que vous ne révélerez plus ? 

Narcissus : C’est difficile ! En général, vous les journalistes, vous nous faites pensez à des choses auxquelles on ne pense pas directement et là, c’est… comment dire… pire ! (rires).

Jun TOGAI : Je suis une maman foot le jour et une dessinatrice de yaoi la nuit.

Narcissus : Pour ma part, je n’ai jamais caché mon métier vis à vis de mes parents. J’ai toujours été très directe. En réalité, ils sont très heureux que je fasse ce métier dans la mesure où, quand j’étais policière, ils avaient toujours peur pour moi.

Manga Mag : Qu’est-ce qui vous a amené à travailler toutes les deux ?

Narcissus : C’était accidentel dans la mesure où nous avons un ami en commun. J’organisai une convention yaoi et comme c’est une fujoshi acharnée, un jour, l’ami en question l’a ramenée et on s’est juste vues il y a 6 ou 7 ans. Deux ou trois ans plus tard, elle m’a envoyé un message me disant qu’elle travaillait sur un yaoi, sur l’aspect marketing du titre.

Jun TOGAI : J’étais bloquée au niveau de l’histoire en fait donc je lui ai demandé quelques conseils. Une chose en entraînant une autre… On a continué a échanger des idées. L’une d’entre elles m’a plus et je lui ai demandé de travailler avec moi. Il y a donc vraiment eu une chaîne de coïncidences qui a mené à notre collaboration.

Narcissus : En plus, à l’époque, on avait toutes les deux un travail plus traditionnel donc il n’y avait rien de vraiment calculé !

Manga Mag : Parlez moi un peu du quotidien de votre vie d’auteur de manga aux Etats-Unis.

Jun TOGAI : Même si un grand nombre de jeunes aiment le manga aux Etats-Unis, la plupart des sorties de BDs reste estampillée « super-héros » avec les grosses cylindrées Marvel, DC et Image. Si je dessine du manga, c’est parce que je suis passionnée.

Si je voulais faire beaucoup d’argent, j’aurais fait autre chose. C’est différent de l’Asie où tout le monde lit de la bande dessinée et où il y a plus ou moins de tout pour chaque tranche d’âge. Je suis plutôt étonnée à chaque fois par l’accueil des fans en convention, surtout aux Etats-Unis.

Manga Mag : Quel est le type de personnage sur lequel vous préférez travailler et pourquoi ?

Narcissus : Pour ma part, j’aime beaucoup créer des personnages qui sont des agrégats de gens que j’ai rencontré, de personnes que j’ai aimé, que j’ai détesté. En général, je crée même des personnages qui sont une représentation d’une personne que je voudrais être. Je vis un peu leur vie par procuration. C’est d’ailleurs l’une des choses qui me motive le plus. « Aurais-je le cran de dire ça ou de faire ça ? ».

Tout ça, c’était pour le héros. En ce qui concerne l’antagoniste, c’est exactement l’inverse puisqu’il va faire ressortir ces choses que je voudrais faire mais qui ne sont pas forcément acceptées socialement.

Jun TOGAI : En tant qu’artiste, on dessine souvent des personnages qu’on idéalise, à qui on voudrait ressembler, mais qu’on ne voudrait pas forcément fréquenter. Il y a un certain sentiment de plénitude à voir ses idéaux prendre vie, à les créer.

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Manga Mag : Comment vous est venu le scénario tordu d’In These Words ?

Narcissus : Disons que le base vient de mon précédent travail dans la police. J’ai travaillé pendant 11 ans et pendant ce temps, j’ai suivi pas mal de cours pour m’aider à mieux gérer les situations au jour le jour : psychologie criminelle, victimologie…

Je voulais savoir comment mieux voir « la part sombre » chez les gens mais aussi apprendre à la gérer. Je trouve ça fascinant chez l’humain, à tel point que même en changeant de carrière, l’intérêt ne se tarit pas et je continue à utiliser ces connaissances.

Manga Mag : On voit que la psychologie joue un rôle important dans votre travail. Le travail de Katsuya y fait directement référence. Êtes-vous passionnée par ce domaine d’expertise ?

En fait, tout ce qui touche au fonctionnement de l’esprit humain devrait continuer à me passionner. Chez un patient psychologiquement instable, même les choses simples comme la compréhension des conséquences d’une action peuvent donner lieu à des scènes intéressantes.

Si on y réfléchit bien, n’importe qui peut devenir, très rapidement, instable et faire les mêmes erreurs.

Manga Mag : On pourrait presque dire que le psychologue, dans votre histoire, c’est vous en fait.

Narcissus : J’adorerais être lui pour le coup ! J’observe le monde à ma façon mais j’ai passé tellement de temps à étudier l’esprit humain que oui, on peut le considérer comme ça… sauf que moi, j’écris du porno ! (rires).

Plus sérieusement, j’apprécie ces connaissances dans la mesure où elles me permettent de donner un véritable réalisme à mon histoire. Les lecteurs peuvent ainsi établir un lien avec le personnage et apprendre de sa situation, créant par la même occasion un meilleur impact intellectuel.

Manga Mag : Katsuya et Shinohara ont des personnalités très contrastées et fonctionnent un peu comme des antagonistes complémentaires. Quels types de recherches avez-vous fait pour en arriver à ce résultat ? 

Narcissus : Katsuya est très efféminé quand on y réfléchit, il est toujours calme, composé, un peu réservé. Au départ, on a établit quel genre de personnage il serait et on a écrit son profil de A à Z. On sait ce qui se cache dans son passé et ce qui a fait de lui ce qu’il est maintenant.

Jun TOGAI : A partir du moment où on connaît un personnage, on peut déterminer facilement quel genre de personne l’attirerait et il attirerait. On a donc imaginé une personne qui puisse le comprendre. C’est là qu’intervient Shinohara et son côté plus laxiste, capable d’écouter.

Narcissus : C’est la même chose avec nos maris, nos femmes, nos meilleurs amis quand on y réfléchit. Ce sont des personnes qui nous complémentent, qui nous permettent de nous exprimer tels que nous sommes.

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Manga Mag : Peu importe l’angle sous laquelle on regarde, votre histoire fonctionne : l’atmosphère est tendue, les personnages sont bien écrits… Pourquoi l’avoir dessinée comme un yaoi

Narcissus : Tout simplement parce qu’à la base, si on s’est rencontrées et qu’on a commencé à travailler ensemble, c’est parce qu’au fin fond de notre coeur, on est des fujoshi. On aime bien voir des hommes magnifiques faire des choses avec d’autres hommes tout aussi beaux, un peu comme les hommes apprécient voir des femmes aimer d’autres femmes (rires).

Cet aspect est là mais on ne voulait pas non plus l’employer de manière gratuite. On voulait qu’il y ait vraiment quelque chose derrière. Ce ne sont pas des « images dérisoires » pour rien (NdlR : En Japonais, manga signifie images dérisoires, dont on peut se débarrasser). On les lit et puis voilà.

Jun TOGAI : Un de nos objectifs depuis le début, c’est que, même si on retire le sexe de l’histoire (hétérosexuel ou homosexuel), la narration se tienne quand même. C’est pour ça que vous voyez cet aspect « grand public » de l’histoire qui fonctionnerait très bien sans la composante yaoi.

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Manga Mag : Avez-vous déjà pensé à écrire (et donc dessiner) une histoire sans élément de yaoi, quelque chose qui toucherait un plus grand public ?

Jun TOGAI : On ne l’a jamais vraiment considéré. On s’est tout de même rencontré grâce au yaoi. En fait, on construit surtout des choses qu’on veut lire nous même. Si on devait essayer d’attirer un public plus large, il est très probable que cet élément de plaisir disparaisse et qu’on ne se plaise plus nécessairement à faire ce qu’on fait.

Narcissus : Après, il faut se demander ce qu’on veut faire, se poser des questions. Est-ce qu’on veut travailler pour quelque chose qui nous motive ou pour des billets verts (NdlR : les dollars sont tous verts, pas de couleurs différentes comme en euros !) ?

On nous a fait des offres pour faire du mainstream et ça pourrait être intéressant mais avec le yaoi, il y a une sorte de « carotte » supplémentaire : on peut « massacrer » des hommes sublimes. C’est vraiment une question de motivation. Pour nous, ce n’est pas vraiment un problème de ne viser qu’une niche. En plus, on en fait totalement partie…

Jun TOGAI : C’est vrai, c’est une véritable motivation pour se lever le matin et travailler dix heures dans la journée. Sans ça…

Manga Mag : On a remarqué que vous étiez très rapide à répondre sur Twitter et les autres réseaux sociaux. Dans quelle mesure appréciez-vous cette relation immédiate avec votre public ? Utilisez-vous parfois des éléments qu’ils vous transmettent dans vos histoires ?

Narcissus : Jusqu’à aujourd’hui, on n’a jamais vraiment réutilisé de conseils de fans. En plus, dans 99% des cas, notre projet est construit de A à Z avant une quelconque publication. On sait déjà tout ce qui va se passer, on est d’accord et on ne veut pas changer.

C’est vrai qu’on est très actives sur Twitter et Facebook tout simplement parce qu’on veut montrer qu’on lit 100% du courrier qu’on nous envoie. Il est, évidemment, difficile de répondre à tout mais on fait le maximum.

On croit fermement que c’est vital pour nous d’avoir un lien avec nos lecteurs.  On ne veut pas qu’ils nous suivent simplement pour une série. On souhaite qu’ils nous accompagnent pendant plusieurs années.

On ne peut plus se permettre de simplement dire : « Oh, si vous n’êtes pas satisfait, il suffit de ne pas acheter le livre mais arrêtez de nous casser les pieds ! ». Déjà, ce n’est plus notre genre mais surtout, au bout de quelques années, plus personne n’achèterait nos produits.

C’est sain d’écouter les gens, de leur répondre, sans forcément changer le contenu. On ne peut pas adapter notre écriture aux 5% qui font le plus de bruit dans notre fanbase, ça ne serait pas logique. Tous nos lecteurs ne seraient plus satisfaits et on perdrait notre intégrité. De plus, l’oeuvre ne nous appartiendrait même plus…

Jun TOGAI : Parfois, ils font mêmes des suggestions auxquelles nous n’avions pas pensé. Les critiques constructives sont donc toujours les bienvenues, au contraire. Elles nous permettent de nous améliorer et de réfléchir pour de futures oeuvres.

Manga Mag : Avez-vous déjà pensé à l’après In These Words ? Maintenant que vous avez vu Paris, vous avez peut-être de nouvelles idées…

Narcissus : On a déjà commencé à y penser oui puisque nous avons écrit la fin d’In These Words il y a trois ans, après un an de développement. L’année dernière, on a lancé l’idée d’une suite mais basée sur un autre personnage, celui de Shinohara même si Katsuya devrait quand même faire quelques apparitions. On a pas mal voyagé pour faire de la recherche dans des pays comme Hong Kong… et comment dire… Paris était effectivement sur la liste.

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Manga Mag : Maintenant… les Quickies (Un mot-un mot).

Un manga : Narcissus : Berserk (Kentarô MIURA) / Jun TOGAI : Monster (Naoki URASAWA)

Un artiste : Narcissus : Jun TOGAI / Jun TOGAI : Osamu TEZUKA

Une marque de bonbons : Narcissus : J’adore les chocolats Cadbury / Jun TOGAI : Je n’aime pas vraiment le sucré, désolé !

Un animal : Narcissus : Très facile, les chats. / Jun TOGAI : Je serais tentée de dire mes enfants, ils peuvent être difficiles parfois mais non, je vais dire les chats aussi !

Une série télé : Narcissus : Les séries qui parlent de profilage de manière réaliste, pas les trucs minables comme Les Experts et ses dérivés. Je ne regarde presque plus la TV de toutes façons. Je l’utilise comme musique de fond. / Jun TOGAI : Breaking Bad, l’un de mes derniers coups de coeur.

 

Remerciements : Guillaume KAPP et les éditions Taïfu pour l’organisation de l’interview
ainsi qu’Heyden de Bulle Shojo pour la préparation des questions !

Interview réalisée et traduite par Ours256 pour Manga Mag

A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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