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[Interview] Fédoua LAMODIERE, traductrice de la saga Dragon Ball

[Interview] Fédoua LAMODIÈRE, traductrice de la saga Dragon Ball

À l’occasion de la sortie en version française du premier tome du shônen manga Dragon Ball Super de Toyotarô d’après Akira TORIYAMA, la traductrice des mangas Dragon Ball, Fédoua LAMODIÈRE, nous a accordé un entretien où elle nous parle de sa passion pour ce manga et de son travail sur les différents titres.

Dragon BallPeux-tu te présenter ? Comment en es-tu arrivée à devenir traductrice ? Tu es quand même connue pour être LA traductrice attitrée de Dragon Ball

Fédoua LAMODIÈRE : Comme je dis toujours, ce n’est pas parce que je suis traductrice que j’ai traduit Dragon Ball, mais bien parce que j’aime Dragon Ball que je suis devenue traductrice ! J’étais fan de manga quand j’étais ado donc mon idée de départ était d’apprendre le japonais, d’aller au Japon, et de devenir mangaka !

Bien entendu, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça… mais j’ai quand même appris le japonais. Il se trouve qu’à un moment, l’une de mes amies à été embauchée chez Glénat et c’est elle qui m’a proposé de remplacer une traductrice qui partait en vacances pour le titre Pokémon Pikachu Adventures tome 3 en 2001. Ensuite j’ai pu faire les derniers volumes de Ranma 1/2, Rave et j’ai pris goût à ce métier.

Ce n’était pas du tout prévu au départ, jusqu’à ce que je dise à cette amie que, selon moi, la traduction de Dragon Ball était un peu obsolète. L’idée était d’inciter Glénat à la dépoussiérer. Par contre, je ne pensais pas que ça serait moi qui m’en occuperais ! En plus, cela ne faisait qu’un an que j’étais traductrice…

Comment as-tu abordé la traduction de Dragon Ball ?

Fédoua LAMODIÈRE
Fédoua LAMODIÈRE, photo : Glénat

Fédoua LAMODIÈRE : Je me suis d’abord occupée de la version qui contenait deux volumes en coffret, la Deluxe, avec les jaquettes de la première édition japonaise avec sens de lecture japonais. L’objectif, pour moi, c’était de rendre une traduction vraiment proche du texte d’origine. J’ai conservé beaucoup de texte japonais, comme par exemple les suffixes (-kun, -chan, -sama) car je trouvais que c’était important de conserver les façons dont les personnages s’adressaient les uns aux autres.

J’ai également gardé certains mots de vocabulaire, comme “Kinto-un”, le nuage supersonique. C’était important puisque l’expression est issue du conte La Pérégrination vers l’Ouest. Il y a aussi Nyoï Bo, qui désigne les attributs de Son Goku. Avec la deuxième version de la Perfect Edition (Kanzenban), on l’a encore remaniée au cours d’un brainstorming avec Glénat pour proposer une version plus fluide au grand public. Là, j’ai supprimé les suffixes tout en conservant en japonais les termes les plus symboliques.

Tu avais eu des retours sur cette première traduction ?

Fédoua LAMODIÈRE : Pas beaucoup, en fait. Je pense que les lecteurs s’adressaient directement à l’éditeur à l’époque, car en effet, de mon côté je n’ai pas eu de nouvelles. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux, c’est devenu très différent puisque les gens peuvent discuter et partager leurs impressions directement.

Est-ce que tu as ressenti une pression particulière ?

Fédoua LAMODIÈRE : Oui, c’est fou ! Lorsque j’ai écrit la première phrase du premier tome de Dragon Ball, je tremblais littéralement… C’était comme se jeter dans le vide, je me demandais si les gens allaient réellement apprécier ma traduction, si j’allais réussir à rendre l’esprit du manga original.
La matière d’origine était riche, travaillée et cohérente, il fallait que je parvienne à restituer cela. Après, je me suis dit qu’il fallait que je me lance, car dans le monde des traducteurs, c’était bien moi qui connaissais le mieux l’univers de Dragon Ball ! Si j’ai réussi à toucher les lecteurs, c’est que j’ai fait mon boulot.

Comment l’aurais-tu vécu si quelqu’un d’autre avait été choisi pour le faire ?

Fédoua LAMODIÈRE : Tout dépend du résultat, évidemment. Il y a d’autres excellents traducteurs en France capables de rendre une bonne copie. Cependant, est-ce qu’une autre personne aurait eu la même histoire que moi avec Dragon Ball ? Ça, je ne sais pas. J’ai vécu avec les personnages comme s’ils étaient mes meilleurs amis. Leur donner la réplique a été une expérience très particulière.

Dans ta traduction, tu as choisi de garder “Kame Sennin”, qui a un sens en japonais. Pourquoi ?

Fédoua LAMODIÈRE : Je trouvais que c’était nécessaire de conserver le “Kame” compte tenu de tout ce qui en est dérivé ensuite : le “Kame Hame Ha”, on ne peut pas l’expliquer sans savoir que c’est lié à Kame Sennin.

Toi qui t’occupes du manga Dragon Ball Super, qu’est-ce que ça te fait de revenir sur la série tant d’années après ?

Fédoua LAMODIÈRE : Lorsque Dragon Ball Super a été annoncé, je jubilais ! D’une part parce que je me disais que ça allait annuler Dragon Ball GT, et puis parce que ces dernières années, on pressentait qu’Akira TORIYAMA avait envie de reprendre les rênes de sa série principale. Ça faisait plus de quinze ans qu’il ne s’y intéressait plus, alors qu’il écrive de nouveau un scénario, c’était vraiment inespéré ! C’était la nouvelle du siècle !

Où est-ce que tu situes le manga par rapport à la série animée, en termes d’intérêt, de qualité de réalisation ?

Fédoua LAMODIÈRE : À titre personnel, j’ai toujours tendance à préférer le manga à la série animée, à quelques rares exceptions. Je trouve qu’un travail effectué seul ou en binôme (auteur et dessinateur) est plus intéressant qu’un travail effectué par une grande équipe d’animation.

Ce n’est pas la même chose. Le mangaka met toutes ses tripes dans son trait ! Le cas de Dragon Ball Super est un peu particulier puisque le manga a débuté après l’animé. Pour une fois, l’animé est en avance par rapport au manga, donc on voit que TORIYAMA reprend les éléments de Battle of Gods et il passe sous silence les événements de La Résurrection de F.
Pourtant, le manga acquiert progressivement une identité et s’émancipe des fillers qu’il y a dans l’animé. À mon sens, le manga a plus d’intérêt et il correspond plus au public dit “traditionnel” de Dragon Ball. L’animé est destiné à un public plus jeune.

Est-ce que tu retrouves la patte du Maître dans Dragon Ball Super malgré tout ?

Fédoua LAMODIÈRE : Toyotarô s’en sort bien mais pour se hisser au niveau d’Akira TORIYAMA, il va falloir se lever de bonne heure ! C’est un génie et sa patte est inimitable. Toyotarô réussit très bien ce qu’il fait mais il manque un peu de naturel, ce qui est normal, puisqu’il est d’autant plus difficile de s’approprier des personnages quand on ne les a pas créés soi-même. On le sent de plus en plus à l’aise et puis, il faut reconnaître qu’il a été adoubé par le Maître lui-même.

Comment tu as abordé la traduction de Dragon Ball Super ? C’était différent pour toi ?

Fédoua LAMODIÈRE : J’ai conservé une homogénéité entre les séries volontairement. Même si le manga est fini depuis longtemps, j’ai travaillé sur la première version, puis retravaillé pour la Perfect Edition, je me suis occupée des animé comics, de Dragon Ball SD… Bref, je n’arrête jamais avec Dragon Ball et ses dérivés !

Il y aura peut-être un jour le spin-off sur Yamcha* en version française !

Fédoua LAMODIÈRE : Oui, qui est très bien dessiné, lui aussi ! Si un jour il est intégré dans un recueil, ce serait vraiment chouette de l’avoir en français.

* Dragon Ball Gaiden: Tensei-shitara Yamcha Datta Ken, pré-publié dans le Shônen Jump+ de Shueisha

Il est amusant de constater que Toyotarô et Dragon Garow Lee, qui sont tous les deux des amateurs de Dragon Ball et qui dessinaient tous les deux des fanzines sur l’œuvre de TORIYAMA, sont maintenant des professionnels. Pour toi c’est une “génération Dragon Ball” qui en profite pour remettre le titre sur le devant de la scène ?

Fédoua LAMODIÈRE : Oui, ce sont ceux qui ont été nourris à Dragon Ball, exactement comme nous. Maintenant qu’ils sont dans la vie active, ils peuvent exprimer tout ce que la série représente pour eux, plus encore que la génération précédente.

C’est d’autant plus étonnant que Shueisha ait recruté des dessinateurs amateurs en se disant qu’ils étaient les mieux désignés pour reprendre les dessins.

Fédoua LAMODIÈRE : C’est-à-dire que, comme Akira TORIYAMA avait abandonné la série, il fallait bien trouver d’autres auteurs capables de reprendre le flambeau.

Trunks Story anime comicsComment considères-tu Dragon Ball SD ?

Fédoua LAMODIÈRE : En fait, c’est un manga qui s’adresse à la fois aux enfants qui ne connaissent pas Dragon Ball et aux fans de la série, puisque ça reprend depuis le début, mais avec des clins d’œil que seuls ces derniers pourront comprendre. Dans un bonus, Trunks sort son coup de poing de l’Espoir du Vent d’Azur et ça, si on ne connaît pas le titre de l’ending theme du téléfilm L’Histoire de Trunks [Aoi Kaze no HOPE – Ndlr], on ne comprend pas la référence. J’aime bien travailler sur cette série grâce à ces petits détails destinés aux fans hardcores.

En tant que traductrice, tu t’amuses plus avec Dragon Ball SD ou Dragon Ball Super ?

Fédoua LAMODIÈRE : Dragon Ball Super, car Dragon Ball SD est une redite, avec des dialogues communs. Dragon Ball Super implique de trouver de nouveaux noms à adapter, de nouvelles choses à traduire, ce qui est forcément plus intéressant.

Comment trouves-tu cette suite ?

Fédoua LAMODIÈRE : Très honnêtement, quand j’ai vu l’animé, j’étais un peu surprise de voir à nouveau Battle of Gods et La Résurrection de F. L’idée était de permettre à ceux qui n’avaient pas vu les films de raccrocher les wagons, mais j’ai quand même été déroutée. À partir du tournoi entre les univers 6 et 7, là, on est contents ! Bon, ce n’était qu’une mise en bouche, mais maintenant on va pouvoir passer à un scénario plus original !

N’y aurait-il pas eu entre temps une sorte de reprise en main de la part de TORIYAMA avec le dernier arc, plus proche de ce qu’il faisait lui-même ?

Fédoua LAMODIÈRE : Comme il l’avoue dans une interview, il visait un jeune public avec le tournoi pour mieux se tourner vers les adultes avec cet arc et en effet, c’est largement visible.

Comment as-tu découvert Dragon Ball ?

Fédoua LAMODIÈRE : Eh bien… à la télé, avec le Club Dorothée ! On ne pouvait pas y échapper ! J’ai été vraiment touchée par Dragon Ball lorsque j’avais six ou sept ans mais j’ai préféré Dragon Ball Z quand je suis devenue ado. À 14 ou 15 ans, on s’enflamme davantage pour une série !

Quel est ton arc préféré ?

Fédoua LAMODIÈRE : La partie sur Namek, avec Freezer, ça m’a beaucoup marquée. Vegeta est mon personnage préféré, et c’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’il bascule. C’est aussi la première fois depuis le début que l’on nous reparle de la quête des Dragon Ball, ce qui confère un côté plus nekketsu à la série. Cette sorte de chasse au trésor m’a vraiment plu.

Tu es aussi la traductrice de Jaco. C’est un cadeau pour les fans, selon toi ?

Fédoua LAMODIÈRE : Je trouve que les one-shots d’Akira TORIYAMA sont plutôt inégaux. Cependant, Jaco serait plutôt situé dans le haut du panier. Il y a du fan-service, mais le personnage est très réussi, charismatique, drôle, fort, mais aussi absurde comme seul TORIYAMA sait le faire. Il y a un mélange entre l’humour de Dr. Slump et la classe apportée par l’auteur.

Quel est ton personnage le moins aimé ?

Fédoua LAMODIÈRE : C’est vraiment difficile ! Je suis attachée à tous les personnages… Allez, Bulma. C’est un personnage très intéressant, mais je ne partirais pas en vacances avec elle !

Il y a récemment eu un livre anniversaire sur l’univers, mais il ne paraîtra pas en France. Tu aurais aimé pouvoir le faire ?

Fédoua LAMODIÈRE : Évidemment, et ça aurait été le cas si l’éditeur japonais avait donné son accord. Il y a énormément d’infos dans ce livre, on espère que ça sortira un jour !

Merci pour toutes ces réponses et bonne continuation !

Propos recueillis par Kubo

Dragon Ball
(c)Akira Toriyama, Bird Studio / Shueisha Inc.

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A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

2 commentaires

  1. Je ne sais pas si les dialogues dans dragon ball super sont très fidèles aux textes originaux , mais c’est écrit pour des enfants de 6 ans j’ai été assez déçu à la lecture de ce point de vue là..

  2. Il y avait les suffixes dans la précédente traduction ? Mon dieu…

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