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[Interview] BOICHI, l’homme qui n’aimait pas Ken !

Lorsque les éditions Doki-Doki ont annoncé la venue de BOICHI en France, j’ai longuement réfléchi à ce que je voulais vraiment lui demander, à quelles seraient les questions les plus intéressantes, celles que les autres journalistes ne penseraient pas forcément à lui poser.
C’est avec cet esprit que j’ai préparé cette interview et j’espère qu’elle vous plaira !

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Manga Mag : Bonjour maître Boichi, en tant qu’auteur, vous avez plusieurs testé plusieurs styles de récit. Quel est celui qui vous plait le plus et quel est celui qui vous donne le plus de mal ? 

BOICHI : Le genre que je préfère, en fait, c’est la science fiction. Depuis tout jeune, quand j’étais au lycée, ma passion c’était de faire des calculs physiques (trajectoire, force, vitesse) et j’ai même fait des études de cinématographie tant que je m’intéresse à la notion de mouvement. Bon je ne les ai pas terminées mais quand même (rires) ! Eh oui, mon manga avait tellement marché que je n’avais plus le temps d’étudier…

En réalité, j’ai toujours voulu ressembler à Arthur CLARKE qui a fait pas mal de physique et de mise en scène dans sa vie. En tout cas, c’est lui qui m’a vraiment donné envie d’en faire. Les mouvements qui me donnent le plus de mal, ce sont ceux des fesses (rires). Capturer leur mouvement et le retranscrire de manière physiquement réaliste, c’est très difficile ! En plus, comme je suis un parfait gentleman, ça me gêne un peu. Je n’arriverais probablement jamais à m’y faire !

Manga Mag : Est-ce que vous aviez déjà décidé des membres du groupe de Ken dès le début où est-ce qu’ils se sont rajouté au fur et à mesure naturellement ?

BOICHI : Effectivement, j’avais déjà en tête une majorité des personnages de son groupe mais il y a un personnage qui n’était pas là, qui n’était pas prévu au début et qui est venu plus tard c’est le personnage de Kae-Lyn. En fait, j’avais prévu d’en faire un personnage un peu furtif mais pour donner un côté humoristique et un côté sexy à la série, des caractéristiques vraiment attendues par mes lecteurs, j’ai décidé de l’incorporer par la suite.

Par contre inversement il y a des personnages et un en particulier que j’aurais voulu incorporer dans le gang de Ken mais je n’ai pas réussi à le faire. Ce personnage, c’est Kim Ban-Phuong. Lui c’est vraiment quelqu’un qui me tenait à cœur et j’aurais voulu qu’il soit aux côtés de Ken pour combattre  le père de Yumin et même si je n’ai pas pu l’intégrer, dans son cœur Kim Ban-Phuong fait clairement partie de la bande de Ken.

Manga Mag : Selon vous, qui est Ken, comment vous décririez votre personnage ?

BOICHI : Si je devais présenter Ken en un mot… Hmmm… Je le hais. Ken c’est le personnage que je déteste le plus tout simplement parce que, vous et moi, nous aimons tous voir des jolies filles. Imaginez que, par ce beau temps, je suis obligé de dessiner le torse d’homme musclé de Ken toute la journée alors que les autres s’amusent… Ce n’est certainement pas ce à quoi j’aspire !
En plus, tout le monde semble l’adorer… Ken, en fait, en deux mots, je peux vous le dire… j’en ai marre !

Manga Mag : L’un des éléments clés de votre série phare, c’est la notion de pays. Quelle est votre relation avec la Corée, pays de votre enfance ? 

BOICHI : Vous avez mis le doigt sur quelque chose de très intéressant et de très vrai. J’aime réellement mon pays. D’ailleurs, si j’ai utilisé une partie des recettes de Sun-Ken Rock pour venir un peu en aide aux enfants vietnamiens, c’était une façon pour moi de faire en sorte de partager cet amour de mon pays.

Dans mon action, je voulais faire ressortir 3 choses : déjà, l’amour que j’ai pour le Vietnam qui est un pays magnifique mais aussi l’amour que j’ai pour mon pays sans oublier le fait de pouvoir me regarder dans une glace. Il faut pas que ces enfants démunis détestent leur pays et tentent de le fuir à cause de la misère. Ce n’est pas une solution. Il faut travailler sur les ressources disponibles. De plus, j’estime qu’il faut non seulement savoir demander pardon mais aussi savoir pardonner, et quand tout le monde pourra y arriver, on pourra faire en sorte que le monde soit meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui.
C’est une possibilité que j’ai trouvé pour tenter de réduire les souffrances de gens qui vivent près de chez moi et surtout, j’espère que mon action convaincra les Coréens de ne pas abandonner et de toujours essayer d’améliorer leur niveau de vie avant de chercher à partir.

SUN-KEN ROCK © Boichi / Shônen Gahôsha
SUN-KEN ROCK © Boichi / Shônen Gahôsha

Manga Mag : HE – The Hunt for Energy est un manga à vocation écologique. Est-ce que vous ressentiez le besoin de dessiner cette histoire après la catastrophe de Fukushima ?  La catastrophe a-t-elle changé votre façon d’aborder la vie et le rapport de l’humain et la planète sur laquelle il vit ? Est-ce que pensez que cela se ressent dans vos manga ? 

BOICHI : Effectivement, comme je vis au Japon, j’ai même vécu cette catastrophe de l’intérieur avec mes lecteurs alors que beaucoup de Coréens sont repartis au pays. De nombreux auteurs coréens travaillant dans le manga ont décidé de rentrer en Corée mais, moi, je suis resté. J’ai voulu rester auprès de mes lecteurs malgré les différents appels de la Corée et je me suis demandé « Que puis-je faire pour eux en tant que mangaka ? ».
Comme je vous l’ai dit précédemment, je suis très intéressé par la physique et l’énergie, c’est pour ça que j’ai voulu faire quelque chose pour le Japon mais aussi un peu pour le monde entier.

Le résultat, c’est ce manga sur l’énergie, sur les énergies à venir. Les média ont dit beaucoup de bêtises par rapport aux énergies futures. Quelles sont les vérités pour que les lecteurs puissent comprendre et se faire aussi une opinion, leur propre opinion ? J’ai voulu essayer de faire une espèce de topo sur tout ce qui se fait sur l’énergie à venir : quelles sont les bonnes, quelles sont les mauvaises afin d’offrir la possibilité d’une réflexion personnelle à mes lecteurs. J’ai tout de même un petit regret vis à vis de ce projet. Au départ j’avais décidé de faire don de tous les bénéfices de ce manga pour les victimes de Fukushima.
Malheureusement, il n’y a pas eu de bénéfices assez importants pour que cela puisse être entrepris et avoir un réel impact sur les populations vivants dans la région. Pour ma part je trouve que c’est quelque chose de vraiment très dommage…

Manga Mag : Merci beaucoup pour cette interview et profitez bien du reste de votre séjour en France !

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Et voilà, c’est tout ! Compte tenu des réponses longues que le mangaka donnait et le temps imparti, je trouve qu’on s’est plutôt bien débrouillé ! Si vous voulez en savoir plus sur ses motivations, sur ses inspirations, je vous invite à lire l’interview fournie dans The Art of Sun-Ken Rock (qui tient sur de nombreuses pages), artbook sorti chez Doki-Doki le 15 juillet.

BIOGRAPHIE
Boichi est un artiste coréen né en 1973. Il débute sa carrière en 1993 comme auteur de manwhas pour filles en Corée du Sud.
Fervent défenseur de la liberté d’expression, il va s’opposer en 1997 au Juvenile Protection Act, une loi visant à protéger les jeunes lecteurs, mais qui aura de lourdes conséquences pour les magazines de bandes dessinées coréens. Pour continuer à exercer son art, il s’exile au Japon et commence, en 2004, sa carrière nippone avec le titre Space Chef Caisar (disponible chez Doki-Doki). Son talent explose au grand jour avec le seinen Sun-Ken Rock, débuté en 2006 dans le magazine Young King de l’éditeur japonais Shônen Gahôsha. Boichi est également connu pour ses titres Hôtel ou Wallman, publiés chez divers éditeurs.

Traduction : Nam PYUN

Remerciements :
Sophie CAÏOLA et le staff des éditions Doki-Doki pour l’organisation de l’interview

Interview réalisée par Ours256 pour Manga Mag

A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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