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[Interview] Akihito TOMI, auteur du manga Stravaganza

[Interview] Akihito TOMI, auteur du manga Stravaganza

À l’occasion de la sortie de Stravaganza – La Reine au Casque de Fer (Stravaganza – Isai no Hime) chez Casterman (Sakka), son auteur, Akihito TOMI, nous a accordé un entretien en exclusivité. Dans celui-ci, il revient sur la genèse de son manga d’heroic fantasy, ses inspirations et son rapport à son œuvre.

Akihito Tomi
© Akihito TOMI

Né en 1971, Akihito TOMI ne se destinait pas au manga mais à l’architecture malgré un talent certain et de nombreuses œuvres qu’il n’ose envoyer à des concours. Après une décennie dans l’architecture, le futur mangaka finit par se décider et envoie son travail à un éditeur. Il sera aussitôt primé et sa carrière d’auteur débutera enfin.
Avant d’entamer Stravaganza en 2012 chez Enterbrain, Akihito TOMI aura publié le recueil d’histoires courtes Yawarakai Onna, le manga Reirôkan Kenzai Nariya (en deux volumes) et un second recueil : Tsuyayaka na Onna.

Bonjour monsieur TOMI, merci de nous accorder un peu de votre temps.
En tant qu’auteur, le temps doit vous manquer mais est-ce qu’il y a des mangas dont vous suivez encore la publication chaque semaine ou chaque mois ?

Akihito TOMI : Oui, je suis d’ailleurs abonné à plusieurs magazines : Gekkan Shônen Sunday, Gekkan Shônen Magazine, Bessatsu Shônen Magazine, Good ! Afternoon et Shônen Jump.

En plus de ceux-là, il m’arrive plusieurs fois par mois de tomber en librairie sur des magazines qui m’intéressent et de les acheter.

Dédicace de Akihito Tomi (Stravaganza)
Viviane de Stravaganza. Dédicace de Akihito TOMI pour Manga Mag. Tous droits réservés.

Y a-t-il des artistes qui vous inspirent personnellement ?

Akihito TOMI : Il y en a eu à chaque période de ma vie, mais si je devais en citer quelques-uns en particulier, ce serait ceux-ci :

Les premiers mangas qui m’ont touché, qui m’ont fait aimer le manga et m’ont donné envie d’en dessiner sont Astro Boy d’Osamu TEZUKA (notamment les arcs narratifs Le Robot le plus fort du monde et Roboid), et Cyborg 009 de Shôtarô ISHINOMORI.

Tsukasa HÔJÔ (Cat’s Eye, City Hunter) est le dessinateur dont le style a le plus nourri le mien.

J’ai l’honneur d’être prépublié dans le même magazine que Kaoru MORI (Bride Stories, Emma) et Aki IRIE (L’École bleue, Le Monde de Ran). Toutes deux m’ont personnellement enseigné certaines techniques. Je peux dire sans hésiter que leur approche du manga et leur évolution me stimulent beaucoup.

Deux auteurs sont pour moi une sorte d’horizon artistique que je rêve d’atteindre : Mitsuru ADACHI (Touch, H2) et Hikaru YUZUKI.

Pour ce qui est des romans ou des films, je m’intéresse plus aux œuvres en elles-mêmes qu’à leurs créateurs.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse de Stravaganza ? Comment vous est venue l’idée de ce monde et de ses personnages ?

Akihito TOMI : Stravaganza est né de la rencontre entre une série d’histoires courtes intitulée Viviane, la reine au casque de fer, que j’ai dessinée lorsque mon éditrice m’a proposé de créer un manga d’heroic fantasy, et une question très simple qui m’a toujours animé : « Peut-on vraiment s’entendre avec les autres ? ».

Pour ce qui est des personnages, quand je les crée, je veille à ce qu’ils me permettent d’étendre et de développer l’univers dans lequel se passe mon récit. Je m’efforce également de leur trouver des caractéristiques qui les rendront à la fois aisément reconnaissables et uniques. Je réfléchis bien entendu à leur rôle précis dans le cours de l’histoire mais, peut-être avant tout cela, je ne perds jamais de vue le plaisir que j’aimerais que les lecteurs éprouvent à les suivre.

Akihito-Tomi-Interview-1 Akihito-Tomi-Interview-2
Photos : Wladimir Labaere

Quelles sont vos sources d’inspiration pour les monstres de Stravaganza ?

Akihito TOMI : Je commence par aller au zoo pour remplir mes carnets de croquis de tous les animaux possibles et imaginables. Il m’arrive aussi de m’appuyer sur des recueils de photos, des vidéos, sur les dessins d’autres auteurs, tout en ajoutant à mes créatures ce qui fera qu’elles sont les miennes.

On sait que vous vous êtes inspiré de Tani Kamen pour créer le personnage principal de Stravaganza, qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire ?

Akihito TOMI : Tani Kamen est un manga comique d’une simplicité et d’une efficacité redoutables. C’est tout bêtement l’histoire classique d’un lycéen amoureux, sauf que… il porte un masque, comme ça, sans qu’on sache pourquoi. Il a cette autre particularité d’être vraiment balèze. Le concept du  personnage, l’intensité des scènes d’action et le comique lié à sa spécificité m’ont beaucoup marqué.

Malgré son casque qui lui cache tout le visage, Viviane réussit à être terriblement expressive. Comment travaillez-vous la gestuelle pour rendre aussi bien les réactions d’un personnage dont on ne voit pas le visage ?

Akihito TOMI : Les gestes et le comportement transmettent très bien les émotions et les sentiments d’un personnage, bien sûr, mais on a beau dire, ce sont avant tout les expressions faciales qui renseignent le lecteur. C’est pourquoi, lorsque je dessine Viviane, je garde toujours à l’esprit l’expression qu’a son visage sous son casque. Peut-être que ce souci constant de savoir quelle tête elle fait alors même qu’on ne peut pas la voir détermine ma manière de dessiner son corps, son attitude et ses gestes dans chaque scène. En fait, même quand je dessine son casque, je ne pense qu’à une chose : la tête qu’elle fait en-dessous. Peut-être que les lecteurs le sentent et arrivent donc à l’imaginer eux aussi…
En tout cas, sur ce point comme tant d’autres, je peux compter sur l’aide de mon éditrice qui, lors de nos discussions, me demande sans cesse : « Qu’est-ce que Viviane ressent dans cette scène ? À quoi est-ce qu’elle pense, ici ? ».
Je me rends compte que, plus la série avance, plus je dissèque et je décortique les sentiments de mon héroïne, ce qui peut m’amener à m’interroger très longuement sur la meilleure manière d’exprimer, par exemple, une joie mêlée d’un soupçon de chagrin et d’un reste d’angoisse. Des émotions complexes, donc, qui doivent être transmises sans que je puisse m’appuyer sur le visage de mon personnage… Quand je passe au dessin à proprement parler, je comprends ma douleur…
Heureusement, je peux varier l’angle sous lequel je dessine le casque, je peux choisir quelles parties ombrer, et j’ai la maîtrise totale de l’arrière-plan qui, bien exploité, peut dire beaucoup de choses.
L’écueil à éviter à tout prix, dans ce contexte, est celui de rendre les gestes et les attitudes trop expressifs, trop appuyés, car cela ôte tout naturel à une scène.

Stravaganza
Stravaganza © 2013 Akihito TOMI / Published by KADOKAWA CORPORATION ENTERBRAIN

Finalement n’y a-t-il pas deux Viviane ? L’une casquée et reine, l’autre non masquée et beaucoup plus libre ?

Akihito TOMI : C’est une façon intéressante de voir les choses. Il y aurait, d’un côté, une Viviane qui porte le titre de reine, symbolisé par son casque, et de l’autre une Viviane qui serait une jeune fille comme une autre, nommée Claria… Peut-être est-ce justement ce que  la principale intéressée souhaite que l’on pense. Elle maîtrise ces deux rôles et sait en tirer le meilleur afin de mener sa double vie comme elle l’entend…
Pour ma part, je la dessine toujours en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’une et une seule personne qui, comme tout être humain, a de multiples visages.

Qu’est-ce que vous évoque l’expression « érotisme courtois » (« gentle eros ») qu’on a utilisée pour qualifier votre travail ?

Akihito TOMI : Je prends ça comme un compliment !
À l’origine, c’est une sorte de titre dont m’a affublé mon éditrice en se fondant sur mon apparence et mon style dessin. Alors attention : si en Occident en général et en France en particulier, le terme « gentle » est compris d’une autre manière, je décline toute responsabilité !
Quoi qu’il en soit, vous pouvez compter sur moi pour chercher en permanence à m’améliorer, à dessiner des personnages féminins toujours plus fascinants, car je ne veux céder ce titre à personne !

Vous semblez avoir une véritable passion pour la gent féminine, quelle est la partie du corps féminin que vous préférez dessiner et pourquoi ?

Akihito TOMI : J’adore le corps féminin dans son ensemble !
Pour tout vous dire, j’aime beaucoup dessiner les corps,  qu’ils soient masculins ou féminins mais il se trouve que ce sont mes personnages féminins qui remportent plus facilement l’adhésion des gens… Du coup, j’y mets encore plus du mien : quand je suis en train de dessiner, je me plie sans broncher aux injonctions de la voix dans ma tête qui me répètent inlassablement : « Encore plus belle… Encore plus belle… » !

Stravaganza
Stravaganza © 2013 Akihito TOMI / Published by KADOKAWA CORPORATION ENTERBRAIN

Vos femmes sont toutes aussi fortes qu’elles sont belles. N’ont-elles aucun point faible ?

Akihito TOMI : Oh que si, elles ont des défauts, des imperfections et des points faibles, n’en doutez pas mais allez savoir pourquoi,  je ne m’attarde pas dessus plus que de raison. Peut-être que vous ne les voyez pas, tout simplement…

La relation entre la reine et ses suivantes semblent particulièrement forte, à tel point que seule, Claria ne peut pas être Viviane, vous ne trouvez pas ?

Akihito TOMI : Il est vrai que Viviane peut compter sur une affection sans faille de la part de son entourage, et que le premier cercle de ses proches et elle-même sont liés par une indéfectible confiance mutuelle. Toutefois, vous le découvrirez bientôt, Viviane est loin d’être incapable d’agir en reine lorsqu’elle est seule. C’est même l’une de ses grandes qualités et je veille à la mettre en valeur.

Pour le moment, votre histoire possède des reptiliens, des géants, des wumbas… Est-ce qu’il y a une créature que vous vous êtes interdit de dessiner ?

Akihito TOMI : Si je ne devais en citer qu’une sorte, ce serait les métamorphes, type loup-garou par exemple.

Stravaganza
Stravaganza © 2013 Akihito TOMI / Published by KADOKAWA CORPORATION ENTERBRAIN

Vous passez d’un premier volume très tranche de vie, suite de chapitres essentiellement humoristiques, à une histoire construite et beaucoup plus sombre dès le deuxième tome. Qu’est-ce qui vous a motivé à faire bifurquer le propos de votre récit ?

Akihito TOMI : Ce n’est pas comme si je m’étais dit tout à coup : « Je vais complètement changer de direction ! »
J’ai conçu mon scénario de telle sorte que l’histoire commence tout en douceur, que les lecteurs soient immergés progressivement dans l’univers de Stravaganza, qu’ils en découvrent plusieurs aspects et croient en avoir une bonne connaissance pour ensuite accélérer la cadence et bousculer ce socle.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre à votre public français ?

Akihito TOMI : Merci de me laisser m’adresser aux lecteurs francophones !

« Bonjour à toutes et tous !
Je ne peux qu’imaginer ce que vous penserez de Stravaganza, et je me sens légèrement anxieux à l’idée que vous puissiez trouver à redire à cet univers qui va puiser très librement dans des sources plus occidentales que japonaises. Cependant, je suis persuadé qu’il y a plein de choses qui vous plairont comme elles plaisent aux lecteurs japonais ! Des femmes sexy, un univers où cohabitent différentes races comme seule l’heroic fantasy peut en offrir, des femmes magnifiques, des combats, des femmes à la fois fortes et fragiles… la liste est longue !
Sachez que je suis immensément heureux que Stravaganza ait franchi les océans pour accoster sur des terres où on chérit la bande dessinée. J’espère de tout cœur qu’après avoir parcouru tout ce chemin, mon manga vous fera voyager à votre tour ! »

Merci de nous avoir accordé cet entretien monsieur TOMI et bonne continuation !

Les deux premiers tomes du manga Stravaganza – La Reine au Casque de Fer seront disponibles le 22 juin prochain, chez Casterman.

Pages issues du carnet de croquis de Akihito TOMI :

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Stravaganza

Propos recueillis par Kubo & Ours256
Traduction : Wladimir LABAERE

Merci aux équipes d’Enterbrain et de Casterman




A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

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