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[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

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GTO - L'éducation à la japonaise

[Dossier] GTO ou l’éducation à la japonaise

Tôru FUJISAWA, dessinateur qui a su faire du très bon comme du très mauvais, a construit sa réputation sur le développement d’un seul personnage : Onizuka. S’il avait déjà développé sa jeunesse dans Young GTO (dont les 31 volumes démontrent un certain succès au Japon), c’est grâce à GTO – Great Teacher Onizuka qu’il s’est fait connaître en France grâce à Pika Édition.

Alors que la saga du professeur le plus irrévérencieux du monde du manga fête ses 20 ansManga Mag revient sur les aventures d’un enseignant pas comme les autres.

Si GTO fonctionne aussi bien, c’est en particulier grâce au contraste créé entre le protagoniste, Eiichiro Onizuka, et son métier, professeur.
Le jeune décoloré de 22 ans (ou 24 une fois qu’on est arrivé à Paradise Lost) n’a pas vraiment le profil type de l’enseignant modèle, loin de là. Son passé de furyo (que l’on retrouve dans Young GTO, une série en 31 volumes parue chez Pika), les délinquants à la Japonaise, ne lui prédisait pas vraiment un avenir dans une profession où il faut être un « modèle » pour les jolies têtes blondes.

Après de nombreuses batailles avec son ami de toujours, Ryûji Danma, il a quand même pris une décision majeure : se poser et chercher à se faire une meilleure réputation. C’est pour ça qu’il a été à la fac et qu’il a cherché un métier plus sérieux. Quand son compère est parvenu à ouvrir son garage et vivre de sa passion, il lui a fallu un petit moment pour se rendre compte de ce qui lui manquait.

Onizuka est aussi un gros pervers et l’auteur ne manque pas de nous le rappeler avec cette tête de tortue qui sort petit à petit de sa carapace pour montrer l’excitation du personnage. Après tout, il saigne tellement du nez avec les divers combats qu’il fallait bien que le dessinateur trouve quelque chose de nouveau.

Alors qu’un prof est censé dispenser (ou « faciliter l’accès à », la terminologie moderne varie) un certain savoir, le blondinet n’a pas vraiment de qualification pour le faire. Fuyutsuki ne se rend pas compte à quel point elle a raison lorsqu’elle dit que « ses cours n’en sont pas ».
La plupart du temps, il lit d’un manuel ou propose une vidéo ou Nagisa (la copine de Ryûji qui va véritablement à la fac) qui explique des notions dont il a du mal à saisir toute la complexité.

Est-ce que ça fait de lui un mauvais prof pour autant ? La réponse est bien évidemment non. Onizuka n’est pas capable de donner un savoir académique mais il est très bon à « l’école de la vie ». On pourrait presque dire qu’il est « l’enseignant du système D » puisqu’il montre aux élèves toutes sortes de techniques pour briller en société comme la meilleure façon de chopper des crabes ou de se donner un air menaçant pour ne pas se faire harceler…

GTO Napoléon
(c) Toru Fujisawa / Kodansha, édition française : Pika

Grâce à ce côté décalé du personnage, FUJISAWA peut se permettre de blinder son œuvre de références de la culture populaire japonaise. On notera les nombreuses références aux idoles de l’époques (qui sont difficilement accessibles au public français).
Il en introduit d’autres un peu plus évidentes comme le déguisement de Devilman (personnage de Gô NAGAI) ou encore le masque de Duke Togo (héros de Golgo 13 de Takao SAITO) sans oublier le kidnapping de Natsu Oishi dans Paradise Lost qui n’est pas sans rappeler l’affaire des 300 millions de yens (dont on parle dans montagne et Unlucky Young Men pour ne citer que ceux-là).
Cependant, il y a une œuvre à laquelle le dessinateur ne peut s’empêcher de référer tout au long de sa série : Ashita no Joe de Tetsuya CHIBA et Asao TAKAMORI. Entre les boxeurs qui ressemblent à Joe et Rikishi dans la salle d’arcade où Onizuka joue tout le temps et les clins d’œil à la scène finale représentant Joe (mort ou vivant ?) dans son coin de ring, on imagine que FUJISAWA a été marquée par cette œuvre mythique et fondatrice du shônen.

C’est ce manque de sérieux total qui lui permet de se faire accepter plus facilement par les ados qui voient en lui un « adulte » différent de ceux qu’ils connaissent. Loin du froid et sérieux Uchiyamada qui réprimande pour un rien, Onizuka va aller jusqu’à faire des blagues débiles au sous-directeur pour bien montrer que ce n’est pas ce genre d’homme qu’il veut être.

Onizuka n’a d’ailleurs aucun respect pour l’autorité du monde de l’éducation. S’il a une alliée de poids avec la secrétaire générale, ce n’est que parce qu’elle voit en lui quelqu’un capable de pousser l’école vers l’avant.
Le prof n’hésite pas à y mettre du sien et balance des german suplex à Uchiyadama tous les 3 chapitres, il photographie (sans même réfléchir aux possibles conséquences) la fille de la présidente de la PTA (la principale association de parents d’élèves au Japon) pour qu’elle arrête son harcèlement et cerise sur le gâteau, il aspecte Mme. Ota, la présidente d’une association indépendante de parents d’élèves venue l’inspecter sur « conseil » de Teshigawara…

Bref, l’autorité, autant dire qu’il s’en fout complètement. C’est un peu le « vilain petit canard » de l’éducation et de l’école. Les autres professeurs ne l’apprécient pas particulièrement puisqu’il cause de nombreux soucis mais surtout parce qu’il sort des carcans habituels. Il n’est « pas comme eux » et donc, ils ne savent pas vraiment comment se comporter avec lui même si, petit à petit, un petit noyau de collègues se met à l’apprécier à sa juste valeur.
Onizuka sait, de toute façon, qu’il faut savoir montrer aux autres ce qu’on vaut. Les mots sont forts, c’est vrai mais peuvent être desservis par l’apparence alors que les actions auront toujours garderont leurs effets bénéfiques avec le temps.

Si académiquement, il ne vaut pas un clou, le décoloré possède des qualités que les autres profs n’ont pas. Déjà, c’est quelqu’un de très fort.
En réalité, Onizuka est quasiment immortel : il se prend des coups avec tout et n’importe quoi, il se ferait tirer dessus à bout portant plusieurs fois, il saute du toit et ruine au moins 3 voitures… Bref, c’est un monstre et vu les situations folles dans lesquelles il se trouvera, il aura bien besoin de cette force et de cette résistance herculéennes.

Le protagoniste de FUJISAWA est aussi un excellent juge de caractère. Il se trompe rarement dans ses choix et parvient à voir des choses chez les adolescents que les autres profs ne prendraient même pas la peine de développer.
C’est de cette manière qu’il décèle le talent d’actrice de Toroko, simplement en l’écoutant jouer avec des poupées près d’un bac à sable après avoir été évincée par ses prétendues copines.
Il voit aussi très vite la fierté de Murai, ce jeune garçon qui, s’il aime sa mère, est trop ancré dans sa vision d’adolescent pour l’admettre.
Il est bien sûr impossible d’oublier Urumi. Onizuka comprend immédiatement sa solitude et même s’il ne parvient pas à l’en faire sortir du premier coup, il n’abandonne jamais et continue à faire des efforts pour la jeune fille. Cette dernière développe d’ailleurs un attachement très particulier envers le professeur, allant jusqu’à désespérer dans les situations où il se trouve en grand danger.

S’il s’en sort aussi bien, c’est aussi parce qu’il est capable de gérer les élèves au cas par cas. Il ne cherche pas à faire de la psychologie de groupe ou de contrôler la classe complète comme « un bloc ». Il fait la part des choses entre l’individu et l’appartenance à un ensemble.
On le voit notamment dans sa gestion des terrorismes scolaires d’Urumi (GTO) et de Miko (Shonan 14 days) puisque les deux jeunes filles utilisent des méthodes similaires mais ne seront absolument pas gérées de la même façon par Onizuka qui saura personnaliser sa « leçon » à chaque fois.

Onizuka, c’est avant tout un être humain qui représente parfaitement la notion d’empathie. Il ne juge pas sans savoir et sait être réceptif aux sentiments des autres, qu’ils soient bons ou mauvais, ce qui le pousse parfois à faire preuve d’une naïveté qui frise le ridicule.

Cependant, s’il est capable de comprendre avec justesse les sentiments d’autrui, il est complètement à l’ouest quand il s’agit de lui-même.
Il ne voit pas vraiment les sentiments (ou choisit de ne pas voir) les sentiments d’Urumi qui lui fait pourtant pas mal de gringue. Pire encore, il ne se rend pas compte de ce que Fuyutsuki ressent pour lui alors qu’il la reluque en secret (?) depuis leur première rencontre où il l’imaginait déjà comme sa femme.

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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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