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Écritures, Latitudes, Horizon, Graphic : le grand format, nouvel eldorado du manga

[Dossier] Le grand format, nouvel eldorado du manga

La nouvelle orientation de la collection Graphic de Pika démontre un certain changement dans les habitudes des éditeurs de manga qui s’orientent, de plus en plus, vers un autre format, destiné à un autre public que leur cœur de cible habituel.
Après Casterman, ce sont Ki-oon, Komikku puis Pika qui se sont engouffrés dans le marché des “romans graphiques”.

Ces ouvrages ont en commun le format 170 x 240 mm (l’un des “standards” de l’édition), une charte graphique généralement unifiée et facilement identifiable, pas de jaquette mais, le plus souvent, l’usage d’un vernis sélectif.
Il s’agit d’une façon de profiter du succès des autres, de permettre une identification immédiate pour le lecteur, et de proposer des titres différents de leurs catalogues habituels.

Casterman : Écritures

L’éditeur qui a inspiré tous les autres, c’est bien Casterman avec sa collection Écritures.
Cette dernière a vu le jour en 2002 avec « l’ambition de rassembler des romans graphiques du monde entier, et de les proposer à un plus large public » selon Wladimir LABAERE, éditeur des titres japonais de Casterman« l’idée était de s’affranchir du classique format cartonné couleur qui avait court dans la bande-dessinée ».

Sans grande surprise, le plus gros succès d’Écritures est Quartier Lointain de Jirô TANIGUCHI, bien aidé par son Alpha’Art du meilleur scénario obtenu à Angoulême en 2003. À ce jour, l’œuvre majeure de TANIGUCHI s’est écoulée à plus de 300.000 exemplaires toutes éditions confondues, selon son éditeur, en faisant la figure de proue du label.
L’auteur est d’ailleurs un incontournable chez Casterman avec plus d’un million cinq cent mille exemplaires écoulés !

Wladimir LABAERE signifie tout de même que le succès de TANIGUCHI est aussi dû « à la transposition en sens de lecture français », en plus d’être « le plus occidental des mangaka ».

Devenu une véritable marque en presque 15 ans d’existence, Écritures a changé sa charte graphique en mars pour arborer une image plus moderne, « plus souple », et un nouveau logo.
« C’est une collection cohérente, rapidement identifiée et dans laquelle les amateurs se retrouvent tout de suite ».

Chez Casterman, le but d’Écritures, aujourd’hui, est de continuer à éditer « des auteurs confirmés et talentueux » mais aussi « des auteurs inconnus pour leur faire passer un cap en misant sur la reconnaissance de la collection ».

Quand on lui demande ce qu’il pense de l’inspiration de ses concurrents pour Écritures, Wladimir LABAERE se dit « réjoui ». Finalement, on copie généralement ce qui est réussi, ce qui montre une certaine forme de reconnaissance.

Au temps de Botchan 1 Quartier Lointain Intégrale Les rêveries d'un gourmet solitaire

Ki-oon : Latitudes

Chez Ki-oon, Ahmed AGNE, directeur éditorial, signifie que le déclic est venu avec Bride Stories, « peu après avoir reçu le Prix Intergénérations à Angoulême ».
« On n’arrivait pas à convaincre les lecteurs de BD hors manga des qualités de ce titre. Ils étaient rebutés par le format ». De cette constatation va naître la collection Latitudes fortement influencée par Écritures. « Casterman a imposé un format pour le roman graphique », avoue-t-il.

L’accueil de Bride Stories dans ce format sera malgré tout plutôt mitigé, le titre continuant d’être édité dans son format d’origine, plébiscité par les lecteurs.
Par contre Ahmed signifie que les titres uniquement disponibles en grand format se vendent plutôt bien, il en veut pour preuve les « 9.000 exemplaires écoulés d’Emma » et les 10.000 de Goggles.

De son propre aveu, le directeur éditorial signifie que « ce n’est pas une collection sortie pour être rentable, mais qui doit permettre d’intéresser un nouveau public » dans une délicate équation qui doit permettre de ne pas (trop) perdre d’argent tout en préservant la qualité des projets.

À côté de ces quelques succès, on trouve des titres à la réussite plus mitigée comme Pandemonium ou Unlucky Young Men.
Plus généralement, les titres parus simultanément en format “classique” et en Latitudes ne fonctionnent pas très bien en grand format. Dernier exemple en date, la tentative de Ki-oon avec Poison City qui s’est soldée par un échec.

Si l’éditeur parisien avait bien débuté sa collection avec un graphisme unifié typique, il semble, petit à petit, s’en départir avec ses derniers titres, comme une façon de dire qu’il ne s’enferme pas dans un schéma, même si cela contredit la démarche initiale.

Toujours est-il que le pari d’Ahmed semble gagnant, mais ce que l’éditeur vise avant tout, comme ses concurrents, c’est une reconnaissance du côté de la Charente… Si elle finit par venir, le challenge sera vraiment remporté.

Bride Stories Latitudes 1 L'Oiseau Bleu Goggles

Komikku : Horizon

Comme pour Ki-oon, Sam SOUIBGUI, responsable de Komikku, avait la « volonté d’élargir le marché, de découvrir un public plus porté sur la bande dessinée, d’ouvrir de nouvelles perspectives ».

« Avec un titre comme Ritournelle, si nous avions conservé le format japonais nous n’en aurions pas vendu plus. Mais à 7,90 ou 8,50€, nous n’aurions pas été rentables. A 18€, le titre n’est pas un échec » malgré ses quelques 1.000 exemplaires écoulés, ce qui reste un chiffre très faible dans les ventes de mangas.
« La Photographe nous a étonné, par contre, avec ses plus de 2.000 exemplaires vendus. On avait le titre depuis longtemps sans oser le sortir. Horizon s’est révélé comme une évidence ».

Peu en parlent, en dehors de Komikku, mais le prix du grand format permet de prendre des risques qui sont nettement plus calculés qu’avec des petits formats nécessitant du volume pour être rentables.
Un peu à la manière de ce que font des éditeurs comme IMHO ou Le Lézard Noir. « Ils ont tout compris de ce qu’était le roman graphique et de la façon de le traiter » avoue Sam.

Il se dit aussi que c’est un bon moyen d’obtenir un prix à Angoulême, rêve ultime des éditeurs français même si beaucoup s’en défendent.

Ritournelle La Photographe 1 Au fil de l'eau

Pika : Graphic

Pika Graphic n’est pas, à proprement parler, une nouvelle collection puisque le label fut créé pour accueillir la réédition de Dragon Head puis Maiwai de Minetaro MOCHIZUKI, il a quelques années.
« On avait envie de relancer Graphic depuis quelques années, c’était en gestation avant l’arrivée de Mehdi, mais sa venue a boosté le projet », avoue Laure PEDUZZI, l’attachée de presse de Pika Édition.

Comme elle et Mehdi BENRABAH, directeur de collection, le disent : « cette première version était un essai… un peu raté ».
Elle était sans doute trop proche du format manga “traditionnel”, et peut-être trop éloignée, au moins dans la forme, de l’aspiration de l’éditeur : toucher un large public bande-dessinée. « Il a fallu développer une nouvelle réflexion ».

Comme le signifie Mehdi, « dans l’ADN de Pika, on a évidemment le mass-market, mais aussi le challenge ! Ce sont nos succès commerciaux qui nous permettent de prendre des risques, d’ouvrir de nouvelles pistes ! »

Le but avoué de cette nouvelle mouture, lancée avec les titres Hello Viviane et Au Gré du Vent de Golo ZHAO, plus Bao JINGJING pour ce dernier, est d’aller « chercher les lecteurs de BD et de comics », les fameux lecteurs de romans graphiques. « Les auteurs asiatiques n’ont rien à envier aux artistes franco-belges ! »
La collection sera largement asiatique avec des auteurs chinois comme Golo ZHAO, mais aussi coréens et japonais. Les titres pourront être en couleurs ou en noir et blanc, selon l’œuvre à éditer. Pika ne se restreint d’aucune façon de ce côté-là.

Quand on parle de la collection Écritures comme d’une possible inspiration, Laure et Mehdi signifient que c’est « une belle collection » mais être dans une « autre intention ».

Mehdi n’hésite pas à dire que « le manga est un peu trop connoté » dans l’esprit de certains lecteurs, « comme s’il n’était pas au même niveau que la BD franco-belge. Ce sont certes des auteurs asiatiques, mais aussi les héritiers des grands auteurs de BD comme Moebius ».
S’il signifie ne pas vouloir négliger son cœur de cible, le format et les couvertures à rabats peuvent être un handicap pour le grand public. Par contre, « le sens de lecture est moins un frein que le format », n’empêchant pas l’éditeur d’envisager le format de lecture original ou de le changer pour adopter un sens de lecture occidental, selon le potentiel décelé.

Pour accentuer le côté ouverture, Pika a souhaité faire réaliser, pour chaque œuvre, une « préface par quelqu’un de connu dans le milieu de la bande-dessinée », une sorte de « caution morale » pour les  journalistes autant que pour les libraires et les lecteurs.

Comme ses concurrents sur le même créneau, Graphic a une charte unifiée et « facilement identifiable », typique du secteur des romans graphiques, permettant un repérage immédiat mais manquant, en finalité, de personnalité.

Mehdi BENRABAH ne s’en cache pas, l’un des buts de Pika Graphic est bel et bien de « viser un prix à Angoulême », le Saint Graal des éditeurs de BD, qu’il semble difficile d’obtenir avec des mangas ou des titres dans un format approchant.

Pour l’instant, les deux œuvres qui ont accompagné le nouveau Graphic ont fait un lancement plutôt timide, mais comme nous le confie Mehdi : « c’est une course de fond », la collection « va s’enrichir » avec six à huit ouvrages prévus par an, démontrant une certaine ambition, au moins au lancement, du second éditeur du marché manga qui vise autant la première place du secteur que la reconnaissance de ses pairs.

Maiwai 1 Hello Viviane Forget Sorrow

[En marge] Kana : Made In

L’éditeur un peu en marge côté romans graphiques, c’est Kana. Si l’éditeur propose depuis un moment son excellent label Made In, celui-ci n’a, pour le moment, pas embrassé la même destinée que celle de ses concurrents en conservant le format manga et en proposant des œuvres proches de leurs version originales, sans concession au grand public.

C’est une position courageuse et appréciable pour le cœur de cible, mais plus risquée vis-à-vis des lecteurs traditionnels de franco-belge qui ne sera peut-être plus tenable à moyen terme…

Le Sommet des Dieux T1 Number 5 T1 Solanin T1

Quelques éditeurs font encore de la résistance, mais nombreux sont les labels mangas à s’ouvrir au grand format et au roman graphique. Si le succès commercial reste difficile à obtenir si on ne s’appelle pas TANIGUCHI, le but semble bel et bien de se faire une place en dehors du marché du manga et de viser Angoulême.
Les éditeurs de mangas semblent encore avoir une réelle soif de reconnaissance de la part du milieu de la BD franco-belge, malgré tout ce temps passé à railler les « japoniaiseries ». Celui-ci semble encore avoir une prédominance intellectuelle intacte.

Bien que certains s’en défendent, l’inspiration de ces différentes collections provient de façon assez évidente d’Écritures. Comme le dit Ahmed AGNE de Ki-oon : « quand un truc marche, on s’aligne, c’est logique ».
À ce stade, c’est d’ailleurs Ki-oon qui s’en sort le mieux, question ventes, avec Latitudes, derrière le leader incontesté de ce secteur du grand format d’œuvres asiatiques, Casterman.

Si ce dernier a imposé sa collection, devenue une référence absolue pour nombre de lecteurs, il reste difficile de savoir si ses concurrents tiendront la distance.
Reste que, pour un secteur en mal de renouvellement éditorial, cet « eldorado » du grand format fait figure de réelle bouffée d’air frais.




A propos de Kubo

Kubo

Enfant de la « génération Club Dorothée », c’est un gros lecteur de mangas depuis plus de 20 ans et fan invétéré de Dragon Ball. Fondateur du podcast Mangacast, il est aussi l’un des créateurs de Manga Mag.

5 commentaires

  1. Très bon article ^^ Je me surprend moi même à apprécier de plus en plus de titres dans ce format principalement du fait de l’aspect « qualité » qui se dégage de certains d’entre eux, mais également de l’aspect « entre les deux » à mi chemin entre le manga tradi et la BD cartonnée.

    En revanche je comprend pas bien ce que les éditeurs appellent « roman graphique » ? ( moi je vois un manga grand format rien de plus)

    Sinon c’est clair que ce type d’oeuvre donne un vrai choix supplémentaire dans les titres et l’expression « bouffée d’air frais » me parait tout à fait juste. ( même si j’ai pas spécialement aimé taniguchi que je trouve bien mais sans plus ). Les éditeurs ont crées ce genre afin de s’ouvrir sur un public plus large mais je trouve que pas seulement c’est ça qui est bien ça ouvre aussi aux lecteurs plus traditionnels de manga qui évoluent dans cette direction.

    • Roman graphique c’est une appellation dans le monde de la bd (surtout mangas et comics) pour dire qu’en gros l’oeuvre est plus riche, plus profonde que la masse d’autres créations.

      Exemple, Watchmen c’est un roman graphique, pas le quantième crossover Marvel sortit chez Panini.

      C’est un terme un peu condescendant mais ça permet de se situer. Je dirais que le roman graphique dans le Manga c’est le niveau au-dessus du Seinen, en terme de public visé.

  2. J’aime bien les grands formats, mais pas pour les mauvaises raisons. Ici les principales raisons sont généralement la reconnaissance des gens que ça n’intéresse pas et le fric. Pour ce dernier, ça a été avoué, ça permet de marger bien plus, et même si je comprend, ça m’emmerde pas mal. Pour la reconnaissance, ça me paraît vain, voir contre productif. Dire « Ce sont certes des auteurs asiatiques, mais aussi les héritiers des grands auteurs de BD comme Moebius », c’est avouer que le reste ne mérite pas d’être lu par les lecteurs de franco-belge. J’imagine que la volonté n’est pas celle-la, mais c’est pourtant ce qu’il ressort. Ce n’est pas en maquillant tout ce qui fait son origine que les éditeurs attireront de nouveaux lecteurs vers le manga.
    Malgré tout, c’est très agréable de lire du Taniguchi, du Mochizuki ou du Toyoda en grand format, faut juste pas essayer de cacher ce qu’ils sont vraiment.
    Et pour la reconnaissance elle viendra naturellement, puisque pour les nouvelles générations d’auteurs et de lecteurs, la BD asiatiques fait de toute façon partie de leur culture.

  3. Moi honnêtement je n’aime pas le grand format pour trois raisons: le prix bien trop cher par rapport au petit format, deuxièmement ça ne rentre pas dans mon étagère à côté de mes centaines de mangas aux format traditionnel et pour finir, le sens de lecture occidental pour les oeuvres de chez Casterman par exemple me rebute un peu.

    Ice Age Chronicle of the Earth c’est 36 euros pour 2 volumes!!!

  4. Si je puis me permettre, l’article est intéressant, mais est-ce que vous vous relisez ? C’est bourré de fautes, il manque des mots, il y a des répétitions partout…

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