Publicité


Accueil / Dossiers / [Dossier] Dragon Ball et la France : retour sur 30 ans d’amour

Dossier Boichi

Publicité

Dragon Ball et la France : retour sur 30 ans d'amour

[Dossier] Dragon Ball et la France : retour sur 30 ans d’amour

C’est le 2 mars 1988 dans l’émission Dorothée Matin que le premier épisode de l’animé Dragon Ball était diffusé pour la toute première fois en France. Produit par Toei Animation et basé sur le shônen manga d’Akira TORIYAMA, peu nombreux étaient ceux à se douter que ce jour-là, une pierre fondatrice venait d’être posée pour ce qui allait devenir le marché du manga et de l’animation japonaise.
Retour sur cet amour qui a transcendé les décennies entre Dragon Ball et le public français…

La culture visuelle moderne japonaise a fait son incursion en France par l’entremise de séries telles que Goldorak, Candy, Albator ou Cobra, par le biais de la chaîne Antenne 2 (France 2), bien avant que l’on ne sache ce qu’était un animé ou même un manga.
Même si ces séries sont à l’origine de l’implantation de l’animation japonaise de par chez nous, c’est bien en 1988, dans l’émission Club Dorothée sur TF1, que les choses vont réellement changer avec l’arrivée du dessin animé Dragon Ball. Cette série va préparer le public pour l’arrivée de sa suite, Dragon Ball Z, qui va radicalement bouleverser les programmes jeunesse et devenir la pierre angulaire de ce qui deviendra le marché du manga français…

Dragon Ball Z, la naissance d’un mythe

Si Dragon Ball Z n’aura pas été le premier animé dont les fabricants français vont exploiter la licence question merchandising, Goldorak ou Saint Seiya étant déjà passés par là, il sera assurément précurseur à une déclinaison aussi large que fulgurante, l’appétit des fans étant à la mesure du succès d’une série qui aura même droit à une exploitation en salles obscures de certains de ses long métrages.
Sans doute recordman du hit séries du minitel « 3615 TF1 code Dorothée », la série va démontrer un intérêt phénoménal de la part des spectateurs français qui plébiscitent en masse l’animé de Toei Animation via le seul canal “social” existant à cette époque, bientôt rejoint par des chats sur minitel tels que le 3615 Toon et des événements de taille modeste tels que BD Expo, le Festival BD des Grandes Ecoles, la Convention de l’Epita ou Cartoonist.

Paradoxalement, si la série est un carton d’audience et qu’elle est plébiscitée dans le Dorothée Magazine, AB Productions (producteur du Club Dorothée) rechigne à éditer la série en VHS et laisse filer, « en vendant les droits de diffusion très chers », les films de la saga Dragon Ball Z qu’elle ne sait comment exploiter vers AK Video (un label de la société IDE) où ils vont connaître un réel succès chez les revendeurs, le public s’arrachant ces histoires inédites.
Dans une interview, Olivier FALLAIX (ancien directeur de collection d’AK Video) révèle qu’AB « ne croyait pas au potentiel de Dragon Ball Z », ce qui a permis à AK Video d’émerger et de se faire une place dans le paysage naissant de l’édition vidéo d’animés japonais.
Au final, AB se rendra compte de son erreur et distribuera dans les salles obscures quatre long métrages de la saga : Dragon Ball Z : Fusions (Dragon Ball Z: Fukkatsu no Fusion!! Gokû to Vegeta) et Dragon Ball Z : L’Attaque du Dragon (Dragon Ball Z: Ryû-Ken Bakuhatsu!! Gokû ga Yaraneba Dare ga Yaru) réunis sous le titre Dragon Ball Z, le film en 1995 puis Dragon Ball Z : Rivaux Dangereux (Dragon Ball Z: Kiken na Futari! Super Senshi wa Nemurenai) et Dragon Ball Z : Attaque Super Warrior ! (Dragon Ball Z: Super Senshi Gekiha!! Katsu no wa ore da) en 1996 sous le titre Dragon Ball Z 2.
La société de Claude BERDA et Jean-Luc AZOULAY finira par récupérer les droits des films pour les éditer en DVD mais se fera souffler ceux de 2013 et 2015 par Kazé qui s’occupera aussi de la parution en coffret Blu-ray de la série Dragon Ball Z Kaï.

La firme AB comprendra, tout de même et sur le tard, l’ampleur du phénomène et se lancera en février 1996 dans l’organisation d’un salon, Planète Manga, à l’Espace Champerret (Paris 17e) placé sous l’égide des licences distribuées par le groupe média telles que Sailor Moon, Ranma 1/2 et bien sur Dragon Ball Z, qui rencontrera un certain succès.
Pour l’anecdote, il s’est murmuré pendant un temps qu’Akira TORIYAMA devait être (ou était) présent sur le salon, rumeur dont on n’a jamais réellement su l’origine ni si elle était destinée à booster le nombre d’entrées, mais d’aucuns en parlent encore en 2017 !

La fébrilité du public pour Dragon Ball Z, qui aura toujours eu une aura plus grande que la première série, est telle que les boutiques spécialisées en mangas, VHS et produits dérivés qui ouvrent un peu partout en France sont portées par le phénomène : Katsumi, Tokyo-do, Atomic Club, Déesse, Samouraï ou Madoka à Paris, Akira et Co. à Nice, Gégé le Chinois à Marseille, Neo-Gokuraku à Lyon, et on en oublie surement de nombreuses autres notamment toutes ces boutiques de jeux vidéo qui profitent de l’effet d’aubaine et de la proximité avec le domaine vidéoludique à cette époque largement dominé par les éditeurs japonais.
Tout ce qui est estampillé “Dragon Ball” se vend à cette époque là, même les jouets indignes parus sous le sigle AB Toys…

Malgré l’arrêt de sa diffusion à la TV, l’intérêt pour Dragon Ball Z aura toujours été vivace, tant en France qu’au Japon, entretenu un temps par l’indigent Dragon Ball GT, puis par des jeux vidéo paraissant régulièrement et un remake HD (Dragon Ball Z Kaï), avant le retour tant attendu sous la forme de deux long métrages qui ouvriront la porte à Dragon Ball Super

Un manga phénomène

À la librairie parisienne Tonkam, dirigée par Dominique VÉRET et Sylvie CHANG, on scrute d’un œil très curieux ces milliers d’exemplaires en version originale écoulés du manga Dragon Ball d’Akira TORIYAMA, faisant suite à la diffusion des épisodes de Dragon Ball Z à la télévision.
Même son de cloche du côté de Schlirf Book, la librairie bruxelloise d’Yves SCHLIRF (futur créateur de Kana), où la clientèle qui vient se procurer le dernier tome siglé Jump Comics (Shueisha) se fait toujours plus nombreuse et devient impossible à contenter.
Au plus fort de la bulle Dragon Ball, Nicholas BAQUÉ, à ce moment-là vendeur chez Tonkam, nous raconte que l’équipe de la librairie de Bastille (Paris 11e) avait organisé un poisson d’avril et avait réalisé une fausse couverture du manga exposée en vitrine… Le fameux poisson ne va pas plaire à tout le monde, et les clients qui découvrent à la caisse que ce volume n’existe pas le prennent mal et l’équipe du magasin a eu droit à un concert de récriminations pas très agréables !
C’est sans doute l’impact de ce titre, et le bouche à oreille, qui font de la petite librairie de la rue Keller, à deux pas de la place de la Bastille, le rendez-vous incontournable du samedi après-midi pour les animéfans parisiens et poussera nombre de ses concurrents à s’installer à proximité (Gaijin, Mangarake, Atomic Club…).
Le dernier tome japonais, le volume 42 paru au second semestre 95, aura même donné l’impression, se souvient Nicholas, que les clients « n’achetaient que ça » en boutique. Il confie que la librairie a écoulé pas moins de 50.000 exemplaires… d’un tome entièrement en japonais !

Témoin et acteur de ce lancement, Gilles MUNICH, alors responsable commercial de Glénat, révèle que c’est le département comics de l’éditeur qui va en premier lieu proposer le manga Akira de Katsuhiro OTOMO à Jacques GLÉNAT dans sa version colorisée qui paraîtra d’abord en kiosques avec peu de succès, ce qui poussera à l’arrêt en cours de parution du titre sous cette forme.
Cependant, cette première incursion dans le manga intéressera malgré tout Jacques GLÉNAT, poussé par ses éditeurs, à un autre titre japonais dont l’adaptation animée semble faire le bonheur de la case jeunesse de TF1 : Dragon Ball, et ce malgré le demi-échec d’Akira. C’est via un contrat portant sur les six premiers tomes passé avec VIZ Media LLC que va paraître le titre de TORIYAMA en version française et en sens de lecture occidental (les japonais, à l’époque, ne sont pas regardant sur ce point).
D’abord sous le forme de fascicules vendus chez les marchands de journaux puis rapidement en version reliée, le titre est aujourd’hui considéré comme « décisif pour les Éditions Glénat » car il « annonce ainsi le développement des manga en France » selon l’éditeur grenoblois.
Le seul premier volume relié version française de Dragon Ball paraît en mai 1993 et est tiré à « 12.000 exemplaires » selon MUNICH mais l’éditeur et son imprimeur ne sont pas habitués à ce format et les équipes de Glénat doivent faire le tri à la main parmi cette dizaine de milliers de volumes car nombreux sont les exemplaires à être mal massicotés. Au final, ce sont “seulement” 7.000 exemplaires du tome un qui sont mis en place mais le succès étant tel, la rupture est quasi immédiate et il faut réimprimer en urgence.
L’ancien responsable commercial indique que la mise en place des tomes, au plus fort de la période de la première édition du manga, aura atteint jusqu’à 70-80.000 exemplaires par volume relié !
Le succès du manga dans les points de vente généralistes, qui n’avaient jamais vu la couleur d’une BD japonaise, est fulgurant, certaines grandes surfaces n’étant pas suffisamment approvisionnées pour faire face à la demande du public. Paradoxalement, Gilles MUNICH nous révèle que ce sont les grandes surfaces qui ont fourni le meilleur accueil au manga de TORIYAMA, nombre de libraires traditionnels ne voulant surtout pas en entendre parler !
Glénat signifie aujourd’hui avoir écoulé « plus de deux cent mille exemplaires » des différents tomes de ce phénomène littéraire et plus aucun libraire censé ne refuse de mettre un tome de Dragon Ball dans ses rayonnages.

À l’été 1994, Glénat sort son magazine de pré-publication de mangas qu’il va nommer… Kaméha Magazine, dans un hommage appuyé au kaméhaméha de Son Goku / Kame-Sennin alors que Dragon Ball n’y est pas publié (pour mémoire, le manga de TORIYAMA est déjà disponible en kiosques depuis début 1993 sous forme de demi-volumes) mais sera tout de même opportunément présent en couverture.

Au final, le shônen manga d’Akira TORIYAMA aura connu quatre éditions des 85 tomes des versions kiosques (dont une en sens de lecture japonais), une édition reliée sens de lecture occidental avec couverture à rabats, une édition double à couverture souple, une édition avec jaquette similaire à l’édition japonaise (vendue en coffrets doubles et à l’unité), une édition France Loisirs, et enfin une édition “Perfect”.
C’est le manga, en France et de loin, qui aura connu le plus d’éditions différentes et il se pourrait que, dans l’avenir, une nouvelle vienne s’ajouter car le public attend toujours une version française de Dragon Ball Full Color

Lire la suite




A propos de Kubo

Kubo

Enfant de la « génération Club Dorothée », c’est un gros lecteur de mangas depuis plus de 20 ans et fan invétéré de Dragon Ball. Fondateur du podcast Mangacast, il est aussi l’un des créateurs de Manga Mag.

3 commentaires

  1. malheureusement, et un dossier sur DB n’était pas nécessaire, a moins que vous en êtes fan du manga, et les soit disant fan ne connaisse même pas le nom du manga et n’ont jamais lu le début de l’histoire commençant au tome 17 et croit encore que le manga se nomme DBZ

    • Kubo

      Un message assez dur a comprendre… Du peu que j’en comprend, je ne vois pas en quoi écrire un dossier sur l’arrivée du manga / de la série qui a permis l’émmergence du marché français n’est pas utile.

  2. Je trouve le dossier pas mal. Il retrace bien le parcours du manga grâce à cette oeuvre 🙂

Laisser un commentaire

[the_ad id="59920"]