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[Dossier] One Piece – Arc Thriller Bark

Après un arc Water 7 particulièrement riche en action comme en révélations, Eiichiro ODA s’accorde une petite pause dans One Piece avec cet arc Thriller Bark qui apparaît comme différent comparé aux précédents. Comment l’auteur parvient-il à garder une certaine continuité dans sa série tout en partant à droite à gauche ? Dans ce dossier, on vous explique comment le mangaka structure ses arcs et les différents éléments qu’il apporte pour que son titre ne perde rien de ce qui fait son sel.

Si ODA est très bon pour diversifier les endroits et proposer des personnages attachants et toujours originaux, sa construction d’arc reprend toujours une structure assez similaire ou du moins, il y a de nombreux éléments qui reviennent dans chacune des parties de One Piece.
Si vous avez lu la série depuis ses débuts, ce qui ne suit ne devrait pas vous surprendre plus que ça mais disons que Thriller Bark est une bonne opportunité de détailler ce qui fait de One Piece… One Piece. Sa gestion très « scolaire » si on considère la façon de faire du dessinateur facilite d’ailleurs bien les choses.

La première chose que l’on remarque, c’est que chaque nouvel arc va apporter une nouvelle ambiance. Si dans les premiers tomes, on le sentait pas énormément, c’est de plus en plus vrai à partir de l’arrivée sur Grand Line. Le caractère changeant et chaotique de la route de tous les périls permet au mangaka de faire un peu ce qu’il veut et c’est tant mieux. Cette atmosphère variante fait partie de ce rend la série si intéressante à suivre.

L’arrivée à Thriller Bark, bateau gigantesque appartenant à Gecko Moria, l’un des sept grands corsaires, donne tout de suite le ton. Un brouillard épais se lève dans une zone maritime qui n’est pas sans rappeler le triangle des Bermudes ou les bateaux disparaissaient mystérieusement. La pénombre et les ténèbres vont rapidement s’installer et donner un ton plus horrifique à l’histoire.

Lorsqu’ils mettent les pieds sur ce qu’ils pensent être une nouvelle île, les mugiwara sont frileux, la plupart n’a pas envie d’y aller. Usopp change même de tenue pour l’occasion et s’apprête un peu comme un Van Helsing ou autre chasseur de vampire. Il y a un effet très « maison hantée » dans la progression des différents personnages et l’arrivée de zombies va venir renforcer les visions d’horreur des différents personnages grâce à quelques références au cinéma du genre toujours bien senties (Night of the Living DeadThe Island of Dr Moreau).

Après la jungle de Skypiea, les moments préhistoriques de Little Garden ou le style un peu Mille et une nuits d’Alabasta, ODA s’en donne à coeur joie pour dessiner un monde très Tim Burtonesque tout en rondeurs avec de nombreux personnages « rapiécés » comme le réalisateur américain les aime.

Cependant, il y a plusieurs choses qui ne changent pas énormément des arcs précédents. Ce sont les fameux repères que le mangaka souhaite donner à ses lecteurs pour qu’ils ne soient pas trop perdus et surtout qu’ils n’aient pas l’impression de lire un autre manga.

Déjà, il est important de nommer qu’un compte à rebours est toujours présent. On en avait déjà un peu parlé dans le dossier sur Alabasta même c’est toujours vrai ici. Avec les ombres volées, il y a une urgence qui se crée puisque ceux qui n’en possèdent pas se voient effacés par les rayons du soleil. Luffy et ses compagnons vont donc devoir battre Moria et ses zombies avant le level du jour s’ils ne veulent pas se retrouver dans une situation compliquée.
Le petit twist de ce compte à rebours, c’est qu’il ne va pas impliquer que l’équipage. De nombreux personnages vont se greffer à eux et leur faire assez confiance pour récupérer leurs ombres avant de se faire pulvériser comme s’ils étaient des vampires. C’est un concept que l’auteur reprendra un peu plus tard à plus grande échelle pendant l’arc Dressrosa (où toute une ville sera sous la menace de la « cage aux oiseaux » de Doflamingo).

Ce compte à rebours est rendu possible par le pouvoir de l’ennemi à abattre. Ce dernier est, shônen oblige, plus fort que les précédents affrontés par l’équipage (même si ça reste discutable pour le coup) et n’apparaît pas directement. Comme d’habitude avec ODA, on le voit déjà sous forme d’ombre (ironie du sort pour le coup) et ce n’est que progressivement que l’on va le voir.
On commence avec ses yeux injectés de sang histoire de coller avec le thème général de l’arc et on va continuer avec ses bras et le reste de son corps. En réalité, on découvre même son pouvoir avant d’être confronté à son physique puisque le vol d’ombre est décrit par Brook avant même que les mugiwara ne débarquent.
En sa qualité de « boss de fin d’arc », ce dernier n’est pas un problème pour Luffy et ses compagnons uniquement. L’auteur utilise donc son pouvoir pour causer le malheur de nombreuses personnes, à commencer par Brook et en passant par Lola (une jeune femme liée à une autre pointure du Nouveau Monde, la seconde partie de Grand Line).
Un peu comme Crocodile posait problème à Alabasta et le CP9 au monde libre dans sa globalité, ODA continue à donner une véritable envergure aux ennemis. Luffy doit avoir une véritable raison de les combattre. Moria, dans son grand machiavélisme, avait fait du Triangle de Florian une zone maudite dans laquelle il piégeait ses victimes avant de les dépouiller et de les laisser pour mortes.

Brook est justement un dommage collatéral puisque son équipage, les pirates Rumba, a été victime du piège du Grand Corsaire. Grâce au fruit de la résurrection, il a eu le droit à une seconde chance mais ce n’est pas vraiment le cas de ses compagnons malheureusement.
Le squelette représente un autre élément scénaristique majeur d’Eiichiro ODA puisqu’il s’agit du personnage qui va ramener un flashback. Il y a un à chaque fois (parfois plus, tout dépend de la complexité de l’arc). Il y avait Robin et Franky dans l’arc précédent, il y aura Ace dans le prochain… Bref, l’auteur utilise toujours un personnage clé de l’arc pour introduire un flashback et montrer ce qui s’est passé auparavant, ce qui a mené à la situation actuelle.
Il est d’autant plus important ici que Brook possède un lien avec Laboon, la baleine rencontrée par l’équipage lorsqu’ils sont arrivés sur Grand Line. Il faut aussi noter que le spécialiste des « Yohoho » deviendra aussi un membre d’équipage donc que son passé possède une importance particulière pour développer son personnage mais bon… Laboon est plus importante !

S’il arrive que ces nouvelles têtes qui apportent l’opportunité pour un flashback rejoignent l’équipage, ce n’est pas toujours le cas. D’ailleurs, quand ce n’est pas le cas, il y a toujours un lien longue durée qui se forme. Ici, on le voit avec Lola qui aura son importance un peu plus tard. Dans l’arc précédent, Luffy s’était fait un allié de choix avec la Galley-La.
Ces liens d’amitié se forment sans qu’ils soient forcés. C’est d’ailleurs l’une des principales qualités du héros d’ODA : il rassemble. Sa droiture, sa conception de la justice et de la piraterie attirent les autres et malgré son étiquette de « bandit », même certains membres de la Marine (dont une ponte quand même) finissent par lui faire confiance (Aokiji, Koby…).

Autre point très important dans la mise en place du mangaka : tout commence par une séparation des personnages principaux de l’arc en question. Bien sûr, il y a toujours la structure « point faible, point fort, point culminant, conclusion » avec ajout d’étapes similaires potentielles pour faire varier la longueur mais ce n’est pas forcément sur ce point qu’insiste l’auteur.
Pour alléger un peu le récit et se permettre de faire des choses différentes à l’intérieur même d’une phase, il va faire des groupes dont les affinités sont souvent fortes et les lancer dans des aventures légèrement différentes. Si Luffy, Zoro et Sanji débarquent sur Thriller Bark pour partir à la chasse, le trio Nami, Chopper et Usopp y atterrit un peu par la force des choses. Le premier groupe aura des scènes de combat un peu plus fréquentes alors que le second aura une trame plus axée sur l’exploration.
Évidemment, cette séparation permet un effet dramatique fort lors de la réunion du groupe et permet des scènes chargées en personnages qui pourront vite se transformer en combats dantesques dont la mise en scène ne pourra que forcer le respect sachant qu’ils resteront toujours lisibles sans le moindre soucis.

ODA est un auteur qui ne néglige rien. Ainsi, il veillera toujours à utiliser et référencer certains éléments de son arc précédent (et même faire un peu de foreshadowing avec Zoro qui parle du pays des Samouraïs, Wano, île que les mugiwara n’ont toujours pas atteint à l’heure actuelle, 40 tomes plus tard !). Ici, il va même aller jusqu’à le coupler avec un autre de ses artifices préférés : l’intervention d’une tierce personne qui va venir changer la donne.
L’une des révélations les plus importantes de l’arc précédent était tombée dans le tome 45 lorsque Garp révélait que Monkey D. Dragon, chef de l’armée révolutionnaire et ennemi public numéro 1 était le père de Luffy. L’auteur va en profiter pour densifier un peu le mystère autour de ce personnage puisque Kuma, autre Grand Corsaire qui débarque pour aider Moria selon les ordres du Gouvernement Mondial, en parle comme s’il le connaissait depuis longtemps.
L’arrivée de « l’ours » (traduction de son nom) à la Bible va modifier les forces en présence et mettre l’équipage de Luffy en péril. Cependant, l’intervention de Zoro, qui va, dans le même temps cimenter sa position de bras droit du capitaine, réussira à rééquilibrer les forces en présence.

Thriller Bark est un arc qui nous montre efficacement la façon de travailler d’Eiichiro ODA. Ce dernier met encore une fois tout son savoir faire dans une histoire assez courte qui va servir de respiration après la longue épopée de Water 7 et qui prépare intelligemment la tempête qui va s’abattre sur la série avec la grande guerre au sommet de Marineford.
Ambiance, personnages, mise en scène… L’auteur maîtrise réellement tous les aspects de son titre pour proposer une oeuvre toujours aussi captivante et qui sait se renouveler sans vraiment changer de structure, aussi étonnant que cela puisse paraître. Ce n’est peut-être pas dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs confitures mais plutôt en utilisant les ingrédients de la meilleure façon qui soit !

One Piece - Arc Water 7




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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