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Dossier Boichi

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Le coût d’un manga : qui gagne quoi ?

[Dossier] Le coût d’un manga : qui gagne quoi ?

Si l’on connaît plutôt bien le prix d’un manga au format shônen ou celui d’un titre seinen que l’on va acheter chez son libraire, on connait beaucoup moins bien l’économie du manga.
Que touchent vraiment l’auteur et l’éditeur du titre ? Qui gagne quoi ? Quels sont les frais autour d’un ouvrage ? Petite immersion dans les chiffres et l’économie d’un manga en France…

TVA 5,5%Si en tant qu’acheteur, on paye son tome de One Piece à 6,90€ ou son My Hero Academia à 6,60€, il faut garder en tête que, sur ce montant, 5,5% vont à la T.V.A. (taxe sur la valeur ajoutée) en tant que produit culturel légalement taxé. Ce qui signifie d’emblée que ce montant est une taxe que l’acheteur paie à l’État et qu’elle doit logiquement être exclue des chiffres que nous indiquons ci-après. Dans cet article nous parlerons toujours en “hors taxe”, à moins que le contraire ne soit précisé.

Chiffres moyens donnés à titre indicatif, ©Manga Mag

Droits et ayants-droit

Bakuman
Bakuman ©Tsugumi ÔBA, Takeshi OBATA / Shueisha

Le premier poste de dépense sur un manga est logiquement les droits que l’éditeur français va payer à l’auteur original et éventuellement à son éditeur japonais.
Quand un éditeur français fait une offre sur un titre, il le fait via un « minimum garanti » basé sur un prix de vente H.T. proposé. Plus clairement, si l’éditeur ne propose pas directement une somme d’argent, il le fait de façon détournée en proposant un prix de vente hors taxe, un pourcentage sur celui-ci et un tirage initial qui sera obligatoirement versé en cas d’édition quelles que soient les ventes du volume en question, c’est le fameux « minimum garanti » (MG). Si les ventes sont supérieures à ce MG, tout exemplaire supplémentaire écoulé sera taxé à hauteur du pourcentage contractuel.
Le pourcentage reversé aux ayants-droit japonais est généralement de 8%, mais il oscille réellement entre 7 et 10% selon les négociations qui peuvent avoir lieu. Chez certains éditeurs japonais ce pourcentage est même évolutif selon le volume de ventes réalisé.

On ne connait pas précisément le partage qui est fait au niveau des ayants droit mais il est plus que probable qu’il ne soit pas le même pour un auteur comme Akira TORIYAMA (Dragon Ball) que pour Akihito TOMI (Stravaganza).
Le cas des éditions qui s’affranchissent des éditeurs japonais est, de ce côté, plus simple puisque tous les droits vont directement au mangaka.

On se rend compte à la lecture de ces informations que cela correspond peu ou prou aux droits d’auteur pratiqués dans le secteur de la bande dessinée de par chez nous avec un taux moyen généralement accepté de 10%.

Impression

Quand on parle d’impression et de chiffres liés, on ne compte que les frais stricts de reproduction (intérieur et extérieur) qui représentent entre 8 et 15% du prix de vente du manga.
Ce chiffre fluctue logiquement selon le choix des matériaux (notamment des effets sur la couverture), la présence ou non de pages en couleur, le type de papier, l’encre…

Il est devenu de plus en plus compliqué d’imprimer à grande échelle en France avec la liquidation de nombreux imprimeurs français, de sorte qu’aujourd’hui les éditeurs travaillent énormément avec divers imprimeurs européens, notamment italiens.
Certains vont même jusqu’à faire éditer leurs livres en Chine, particulièrement pour le cas des livres luxueux, afin d’obtenir des prix de vente acceptables mais avec tous les aléas qu’une impression à des milliers de kilomètres comprend…

Frais de structure

Les frais de structure représentent très clairement le poste de dépenses le plus souvent oublié par les gens. Représentant entre 10 et 20% du prix de vente final, il sert à rémunérer les différents intervenants qui vont travailler sur l’ouvrage : traducteur, correcteur, communication, graphiste… ainsi que les besoins en marketing pour lancer et faire vivre le titre.

Pour les grosses structures généralistes comme Casterman, Kurokawa (Univers Poche) ou Delcourt, les frais structurels peuvent être minorés car généralement mutualisés avec d’autres labels du groupe, notamment pour ce qui est de la fabrication, mais aussi, souvent, pour le marketing et le graphisme.
Chaque structure travaille différemment mais des éditeurs indépendants comme Ototo, Ki-oon ou Le Lézard Noir ont forcément des coûts de structure plus compliqués à gérer. Pour beaucoup, notamment les très petites structures, on fait massivement appel à divers prestataires selon les besoins en graphisme, lettrage, traduction…

Distribution et librairie

Distribution de mangas, comment ça marche ?La distribution est la part la plus lourde du prix de vente final avec 50 à 55% du prix H.T. Cependant, dans ce montant sont inclus frais de diffusion, de distribution (c’est-à-dire acheminement, stockage et dispatch pour le distributeur) et enfin marge du libraire en bout de chaîne.
Le diffuseur à ses propres frais, essentiellement structurels, avec des commerciaux qui viennent présenter les ouvrages tous les deux mois et prendre les commandes auprès des libraires, une action essentielle pour les libraires noyés sous les nouveautés et qui ont besoin qu’on leur présente les parutions du trimestre à venir autrement que par un bête listing.

Enfin, il y a le chaînon final, le libraire, dont la marge brute atteint 30% de base. Selon les ventes réalisées et sa capacité de négociation avec son représentant, il peut monter cette marge jusqu’à 38% (mais certains distributeurs ne négocient pas ce pourcentage), voir plus pour les grandes surfaces culturelles.
À noter que de nombreux libraires proposent la fameuse réduction de 5% (maximum légal autorisé en décote sur le prix de vente), amputant d’autant leur propre marge.

Marge nette de l’éditeur

La dernière part, et non la moindre est la marge nette qui tourne autour de 14%. C’est ce qui reste à l’éditeur une fois tous les différents frais déduits et qui lui permet d’avoir une éventuelle capacité de réinvestissement sur de nouvelles licences et de faire face en cas de mauvaises ventes sur des ouvrages.

Comparativement à d’autres industries françaises, ce pourcentage reste relativement élevé même s’il faut rester mesuré car 14% de 6,50€ représenteront toujours moins que 5% de 30€…

Il convient de différencier marge brute et marge nette.
La première est tout ce qui rentre dans les caisses de la structure mais sans déduire les frais afférents de production.
La seconde est ce qui reste de la marge, une fois tous les frais divers déduits.

Si, pour une question de compréhension globale, nous avons choisi d’inclure la marge nette dans le découpage du prix du livre, il convient de signifier qu’il n’y a de marge nette qu’une fois tous les frais fixes (impression, distribution, frais de structures) remboursés. Dans le cas contraire, l’ouvrage est vendu à perte.

Le cas pratique d’un volume shônen typique

One Piece - Édition originale #81Prenons le cas basique d’un tome d’un manga shônen dont la moyenne des prix constatés début 2017 correspond à 6,83€ T.T.C., soit 6,47€ H.T.
Sur son tarif hors taxes payé par le lecteur, 0,52€ sera consacré aux droits, 0,71€ à l’impression, 0,97€ aux frais structurels, 3,36€ à la distribution et 0,91€ à la marge nette de l’éditeur.
Le prix de revient est, donc, de 2,20€ pour l’éditeur (droits + impression + frais structurels).

On se rend compte, à la lecture de ces chiffres, que la marge d’un éditeur n’est pas très large car elle doit lui permettre d’être en capacité de réinvestir sur de nouvelles licences et d’éponger un éventuel raté commercial, surtout si le raté est issu du tirage d’un “beau livre” dont la quantité sera moindre mais dont le coût d’impression et de logistique sera démultiplié.

Sur la question des droits, on peut extrapoler, sans nécessairement connaître les chiffres contractuels précis, qu’un auteur de shônen/shôjo qui cartonne avec 100.000 exemplaires de son titre vendus gagnera un peu plus de 50.000€ sur le tome en question.

Si on utilise le même mode de calcul, sur la base d’un prix de base similaire, on se rend compte que l’économie d’un tirage initial avec minimum garanti de 2.000 exemplaires nécessiterait des ventes qui atteignent les 70% du tirage pour être rentable. Ce qui peut expliquer le prix de vente plus important que l’on retrouve sur certaines séries qui ne se vendent pas ou pour lesquelles on n’attend pas de miracle commercial.

Si l’on part du principe qu’un libraire a 30-35% de remise, qu’il déduit les 5% légalement autorisés, on constate qu’il gagne en moyenne 2€ par ouvrage de type shônen. C’est avec une telle marge qu’il devra payer son local commercial, le matériel courant, le(s) salaire(s), la démarque inconnue (les vols) et avoir une capacité de réinvestissement pour les parutions futures.

Le cas d’un beau livre

Cutie HoneyL’équation et les chiffres diffèrent entre un shônen de base et un beau livre. Prenons l’exemple d’un titre de chez Isan Manga vendu 29,90€ T.T.C., soit 28,34€ H.T.

Le pourcentage lié aux frais d’impression est plus important que sur un shônen, la faute au faible tirage initial (1300 exemplaires en moyenne) et du coût plus important des matériaux qui représente à lui seul plus de 4€ de frais sur le volume !

Par contre, micro-entreprise oblige, les frais de structure sont plus réduits (environ 10%) car Karim TALBI (le directeur d’Isan) ne salarie personne, pas même lui, paye des prestataires et fait beaucoup de travail lui-même.

Passant par Makassar, une structure de diffusion au fonctionnement ayant des différences avec les grands distributeurs du secteur, ses frais de diffusion sont plus élevés (55 à 58%) mais incluent le stockage des ouvrages sur la durée. Ce qu’il perd d’un côté, il le retrouve de l’autre.

Enfin sa marge nette est, elle aussi, réduite (8 à 10%) mais 8% de 28,34€ représentent 2,27€, ce qui est toujours deux fois plus que sur un titre shônen/shôjo lambda. Par contre, l’éditeur ayant des ventes moyennes assez faibles (environ 800 exemplaires), la marge globale ne vole pas très haut.

Ces chiffres sont basés sur la moyenne des ventes de l’éditeur et peuvent fluctuer car moins il vend, plus les frais pèsent et plus il vend, moins ils se font ressentir sur la marge nette.

KUBO




A propos de Kubo

Kubo
Enfant de la « génération Club Dorothée », c'est un gros lecteur de mangas shônen, particulièrement ceux issus du Weekly Shônen Jump et des publications Shueisha en général, mais l’âge aidant ses lectures s’orientent de plus en plus vers les seinen.

11 commentaires

  1. Un grand merci pour ce dossier !

    Avoir des ordres de grandeur en tête est toujours un plus, surtout que c’est un aspect du monde du manga que l’on connaît fort peu en général (Reno Lemaire avait diffusé des informations dessus il y a plusieurs mois de cela il me semble).

  2. Merci beaucoup pour ce dossier ! C’était très intéressant, et surtout fort instructif ! Il est vrai qu’il est facile de se plaindre de l’augmentation des prix, sans rien connaître de ce qui se passe derrière… Merci donc, de nous aider à y voir plus clair 🙂

  3. Très interessant ce dossier! Sais-tu si la TVA est prélevée aussi sur un ouvrage d´occasion vendue dans une librairie?

    • Kubo

      Les biens d’occasion revendus sont assujettis à la même TVA que le produit neuf (5,5% pour les biens culturels). Je ne sais pas, par contre, s’il y a des subtilités sur la méthode de calcul.

  4. Article tres intéressant. Je reste toujours surpris de la faible part qui revient aux artistes. Mais cela se retrouve dans d’autres produits culturels (BD, musique…)

    Est il prévu de faire la meme analyse pour le manga numérique ? Les différences sont nombreuses avec le papier (type de cout, volume…) et justifieraient un sujet séparé. Encore faut il avoir les informations 🙂

  5. Article interessant, merci.
    Par contre sur la part distributeur/libraire, j’avais lu ici et là que le distributeur se gavait bien plus que le simple libraire.

  6. Merci pour l’article toujours intéressant de savoir ou va notre argent, sinon pour la petite part qui revient aux éditeurs je m’y attendais on retrouve ça un peu partout

  7. Article super intéressant. Qu’en est-il par contre des mangas vendus en version numérique ? Comment expliquer le si faible écart de prix avec sa version physique alors que que les frais d’impression sont inexistants et les frais de distribution grandement diminués ?

    • Kubo

      Le calcul est quelque peu différent pour le manga numérique.
      Question distribution, de souvenir on est à environ 30% de frais facturés par les plateformes, à celà on ajoute les frais de confection des livres au format numérique (qui demandent un autre traitement que celui destiné à l’impression), plus des droits que les japonais augmentent souvent signicativement pour cette version.
      Malgré tout, ces ajustements, au final, ne justifient pas totalement la différence souvent jugée trop faible avec la version papier.
      Il y a, sans doute, aussi une volonté de ne pas brader le produit en générant une trop grande différence tarifaire entre les deux versions…

  8. 50% du cout c la distribution, quel racket et ca ne peux pas s inverser car les distributeur ont un prix de vente impose donc aucune concurrence possible et sur 10000€ de ma collection la moitie a servi a engraisser un mec qui est juste un intermediaire…quand je pense que la grande distribution se vente dune marge de 2% alors que les libraires c 50…si jetais riche je serai editeur et je casserai ce buisness en faisant de la vente direct en ligne en renumerant 2x + licence auteur tout en proposant un prix reduit de 2€ et je my retrouverai. Les lecteurs aussi avec enfin des series longues a portee de leur bourse…comme kingdom owari no pedal etc..
    Je rale mais ce systeme ne peux.faire que monter les prix et ca va finir comme la bd..a etre trop cher pour le gros des lecteurs qui sont ados…ma solution sera in fine d importer mes mangas et de maitriser mon japonais si.jve une bibli car heureusement k les animes sub et scan en ligne ecistent sans quoi aucun manga aurait jamais ete vendu en france..
    Pour info au japon des hebdo de la taille d un annuaire comme le jump sont a 2€ au combini, le manga standard est entre 3 et 5€ ils vendent donc plus et ont donc pas besoin de marge enorme donc les. Prix resyent bas, dailleurs la presse papier su japon est en developpement…en france on fait tout pour luxualise le manga au lieu den faire un produit courAnt et apres les libraires setonnent de fermer quel gachis..
    Seule l avarice des distributeurs justifient ces prix et les editeurs augmentent le prix fixe pour augmenter leur marge mais comme c du %, pour 1€ de + voulu par ledhiteur le distributeur prendre 5€ et le bouquin seta paye 10 de +..vu en magasin des mangas d auteurs cote format standard vendu 15€ youpi..entendu cette semaine en librairie la vendeuse heureuse que tanigushi etait moort ils pourront vendre des editions de luxe plus cher..ca resume bien la mentalite, du profit dabord et tant pis sil ya peu dacheteur et que ca coute 2x + qu au japon

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