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Le Coin du Guest #3 : Anthony PREZMAN

Pour la troisième itération du Coin du Guest (celui sur Cédric BISCAY étant une publication spéciale événement), Manga Mag a décidé de donner la parole à un homme qui exerce l’un des rôles clés de la publication de manga en France : la traduction. Après deux directeurs de collection (Wladimir LABAERE et Karim TALBI), voici donc Anthony PREZMAN.

Qui suis-je ?

Les mangas et moi, c’est une histoire qui commence le 8 mai 1991, en milieu de journée, à l’UGC des Champs-Élysées. Avec une bande de potes, je découvre Akira au cinéma et c’est la claque de ma vie. Bizarrement, le premier visionnage me dérange (surtout la fin) mais quelque chose en moi me pousse à aller le revoir. C’était trop tard… OTOMO venait de m’inoculer le virus du manga.

Je décide alors d’apprendre le Japonais par tous les moyens : en autodidacte, au lycée, à la fac, dans des cours privés… Parallèlement, je rencontre Yvan WEST LAURENCE et grâce à lui, je débute en tant que pigiste/rédacteur pour AnimeLand.

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C’est encore lui qui me présente à Carlo LEVY, le patron de Dynamic Visions, au moment où il cherche un traducteur pour la future série TV de GAINAX : Neon Genesis Evangelion.
Avec mon ami David DELEULE, nous traduisons donc les 26 épisodes de la série (à l’époque en VHS, le DVD n’existait pas !). Puis j’intègre les éditions Glénat, d’abord en tant que rédacteur de la revue Kaméha, ensuite en tant que traducteur de séries et conseiller éditorial.

J’étais le seul véritable amateur de mangas de l’équipe (j’avais même lancé des initiatives, comme un club Sailor Moon où tout était basé sur de la correspondance épistolaire entre fans de la série, bien avant l’explosion d’internet !).
J’ai essayé de changer ce que je pouvais à l’époque, comme les onomatopées traduites qui bouffaient toute l’image (être fan de Kenshin était à la limite du masochisme), le sens de lecture inversé, etc.

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Il a fallu l’arrivée de Kana pour que Glénat prenne réellement en compte les desiderata des fans et redresse la barre.
Ma plus grande fierté, c’est d’avoir pu permettre la sortie de La Dame de la chambre close (Zashiki Onna, le premier manga de Minetarô MOCHIZUKI) qui fut aussi le tout premier seinen de Glénat (inaugurant un format plus grand).

Je pourrais aussi citer Transparent, Parasite et deux séries d’UMEZU, des œuvres géniales dont le directeur de collection de l’époque ne voulait pas entendre parler, il trouvait le graphisme trop vieillot…
Parasite a pourtant été un petit carton (en tout cas pas du tout le bide annoncé) et L’École emportée reste un titre qui s’est très bien vendu, étant même sélectionné en 2005 pour le prix du patrimoine au Festival d’Angoulême !

D’ailleurs je lance ici un appel solennel à tous les éditeurs prêt à sortir des sentiers battus – Karim (NdlR : TALBI, directeur éditorial d’Isan Manga), si tu m’entends… Il reste encore des tas de séries d’UMEZU à publier, dont certaines sont des chefs d’œuvres absolus, et que je rêverai de traduire !

Outre Glénat, j’ai publié en 2006 le Guide des Mangas aux éditions Bordas avec six autres mains : Julien BASTIDE, Nathalie BOUGON et Matthieu PINON. Bien entendu, j’ai aussi travaillé depuis avec d’autres éditeurs, comme Casterman et Tonkam/Delcourt.

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Parmi les séries que j’ai traduites ou adaptées se trouvent :

  • L’école emportée et Baptism de Kazuo UMEZU (je me répète, mais c’est pour moi le meilleur mangaka du monde !)
  • One Piece (tomes 61 et 62 et des Color Walk)
  • Claymore
  • Ultra Heaven
  • Evangelion
  • Kokkoku
  • Dr Slump Ultimate Edition
  • Minimum
  • Shin-chan
  • Scary Lessons
  • Jojo’s Bizarre Adventure

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Petite anecdote de traduction

Dans le manga Claymore, il y a quelques années, des fans du manga se sont plaints de l’adaptation des noms des héroïnes et de leurs techniques. Europa devenait Europe, Ophelia devenait Ophélie, Theresa devenait Thérèse, etc. Visiblement, ça n’a pas plu à tout le monde…

À l’époque je tenais un blog dans lequel j’ai pris le temps d’expliquer ces choix, qui étaient dictés avant tout par le contexte : nous n’étions pas au Japon mais dans une réplique de l’Europe du moyen-âge. Tous ces noms avaient des équivalents en en langue française. Il me semblait donc logique de respecter cet esprit.

Dans Evangelion, David DELEULE avait retranscrit « lance de Longinus » par « lance de Longin » (prononcée « Long geint » et pas « long guine »), parce que Longin n’est pas un personnage fictif : c’était le centurion qui a percé de sa lance la côte du Christ au moment de son supplice.
Pourtant, aujourd’hui, des fans restent encore bloqués sur « Longinus » alors que les historiens parlent depuis toujours de Longin, pas de Longinus (son nom en latin). Ne dit-on pas Jules César, et non pas Julius Caesar ? C’est exactement pareil.

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Certains lecteurs trouvent exotiques de conserver des termes japonais dans une version française, mais dans ce cas, on ne change pas Bilbo Baggins en Bilbon Saquet (Le Seigneur des Anneaux) ou on ne traduit pas les différentes écoles d’Harry Potter. Heureusement que ça a été fait au final !

Nous avons une belle langue, suffisamment riche, l’une des plus riches au monde. Pour moi, rendre hommage à un manga ce n’est pas caser des termes originaux par « respect ».
Cela relève plutôt d’une déficience à saisir la substance du matériau d’origine pour le retranscrire au mieux dans une autre langue, afin que le lecteur étranger éprouve les mêmes expériences de lecture qu’un japonais sans devoir se plonger dans un dico, même si, pour cela, on doit modifier certains éléments.

Dans Kokkoku, une autre série sur laquelle je travaille, il y a une espèce de méduse luminescente qui confère certains pouvoirs. Son nom original est « mawatani », que j’ai adapté par « sereno ». Ce mot est un néologisme complet : les kanjis utilisés par l’auteur ne font même pas partie de la nomenclature officielle ! Il a créé un nouveau mot associant les idées de « gardien » et de « sérénité ». Il s’avère que le mot sereno désigne justement un « veilleur de nuit ».

Il possède en plus la racine de « serein » donc on retrouve bien la double notion de protecteur et de sérénité. Si j’avais conservé mawatani, les lecteurs auraient trouvé ça exotique, très japonais mais ils seraient passé complètement à côté de la signification et de la connotation du mot.
Quand on voit les réactions provoquées par l’adaptation de One-Punch Man, ça illustre bien la problématique que j’ai évoqué plus tôt.

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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

4 commentaires

  1. Toujours un plaisir d’en apprendre un peu plus sur les acteurs du marché du manga !
    Je plussoie le monsieur concernant Umezu Kazuo, un mangaka génial dont j’aimerais beaucoup lire de nouvelles oeuvres.
    Par contre, je pense que c’est plutôt du côté du Lezard Noir qu’il faut s’adresser (mais bon si Isan fait du Umezu, j’achète aussi lol).

  2. Pour dépasser la vacuité,la suite de HunterxHunter

  3. Merci pour cet article fort intéressant et merci énormément à Anthony Prezman pour tout ce qu’il apporté au Manga en France ! Merci mille fois pour Parasite, ce bijou <3

  4. COTCOT \o/ (comprendra qui pourra)
    Sinon l’école emportée, un chef d’œuvre incroyable que je recommande a tous. Pour les traductions j’apprécie certains termes du style « bento » ou « sempai » par contre pour les noms je préfère une bonne adaptation. « Bunny » pour « Usagi » dans Sailormoon était très bien trouvé (Bourdu par contre je chercher encore) ou encore Pipo pour Usopp.
    Merci pour l’interview c’était bien sympa ^^
    signé: l’une des Sailor Jupiter du club Sailormoon de Glénat o//

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