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Le Coin du Guest #2 : Karim TALBI

Après Wladimir LABAERE il y a un mois, c’est au tour d’un autre directeur éditorial, moins connu mais tout aussi actif et engagé, de s’essayer au Coin du Guest. Il parle de lui, de ce qu’il fait mais aussi de la difficulté de survivre en tant que petit éditeur sur un marché qui donne la part belle au blockbuster mainstream.

Qui Suis-je ? Spoiler : Karim TALBI

Maintenant que vous savez qui je suis, on va parler un peu de mon parcours. J’ai commencé à travailler dans le manga très jeune, il y a maintenant dix ans ! J’ai commencé en 2005 un peu avant mes vingt ans, comme maquettiste/lettreur en travaillant sur Akumestu pour Taïfu Comics et comme, apparemment, ça se passait bien, j’ai été embauché chez eux quelques mois plus tard pour m’occuper de la collection Convini (NdlR : Une collection lancée par l’éditeur pour proposer des éditions à tout petit prix qui a vu passer Cobra, Sorcerer Hunters et Taïmashin avant d’être abandonnée) dans un premier temps, puis de l’intégralité du catalogue par la suite.

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Cette expérience, bien que courte, a été pour moi extrêmement enrichissante. J’ai rencontré des gens avec qui je travaille toujours actuellement comme Dimitri PAWLOWSKI, qui est aujourd’hui le directeur des Editions de l’Homme Sans Nom et également notre principal correcteur. Cependant, toutes les belles histoires ont une fin… Suite à un changement de direction et surtout de stratégie éditoriale avec laquelle j’étais en désaccord, on m’indiqua gentiment le chemin de la sortie, moins de deux ans après mon arrivée.

Je revenais donc à la case départ et reprenais ainsi mes activités de lettreur indépendant et avec l’expérience accumulée, je trouvais assez rapidement des contrats me permettant d’en vivre.

Je travaillais surtout sur du manga mais aussi en BD franco-belge ou sur des comics… J’ai dû travailler sur plus de 300 publications au total ! Malheureusement, avec l’arrivée sur le marché de studios basés à l’étranger avec des tarifs défiant toute concurrence, cela devenait de plus en plus compliqué pour les indépendants… Les éditeurs, bien content de pouvoir baisser leurs coûts de production, se mettaient à proposer des tarifs assez aberrants pour certains et il fallait multiplier les contrats pour pouvoir arriver à en vivre… Il était temps de faire autre chose.

Je continuais à être graphiste indépendant, mais sur d’autres supports : magazines, plaquettes commerciale… C’est sur l’une de ces missions que je faisais la rencontre en 2010 d’un certain Etienne BARRAL, avec qui j’allais fonder Isan Manga quelques mois plus tard.

Isan Manga

Pour ceux qui ne nous connaissent pas (et je vous imagine nombreux), l’idée derrière Isan Manga, c’est de proposer des titres d’avant la génération Dragon Ball. Selon nous, le marché français est suffisamment mûr pour découvrir des mangas différents, notamment les lecteurs les plus âgés.

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Evidemment, si c’est un axe éditorial boudé par les autres, c’est qu’il y a une raison : les quelques séries vintages sorties sont de véritable flops (Cyborg 009, arrêté récemment par Glénat en est un bien triste exemple) et il a fallu trouver un modèle économique viable… et là, il n’y a pas vraiment de solution miracle si on veut être disponibles dans les réseaux de distribution classiques : il faut vendre les livres plus chers que la moyenne, parce qu’on sait qu’on va en vendre très peu. Mais pour ça, il faut être irréprochable niveau qualité.

L’idée de faire une fabrication haut de gamme découle aussi du choix éditorial. On veut proposer des titres qui ont 20, 30 voire même 40 ans alors il faut que ces livres puissent tenir sur la durée ! isan en japonais signifie patrimoine… Ce côté patrimonial, on le retrouve donc dans le choix des titres mais aussi dans le fait qu’on souhaite que les lecteurs gardent nos livres dans le temps.

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Le bilan, 3 ans après notre lancement, est plutôt positif, on a réussi à trouver notre public, ce qui n’était pas chose aisée vu notre différence… Isan Manga a sorti quelques titres qu’on pensait ne jamais voir en France (Kamen Rider, Cutie Honey et même Le Disciple de Doraku ou La Nouvelle île au trésor dans un autre genre…). On est conscient qu’il nous reste énormément de travail, notamment dans la communication qui va être notre grand chantier de 2016. Bon, et aussi réussir à tenir nos plannings… 2015 a été une année chaotique pour diverses raisons de ce côté-là.

Cette année, vous allez donc pouvoir découvrir une nouvelle série : Takeru, de Buichi TERAZAWA, l’auteur de Cobra, qui est le premier manga entièrement réalisé sur ordinateur… Une prouesse pour l’époque ! En plus de ce titre, on retrouvera ceux commencés en 2014-2015 (Le Disciple de Doraku, Sherlock Holmes, Gwendoline…) toujours avec le même crédo : la qualité avant tout !

Le fonctionnement d’Isan Manga

Les tâches sont bien définies entre Etienne et moi. Il est l’interlocuteur principal des éditeurs japonais, il s’occupe de la négociation des contrats et du suivi de la relation avec les ayants droit. On s’occupe tous les deux du choix des titres à sortir.

De mon côté, je m’occupe de tout ce qui se passe en France, à savoir : gérer le planning de nos traducteurs et maquettistes, de la fabrication, le peu de communication qu’on arrive à faire et évidemment des salons.

Tout ça, on le fait alors qu’on a chacun un emploi à côté. Nos nuits sont assez courtes depuis quelques années vous savez… C’est dur de démarrer une seconde journée de travail quand on rentre de la première ! Après, c’est un choix qu’on a fait, ça nous permet de ne pas peser sur la situation financière de l’entreprise et de pouvoir prendre plus de risque côté éditorial.

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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

8 commentaires

  1. En tant qu’amateur de séries patrimoniales, je suis content de l’arrivée de cet éditeur sur le marché et j’ai déjà achetés quelques-uns de leurs bouquins.
    Bon, je suis pas à 100 % fan de ce genre d’édition (papier un peu fin et tirant un peu trop sur le jaune et puis je ne les trouve pas supers jolis) mais je les préfère quand même aux livres Glénat vintage ou Black Box.
    Pour le prix, c’est cher mais je comprends tout à fait qu’avec ces titres de niches et les tirages très limités, il faut payer un peu plus.
    Longue vie à Isan Manga et j’éspère que Cutie Honey ne sera pas le dernier Gō Nagai chez eux !

  2. J’en ai déjà discuté avec Kubo : oui aux séries publiées par Isan Manga, non aux tarifs. Je comprends leurs impératifs, mais je calcule l’argent que j’accepte de mettre dans une série en fonction de mon envie la lire, et non de la qualité de l’édition. Or, si tous leurs titres à ce jour auraient pu m’attirer, seul Cutie Honey a pu justifier que je mette une telle somme d’un coup dans un manga. J’aime bien Shôtaro Ishinomori, Buichi Terasawa, et Yumiko Igarashi, je suis un lecteur de titres patrimoniaux, de shôjo anciens aux personnages aux yeux hypertrophiés, mais dans l’ensemble, je considère qu’il s’agit de curiosités voire d’œuvres mineures de leurs auteurs respectifs. Cela fait trop cher la curiosité.

  3. Ours256

    Parce que tu considères Kamen Rider comme une oeuvre mineure d’Ishinomori ? C’est pas comme si elle avait inspiré un phénomène de société mais soit…

    L’idée derrière Isan Manga, c’est surtout de sortir des choses un peu différentes mais surtout « LENTEMENT ». Le lecteur intéressé a le temps d’acheter tous les titres s’il le veut avec seulement quelques bouquins par an. Pour ma part, je préfère mettre 30 euros dans un bouquin, avoir un ouvrage de très bonne facture plutôt que de dépenser 4 fois 7 euros (ou 4 fois 8 euros selon les éditeurs) et avoir du papier moisi et des ouvrages qui se plient. Mes Jabberwocky a 9,15 que je peux plier en 4 m’ont fait assez mal comme ça… Si un jour, je réussis à plier un Isan Manga, je serais devenu un gros bras et j’envisagerais de bosser dans la sécurité 😛

  4. Pour moi, des oeuvres majeures de Shôtaro Ishinomori, ce serait plutôt Sabu & Ichi ou Cyborg 009. Kamen Rider est à l’origine d’un phénomène au Japon, mais les retours sur le titre lui-même ne sont pas forcément élogieux.
    Après, comme je le dis, je me moque de l’édition, du moment que cela reste lisible, ce qui n’implique jamais qu’une traduction irréprochable (je rêve), un papier de meilleur qualité que celui de J’ai Lu, et des pages qui ne se décollent pas comme celles de mes Family Compo version Tonkam. Cela devrait être la base. Tout le reste, c’est du bonus, voire du superflu. Ce qui m’intéresse, c’est le contenu, et non le contenant. Donc je fixe le prix que j’accepte de débourser en fonction du titre. Pour Cutie Honey, j’accepte de faire l’effort. Pas pour une curiosité. Malheureusement, je considère la majorité de leurs publications comme des curiosités : elles pourraient m’intéresser, mais pas à ce tarif.

  5. Ours256

    La définition d’une oeuvre majeure (pour tout le monde), c’est une oeuvre qui crée un mouvement qui la dépasse. Pour Cyborg 009, ça marche très bien mais Sabu to Ichi n’a pas vraiment rendu fou le public. Kamen Rider, peu importe la qualité du titre – qui n’est pas si mauvais que ça mais qui n’est pas du génie non plus -, a lancé une mode qui continue de nos jours au Japon, ce n’est pas rien. Ne pas le qualifier d’oeuvre majeure est, selon moi, une erreur. Il s’agit d’un récit fondateur de l’une des franchises les plus célèbres du Japon quand même…

    Après, que tu ne sois pas particulièrement exigeant sur le contenant, je peux le comprendre. Que tu fixes un prix seuil pour les oeuvres, ça reste aussi quelque chose de pas trop difficile à accepter. Le soucis, c’est que les titres ne se vendraient pas a 100 000 exemplaires, qu’ils soient édités de manière luxueuse ou non. Déjà, un éditeur qui achèterait des licences pour vendre à perte, je suis pas sûr que les Japonais apprécient et surtout, je ne connais personne qui serait assez fou pour se lancer dans une telle entreprise.

    D’un point de vue personnel, ça ne me dérange pas d’avoir un petit nombre de titres édités dans une telle édition, surtout des titres assez anciens que l’on aura jamais autrement ou peut-être grâce à Black Box.

  6. Selon ta définition, Twilight et 50 Shades of Grey sont des œuvres majeures. Le sentai, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre ; je m’intéresse plus à la réputation du titre au sein de son média d’origine.
    Après, je sais pertinemment qu’ils ne peuvent pas se permettre de faire autrement. Mais de mon côté, leurs titres ne m’attirent pas au point de débourser de telles sommes, à l’exception de Cutie Honey. Pourtant, je suis un gros amateur de vieilles séries.

  7. Ours256

    Je suis bien d’accord ! Twilight et 50 Shades sont CLAIREMENT des oeuvres majeures. Il y a un avant et un après chacune de ses deux oeuvres. Que ces deux titres soient des étrons niveau qualité n’y change rien.

    Twilight a changé la vision populaire du vampire et l’a transformé en un ado blasé et un peu pale (très ?) qui chasse la gothique qui veut en finir avec la vie. Même 50 Shades est né comme une fanfic de Twilight… L’auteure a d’ailleurs que même quand on savait pas écrire, on pouvait quand même faire un best seller. C’est nul mais c’est comme ça. Après, 50 Shades a permis à de nombreuses femmes de s’exprimer et a boosté les mouvements féministes de ces dernières années.

  8. Merci pour la découverte Ours et Ci :). Bon courage à l’éditeur, ça donne envie j’ai rien lu de vieux depuis ikkyu et Boudha

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