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Le Coin du Guest #7 : Guillaume KAPP (Ofelbe, Ototo, Taifu)

Le Coin du Guest #7 : Guillaume KAPP (Ofelbe, Ototo, Taifu)

Après une petite pause estivale, Le Coin du Guest est de retour, toujours en forme et toujours à la recherche de nouveaux invités pour vous faire découvrir les dessous de l’industrie du manga.
Après avoir donné la parole à plusieurs invités en charge de maisons d’édition, Manga Mag a décidé de donner la parole à un communiquant, une personne chargée de faire vivre la « marque » portée par la maison en question. Place donc à Guillaume KAPP qui va nous parler en détail de ce qui fait le sel de son travail.

Taïfu Comics  Ototo  Ofelbe

Qui suis-je ?

Bonjour, je m’appelle Guillaume KAPP. Je ne dirai pas mon âge car c’est une information classée TOP SECRÈTE. L’important, c’est de savoir que je suis encore jeune et fier de l’être !
J’occupe le poste d’attaché de presse et responsable communication pour les éditions Taifu Comics et Ototo depuis un peu plus de 4 ans. Depuis 2015, j’ai également la chance de faire partie de l’aventure Ofelbe, cet éditeur français spécialisé dans la publication de light novels (romans jeunesse japonais), pour lequel j’occupe les mêmes fonctions.

Maintenant, si j’ai bien compris ce qu’on me demande, il va falloir que je fasse un retour dans le passé afin de vous expliquer comment je suis arrivé là où je suis aujourd’hui.

Tout d’abord, il est important de préciser que je suis de la génération Club Dorothée. J’ai grandi avec les séries animées japonaises de l’époque. J’étais notamment un grand fan d’Olive et Tom, Nicky Larson, Dragon Ball et Dragon Ball Z. À la fin de l’émission j’ai mis de côté cette culture pendant quelques années. À l’époque, j’étais loin d’être aussi passionné que maintenant, je cherchais juste à regarder des dessins animés.

C’est au début des années 2000, alors que je rentrais au lycée, qu’un ami m’a remis dans le bain de la culture pop japonaise. À partir de là, j’ai essayé de rattraper mon retard et j’ai notamment acheté tous les tomes de Captain Tsubasa (Olive et Tom) qui étaient parus chez J’ai Lu. J’étais dingue de cette série quand j’étais enfant et quand j’ai vu qu’elle avait continué, je suis devenu fou ! J’ai cherché plein d’informations sur internet concernant les nouvelles équipes, les nouveaux joueurs, etc. Aujourd’hui, je peux dire que c’est vraiment Captain Tsubasa qui a fait grandir ma passion pour la culture pop japonaise.

Le début des années 2000 a également été l’occasion de participer à mes premiers salons centrés sur la culture pop japonaise : Paris Manga et Japan Expo. On peut dire que cette période a été la première étape qui m’a amené là où je suis aujourd’hui.
La seconde étape a été ma découverte du Manga Café à Paris en 2006. Cette librairie, qui a été la première du genre à ouvrir en France, m’a vraiment permis de faire grandir cette passion. J’ai pu découvrir un tas de mangas que je n’aurais pas eu l’idée de lire. Je suis tombé sur beaucoup de belles surprises comme I’ll Crazy Kouzu Basketball Club, un manga qui est encore aujourd’hui un incontournable de ma mangathèque.

À partir de 2006, j’ai donc commencé à fréquenter le Manga Café et je suis devenu un habitué des lieux. J’ai pu rencontrer d’autres passionnés, échanger avec eux et ce sont ces échanges qui m’ont permis de faire évoluer ma passion, de la faire grandir. On peut dire que j’ai commencé à construire mon identité de lecteur là-bas.

Avec le Manga Café, j’ai également commencé à travailler en salon. D’ailleurs, je remercie Ben, le fondateur, pour avoir décelé en moi l’âme d’un vendeur de yaoi / Boy’s Love. À l’époque, je n’y connaissais rien du tout ! Dès mon premier salon, il m’a dit : « Tu te mets au coin yaoi, car on n’a pas de vendeur aujourd’hui. ». J’avoue que j’étais un peu… perdu… !
Le lendemain, j’étais arrivé plus tôt pour lire les résumés de tous les titres yaoi que nous avions. Maintenant que j’y pense, heureusement que le choix était moins important qu’aujourd’hui… sinon j’aurais été très mal.

J’ai adoré cette première expérience. Les lectrices étaient très sympas et compréhensives. J’avais en face de moi de véritables passionnées. Pour les aider et les conseiller, il fallait s’y connaître ! Par la suite, je suis resté assez naturellement à ce poste de « vendeur yaoi / Boy’s Love ». J’ai appris à connaître cet univers en me renseignant sur les titres, les auteures. J’ai aussi énormément évolué en discutant avec les lectrices. Mon premier coup de cœur a été « Not Ready Sensei » chez Tonkam.

Ces années au Manga Café m’ont donc beaucoup appris. J’ai pu faire un stage de 6 mois là-bas qui rentrait dans le cadre de mes études de commerce (j’avais intégré une école entre temps). J’ai pu voir comment fonctionnait une librairie et ce qu’était vraiment le métier de libraire. J’avoue que ça a été 6 mois très intenses mais ce fut une belle expérience. Je remercie d’ailleurs la famille Kordova pour m’avoir fait confiance, Mathieu et les habitués de l’époque.

C’est également pendant ce stage que j’ai pu rencontrer pour la première fois Yves HUCHEZ, le directeur éditorial des éditions Taifu Comics et Ototo (à l’époque, seul Taifu Comics existait). Je ne suis pas sûr qu’il s’en souvienne, mais on avait pu discuter de la mise en place des titres, des nouveautés, etc. À la fin de ce stage, j’ai continué à travailler sur les salons pour le Manga Café et j’aidais parfois à la boutique.

C’est pendant ma période en école de commerce que j’ai décidé de travailler dans l’édition, et si possible dans une maison d’édition de mangas. J’ai ainsi voulu mettre toutes les chances de mon côté en faisant mon mémoire sur le marché du manga en France. À la fin de mes études, j’ai cherché à poste en communication / marketing chez un éditeur, mais c’était assez dur, car je n’avais pas de contact. Dans un premier temps, j’ai donc regretté de ne pas avoir fait de stage dans une maison d’édition de mangas.

J’arpentais les salons (Japan Expo, SLPJ, SDL, Angoulême, etc.) pour avoir des entretiens, rencontrer des personnes du milieu, mais rien… ou presque ! Lors d’un passage au SDL en 2011/2012, je suis passé sur le stand Ki-oon. J’ai pu discuter avec l’attaché de presse qui est toujours en poste aujourd’hui : Victoire DE MONTALIVET. Cette rencontre reste un bon souvenir, car c’était la première fois que je pouvais vraiment discuter avec une personne du milieu. En plus, je dois avouer que Ki-oon a toujours été (et l’est encore aujourd’hui) un exemple pour moi en terme de communication.

J’ai pu en apprendre un peu plus sur le métier d’attaché de presse. Elle a bien voulu faire passer mon CV et ma lettre de motivation à ses responsables. C’était top pour moi. Quand je suis arrivé chez Taifu Comics l’année suivante, elle m’a félicité. J’ai été agréablement surpris, car je ne pensais pas qu’elle se souviendrait de moi. Aujourd’hui, elle fait partie de mes modèles dans le milieu (même si j’ai fait en sorte de trouver ma propre personnalité dans ma façon de travailler).

Par la suite, j’ai pu rencontrer Yves HUCHEZ. Sa fille lui avait parlé de moi, car elle savait que je vendais des yaoi / Boy’s Love pour le Manga Café. On a discuté, il m’a demandé ce que je voulais faire et m’a dit qu’il penserait à moi si l’occasion se présentait.
J’ai commencé à travailler chez Taifu Comics en tant que petites mains. Je faisais des scans lors de missions de quelques semaines. C’était à l’époque où l’équipe travaillait sur le lancement des éditions Ototo et de leurs premiers titres.

Quelques mois après, il me rappelait pour me proposer un premier contrat en tant qu’attaché de presse. Je n’ai pas hésité très longtemps, car c’était une opportunité à ne pas louper. Entre temps, j’avais compris que c’était assez compliqué de rentrer dans ce petit monde. L’ambiance de la boite m’avait plu lors de mes précédents passages et je connaissais l’univers et les titres de l’éditeur.
Depuis, la maison d’édition a bien grandi ! Ça me fait drôle quand j’y repense, car on a fait pas mal de chemin ! En quatre ans, je peux dire que j’ai énormément appris (Taifu Comics / Ototo est une très bonne école !), mais je sais qu’il me reste encore pas mal de choses à apprendre pour arriver au niveau de certains.
En 2015, Yves HUCHEZ m’a proposé de participer à l’aventure Ofelbe au même poste. J’ai accepté, car cela représentait un nouveau défi. J’aime bien travailler sur de nouveaux projets. C’est également pour ça que je me sens bien où je suis actuellement.

Ofelbe

Pourquoi je fais ce que je fais ?

Je suis à mon poste parce que la culture pop japonaise est devenue ma passion. Au-delà des mangas et de la japanimation, j’ai appris à découvrir une nouvelle culture. J’ai eu l’occasion d’aller au Japon afin de me faire ma propre image de ce pays qui paraît si beau de l’extérieur et ainsi voir ces bons et mauvais côtés.
Cette passion m’a aussi donné l’occasion de grandir et de m’affirmer. Avant, j’avais du mal à trouver mon style, à trouver ma place… Maintenant, je n’ai pas peur de me montrer tel que je suis. Je n’essaye plus de rentrer dans un moule. Je m’épanouis dans cet univers. Je voulais faire un métier que j’aime et c’est le cas aujourd’hui. Je travaille dans un milieu qui me passionne. ce qui est de plus en plus compliqué à obtenir.

Je peux partager cette passion avec les lecteurs et avec des professionnels du milieu. C’est aussi pour ça que j’adore être présent sur nos stands dans les différents salons auxquels nous participons. Malgré la fatigue, je peux voir l’évolution du marché, des lecteurs. Je regarde, j’écoute et j’apprends. Le relationnel est quelque chose que j’ai appris à aimer, même si en dehors du travail je suis plus réservé.

Ainsi, grâce à ce poste, j’espère, ne serait-ce qu’un peu, aider à faire évoluer les mentalités au sujet des mangas, des séries animées japonaises, de la culture pop japonaise de façon plus générale. Pourvoir discuter avec des documentalistes, des bibliothécaires et des journalistes est une chose importante car c’est aussi grâce à eux qu’on peut sortir de notre sphère de confort…

Je n’ai jamais été un grand fan de tout ce qui est « communautaire ». Je trouve qu’on s’enferme et qu’on se limite en restant au sein d’une communauté. C’est pourquoi je n’aime pas vraiment ce terme quand on parle des personnes passionnées par la culture pop japonaise.
Quel que soit le manga, celui-ci peut plaire à des personnes, des lecteurs qui n’y connaissent rien à cette culture. Cette façon de réfléchir, je l’ai aussi en ce qui concerne les yaoi / Boy’s Love que l’on peut publier chez Taifu Comics.

Bien entendu, il faut également faire un effort et publier des titres de qualité, qui cassent les clichés, les stéréotypes, mais ça, c’est notre travail en tant qu’éditeur. On le fait de plus en plus et grâce à ça j’essaye de faire découvrir cet univers à des médias qui ne sont pas des spécialistes du genre. Un exemple qui est d’actualité est Ikumen After. Un peu auparavant, il y a aussi eu In These Words.

C’est compliqué de faire évoluer les mentalités mais c’est notre objectif en tant que personnes travaillant dans le milieu de l’édition de mangas. On peut voir que c’est la même chose chez tous les éditeurs : Casterman, Ki-oon, Komikku avec leur collection grand format, Kana avec sa collection Made In, Kurokawa avec un titre comme Les Misérables, etc.

Dans mon esprit, j’aime croire que le métier d’attaché de presse a un rôle important à jouer dans cette ouverture, dans ce changement des mentalités. Nous sommes en contact direct avec les personnes qui peuvent nous aider à faire évoluer les choses : les documentalistes, les bibliothécaires, les journalistes, les blogs, etc…
J’espère donc y contribuer de mon côté par mon rôle en tant qu’attaché de presse. Comme j’ai pu le dire, notre travail est de « vendre nos titres », de les mettre en avant le plus possible. Bien entendu, il faut prendre en compte le public qu’ils visent, leurs thèmes, leur univers… Notre travail dépend également des objectifs que nous a fixé notre directeur éditorial.

Une fois qu’on a pris en compte ces éléments, on contacte les différents médias qui pourraient être intéressés par le titre. Il peut s’agir de médias spécialistes ou généralistes en fonction du titre. Un attaché de presse doit aussi se tenir informé de l’actualité (nationale et internationale), car ça peut l’aider à promouvoir un titre.
Avoir des connaissances en histoire peut également aider. Ce travail de recherche nous aide lors de la création des communiqués et dossiers de presse.

Se tenir au courant de la moindre information concernant nos titres est également important. Il est donc essentiel de suivre l’actualité du marché du manga au Japon. Notre travail est donc de promouvoir les titres, de leur annonce à leur mise en vente et d’effectuer un suivi pour ne pas les laisser « mourir » juste après leur sortie, leur lancement.

Un attaché de presse peut également avoir le rôle de community manager. C’est souvent le cas dans notre milieu. Ainsi, je m’occupe également de la gestion des réseaux de Taifu Comics, Ototo et Ofelbe. Notre but est de créer une communauté, de la faire vivre, et de la faire grandir ! Comme j’ai pu le dire, une communauté ne doit pas être synonyme d’enfermement. On communique sur nos nouvelles licences, sur nos parutions à venir mais aussi sur ce qui se fait au Japon. Les lecteurs aiment bien être tenus au courant de l’actualité japonaise, de ce qui se prépare autour de leurs titres préférés.

Au-delà de la gestion des réseaux classiques, on essaye d’en développer de nouveaux. Depuis quelques mois, nous sommes présents sur Instagram. Outre la gestion des réseaux, je m’occupe également de la gestion des différents sites internet et de leur mise à jour.

En plus des rôles d’attaché de presse et de community manager, j’ai également la casquette du responsable communication. Je dois donc réfléchir aux différentes stratégies de communication de chaque licence. Chaque titre mérite un traitement différent. Il faut donc établir un plan de communication pour chaque lancement : visuels de communication, médias sur lesquels on va communiquer, les partenariats, etc. Après avoir lancer le titre, il faut effectuer un suivi afin de voir ce qui peut être amélioré, suivre l’évolution des différents médias… Il faut suivre la « mode ».

Notre objectif est de faire en sorte que le titre soit le plus visible possible, qu’il intéresse le plus de lecteurs possible. Il faut donc aussi réfléchir au point sur lequel on va communiquer, celui qui va intéresser les lecteurs. Il faut également penser aux médias, l’angle d’approche ne sera donc pas forcément le même.
Exemple : Si je prends Bungô Stray Dogs, je vais davantage mettre en avant le côté littéraire du titre au niveau des médias. Cependant, cette thématique peut être moins intéressante au niveau du grand public ! Il ne faut donc pas oublier le côté fantasy, aventure, action du titre.
Je me rappelle, pour Gate, j’avais profité de l’actualité au Japon avec le vote des nouvelles lois concernant le rôle des Forces d’Autodéfense Japonaise. Le côté géopolitique du titre était un véritable atout.

Chaque titre est un nouveau défi. C’est ce qu’il faut se dire. Ce qui est bien, c’est que le poste d’attaché de presse et de responsable communication sont complémentaire. Quand deux personnes différentes occupent ces postes, elles doivent travailler main dans la main.
Dans mon cas, je travaille avec moi-même, ça simplifie les choses !

Bungô Stray Dogs




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

Un commentaire

  1. C’est au début des années 2000, alors que je rentrais au lycée, qu’un ami m’a remis dans le bain de la culture pop japonaise.
    Un mec bien, assurément !

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