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Le Coin du Guest #6 : Olivier FALLAIX (Crunchyroll)

Après des premiers invités très axés manga (Wladimir LABAEREKarim TALBICédric BISCAYAnthony PREZMANMartin BERBERIAN et Christel HOOLANS), c’est l’animation qui est à l’honneur dans Le Coin du Guest en la personne d’Olivier FALLAIX.
Consultant pour Crunchyroll, le vétéran du milieu vous propose quelques mots sur son travail, ses envies et sa façon de voir les choses.

Crunchyroll

En guise de présentation…

Ma rencontre avec l’animation japonaise a commencé il y a bien longtemps, lorsque je faisais une émission sur Super Loustic (une radio pour enfants aujourd’hui disparue). J’ai alors quitté Lyon pour venir à Paris et j’ai ensuite rencontré des gens passionnés, dont certains vont alors fonder le magazine AnimeLand.
J’ai ensuite eu de nombreuses aventures, dans des secteurs très variés, mais toujours dans le domaine de l’animation et du manga : minitel (3615 Toon), télévision (MCM, Mangas, M6), édition vidéo (AK Vidéo, IDP), musique (Loga-Rythme) et presse écrite (Joypad et surtout AnimeLand, dont j’ai été rédacteur en chef pendant 8 ans).
Depuis 2014, je travaille pour Crunchyroll, plate-forme internationale diffusant des animés en simulcast.

Olivier Fallaix 1 - Logo Super Loustic Animeland

J’ai grandi avec Goldorak, Albator, Capitaine Flam, Candy Candy. Mes préférés étaient Gatchamnn, Les Mystérieuses Cités d’Or, Cobra, Heidi, Rémi, Macross[NdlR : Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter la mangathèque idéale d’Olivier FALLAIX].
Adolescent, j’ai voulu « décrocher » (je pensais que c’était mal de regarder des animés à mon âge…). Le travail m’y a ramené (ou inversement ?) et j’ai suivi à peu près tout ce qui a été diffusé en France jusqu’aux années 2000.

Aujourd’hui, je préfère les longs métrages d’animation aux séries (même si je continue d’en regarder, forcément !). Mon Voisin Totoro reste mon film de référence, mais je pourrais citer aussi Le conte de la Princesse Kaguya, Akira, Perfect Blue, Ghost in the Shell, Summer Wars, Mai Mai Miracle

Olivier Fallaix 5 - Mon voisin totoro Olivier Fallaix 4 - Summer Wars Olivier Fallaix 3 - Ghost in the Shell

Tonari no Totoro © Ghibli / Walt Disney Studios Entertainment
Tonari no Totoro © Ghibli

Le simulcast en France

La diffusion de séries japonaises en simulcast (soit presque en même temps que leur passage à la télévision au Japon) a commencé en France en 2009 grâce à des acteurs historiques du marché de la vidéo (Dybex, Kazé), sans oublier la jeune entreprise Wakanim.
On n’imagine pas toujours à quel point leur travail fut une révolution à l’époque. Auparavant, il fallait attendre des mois, voire des années, pour découvrir une série nipponne en français. Sept ans plus tard, ce sont plus de 40 titres qui sont officiellement diffusés en simulcast en VOSTFR. Kazé s’est depuis associé à Kana pour fonder ADN tandis que Wakanim a été racheté par Aniplex / Sony.

Dybex KazéWakanim

De son côté, Crunchyroll est né aux Etats-Unis en 2006 mais s’est vraiment professionnalisé en 2009.
La plate-forme s’est ensuite développée partout dans le monde (à l’exception de la Russie et de l’Asie) et elle est désormais disponible en  7 langues.
J’ai rejoint la société quelques mois après son arrivée en France, en octobre 2013. Une solide équipe avait déjà été constituée pour traduire les épisodes et assurer l’ensemble du service dans notre langue, mais ils avaient besoin d’un spécialiste connaissant bien le marché français de l’animation et du manga pour les aider à se développer.

Olivier Fallaix 7 - SAO Screen
Sword Art Online © by A-1 Pictures Inc.

Car si Crunchyroll était leader dans son domaine aux Etats-Unis ou en Amérique Latine, c’était loin d’être le cas en France. ADN et Wakanim avaient une grande longueur d’avance et, surtout, ils détenaient (et possèdent encore) les licences historiques les plus fortes comme Naruto, Fairy Tail, L’Attaque des Titans ou Sword Art Online (que Crunchyroll diffuse cependant dans d’autres pays).

Olivier Fallaix 7 - L'Attaque des titans SCREEN Olivier Fallaix 7 - Fairy Tail Screen
©Hajime Isayama, KODANSHA/“ATTACK ON TITAN » Production Committee, MBS All Rights Reserved
© Hiro Mashima · KODANSHA / Fairy Tail Guild · TV TOKYO. All Rights Reserved

Crunchyroll en France

Mon travail chez Crunchyroll consiste d’abord à faire connaître le service. Cela passe par la gestion des annonces officielles des nouvelles licences, sur le site internet mais aussi auprès des professionnels (web, magazines, ainsi que les éditeurs et autres acteurs du marché). Je travaille en binôme avec Nelly AITYAYA qui s’occupe des réseaux sociaux et du relationnel direct avec les fans et les nombreux amateurs ou semi-pro (bloggers, youtubers…).

 Japan Expo Japan Expo Sud Olivier Fallaix 9 - Made in Asia

Nombre d’animés sont tirés de mangas et il n’est pas rare que l’œuvre originale soit déjà publiée en France. Chaque fois que c’est possible, j’essaye de rentrer en contact avec l’éditeur afin de travailler de concert. Nous pouvons faire des échanges de visibilités et nous essayons de garder une cohérence avec la traduction du manga qui a été réalisée.

Puis, nous avons aussi entrepris d’avoir une présence importante sur les salons afin d’aller à la rencontre du public.
Japan Expo, Paris Manga, mais aussi Made in Asia, Japan Touch, Epitanime, Japan Expo Sud… En deux ans, nous nous sommes déplacés plus d’une dizaine de fois. Cette présence physique me semble d’autant plus importante quand on représente une activité d’entièrement dématérialisée.
C’est d’ailleurs un point auquel Crunchyroll attache une grande importance : avoir des personnes qui incarnent physiquement le service. Ils veulent vraiment se démarquer de certaines sociétés mondiales qui peuvent être parfois impersonnelles (comme Google, Apple, Microsoft…).

Olivier Fallaix 12 - Paris Manga Olivier Fallaix 11 - Epitanime

Relations avec le Japon

Quand on travaille sur la communication d’une série à travers la réalisation d’une publicité, d’un flyer ou d’un goodies, le projet doit toujours être soumis aux ayants droit et faire l’objet d’une validation qui peut prendre plus ou moins de temps.
Ayant eu affaire à ce processus du temps d’AnimeLand (pour réaliser des couvertures ou des posters), Crunchyroll me laisse m’occuper en direct de mes approbations. Souvent, le public n’imagine pas combien il a été compliqué de faire imprimer tel poster ou pourquoi il n’est pas possible de réaliser une carte sur telle licence.
Il faut bien connaître ces rouages pour éviter de perdre trop de temps sur des idées qui ne seront pas réalisables ! Travailler avec le Japon est tout un art qui demande une grande diplomatie.

En revanche, ce n’est pas moi qui négocie les droits des séries que nous diffusons en France, ni qui les choisit. Cependant, pour chaque saison à venir, les équipes internationales sont invitées à remplir un tableau où sont notées et commentées les différents titres à venir.

Ces infos serviront ensuite au bureau de Crunchyroll installé à Tokyo, entièrement dédié aux acquisitions. D’autres critères peuvent entrer en jeu comme le prix qu’on est prêt à mettre, la qualité des relations qu’on peut avoir avec tel ayant droit, ou encore la possibilité d’avoir un partenaire pour une future édition DVD / Blu-ray une diffusion TV.

Certains producteurs ne veulent pas s’embêter à négocier et vendront les droits mondiaux à une seule société (dans le cas, Crunchyroll est plutôt avantagé), tandis que d’autres préfèrent morceler territoire par territoire et iront au plus offrant.

Olivier Fallaix 15 - Diamond is unbreakable

Concurrence et piratage

Travailler au cœur de ce mode de diffusion entièrement numérique est particulièrement intéressant.
Je fais pourtant partie de la vieille école ; je reste attaché à l’objet (un livre pour le manga ou un coffret DVD/Blu-ray pour un animé), mais cette expérience m’a appris à profiter pleinement des avantages de cette évolution technologique.

Avoir accès à un catalogue de milliers d’heures de programmes et pouvoir suivre un épisode une heure après sa diffusion au Japon est une formidable avancée. Pour moi, les deux supports sont complémentaires : on peut suivre l’actualité à moindre coût et acquérir par la suite en « dur » une série qu’on a vraiment aimée.

Olivier Fallaix 13 - Netflix Logo  Olivier Fallaix 14 - Amazon Logo

Comme je le disais précédemment, l’offre actuelle est énorme : plus de 40 titres sont disponibles ! De nos jours, même Netflix ou Amazon s’intéressent à leur tour à l’animation japonaise. C’est peut-être la seule ombre au tableau car même une entreprise internationale comme Crunchyroll reste petite à côté de ces géants qui bloquent parfois de très bons titres en ne les exploitant pas immédiatement en France. Résultat, les prix des droits grimpent en flèche alors que l’équilibre financier du système est loin d’être encore prouvé.

Enfin, impossible de parler simulcast et diffusion numérique sans évoquer le fansub.
Le piratage est aujourd’hui notre premier concurrent. Les producteurs japonais ont tardé à accepter de vendre leurs droits pour une diffusion légale sur Internet, laissant alors, pendant des années, le champ libre à une diffusion sauvage de leurs œuvres.
Faute de trouver de quoi satisfaire leur appétit, les fans se sont organisés par eux-mêmes. Du coup, difficile de faire comprendre que, ce qui fut libre d’accès et gratuit pendant des années, ne peut plus forcément l’être aujourd’hui.

Olivier Fallaix 18 - Pan de Peace

Pourtant, il est encore possible de regarder la plupart de ces séries sans payer puisque toutes les plates-formes diffusent leurs épisodes gratuitement, sous certaines conditions et encadrées par de la publicité, mais les sites illégaux ont aussi leur lot de contraintes.

Une partie de mon travail consiste donc à empêcher la diffusion illégale de nos contenus. De nature conciliant,  j’essaye d’abord de trouver un arrangement à l’amiable. Je constate néanmoins qu’il faut très souvent brandir une menace pour amorcer un dialogue, voire faire respecter ses droits. Cette démarche nécessite beaucoup d’énergie, comme vous pouvez l’imaginer.

Tout comme le manga et l’édition vidéo, la France a la chance d’avoir un marché du simulcast et de l’édition numérique extrêmement dynamique (du moins sur les animés, le manga restant encore un gros chantier à bâtir).
Aujourd’hui, trois acteurs se partagent ce marché, sans compter d’autres plus généralistes comme Netflix et, demain, Amazon. Peut-être est-ce beaucoup pour un seul pays ? Il est probable que l’on assiste à l’avenir à des alliances ou à une mutualisation de certaines offres.
Cette évolution dépassera probablement le cadre du seul marché français car, qu’on le veuille ou non, c’est de plus en plus au niveau mondial que se négocient les accords de distribution des futures séries.

Olivier Fallaix 17 - Bono Bono

C’est tout pour le mois de juin. N’hésitez pas à aller regarder les nouveautés de l’été sur Crunchyroll (notamment Orange), c’est gratuit !
Le Coin du Guest vous donne rendez-vous en juillet pour un nouvel invité !




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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