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[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

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Le Coin du Guest #5 : Christel HOOLANS (Kana)

Le Coin du Guest #5 : Christel HOOLANS (Kana)

Après des premiers invités très français (Wladimir LABAEREKarim TALBICédric BISCAYAnthony PREZMAN et Martin BERBERIAN), c’est la Belgique qui s’invite dans Le Coin du Guest en la personne de Christel HOOLANS.
Directrice générale déléguée des éditions Kana, elle est l’une des femmes fortes du marché du manga. Elle vous fait partager son expérience à l’occasion des 20 ans de l’éditeur.

Kana

Bonjour !
Commençons par les présentations, d’abord : je suis licenciée en histoire contemporaine, agrégée et diplômée en édition. Je rêvais de travailler dans le domaine de la BD et j’ai donc tenté ma chance… chez Dargaud Benelux et Kana chez qui je suis rentrée en 1996 en tant que stagiaire.

Assistante polyvalente puis assistante de production, j’ai été recrutée en 2000 à l’éditorial par Yves SCHLIRF pour travailler sur les collections mangas (Kana) et BD (Dargaud Benelux). Après 4 ans, j’ai été nommée directrice éditoriale adjointe de ces deux labels, et en 2013, j’ai pris les rênes des éditions Kana, en tant que directrice générale déléguée.
Je suis au départ simplement fan de BD, au sens large, quelle que soit sa forme.
Quand je suis entrée chez Dargaud Benelux, je lisais beaucoup de BD et un peu de manga, surtout Akira, Video Girl Ai, Bouddha, Amer Béton (beaucoup de Tonkam en fait), etc. J’ai aussi bouffé beaucoup de dessins animés à l’époque Récré A2 : Albator, Candy, Cobra, Lady Oscar, tout y est passé. J’étais même devant la première diffusion du premier épisode de Goldorak… Oui, ça fait dinosaure, je sais ! ^-^

Akira-1-Glenat Video Girl Ai 1 TonkamAmer Beton Tonkam

La création de Kana

C’est Yves SCHLIRF, avec l’aide de François PERNOT, qui a fondé les éditions Kana, en 1996. Les obstacles étaient bien différents de ceux que l’on rencontre aujourd’hui. Le défi n’était pas de trouver sa place ou de progresser dans un marché très fourni, mais de faire connaître et accepter une forme de BD peu connue et souvent mal considérée.
Il aura fallu 3 ans de travail acharné pour convaincre les dirigeants de Media Participations de se lancer dans le manga. C’est aidé d’un article écrit par Carlo LEVY (Dybex) dans un magazine japonais qui parlait de la librairie Schlirfbook (alors célèbre à Bruxelles et que dirigeait Yves SCHLIRF) qu’Yves a décroché la première licence de chez Shueisha : Saint Seiya. Pas mal pour un coup d’essai…

Quand je suis arrivée, Kana venait de signer ses premiers contrats de licence.
C’était très excitant de vivre la naissance de ce nouveau label, et de contribuer à faire tomber les nombreux clichés que le manga traînait.
Aujourd’hui, Kana a 20 ans et l’équipe, qui s’est agrandie depuis, est toujours aussi passionnée par la bande dessinée asiatique. Le manga bien sûr, mais aussi le manhwa et le manhua, en licence ou en création.

Saint Seiya 1 Saint Seiya Deluxe 1 Saint Seiya Deluxe 10
La première licence des éditions Kana, Saint Seiya

Le marché a beaucoup changé ces dernières années : la concurrence est devenue intense, certains éditeurs japonais se sont installés en France, d’autres ont signé des “”alliances” avec nos concurrents, sans parler du “mercato” généralisé…
Par ailleurs, chez Kana, comme vous le savez, 2016 verra paraître le dernier Naruto, puis de grosses licences nous sont passées sous le nez alors que pour certaines, on suivait l’auteur depuis le début… C’est dur à encaisser !
Je dirais même que « c’est le jeu », la concurrence est forte et de qualité, c’est stimulant aussi d’un côté.
Au final, cette concurrence a vraiment du bon, parce qu’elle nous empêche de nous endormir mais il faut être honnête, elle comporte aussi des risques, pour les petits éditeurs mais aussi pour les plus gros et pour l’édition de manière générale.
Il faut de la place pour tous les genres mais il faut aussi qu’on maintienne un certain niveau d’exigence de qualité et d’innovation. Je distingue les deux parce que l’exigence de qualité s’applique autant au “mainstream” qu’aux projets plus audacieux.

Tout ceci ne nous empêche pas d’être optimistes : le marché a l’air de rebondir, et on espère profiter de tout le boulot réalisé récemment, avec de beaux lancements, une super belle année Naruto qui prépare la suite, un nouveau label kodomo, de la création, le renforcement de l’offre simultrad, le développement 360° [NdlR : Comprenez que l’éditeur base son marketing sur la version papier de l’oeuvre et son dérivé animé] avec Assassination Classroom, Black Butler et Psycho-Pass, mais aussi le retour de Hunter x Hunter, par exemple.
De plus, notre label anime, Kana Home Video, créé en 2006, a fait son chemin. Il est numéro 1 du marché de l’anime, et accueille notamment Naruto, One Piece, Fairy Tail, Hunter x Hunter, etc.

Pour ma part, j’ai surtout envie de vous parler de titres et vous montrer la diversité du catalogue Kana. On a toujours essayé de publier beaucoup d’œuvres différentes tant dans les sujets traités que dans le graphisme, en essayant de ne jamais se répéter. Cela reflète d’ailleurs beaucoup mon éclectisme. J’aime tous les genres et j’aime surtout découvrir de nouvelles choses et être surprise.
Nous essayons aussi de suivre au long cours, des auteurs sur lesquels nous avons “flashé” comme Naoki URASAWA (Monster), Takeshi OBATA (Death Note), Inio ASANO (Bonne nuit Punpun), Taiyou MATSUMOTO (Sunny), Kazuo KAMIMURA (La Plaine du Kanto), Io SAKISAKA (Blue Spring Ride), etc. Je dis bien “essayons” car ce n’est pas toujours possible avec les ayant-droits japonais.

Monster Deluxe 1 Death Note T1 Bonne Nuit Punpun Tome 1 JQ_KANTOHEIYA_01_FR.indd Sunny Tome 1 Blue Spring Ride Tome 1

Un label tourné vers l’avenir

Dans les nouveautés 2016, on a essayé et on va essayer de vous faire découvrir des titres très différents les uns des autres.

Vous avez peut-être déjà lu ce seinen sorti pour Livre Paris et qui, pour moi, est une perle : Au cœur de Fukushima. C’est un témoignage de l’après-catastrophe, raconté par un mangaka parti travailler sur place. Ici, pas de politique, pas de message, pas de polémique, juste des faits, avec force et détails.
Ce livre est un témoignage rare, puisque journalistes et reporters n’étaient pas autorisés sur le site à l’époque des faits. C’est un document brut, bourré d’informations, relativement naïf, et très factuel qui nous a vraiment étonné.

Au cœur de Fukushima 1 Psycho-Pass, Inspecteur Shinya Kôgami T1

Je mets beaucoup d’espoirs aussi dans la sortie de Psycho-Pass, qui est à la base une licence originale du studio Production I.G., mélange de SF et de polar. On est plongé dans un monde froid et sombre. On commence dans cette série, par le préquel de la saison 1, dont on édite aussi l’anime en DVD et le simulcast sur ADN. C’est un bel univers, qui marche très bien au Japon et dont on parlera aussi à Japan Expo.

2016 est également l’année de publications de deux grands classiques shônen revisités dans notre catalogue : Atom et Albator.

On a la chance de publier le remake d’Albator, entièrement redessiné par Kouiti SHIMABOSHI, sous la supervision de Leiji MATSUMOTO. Vous allez voir, si vous ne l’avez pas déjà lu, que c’est une tuerie. C’est un remake qui corrige aussi quelques “irrégularités” de la première édition. On aura donc droit à quelques infos complémentaires qui n’apparaissent pas dans le manga d’origine.
On peut s’attendre aussi à ce que chaque événement soit développé un peu plus largement puisque l’oeuvre de base avançait en parallèle à l’anime. Ainsi, certains chapitres seront peut-être un peu moins vite expédiés. C’est ce qu’on espère en tout cas. Pour la fan que je suis, c’est juste un régal.

Dans le même genre, vient de paraître Atom the Beginning qui, lui, est un préquel du Astro Boy de TEZUKA. Si vous avez aimé Pluto et Astro Boy, je vous en conseille franchement la lecture. En plus, le dessin est vraiment terrible, avec une touche un peu rétro qui sert superbement le propos. J’ai beaucoup aimé me replonger dans cet univers.

Capitaine Albator Dimension Voyage - Tome 1 ATOM the Beginning 1

On continue aussi notre travail autour de l’œuvre de TANIGUCHI avec la sortie cette année dans le label Made in, du one-shot Tokyo Killers qui nous fait découvrir un autre pan de l’œuvre de cet auteur, déjà un peu évoqué avec Trouble is my business : le hard boiled [NdlR : équivalent de « dur à cuir » en français].
Comme l’auraient dit GODARD et mon collègue Timothée GUÉDON (responsable éditorial de Kana) : « All you need for a movie is a gun and a girl » [NdlR : Tout ce dont vous avez besoin pour un film, c’est un pistolet et une nana]. Le titre possède un découpage somptueux qui capture les instants et qui montre (s’il y en avait encore besoin) que TANIGUCHI est un grand dessinateur, d’une belle efficacité. Si vous êtes fan du genre, foncez !

Pour finir, je ne vais pas encore vous “saouler” avec Io SAKISAKA que j’a-do-re et qui est la plus grande d’entre toutes, mais je vais vous parler de deux jolis shôjo qui viennent de sortir.
Il y a déjà Telle que tu es, un titre de chez Hakusensha, qui a bien réussi son départ qui sort un peu du lot en parlant de la différence puisque l’héroïne est un peu boulotte, mais assume à fond et est super bien dans sa peau.
Il y a aussi Entre toi et moi que je trouve top ! Le manga est pourvu d’une héroïne au caractère affirmé, de beaucoup d’humour et de très belles scènes. On vous attend d’ailleurs à Japan Expo avec une superbe pochette autour de cette série (création Kana, svp !) et qui est juste ma-gni-fi-que.

Telle que tu es ! T1  Entre Toi et Moi Tome 1

Je m’arrête là, mais je pourrais vous parler de beaucoup d’autres titres et auteurs. Je vous garde quelques surprises pour la fin d’année quand même car on a encore quelques beaux lancements sous le pied qui, je l’espère, vous plairont !

Kana, c’est un label qui a 20 ans d’histoire mais qui continue d’évoluer avec les besoins du marché. S’il y a une chose qu’il faut retenir du travail de Christel HOOLANS et de ses collègues, c’est que la diversité est une nécessité pour faire un catalogue. Même si les relations avec les ayant-droits changent avec les années, la passion reste intacte dans la maison d’édition belge, ce qui promet encore de belles sorties à venir. 




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

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