Japan Expo - 18ème Impact

Publicité

Accueil / Dossiers / [Dossier] BOICHI, auteur de Sun-Ken Rock

Dossier Boichi

Publicité

[Dossier] BOICHI, auteur de Sun-Ken Rock

Avec une venue remarquée lors de Japan Expo en 2015, on a pu voir que BOICHI était un auteur très apprécié des fans français. Alors que Sun-Ken Rock, sa série majeure, vient de se terminer chez nous, Manga Mag vous propose un petit retour sur cet auteur coréen qui a su passer de la bande dessinée coréenne pour filles à quelque chose de plus masculin et de plus japonais.

spoilers

SUN-KEN ROCK © Boichi / Shônen Gahôsha

BOICHI est un artiste coréen né en 1973. Il débute sa carrière en 1993 comme auteur de manwhas pour filles en Corée du Sud.
Fervent défenseur de la liberté d’expression, il va s’opposer en 1997 au Juvenile Protection Act, une loi visant à protéger les jeunes lecteurs, mais qui aura de lourdes conséquences pour les magazines de bandes dessinées coréens. Pour continuer à exercer son art, il s’exile au Japon et commence, en 2004, sa carrière nippone avec le titre Space Chef Caisar (disponible en France chez Doki-Doki).
Son talent explose au grand jour avec le seinen Sun-Ken Rock, débuté en 2006 dans le magazine Young King de l’éditeur japonais Shônen Gahôsha. BOICHI est également connu pour ses titres Hotel ou Wallman, publiés chez divers éditeurs.

Commençons par le plus évident, BOICHI, c’est avant un dessinateur hors pair. Outre le style graphique reconnaissable entre mille, on retrouve toujours un dynamisme effrayant dans les scènes d’action qu’il couche sur le papier. Les différents élans de « coolitude » de Ken dans Sun-Ken Rock rivalisent sans aucun doute avec les meilleures poseurs de Bleach, c’est dire !
L’auteur sait comment créer une atmosphère aux petits oignons en quelques coups de crayons et c’est encore plus flagrant lorsqu’il peut utiliser la couleur. Dans Hotel, les premières pages en couleurs viennent tout de suite faire comprendre au lecteur que la Terre dévastée n’est plus qu’un champ de ruine sans vie, les tons sépias suffisent.

Au niveau du découpage, on sent les influences cinématographiques sur la vision de BOICHI. Il n’hésite pas à multiplier les plans larges et les double-pages pour proposer une vision toujours globale de l’action. Bien sûr, il se rapproche quand c’est nécessaire et n’hésite pas à proposer des plans « à la Tekken » lorsque deux personnages s’affrontent en duel.
Les coups de poing fusent et sont d’une violence rare, peu importe le titre que l’on lit. Même si le surnaturel vient les renforcer dans  Sanctum, ce sont encore des humains qui les donnent et qui cherchent à aller au delà de leurs limites pour combattre un ennemi considéré comme formidable.

Sun-Ken Rock
SUN-KEN ROCK © Boichi / Shônen Gahôsha

En grand amateur de la plastique féminine, il n’hésite pas à dessiner des formes qui sauront rendre fous de nombreux lecteurs. Il faut l’avouer, ses demoiselles sont tout simplement magnifiques. Chacune de ses oeuvres commence donc avec un petit côté ecchi mais force est de constater qu’il a toujours un peu de mal à s’arrêter, si bien que certains des passages de Sun-Ken Rock ou même Space Chef Caisar possèdent des scènes qui peuvent s’apparenter à de la pornographie.

Si on peut s’interroger sur la nécessité de certaines d’entre elles (je pense notamment à celles concernant la pioche), la concrétisation de l’amour entre Yumin et Ken dans Sun-Ken Rock s’insère tout naturellement dans le récit. Compte tenu de la situation et de l’état d’esprit des personnages à ce moment de l’histoire, on a une scène qui coule de source et permet de créer un lien très fort entre eux. Le mangaka réunit enfin ces deux personnages qui se tournent autour depuis près d’une vingtaine de volumes.

Cette scène d’amour n’intervient qu’une fois que les protagonistes ont fait le tri dans leurs sentiments et parviennent à les exprimer. Ce n’est pas un « coup forcé » ni dans le « feu de l’action ». BOICHI est un auteur qui ne l’aurait pas permis dans la mesure où ses récits se construisent sur un système de valeurs qu’il exprime toujours avec passion lors des interviews.

HE – The Hunt for Energy vient bien évidemment renforcer cette volonté de l’auteur à rester fidèle à ses idées humanistes. En tant qu’auteur, il a été jusqu’à donner de sa personne pour tenter de venir en aide aux victimes de la catastrophe de Fukushima. Il a donné de son temps pour créer une oeuvre qui cherche à résoudre un problème écologique majeur tout en permettant un gain financier pour une contribution plus directe.

Cet intérêt pour l’être humain, on le retrouve dans toutes les oeuvres de BOICHI. Que ce soit dans Hotel où l’homme paye ses fautes et tente, tant bien que mal, de laisser quelque chose à une potentielle forme de vie intelligente ou même dans Sanctum où sa fascination pour la religion mènera à sa perte, l’auteur expose des problèmes contemporains qui parleront très facilement au lecteur et lui permettront d’avoir un point de vue différent sur ce qu’il vit au quotidien.

Il va même jusqu’à aborder la question du terrorisme dans Sun-Ken Rock où le groupe de Ban-Phuong, avec l’appui d’un groupe yakuza, va faire en sorte de déstabiliser le groupe de Ken pour faire sortir son leader. Le mangaka ne va pas chercher à faire du sensationnel où à incriminer un groupe de personnes. Au contraire, il va mettre en cause « le système », l’environnement qui a créé des gens désespérés au point de mettre leur vie en jeu et de mettre en danger des innocents.

Attention, on ne vous dit pas que BOICHI ne sait faire que du sérieux ou du combat. Loin de là, l’auteur sait mettre un peu de déconne là où il en faut.
Humour graveleux ou comique de situation, personnages dessinés sérieusement ou en SD, il y a de tout dans la palette du mangaka qui n’hésitera pas, dans Wallman pour ne citer que celui-là, à casser le sérieux d’une scène avec un Jirô qui posera ses mains sur les fesses d’une jolie demoiselle ou un Kubota qui viendra palper (ou du moins essayer) les seins de Nami. Il ne s’interdit rien et, un peu comme avec le côté ecchi, il y a parfois quelques abus mais rien de vraiment prescriptible.

BOICHI, c’est un auteur capable du meilleur comme du pire, parfois même dans la même série. On le voit dans Sun-Ken Rock qui possède des passages très limités (La pioche…) mais d’autres complètement fous (le combat contre Kim Ban-Phuong). Cependant, on peut difficilement lui reprocher de ne pas mettre toutes ses tripes dans son travail et dans chacune de ses planches qui transpirent la passion.

Boichi
(c) DR

Lire la suite




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

Laisser un commentaire

banner