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Dossier Boichi

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Courrier des miracles Tome 1

Courrier des miracles – Tome 1

Courrier des miracles – Tome 1 Éditeur : Komikku
Titre original : Kûsô Yûbinkyoku
Dessin : Noboru ASAHI
Scénario : Noboru ASAHI
Traduction : Ryoko AKIYAMA
Prix : 7.9 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 08/06/2017

Makoto Murase est un lycéen ordinaire qui s’ennuie dans sa vie. Se soumettre quotidiennement à des rituels immuables et voir toujours les mêmes têtes au bahut ne l’enchantent guère. Mais sa rencontre inattendue avec un pigeon va totalement bouleverser son destin…

Tout juste annoncé le mois passé, Courrier des Miracles est d’ores et déjà disponible depuis le 8 juin en librairie ! Avec ce nouveau titre, Komikku propose à ses lecteurs de découvrir un récit fantastique hors du commun où un jeune garçon devient livreur de miracles sur Terre. L’occasion nous est aussi donnée de nous pencher sur l’œuvre d’un mangaka encore inconnu en France, Noboru ASAHI.

Prépublié de 2011 à 2013 dans le magazine Beat’s de l’éditeur Mag Garden, « Kûsô Yûbinkyoku », de son titre japonais, s’est clôturé après trois tomes. Le deuxième volume est prévu dans nos contrées pour septembre. Pour le troisième, il faudra vraisemblablement attendre la fin de l’année.

Au commencement de Courrier des Miracles, nous faisons la connaissance de Makoto Murase, un lycéen qui vit une existence des plus ordinaires, sans reliefs ou couleurs. Pour lui, les jours se suivent et se ressemblent tous : se rendre à l’école, manger à la cantine, sortir avec sa copine, acheter des mangas… Sans réels désirs ou rêves, le jeune garçon trouve sa vie ennuyeuse et aspire au changement. Justement, l’occasion se présente à lui lorsqu’il sauve un pigeon.

Pourtant, si l’animal incarne le symbole de la paix, il se révèlera être, pour Makoto, le signe du désastre.
En effet, sa copine le quitte subitement et alors qu’il poursuit l’oiseau sur son scooter de nuit, il meurt tragiquement à cause d’un camion. Contre toute attente, Makoto se réveille dans un endroit étrangement blanc et en compagnie du pigeon et de deux autres personnages. L’un d’eux, vêtu d’un drap ne laissant rien dévoiler, lui apprend qu’il est en réalité tombé dans le coma. Il lui révèle ensuite qu’en livrant un certain nombre de miracles sur Terre, il lui serait possible de revenir à la vie.

Sans devenir réellement un fantôme, Makoto s’en va travailler avec une apparence et des sensations légèrement différentes. Accompagné de Kyusuké, le fameux pigeon, il livrera tout d’abord une lettre à une lycéenne, puis un colis à un parieur endurci et, enfin, des bonbons à un étudiant qui vit sa petite vie tranquille. Toutes ces rencontres auront, qu’il le veuille ou non, une incidence sur sa vie et sa manière d’aborder celle-ci.

Ce premier volume de Courrier des miracles pose donc les bases d’une intrigue simple et plus profonde qu’on peut le croire. L’élément fantastique sert principalement à susciter l’intérêt chez le lecteur puis à amener la réflexion sur le sens de la vie, de la mort et du bonheur.
L’auteur use de chaque chapitre comme d’une parabole, pour évoquer un concept, une idée ou simplement une impression qui guidera son héros dans son chemin initiatique.

Chaque chapitre raconte donc une histoire bien définie, qui commence et se termine en un nombre de pages bien précis. Si ces récits sont « finis », l’histoire de Makoto, elle, continue bien évidemment. Non seulement on découvre au fur et à mesure plus de détails sur cet « autre monde » qui n’est ni l’enfer ni le paradis, mais on suit également son développement identitaire.

Avec un tel scénario, il ne faut donc pas s’attendre à des rebondissements surprenants.
Cependant, Noboru ASAHI a su poser des petites touches d’humour ou de tension qui ajoutent un peu de piment au récit. Loin d’un scénario enivrant et page turner, Courrier des Miracles est un manga du genre « tranche de vie » qui s’attache à nous livrer des histoires de ce quotidien qui a l’art de nous enliser mais qui nous rend aussi tellement heureux.
Pour découvrir toutes les qualités que recèlent ce manga, il faut pouvoir prendre le temps de le lire doucement et de se l’approprier entièrement. Comme pour tout autre voyage initiatique… il faut se mettre en condition !

Makoto incarne d’ailleurs le héros parfait pour cette aventure hors du commun. Plus passif qu’actif dans sa vie, il n’a aucun rêve, aucune attente particulière. Son existence se résume à de simples répétitions des jours, sans qu’il ne sache en apprécier pleinement les détails. C’est seulement lorsqu’il décède subitement qu’il prend enfin conscience de l’importance de la vie. Sa seule envie à présent est de retourner à la vie, peu lui importe le coût.
Pourtant, quel genre de vie mènerait-il s’il pouvait ressusciter ? Finalement, pourquoi en a-t-il désespérément envie alors que celle-ci l’ennuyait tant ? Que signifie plus largement « vivre » ? De nombreuses questions et de possibles réponses lui sont fournies au fil des rencontres qui changeront probablement sa vision des choses dans les tomes à venir.

Les personnages secondaires qui apparaissent dans les différentes histoires jouent également des rôles primordiaux dans Courriers des miracles. Avec eux, Noboru ASAHI nous dépeint des portraits réalistes d’hommes et femmes de notre société.
On retrouve par exemple chez la jeune lycéenne toute la passion et la fougue de la jeunesse.
Le parieur invétéré représente pour sa part le paumé de la société, celui qui ne trouve pas sa place et voit tout de manière négative.
Enfin, l’étudiant à la fac nous dévoile cette manière de vivre insouciante, où seul le moment présent compte.
Ils déclencheront tous à leur manière une révélation sur les différentes questions existentielles qui traversent le récit et c’est à notre héros – et au lecteur – d’en prendre conscience.

Il ne faut pas oublier non plus les personnages faisant partie de cet « autre monde », celui drapé, la jeune fille et le pigeon parlant. À part qu’ils ont un lien avec Dieu, on ignore tout d’eux. On se laisse bien sûr aller aux prédictions, mais il faudra attendre les prochains volumes pour en apprendre plus et s’attacher à ceux-ci. Pour l’instant, il ne s’agit que des personnages nécessaires à la livraison de miracles, sans plus d’intérêt.

Lire Courrier des miracles, c’est apprécier la belle plume de la traductrice Ryoko AKIYAMA, mais c’est aussi admirer les dessins de Noboru ASAHI. Catégorisé comme un seinen, son graphisme, où les traits bien détaillés sont omniprésents, répond bien à son genre.
Le mangaka utilise avec beaucoup de talent les nuances de gris, offrant un grand réalisme aux diverses vignettes. Le découpage des pages est très carré et délimite parfaitement les différentes cases, ce qui souligne encore plus cette caractéristique graphique.

La scène de l’accident de scooter retiendra particulière l’attention par sa puissance artistique et émotionnelle. Enfin, cela crée un contraste important avec l’« autre monde » où le blanc et l’absence de décor sont maitres mots ! Il est également intéressant de relever le fait que lorsque l’étrange personnage drapé s’exprime, ses bulles sont noires et le texte blanc – un choix graphique intéressant qui révèlera sans doute son identité plus tard dans l’histoire.

Les yeux des personnages sont certainement les parties les moins détaillées. Cependant, tout comme on le dit : les yeux sont les fenêtres de l’âme. Noboru ASAHI se laisse l’occasion d’exprimer à son gré les expressions de ses protagonistes et de développer par ce biais leur personnalité.

Le travail éditorial derrière la réalisation de Courrier des miracles est également à la hauteur des attentes. Comme à l’habituelle chez Komikku, la couverture est proche de sa version japonaise. L’accent sur l’image de la « poste » et des « livraisons » est par contre davantage mis en avant. Les pages ont un grammage épais, absorbant parfaitement l’encre et ne laissant aucune bavure. Rien n’est donc à redire sur cet aspect du manga.

Un récit initiatique à tendance philosophique

Graphisme - 77%
Histoire - 39%
Mise en scène - 60%
Originalité - 58%
Edition - 75%
Dans son genre - 43%

59%

What's life?

Il est évident que Courrier des miracles ne pourra pas plaire à tout le monde. Avec un récit plutôt lent et sans rebondissements, il ne marquera pas les esprits pour son scénario. Pourtant, à celui qui se laissera tenter par l’expérience, il y découvrira une quête initiatique l’emmenant sur des réflexions telles que le sens de la vie, de la mort ou du bonheur. Il y fera également la connaissance avec le beau coup de plume du mangaka Noboru ASAHI qui nous offre une œuvre d’une grande beauté graphique. Ce manga ravira les amateurs du genre « tranche de vie » et de belles histoires humaines.




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