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Unlucky Young Men 1

Unlucky Young Men – Tome 1

Unlucky Young Men – Tome 1 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Unlucky Young Men
Dessin : Kamui FUJIWARA
Scénario : Eiji OTSUKA
Traduction : Sébastion LUDMANN
Prix : 19.9 €
Nombre de pages : 360
Date de parution : 08/10/2015

Tokyo, 1968. Les mouvements étudiants tournent à l’émeute et l’agitation gagne le Japon. Pour essayer d’échapper à son lourd passé criminel, N rejoint la capitale dans l’espoir d’un nouveau départ. Au Village Vanguard, bar jazz dans lequel la jeunesse révolutionnaire nipponne a ses quartiers, il fait la connaissance de T, un jeune comique raté qui tente de faire carrière dans le cinéma. Le grand projet de T : Unlucky Young Men, un scénario qu’il a rédigé, véritable chronique d’une jeunesse japonaise désabusée et prête à tout pour réaliser ses rêves. Pour financer la réalisation du film et assurer leur avenir, les deux jeunes hommes vont fomenter l’attaque d’un fourgon transportant 300 millions de yens…

Connu en France pour des titres comme MDP Psycho, Leviathan (difficilement trouvable mais que je vous recommande chaudement) ou encore Kurosagi, livraison de cadavres, Eiji OTSUKA (que nous avons interviewé lors de Japan Expo 2015) est connu pour son style narratif cinématographique et ses personnages très travaillés. Pour Unlucky Young Men, il est associé à Kamui FUJIWARA, mangaka à l’origine de Dragon Quest – Emblem of Roto, que l’on retrouve dans un style totalement différent de celui de son œuvre phare.

Avant de parler d’Unlucky Young Men, il faut parler de l’événement clé qui est mis en scène, à savoir le casse des 300 millions de yens. Déjà évoqués dans des titres comme Montage ou même Inspecteur Kurôkochi, ce casse japonais a eu lieu le 10 décembre 1968.

Alors que des employés de la banque Nihon Shintaku Ginko transportent ce qui représentait un peu moins d’un million de dollars (à l’époque), ils se font arrêter par un officier de police à moto. Ce dernier leur directeur a été victime d’une attaque et qu’ils pourraient très bien être pris pour cible eux aussi.

Le policier se met alors à vérifier sous la voiture pour trouver la trace d’une éventuelle bombe et de la fumée commence à s’échapper. Ce dernier demande aux employés de s’éloigner. Tandis qu’ils s’exécutent, ils voient le jeune homme monter dans la voiture et s’enfuir avec l’argent.

Dans Unlucky Young Men, OTSUKA a décidé de romancer le casse au maximum. Là où il a été très intelligent, c’est qu’il a fait en sorte que tout soit très rapide. Il met en place un build up particulièrement développé avec un travail sur les personnages qui est remarquable même s’il faut avouer que l’on pourra peut-être trouver un peu le temps long. Plutôt que de se focaliser sur le casse en lui-même, il va mettre l’accent sur l’époque, sur la société de l’époque.

Que ce soit les amours chaotiques de N ou l’homosexualité de T, OTSUKA va utiliser des points de focalisation auxquels on ne s’attend pas pour raconter une telle histoire, à tel point que le casse devient très rapidement secondaire. Au final, c’est surtout le « film » de l’ami de N qui va crever l’écran (ou plutôt la page). Il y a tout un groupe de personnages qui gravitent autour de cette production et qui en attendent beaucoup, une façon de nous dire que les jeunes gens sont toujours pleins de rêves et d’espoir avant de comprendre la violence de la réalité.

La production du film fait d’ailleurs écho à un climat social tendu. C’est l’époque des révoltes étudiantes au Japon et la vie en université est assez tendue. D’un côté, il y a ceux qui bloquent l’université et de l’autre ceux qui cherchent à forcer sa réouverture. Ce ne sont pas les affrontements directs qui ont la part belle mais plutôt le travail de déconstruction des mouvements étudiants par la police.

On voit des officiers tenter d’intimider certains membres et même essayer de les faire changer de camp. L’auteur parvient même à glisser une petite pique à la police japonaise, responsable de nombreux écarts (selon lui) pendant cette période. Encore une histoire de « fils de » qui profite de l’autorité qui vient avec le travail de ses parents ? Pas exactement. OTSUKA se permet de nuancer avec la subtilité qu’on lui connaît.

Comme d’habitude avec OTSUKA, on retrouve une construction narrative très cinématographique. En plus du background très travaillé, le visuel emprunte aussi énormément au ciné avec des cases qui s’apparentent plus à des plans qu’à de simples mouvements des personnages. Certaines pages vont même aller jusqu’à détailler un travelling. Evidemment, les cases fourmillent de petits détails et chaque objet à son importance. Rien de plus à dire sur l’aspect graphique si ce n’est que c’est du beau travail de la part des deux auteurs.

L’un des gros points faibles d’Unlucky Young Men réside dans ses personnages qui sont très peu charismatiques. Que ce soit N, T, M, K, les Yoko… Il est très difficile de s’attacher, de s’identifier ou même d’apprécier réellement les personnages qui sont mis en scène par OTSUKA et dessinés par FUJIWARA. Ils sont tous comme figés, la faute à l’aspect cinématographique trop prononcé du titre qui les fait passer au second plan… Bloqués dans leur époque, bloqués dans leurs idées, leur évolution n’est pas flagrante. Il n’y a que trop peu d’éléments qui rendent le héros appréciable aux yeux du lecteur.

Le deuxième gros obstacle se trouve dans les lenteurs. L’histoire met un petit moment à se dérouler et il n’est pas sûr que les lecteurs soient assez patients pour y arriver. Il y a peut-être un peu trop de passage où on regarde un personnage errer sans but ou vaquer à ses actions du quotidien sans que ces dernières n’aient vraiment d’impact ou de réel intérêt pour l’histoire.

Pour l’édition, Ki-oon a fait les choses en grand en proposant un volume massif dans sa collection Latitudes pour le premier tome d’Unlucky Young Men. Un peu comme pour les tomes d’Emma, on se retrouve avec un objet beaucoup trop gros et trop lourd pour être vraiment agréable en main. Pour en profiter pleinement, il faudra le lire sur une table ou un chevalet. Niveau papier, ça reste assez épais pour pas ne pas être transparent mais on attendait peut-être quelque chose d’un peu meilleur vu l’importance donnée au titre. 

Connu en France pour des titres comme MDP Psycho, Leviathan (difficilement trouvable mais que je vous recommande chaudement) ou encore Kurosagi, livraison de cadavres, Eiji OTSUKA (que nous avons interviewé lors de Japan Expo 2015) est connu pour son style narratif cinématographique et ses personnages très travaillés. Pour Unlucky Young Men, il est associé à Kamui FUJIWARA, mangaka à l’origine de Dragon Quest – Emblem of Roto, que l’on retrouve dans un style totalement différent de celui de son œuvre phare. Avant de parler d’Unlucky Young Men, il faut parler de l’événement clé qui est mis en scène, à savoir le casse des…

Desperate HouseHusband

Graphisme - 75%
Histoire - 60%
Mise en scène - 54%
Originalité - 68%
Edition - 75%
Dans son genre - 65%

66%

777

En lisant Unlucky Young Men, je me suis interrogé sur son statut. Peut-on considérer l’oeuvre de FUJISAWA et d’OTSUKA comme du gekiga moderne ? Les ingrédients sont là, certes, mais il manque encore quelque chose au titre pour être vraiment considéré comme tel. Graphiquement bien servi, force est de constater que les personnages, fortement ancrés dans un univers réaliste et détaillé, ne parviennent pas vraiment à toucher le lecteur. Sans être désagréable, la lecture du titre reste donc assez moyenne, presque décevante tant on attendait plus des auteurs.

A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

5 commentaires

  1. Bonjour,

    très bonne critique, et très bonne surprise que ce nouveau manga de Ki oon.

    Concernant la qualification de « presque gekiga », j’aurai trouvé cela intéressant que l’auteur de cette critique argumente un peu plus. Sans avoir pensé directement à considérer Unlucky Young Men comme un gekiga, je pense que l’influence du cinéma et le traitement des personnages (en retenue, avec un brin de mélancolie…) peut l’en rapprocher.

    Pour l’aspect « figé » des personnage, deux points :

    cela peut faire partie du parti pris de l’auteur et beaucoup de gekigas n’ont pas forcement de fil narratif clair, avec un début, une fin et une évolution des personnages ;

    pour les personnages fixés dans le décor, pas démonstratifs ni très expressifs, on peut y voir une influence du cinéaste Jean-Luc Godart, qui a influencé pas mal d’auteurs de gekigas avec d’autres réals de la Nouvelle Vague. Enfin je trouve aussi que Yoshihiro Tatsumi par exemple a des personnages assez figés et pas très expressifs.

    Tout dépend de comment on définit un gekiga, mais je pense que l’on peut qualifier sans ciller Unlucky Young Men de gekiga « moderne », par définition un gekiga qui aurait changé, évolué (plus mainstream/seinen ?)

  2. Ours256

    Hello !

    Alors… « presque gekiga », « quasi gekiga »… pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que j’ai trouvé l’histoire beaucoup trop molle. Dans la définition du gekiga, il y a une idée de force, de violence, c’est un style de manga qui prend aux tripes, qui provoque quelque chose chez le lecteur.

    Même chez Tatsumi ou les personnages ne sont pas plus expressifs que ça, les idées exprimées, les convictions de chacun parviennent à résonner avec le lecteur. On sent une certaine passion ou du moins une appréciation qui se communique. Je n’ai pas du tout eu ce ressenti avec OTSUKA. Rien à voir avec un titre d’HIRATA par exemple qui transpire la virilité ou du KOIKE ou chaque page expose une violence inouïe aux yeux du lecteur… Dans Unlucky Young Men, je n’ai pas ressenti grand chose en fait… (ou du moins pas autant que je l’aurais voulu ou espéré) 😡

    En ce qui concerne les personnages figés, j’ai juste trouvé qu’il voulait en faire un peu trop. Oui, c’est vrai, chez Godart, ils ne bougent pas tellement mais disons qu’avec la caméra, il y a quand même un certain mouvement qui est retranscrit (il peut être limité comme dans certaines scènes avec des plans fixes) mais dans Unlucky Young Men, OTSUKA en abuse, il ne permet pas vraiment au lecteur de « sympathiser » avec les personnages.

    En fait, ça rejoint un peu ce que je disais au dessus. Le manque d’empathie, l’absence de lien (lié à une certaines déconstruction de chaque personnage historique qui se voit désigné par une initiale – choix qui, à la base, veut permettre au lecteur de s’identifier donc pour moi un effet raté) empêche ce sentiment fort de naître chez le lecteur qui, au bout d’un moment, finit par s’ennuyer un peu.

    En tout cas, ça fait toujours plaisir d’avoir des retours et j’espère avoir répondu correctement à ta question 😉

  3. Déjà, je suis d’accord pour l’effet d’identification raté dans l’usage des initiales comme prénom et je comprends ton point de vue concernant l’abus de plan fixe etc… mais ça ne m’a pas gêné plus que ça à la première lecture (il faut que je le relise).

    Concernant la définition du gekiga, si on qualifie comme gekigas les oeuvres de Koike, Hirata, Takao Saito (Golgo 13), dans ce cas Unlucky Young Men n’en est pas un. Mais le gekiga peut aussi être du Yoshiharu Tsuge, le manga Elégie en Rouge (très symbolique, abstrait).

    C’est difficile a définir « artistiquement », mais on peut caractériser le gekiga comme étant à l’origine la volonté de se démarquer des mangas enfantins qui sont apparus dans les années 50 et qui étaient la norme à l’époque.

    Dire aujourd’hui qu’un manga est un gekiga, c’est plus faire la distinction entre une oeuvre qui vise les « adulte » et les autres. C’est une question de registre et de ton employé. Par exemple, si Elfen Lied et MPD Psycho (pour garder un lien avec le sujet d’origine) sont gore et violent, on va plutôt les classer en Seinen. C’est aussi une question de « réalisme » : si Berserk et Gunnm sont des titres matures, on a du mal à les définir comme gekigas.

    Magré ça, il reste difficile de faire clairement la distinction. Est-ce que La fille de la plage est un gekiga, un Seinen, un Josei ? Vagabond est-il un gekiga à la Koike ? et Tetsuya Toyoda est-il un auteur de gekiga ?

    Je n’ai pas la réponse mais cela vous ferait un bon sujet d’article.

  4. Ours256

    Ce que tu dis est effectivement très intéressant et il n’est pas impossible que je me lance dans une telle entreprise une fois que j’aurai lu Unlucky Young Men et Mishima Boys (dont la critique du premier volume ne devrait plus tarder, Amazon UK étant un peu capricieux ;x). Je vais donc laisser la plupart de tes questions un peu en suspens et j’espère que tu ne m’en veux pas trop pour ça 😉

  5. Pas de problème, c’était plus une conclusion ouverte. Bonne continuation à toi.

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