Publicité

[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

Publicité

Ultimo - Tome 1

Ultimo – Tomes 1~12

Ultimo – Tomes 1~12 Éditeur : Kazé Manga
Titre original : Karakuridôji Ultimo
Dessin : Hiroyuki TAKEI
Scénario : Stan LEE (concept original) et Hiroyuki TAKEI
Traduction : Sylvain CHOLLET
Prix : 6.99 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 06/04/2016

XIIe siècle, Kyôto, Japon. Ultimo et Vice sont des Karakuri Dôji, des entités mécaniques pourvues d’émotions et de sentiments humains. Dotés de cinq sens hyper développés et de pouvoirs destructeurs, l’un est le Bien incarné et l’autre le Mal absolu. Ces deux êtres vouent leur existence à s’affronter pour déterminer qui du Bien ou du Mal représente la suprême puissance de l’univers.

XXIe siècle, Tokyo Ouest. Entre les filles et les problèmes d’argent, la vie est rude pour les lycéens… Mais pour Yamato Agari les choses semblent sur le point de changer le jour où il découvre dans une vieille échoppe une sorte de marionnette étrange à l’apparence d’un jeune garçon et portant le nom d’Ultimo…

ATTENTION : Cette chronique contient des révélations sur l’intrigue. Vous êtes prévenus !

Le 28 octobre 2010 débarquait une série qui laissait imaginer un mélange détonnant entre l’univers des mangas et celui des comics, puisqu’elle était scénarisée par Hiroyuki TAKEI, le papa de Shaman King, et que Stan LEE en personne, le papa (ou grand-papa maintenant ?) d’une grande partie des héros de Marvel, était l’auteur du concept original ! Avec deux légendes comme TAKEI et LEE, on avait beaucoup d’espoirs concernant Karakuridôji Ultimo, abrégé en Ultimo .
Le mois dernier, après presque 6 ans de publication, la série se finissait avec 12 tomes à son actif. Au final, que vaut cette collaboration américano-japonaise ? A-t-on une œuvre à mi-chemin entre le shônen et les comics ?

Ultimo - Tome 1  Ultimo - Tome 2  Ultimo - Tome 3

Pour répondre à la seconde question : non, on a bien affaire à un pur shônen, sans réel aspect « comics« . Ensuite, objectivement, Ultimo possède des qualités, autant au niveau de son scénario que de son dessin. Il ose certaines choses assez pertinentes et intéressantes qui font que ce n’est pas une mauvaise série.
Cependant, ne vous attendez pas à un chef d’œuvre. Le fait de voir les noms de Stan LEE et Hiroyuki TAKEI ne suffit pas à faire de ce manga un « must have », ou même à le rendre mémorable.

En fait, ce qui fait, de prime abord, la qualité du récit finit par devenir une sorte de défaut. Malheureusement, il n’y pas qu’un seul point qui subisse cette malédiction. La cause est, d’après moi, que l’histoire s’étire sans parvenir à vraiment se renouveler. Entre le premier et le dernier tome, on n’a pas l’impression d’avoir vraiment progressé, tant tout finit par se répéter.

Cette répétition est pourtant assumée par les auteurs, puisque c’est l’une des bases du scénario : les maîtres des dôji  sont souvent les mêmes à deux époques différentes, puisque leurs âmes se sont réincarnées au fil des siècles.
Pour ceux qui ne savent pas ce que sont les dôji, ce sont des pantins humanoïdes pourvus de pouvoirs extrasensoriels, représentant soit une vertu bouddhique, soit l’un des 7 péchés capitaux, sans compter Ultimo et Vice, respectivement dôji suprêmes du Bien et du Mal.

Les combats menés dans le passé ont des répercussions sur le présent, et parfois on assiste même à un « reboot » du temps.
C’est là que cela coince justement. Trop de répétitions tuent la répétition. Tous les combats se finissent immanquablement par l’arrivée d’un personnage qui va soit sauver celui en détresse, soit mettre fin au combat en usant du pouvoir de son dôji. Il n’y a plus de suspens, puisque l’issue est si prévisible.

Même les éléments intéressants, par une exploitation assez peu maîtrisée, finissent par devenir lassant. Je prends un exemple concret, à savoir la frontière entre le bien et le mal. Beaucoup de maîtres, à commencer par Yamato (le personnage principal et maître d’Ultimo) ont une attitude ou une apparence qui n’est pas forcément représentative de leur camp.
Ainsi, Yamato est au début colérique et violent, alors que René, le maître du dôji maléfique Jealous, est plutôt posé et on lui donnerait le bon dieu sans confession.

Ultimo - Tome 4  Ultimo - Tome 5  Ultimo - Tome 6

À de nombreuses reprises, cela est accentué par les discussions entre personnages (ou quelques notes dans les annexes en fin de volume) qui montrent que parfois, le bien extrême devient maléfique, et qu’on peut arriver à faire le bien en ayant commencé à employer des mauvais moyens.
Malheureusement, outre le fait que ces propos sont répétés si souvent qu’ils en deviennent barbants, au final, on ressent surtout la suprématie du mal, et le bien devient utopique. Alors que la série partait sur un postulat qui semblait écarter le manichéisme, on le retrouve omniprésent et on ressent un grand regard pessimisme posé sur le monde le reste du temps.

Je ne parle pas volontairement des paradoxes temporels qu’on voit par moments car aucune œuvre traitant de voyage spatio-temporel n’est exempt de ce défaut (Oui, oui : même Doctor Who fait de gros paradoxes et des « Ta Gueule : C’est Magique » ! Pourtant, ça ne m’empêche pas d’aimer la série).
Je ne blâmerai donc pas TAKEI et LEE à ce sujet, et au contraire je serais plutôt magnanime, car ils s’en sont assez bien tirés dans l’ensemble à ce sujet, hormis dans les derniers tomes où la succession des voyages temporels rendent le récit assez flou.

Un autre défaut assez dérangeant est la fâcheuse tendance des scénaristes à mettre des coups de théâtre qui sortent de nulle part, et qui n’apportent pas foncièrement grand chose.
Par exemple, on apprend dans le tome 8 que l’un des personnages est en fait l’enfant de Dunstan, le grand méchant de l’histoire qui a créé les dôji au XXX° siècle. De nouveau, on est confronté à un énième « Deus Ex Machina » qui sort de n’importe où et qui retombe comme un soufflé.
L’un des autres aspects qui m’a déçu a été qu’au tome 10, Vice obtienne un pouvoir lui permettant de copier ceux de tous les autres dôji, ce qui donne un aspect exagéré à la situation, surtout parce que Vice était déjà très puissant. La surenchère perpétuelle devient assez lassante, car elle aurait pu largement être évitée.

Je terminerai sur les défauts en parlant de la conclusion du récit, qui est assez décevante. Elle n’est pas illogique ni inattendue, loin de là. Son défaut est qu’elle pourrait se résumer par : « Tout ça pour en arriver là ?! ». Les luttes sont creuses puisqu’elles se terminent très vite, et la frustration est accentuée par le fait que le combat entre les dôji, au tome 7, était censée être une bataille psychologique et argumentaire, sauf que cela n’a pas été le cas.

Ultimo - Tome 7  Ultimo - Tome 8  Ultimo - Tome 9

Malgré tout ce que j’ai pu dire précédemment, n’allez pas croire qu’Ultimo soit un échec total. Comme je l’ai précisé dès le départ, ce qui est un défaut était à la base une qualité car elle faisait sortir la série du lot.
Le fait que la notion de bien et de mal soit souvent débattue, que les maîtres soient des réincarnations car cela provoque des situations parfois cocasses (comme le fait que l’une des maîtresses du mal était à la base un soldat français), l’idée que la lutte soit en principe une guerre psychologique, etc, tout cela était prometteur.
De plus, la série n’est pas exempte d’humour, ce qui permet de prendre du plaisir en la lisant.

Ensuite, même si cela n’a duré que deux tomes, les petits chapitres « Ultimo Ulate » étaient très amusants et permettaient de voir Yamato, René et leurs camarades quand ils étaient encore au primaire. Cela servait aussi à faire retomber la pression tragique de certains passages fatalistes, tout en développant les relations entre les différents personnages, qu’ils appartiennent ou non au même camp.

La qualité principale de cette série, c’est le dessin. Même si on peut lui reprocher d’être très cubique et rigide (notamment au niveau des visages), on ne peut nier qu’il est maîtrisé. Les versions « Mecha » des dôji sont sublimes et travaillées et les arrières-plans sont très beaux.
Les personnages sont bien expressifs, surtout Vice qui a un sourire carnassier, parfait pour le représentant ultime du mal qu’il est. Enfin, mention spéciale pour le personnage de Dunstan qui ressemble à Stan LEE, ce qui lui permet de faire sa guest appearance habituelle !

Je vous conseille quand même de jeter un œil à Ultimo, car cela reste un divertissement assez agréable, et on ne peut pas dire qu’on s’ennuie complètement en le lisant. Si vous aimez les méchas, vous trouverez votre compte. Cependant, ne vous attendez pas à une œuvre hors du commun : cela reste un shônen assez classique au final.

Le prix du tome reste assez correct, même si pour moins cher vous avez d’autres shônens de bien meilleure qualité (Magi, A Silent Voice, et d’autres). D’ailleurs, en parlant de l’édition, pour le prix, ne vous attendez pas à un papier de qualité supérieure : celui-ci est assez râpeux sous les doigts. J’ajoute qu’il m’est arrivé de trouver pas mal de fautes de frappe dans certaines cases, notamment dans le tome 11, ce qui est quand même regrettable…

Ultimo - Tome 10  Ultimo - Tome 11  Ultimo - Tome 12

Let's do the Time Warp again !

Graphisme - 72%
Histoire - 54%
Mise en scène - 53%
Originalité - 51%
Edition - 59%
Dans son genre - 52%

57%

Bien VS Mal

Alors que le premier tome était prometteur, la suite du récit s'est plus ou moins laissée ancrer dans une routine classique, ce qui a empêché la série de se démarquer. Au final, on a une oeuvre belle graphiquement, pas forcément mauvaise, mais qui ne restera pas dans les annales.




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres
Professeur otak' qui adore fouiller en profondeur l'essence des mangas, afin d'en dégager le bon et le moins bon.

Laisser un commentaire

banner