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Snegurochka

Snegurochka Éditeur : Casterman
Titre original : Harukaze no Sunegurachka
Dessin : Hiroaki SAMURA
Scénario : Hiroaki SAMURA
Traduction : Aurélien ESTAGER
Prix : 12.95 €
Nombre de pages : 242
Date de parution : 17/02/2016

URSS, 1933. Sous la férule totalitaire de Staline, le pays connaît des bouleversements brutaux. Au bord d’un lac de Carélie, Belka, une jeune fille en fauteuil roulant, et son domestique s’installent dans une datcha qui appartenait autrefois à une famille d’aristocrates. À mesure que le passé de ces deux étranges personnages se dévoile, histoire et Histoire s’entremêlent. Et si une menace terrible pesait sur le pouvoir en place ? Et si la jeune Union soviétique n’en avait pas fini avec les fantômes de la Russie impériale assassinée quelques années plus tôt ?

Avec la fin de L’Habitant de l’infini, les éditions Casterman disposent d’un créneau pour diffuser les autres oeuvres de l’auteur, Hiroaki SAMURA. La première pierre à cet édifice n’est autre que Snegurochka, une histoire unique, écrite après le périple de Manji (qui lui a quand même pris trente tomes !).

Snegurochka est, avant tout, un manga qui se regarde. Graphiquement, impossible de ne pas apprécier le trait de l’auteur qui, même s’il n’a pas besoin de dessiner des combats endiablés, aura fort à faire sur les visages des personnages que l’auteur choisit de mettre en scène.
Par exemple, c’est toujours un mélange de volonté et de tristesse qui se dégage de Belka et un certain vide qui vient de Shchenok. Le jeune homme reste, en permanence, très détaché, comme s’il ne voulait pas vraiment se mêler à l’histoire et laisser le « beau rôle » à sa jeune compagne d’infortune.

Pourtant, sans lui, la jeune femme n’a pas vraiment de raison de vivre ou d’avancer. On le découvre assez vite mais un lien étrange unit les deux jeunes gens et très vite, c’est une relation de co-dépendance que nous décrit SAMURA. Shchenok sert de jambes à Belka qui permet de « soigner » ou du moins d’endiguer la progression de sa maladie.

Le mangaka matérialise ce lien par des jeux de regard presque constants entre les deux personnages mais surtout une confiance mutuelle aveugle. Ils ne se séparent jamais à moins d’y être contraints par la force et il est rare que l’auteur les dessine chacun de leur côté. Même dans les moments très durs (voire violents, surtout pour Belka), l’un ressent la douleur de l’autre.

Autre détail intéressant dans le travail de SAMURA sur Snegurochka, il tient à faire comprendre à son lecteur dès le début que c’est une histoire qui est centrée sur Belka. C’est dans ce but qu’il utilise deux artifices.
D’une part, le regard vide de Shchenok qui le rend un peu absent dont on a déjà parlé. Grâce à cela, il isole ce personnage qui est pourtant une moitié difficilement négligeable de son duo de protagonistes. Le mangaka se permet ainsi de diriger naturellement le regard du lecteur vers celle qu’il considère comme le centre de son récit : Belka.
D’autre part, on note que la toute première page n’est autre qu’un index des personnages, comme on en trouverait dans le script d’une pièce de théâtre. On sait donc d’emblée qui est qui et qui fait quoi avant même de savoir à quoi ressemblent les personnages.

Snegurochka HD.pdf  Snegurochka HD.pdf
© Hiroaki SAMURA 2014 by Ohta Publishing Co., Tokyo

Étrange ? Pas nécessairement. En décrivant brièvement chacun des personnages qui façonneront son histoire, l’auteur s’évite des présentations forcées mais aussi peu réalistes et peut directement rentrer au coeur de l’action. Il se donne ainsi un peu plus de place pour mettre en scène ce qui l’intéresse mais surtout plonger le lecteur in medias res.

Le premier chapitre en est saisissant, que ce soit dans sa construction ou dans son dessin. On se demande où va mener cette discussion qui paraît toute simple (au premier abord) entre l’héroïne et ce peintre où chacun semble cacher un élément important de son identité. Toute l’exposition est construite autour de ces banalités qui n’auront de sens que dans ses dernières cases.

Un peu comme dans L’Habitant de l’infini, SAMURA informe toute de suite le lecteur de ses intentions grâce à une mise en scène intelligente et captivante. Sans une vraie maîtrise, il ne pourrait d’ailleurs pas mêler Histoire et histoire. Il y a, dans Snegurochka, un réalisme puissant, le genre de chose qui n’est possible que grâce à un travail de recherche exhaustif de la part de l’auteur.

Réglés comme du papier à musique, les soldats russes ont une routine claire et bien définie.
De plus, ils connaissent leur chaîne de commandement sur le bout des doigts. Le vieil officier chez qui sont retenus Belka et Shchenok ne fait pas exception à la règle et saura leur rappeler qui commande quand il le faudra mais aussi abuser de sa position pour utiliser ses deux prisonniers dans leur entièreté.

Snegurochka HD.pdf  Snegurochka HD.pdf
© Hiroaki SAMURA 2014 by Ohta Publishing Co., Tokyo

Lors de la lecture, on en vient presque à se demander si SAMURA n’a pas été commissionné pour faire un petit peu de communication communiste. Un peu de propagande ? Pas sûr…
Le monde dans lequel il nous amène semble tellement bien fonctionner qu’aucun de ses membres ne semble s’opposer à la vie (parfois rude) qu’il mène. Bien sûr, ce tableau idyllique sera cassé peu à peu avec quelques trahisons mais on sent quand même que le tableau général est plus positif que négatif.

En fait, il vaudrait mieux qu’il soit positif dans la mesure où c’est dans ce cadre que Belka devra passer à l’âge adulte. Alors que le vieil officier semble avoir un rôle bienveillant (il leur propose même de s’évader le premier soir), le mangaka nous fait très vite comprendre qu’il y a bien plus d’ambivalence dans ce personnage que l’on aurait pu le penser.

Dans ce système où la vie coopérative bat son plein, la jeune héroïne vivra ses premières relations (contre son gré évidemment), de nombreuses frustrations mais aussi de belles surprises et une certaine réussite.
SAMURA nous dépeint un personnage complet qui évolue grâce à la seule force de sa détermination dans un univers qui n’était pas forcément le sien et avec lequel elle n’est pas vraiment d’accord.

Le côté le plus marquant de l’édition ?
On hésite entre le marteau et la faucille laminés sur la jaquette qui vous feront chanter l’internationale pour peu que vous ayez un coeur ou encore le bandeau vertical (donc très long puisque le manga est environ 35% plus grand qu’un manga classique – 21 x 2 x 15.3 cm) qui rappelle ou apprend au lecteur que le titre est du même auteur que L’Habitant de l’infini (aussi disponible chez Casterman).

Le contenu est aussi luxueux que le contenant avec un papier vraiment agréable au toucher mais surtout (et c’est probablement le plus important) une traduction/adaptation qui prend en compte l’époque pendant laquelle se déroule l’histoire. Ne vous attendez pas à voir des « pécho » dans ce titre mais plutôt des mots comme « gageure » et même du passé simple, un temps oublié de la jeunesse post 2000.

"C’est la lutte finale. Groupons-nous et demain, L’Internationale... sera le genre humain !"

Graphisme - 85%
Histoire - 82%
Mise en scène - 78%
Originalité - 80%
Edition - 80%
Dans son genre - 84%

82%

Coeur avec la main

Avec un titre qui annonce la couleur du récit (pour peu qu'on en connaisse l'origine), Snegurochka est une oeuvre intelligente et particulièrement touchante. Elle décrit un lien fort entre deux personnages nés dans une époque trouble d'une Russie/URSS changeante. Servie par un graphisme sublime signé Hiroaki SAMURA, elle se doit d'être partagée au plus grand nombre.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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