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[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

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Tu seras un saumon, mon fils… – Tomes 1~2

Tu seras un saumon, mon fils… – Tomes 1~2 Éditeur : Éditions Akata
Titre original : Sa-man
Dessin : Shôhei SASAKI
Scénario : Shôhei SASAKI
Traduction : Jérôme PENET
Prix : 7.95 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 22/06/2017

Dans le poisson, tout est bon ! Et ce n’est pas Sauman qui dira le contraire ! Gourmand de nature, l’homme-saumon va avoir la très mauvaise idée de dévorer, vivante, une adorable carpe. Les conséquences de cet acte de gloutonnerie dépasseront de très loin les soucis intestinaux que devra supporter le fils de Shion. La vie de ce dernier pourrait d’ailleurs être chamboulée à jamais… ?! Tout ça, à cause d’une carpe mal digérée…

Vous est-il déjà arrivé de parcourir un titre et de vous demandez toutes les trois pages « Bon sang, qu’est-ce que je suis en train de lire ?! » ? Si vous connaissez la sensation, vous ne devriez pas être dépaysés par Tu seras un saumon, mon fils… de Shôhei SASAKI, une série en deux tomes qui vient de se terminer chez Akata.

Le premier contact avec ce titre, Sa-man en version originale, n’est pas forcément le meilleur. On découvre une bande de jeunes dont la passion est… la masturbation. Loin d’être originale chez les jeunes garçons, cette « passion » n’était peut-être pas le meilleur moyen de lier cette bande de potes vouée à être séparée.
Lorsque la mère de Shion se remarie, elle lui annonce qu’il va déménager et qu’il va changer de nom. Histoire de ne pas perdre le fil et le thème de ce début d’oeuvre, son nouveau père se prénomme Masterba (on vous laisse lier le nom et le prénom – dans le sens japonais – par vous-même).
Évidemment, ce nouveau nom va lui valoir les moqueries de ses nouveaux camarades de classe et il deviendra même le souffre douleur d’une petite racaille de sa classe, de quoi vous démotiver un ado puissance mille. Qu’à cela ne tienne, il trouvera refuge près d’un lac au bord duquel il n’hésitera pas à balancer la purée pour passer ses nerfs. Manque de chance pour lui, certaines de ses « petites graines » finiront dans l’eau…

Au delà du début que l’on pourrait qualifier d’un peu poussif, il y a un beau message dans Tu seras un saumon, mon fils… SASAKI développe avec beaucoup de sensibilité le concept de la famille. Qu’est-ce qui fait une famille ? Comment se rassemble les individus ? Quelle attitude adopter lors d’une crise ? Quelles sont les conséquences d’un remariage chez un adolescent ? Toutes ces questions, l’auteur les traite par le biais de Shion.

Ce dernier va très mal vivre dans ce nouvel environnement familial qu’il perçoit (à juste titre pour le coup) comme hostile. Ce n’est qu’une fois confronté aux responsabilités qu’incombent aux parents qu’il va se mettre à réfléchir et repenser sa place dans sa nouvelle famille.
Un peu comme lui qui découvre la paternité avec Sauman, son nouveau père doit faire face à de nouvelles responsabilités. Même si tous les deux ne le vivent pas de la même manière, il y a une certaine naïveté dans les méthodes de chacun. Le beau-père de Shion pense à asseoir son autorité grâce à l’humiliation et à la peur mais Shion ne fait pas mieux avec Sauman en le repoussant totalement en faisant comme s’il n’était rien pour lui.

Tiraillé entre son désir d’appartenir et la peur créée par l’insécurité de son nouveau lieu de vie, le héros va trouver refuge chez celui qui n’avait pas hésité à le harceler à l’époque. En effet, c’est chez la « petite racaille » que Shion va aller « élever » Sauman après sa fugue. Bizarrement, Ginji, qui n’a plus que son grand-père, n’aura aucun mal à accepter le « montre » qui débarque dans la vie des deux ados.

Ces derniers mettront alors leur passé de côté et passeront des moments aussi joyeux que troublants (toujours dans le thème de la masturbation) dans une famille nouvellement formée où la place de chacun est presque naturelle. Il n’y a pas d’ambiguïté ou de rapport de force dans le bloc familial formé par Ginji, son grand-père, Shion et Sauman.
Tout ce qui importe, c’est que chacun soit heureux et le mangaka nous le fait comprendre à plusieurs reprises lorsque tous travaillent de consort pour sauver l’être mi-homme mi-saumon. 

Il y a aussi, chez Sauman, la même naïveté que chez un nouveau-né. Même si ce dernier peut parler, interagir avec différents objets, il ne sait pas encore se comporter en société. Il ne comprend pas le regard des autres ou la retenue (chose très importante à plusieurs moments de l’histoire), un peu comme un enfant qui n’hésite pas à dire tout ce qu’il pense à tous ceux qu’il rencontre.
Il y a donc un vrai travail d’éducation à faire et Shion se débrouillera plutôt bien pour inculquer à sa progéniture des valeurs qui permettront un final plein de panache et porteur d’un vrai message d’espoir.

Côté visuel, on ne peut pas dire que le trait du mangaka est moche mais il n’est pas exceptionnel non plus. SASAKI possède plus ce qu’on pourrait considérer comme un dessin « fonctionnel ». Il est assez bon pour ne pas déstabiliser le lecteur qui recherche quelque chose de très beau mais ne devrait pas forcer taper dans l’oeil du novice, ce qui est assez dommage quand on connaît le potentiel dramatique qui se cache derrière ces planches.

Au niveau du découpage, l’auteur ne cherche pas forcément l’originalité mais maîtrise parfaitement la gestion du rythme et n’hésitera pas à caser quelques double-pages bien senties lorsqu’il le jugera nécessaire. On obtient ainsi un bon mélange qui ne lasse pas et parvient à tenir en haleine jusqu’à la conclusion.

L’édition est plutôt bien gérée et il suffit de regarder le travail effectué sur les couvertures pour s’en rendre compte. Que ce soit au niveau des couleurs ou de l’esthétique générale, on trouve des changements bien pensés et qui ont été effectués dans un but très clair : attirer le lecteur.
À la traduction, on sent que Jérôme PENET s’est fait plaisir avec un bon nombre de jeux de mots bien cocasses (cf. le nom/prénom du héros) et tout ce qui va avec le thème très axé « organes génitaux » de la série. Le tout se révèle fluide et cohérent et à aucun moment le lecteur ne se dira « Euh… Non, c’est un peu trop là… ». L’équilibre est là et permet de passer un bon moment en compagnie de la galerie de personnages proposée par SASAKI.

Un manga à lire en mangeant des sashimi de saumon ?

Graphisme - 62%
Histoire - 55%
Mise en scène - 61%
Originalité - 75%
Edition - 70%
Dans son genre - 66%

65%

Semen

Tu seras un saumon, mon fils... est un titre qui a parfaitement sa place dans la collection WTF?!, peut-être même plus que d'autres titres que l'éditeur a sorti. SASAKI nous entraîne dans une histoire qui semble n'avoir ni queue (désolé) ni tête mais qui réussit à développer un thème complexe et cher aux Japonais, la famille. Il ne tient qu'à vous de vous laisser tenter.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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