Japan Expo - 18ème Impact

Publicité

[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

Publicité

Sangsues – Tomes 1~5

Sangsues – Tomes 1~5 Éditeur : Casterman
Titre original : Hiru
Dessin : Daisuke IMAI
Scénario : Daisuke IMAI
Traduction : Aurélien ESTAGER
Prix : 8.45 €
Nombre de pages : 224
Date de parution : 30/03/2016

Êtes-vous sûr que personne ne s’invite chez vous pendant votre absence ? Ne vous est-il jamais arrivé, en regagnant votre domicile à la fin de la journée, de remarquer d’infimes changements ? Un coussin qui aurait légèrement changé de place sur le canapé, une bouteille de jus de fruits un peu moins remplie que lorsque vous l’avez rangée dans le réfrigérateur le matin, une bouteille de shampoing que vous étiez persuadé d’avoir refermée mais que vous trouvez ouverte ? 

Vous vous êtes fait la remarque, puis vous êtes passé à autre chose, car après tout, c’est très probablement votre mémoire qui vous joue des tours, quoi d’autre… Pour Yoko, c’est la réalité. Ordinaire à premier vue, cette jeune fille de 21 ans s’est évaporée pour échapper à sa vie « d’avant ». Nous ne la voyons pas, mais elle est là, juste sous nos yeux : elle vit chez nous pendant notre absence, allant d’un appartement à un autre selon ses besoins et ses envies. Si cette nouvelle existence se déroule dans l’insouciance et l’enthousiasme, Yoko déchante rapidement. 

Elle se croit seule dans son cas, elle va découvrir toute une société parallèle où la violence est omniprésente. Immigrés clandestins, criminels en cavale ou simples citoyens ayant tourné le dos à la société pour des raisons plus ou moins avouables, les sangsues se disputent nos domiciles, qu’elles appellent des nids, s’affrontent dans de sanglantes guerres de territoire et se livrent à des vendettas qui tournent volontiers au massacre.

Casterman est un éditeur qui est toujours au top quand il s’agit de trouver des curiosités. Avec Sangsues, il amène un titre dont la base du scénario a de quoi intriguer. Elle vient titiller cette petite part de voyeurisme qui se trouve en chacun d’entre nous.

Qui n’a pas rêvé de voir un jour l’intérieur de certaines maisons qui respiraient la richesse de l’extérieur ? Qui n’a jamais voulu rentrer chez une star et observer son quotidien ? Pour les sangsues, c’est le récit d’une journée comme une autre.

Sangsues_T02_pdf de lecture.pdf Sangsues - 2 Sangsues_T02_pdf de lecture.pdf
© Daisuke Imai 2011/ SHINCHOSHA PUBLISHING CO.

On vous l’avait déjà dit mais Sangsues est un manga en deux temps. Il démarre avec un pitch particulièrement intrigant qui nous pousse à continuer grâce à la curiosité mal placée que possède tout être humain (et qui permet de vendre des kilos de magazines people complètement nuls). On a envie de découvrir comment Yoko fait pour vivre sans exister.

Ici, c’est surtout l’existence sociale qui est mise à mal puisque la jeune femme est considérée comme morte. Elle ne peut pas avoir de téléphone portable à son nom (elle peut en prendre un « jetable » mais ça reste limité), pas de compte en banque non plus… Bref, on pourrait penser que la plupart des « plaisirs » (ou du moins des « acquis ») du monde moderne lui sont interdits mais il n’en est rien.
Yoko n’a pas l’air malheureuse, elle qui ne parle à personne et se fait oublier de tous. La jeune fille est débrouillarde, autonome et parvient à subvenir à ses besoins de base.

Pourtant, au fur et à mesure qu’elle découvre la vie des sangsues, elle va se rendre compte que c’est un monde qui n’est pas pour elle. Aux faux sentiments de « sécurité » et de « liberté » qu’elle avait ressentis au départ vont se substituer une certaine « peur » et surtout une sensation de « non-appartenance ».
Yoko, en découvrant ce nouveau mode de vie, voit le pour et le contre et va opposer cette vision à sa vie d’avant (encore très fraîche dans sa tête). Tout le monde ne peut pas vivre comme une sangsue et laisser libre court à ses instincts.

Page7-Sangsues-Casterman Page8-Sangsues-Casterman
© Daisuke Imai 2011/ SHINCHOSHA PUBLISHING CO.

IMAI est très efficace quand il s’agit de nous transmettre les émotions de ses personnages. Son dessin épuré se focalise sur une chose à la fois mais le fait en maximisant l’élément en question. Le lecteur ne peut que se laisser porter par une alternance de scènes qui va, successivement, lui permettre de comprendre un point important de l’histoire et lui mettre une grosse claque.

Il y a une vraie force dans la mise en scène de cet auteur qui sait choisir ses plans en fonction de ce qu’il veut faire comprendre et du message qu’il veut transmettre. Sangsues, c’est vivant, ça change ne reste pas sur la même chose pendant plusieurs planches.

Le découpage aide énormément avec des cases souvent larges (et même de somptueuses double-pages) lors des scènes plus descriptives (cf. les gros plans dans la classe avec Yoko et son poursuivant) ou pour insister sur un moment crucial de l’action. Au contraire, quand il y a besoin d’exprimer quelque chose de rapide, l’auteur balance un grand nombre de petites cases qui vont guider le lecteur vers la fin d’une séquence très rapidement.

IMAI est un auteur qui maîtrise parfaitement son rythme. Il sait quand accélérer, quand ralentir mais surtout, il réussit à le transmettre avec brio à celui qui le lit. Malgré les 5 volumes, Sangsues est un titre qui se lit très facilement d’une traite puisqu’il n’y a pas vraiment de temps morts.

Sachant que le début de la série est assez varié (avec plusieurs styles envisagés), on n’a pas vraiment le temps de tomber dans cette routine qu’installent un grand nombre de titres assez longs. L’auteur avait prévu sa fin et le développement et ne cherche pas à rallonger inutilement son récit.

Sangsues - 4 Sangsues - 6
© Daisuke Imai 2011/ SHINCHOSHA PUBLISHING CO.

Même si le début de la série fait très « jeu de survie » (la fin du tome 2 laisse planer le doute), on se rend rapidement compte que l’histoire n’est pas vraiment celle de Yoko. C’est son ami Kara que l’auteur met au centre du récit.

Il est entré dans un monde qui ne fait qu’accroître sa détresse de jour en jour et n’a aucun moyen d’en sortir. Il est tellement aveuglé par son nouveau mode de vie, tellement happé dans cet univers impitoyable où la moindre erreur peut coûter la vie qu’il ne voit pas de porte de sortie.
Même s’il est physiquement fort, capable de se défendre et de faire respecter sa loi sur son « territoire », il est psychologiquement instable, incapable de discerner le bien du mal. En proie à la violence, manipulé par d’autres sangsues, il a perdu le sens des réalités.

C’est là que Yoko entre en scène. Ses retrouvailles avec son ami vont raviver quelque chose chez le jeune homme. Cette jeune fille venue de son passer va lui montrer qu’il n’a pas complètement abandonné sa vie passée, qu’il lui reste une attache, un point d’ancrage et il va s’y accrocher dur comme fer.
Ce n’est pas pour rien s’il déclare la jeune fille « hors limite », s’il cherche à la protéger en permanence. Il veut tout simplement garder cette petite étincelle, ce petit morceau de celui qu’il était avant d’entrer dans l’univers des sangsues.

Côté graphique, comme on vous l’avait dit dans la chronique du tome 1, Sangsues n’est pas un manga qui abuse des trames, au contraire. IMAI construit son titre et son ambiance sur les aplats de noir et l’éclairage de ses scènes.
Des variations de ces éléments naîtront des situations plus légères, plus inquiétantes, plus angoissantes… Alors que le personnage principal cherche la « liberté » en vivant comme une sangsue, le titre se fait de plus en plus étouffant au fur et à mesure qu’elle plonge dans ce monde de l’ombre.
En tout cas, entre le premier et le cinquième volume, on prend une grosse claque graphique. Ce qui paraissait très simple au départ se révèle vraiment puissance au fur et à mesure que le titre se développe. Rien que pour cette raison, ça vaut le coup d’oeil.

Sangsues - 9
© Daisuke Imai 2011/ SHINCHOSHA PUBLISHING CO.

En ce qui concerne l’édition, il est très difficile de trouver quelque chose à critiquer chez Casterman… C’est pas comme si on avait pas cherché mais le format seinen de l’éditeur est juste excellent à tous les niveaux.
Le papier est épais comme il faut et c’est dire si c’était nécessaire tant IMAI s’amuse avec le noir. Avec quelque chose de trop fin, la transparence aurait été insupportable sur les beaux noirs d’impression caractéristiques de l’éditeur.
Qui dit papier pas trop souple dit ouvrage pas trop souple. Rigide, d’une largueur qui tient en main, encore une fois, il faut vraiment être de mauvaise foi pour ne pas se rendre compte que l’objet en lui-même ne pourra que rendre votre lecture plus agréable.
Bien évidemment, la traduction, élément clé pour l’éditeur, ne vient pas assombrir le tableau, loin de là. Les dialogues sont d’une fluidité exemplaire et s’enchaînent avec un naturel que l’on ne retrouve que trop rarement dans les productions actuelles.

Sangsues est un titre qui pose le problème de l’existence dans le sens moderne du terme. Comment ne pas être perdu dans ce monde où l’information est reine et où la popularité et la conformité règnent ? Daisuke IMAI vient décrire des personnages qui cherchent justement à en sortir mais qui, au final, vont se rendre compte que suivre le mouvement général apporte un certain bien-être.
Plus qu’un dogme, il s’agit d’un choix de vie et d’une donnée variable ou du moins que l’être humain doit rendre variable. S’il y a une chose à retenir du propos de Sangsues, c’est que la conformité doit toujours être questionnée, remise en question pour ne pas devenir un frein à l’évolution et au développement personnel.

Casterman est un éditeur qui est toujours au top quand il s’agit de trouver des curiosités. Avec Sangsues, il amène un titre dont la base du scénario a de quoi intriguer. Elle vient titiller cette petite part de voyeurisme qui se trouve en chacun d’entre nous. Qui n’a pas rêvé de voir un jour l’intérieur de certaines maisons qui respiraient la richesse de l’extérieur ? Qui n’a jamais voulu rentrer chez une star et observer son quotidien ? Pour les sangsues, c’est le récit d'une journée comme une autre.    © Daisuke Imai 2011/ SHINCHOSHA PUBLISHING CO. On vous l'avait…

Vivons heureux, vivons cachés.

Graphisme - 70%
Histoire - 72%
Mise en scène - 83%
Originalité - 75%
Edition - 85%
Dans son genre - 80%

78%

Entrez !

Daisuke IMAI s’amuse avec son lecteur en faisant avancer son histoire. Il brouille les pistes et s’amuse à changer de direction ou du moins à faire croire qu’il change dans les premiers tomes avant d’exposer clairement le but de son histoire : la réhabilitation de Kara. En résulte Sangsues, un titre riche en émotions et dont le graphisme est parfaitement en adéquation avec le propos ; une belle surprise signée Casterman.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

Laisser un commentaire

banner