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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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Prophecy The Copycat -Tome 1

Prophecy The Copycat – Tome 1

Prophecy The Copycat – Tome 1 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Yokokuhan: The Copycat
Dessin : Fumio OBATA
Scénario : Tetsuya Tsutsui
Traduction : Anne-Sophie THEVENON
Prix : 7.9 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 08/09/2016

Takeru, Sota et Kyoko sont trois amis d’enfance qui partagent un rêve commun : celui de quitter au plus vite leur quartier mal famé. Pour eux, violence, alcoolisme et prostitution font partie du quotidien. Les discours de Paperboy, le justicier au visage couvert d’un journal qui promet de se battre pour rendre leur fierté aux plus faibles, ne les laissent pas indifférents.

Après l’agression de Kyoko par une bande de voyous du lycée, Takeru et Sota décident de suivre le modèle de l’internaute anonyme. “Œil pour œil, dent pour dent” devient leur nouveau credo, et la mort leur unique sentence…

spoilers

Il y a presque trois ans maintenant, se terminait Prophecy, la dernière série de Tetsuya TSUTSUI, créée en collaboration étroite avec les éditions Ki-oon. Ce mois-ci, pour ceux qui n’avaient pas pu se procurer l’édition spéciale Japan Expo, sort le spin-off de cette série, nommée Prophecy – The Copycat.
Même s’il reste le scénariste original, ce n’est pas Tetsuya TSUTSUI qui en est l’unique auteur : le dessin est de Fumio OBATA, et le récit est co-scénarisé par Hitomi HOUJO. On peut donc se demander ce que vaut ce titre, réalisé à six mains. 

Prophecy - The Copycat - Tome 1 (Planche 6)
YOKOKUHAN -THE COPYCAT- © 2014 by Tetsuya Tsutsui, Fumio Obata, Hitomi Houjo / SHUEISHA Inc.

Avant de poursuivre, je tiens à rappeler un fait tout de même important : il s’agit d’un spin-off, donc cela sous-entend qu’il y a une œuvre originale, a priori. Or, que cela soit inconscient ou non, beaucoup d’entre nous feront forcément un parallèle entre Prophecy et Prophecy – The Copycat.
De ce fait, je prends de suite le parti d’affirmer que je traiterai cette série au regard de ma lecture de l’œuvre d’origine, d’autant que le tome 1 se passe en même temps que les actions du premier Paperboy.

La première chose qui frappe, dès la première page de la série, c’est son détachement flagrant avec ce qu’a pu faire TSUTSUI dans la série de base. Que cela soit dans le dessin ou la mise en scène, on voit clairement que ce n’est pas certainement pas lui qui est aux commandes.
En effet, l’oeuvre débute sur le second crime perpétré par Paperboy (le premier étant un incendie, je le rappelle), sauf que là où TSUTSUI avait fait le choix de stopper la représentation graphique et d’en atténuer l’aspect violent, OBATA prend le parti de la montrer dans toute son horreur (sentiment renforcé par la mise en scène, jouant sur les proportions corporelles et les jeux de lumière).

Cela n’est pas uniquement valable dans le chapitre 1. Tout le tome fonctionne ainsi : la violence est détaillée et mise sous le regard du lecteur. On passe d’une série avec une violence psychologique à une autre avec une violence beaucoup plus physique. Cela donne un aspect beaucoup plus malsain au récit et au cadre.
C’est évidemment justifié par la vie des trois personnages principaux : deux lycéens nommés Takeru (travaillant dans une boîte gay) et Sota (qui travaille dans un konbini et dont le salaire finit par être volé par son père), et Kyoko (qui est obligée de faire l’escort girl) qui sera victime d’une agression, élément-déclencheur des actions des imitateurs. Face à la cruauté de leur quotidien, les auteurs montrent tout aussi cruellement la réalité des crimes de Paperboy.

Prophecy - The Copycat - Tome 1 (Planche 5)
YOKOKUHAN -THE COPYCAT- © 2014 by Tetsuya Tsutsui, Fumio Obata, Hitomi Houjo / SHUEISHA Inc.

Est-ce forcément une mauvaise chose d’avoir fait cela ? Difficile de répondre, puisque le développement reste logique vis-à-vis du contexte, mais que cela rompt avec l’esthétique de TSUTSUI. En fait, si on devait faire une image, TSUTSUI montrait le début et la fin des crimes, et OBATA illustre le milieu.
Je pense que la série aurait gagné en qualité si les crimes de Paperboy n’avaient justement pas été montré aussi crûment. En restant dans une représentation moins explicite pour rappeler les actes du criminel original, OBATA aurait pu focaliser et accentuer davantage la violence de ceux des imitateurs, d’autant plus qu’ils ont un objectif complètement différent de celui de leur modèle.

Néanmoins, quand on réfléchit, ce qu’il montre n’est pas faux : ce que fait Paperboy est d’une violence inouïe, et n’est pas si différent de ce que feront les trois adolescents. C’est la raison pour laquelle je demeure partagé, surtout que le dessin, rappelant celui d’un ARAKI (Jojo’s Bizarre Adventure) ou d’un HANAZAWA (Ressentiment), colle très bien avec le propos. Il n’est pas forcément très beau (selon mes goûts, bien sûr), mais on ne peut pas dire qu’il est dépourvu de charme, de force et d’expressivité.

Concernant le récit, il y a tout de même certains aspects qui, personnellement, m’ont semblé maladroits. Si on passe sur certains dialogues qui sont assez puérils, c’est surtout l’ancrage dans la temporalité qui me dérange. Hormis la fin du tome, tout le reste se passe en même temps que les crimes du Paperboy original. Cependant, à certaines reprises, il y a des choses qui ne collent pas.
Rappelons-le, la police est sur le qui-vive, elle recherche ardemment le cybercriminel. Il y a déjà des imitateurs mentionnés dans la série de base… Sauf que nos copycats ici présents n’en font pas partie, alors qu’ils ont tout de même gagné une popularité assez forte du fait d’avoir vengé la réputation d’une idol ! Ce n’est pas crédible : ils auraient forcément fait l’objet d’une recherche, surtout que leurs crimes sont tout de même notables, vu que Paperboy n’a pas encore attaqué l’ONG quand ils sont sur le cas « Idol« .

YOKOKUHAN -THE COPYCAT- © 2014 by Tetsuya Tsutsui, Fumio Obata, Hitomi Houjo / SHUEISHA Inc.
YOKOKUHAN -THE COPYCAT- © 2014 by Tetsuya Tsutsui, Fumio Obata, Hitomi Houjo / SHUEISHA Inc.

Ils ne sortent de l’ombre qu’à la fin, après l’arrestation de l’original, en se présentant comme des imitateurs. Là encore, quelque chose ne colle pas, car ce n’est qu’en fin de tome que le policier chargé de l’enquête (très caricatural d’ailleurs, mais bref) énonce la possibilité que le crime soit le fait d’une copie, alors que de nombreux aspects le laissent penser depuis bien longtemps.
Je ne prendrai qu’un seul exemple pour justifier ce que j’avance : la manière d’annoncer les crimes qui vont être commis. Paperboy passe par les réseaux sociaux, en se filmant. Les copycats, eux, font des tags, ce que l’original n’a fait à aucun moment. Rien que cela aurait dû frapper les enquêteurs, sans parler du fait qu’ils demandent de l’argent contrairement au vrai Paperboy.

J’en viens donc à la conclusion suivante : le spin-off est plein de bonnes volontés et semble chercher à créer un climat plus pesant et malsain que dans la série originale, mais il fait des erreurs qui viennent entacher la qualité de la série. Le cœur de l’oeuvre d’origine n’est pas vraiment présent ici : on a davantage l’impression d’avoir affaire au Punisher qu’à Batman (ce qu’était plus Paperboy, en comparaison).
La série n’est pas mauvaise en soi. Elle a des défauts, mais c’est vraiment son statut de spin-off qui lui porte préjudice, et qui fait qu’on s’y attarde plus qu’on ne l’aurait fait avec une série au scénario original (au sens de « qui ne se base pas sur une autre œuvre »).

Je terminerai sur l’édition qu’offre Ki-oon. Comme à l’accoutumée, il y a peu de chose à en dire, puisqu’elle est de très bonne facture. La jaquette fait un lien avec celle du tome 1 de Prophecy, en donnant l’impression que l’image est vue à travers un écran d’ordinateur et au niveau du papier, c’est tout simplement le même !
En revanche, l’édition collector avec le DVD du film Prophecy est beaucoup moins attrayante que ce qu’elle semblait être. Contrairement à celle de Secret (avec le DVD du film Judge) où l’on avait le DVD dans une boîte classique et le tome qu’on pouvait ranger dans la bibliothèque, ici on a une grosse boîte cartonnée avec un support pour le DVD et un creux pour y mettre le manga. Pour le rangement, c’est beaucoup moins pratique, car on est obligé de garder cette grosse boîte qui fait vide une fois le tome absent.

Le disciple dépassant le maître ?

Graphisme - 69%
Histoire - 58%
Mise en scène - 64%
Originalité - 54%
Edition - 70%
Dans son genre - 61%

63%

Imitateur

Prophecy - The Copycat est une bonne série en elle-même, mais certains pourraient quand même regretter la rupture de ton si importante avec la série de base. Là où TSUTSUI jouait avec l'imagination du lecteur, ici tout est cruellement dépeint. Néanmoins, ce premier tome semble servir à introduire les copycats. On peut donc s'attendre à de nouvelles choses très intéressantes.




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres
Professeur otak' qui adore fouiller en profondeur l'essence des mangas, afin d'en dégager le bon et le moins bon.

6 commentaires

  1. merci pour la chronique.
    Pour ma part, j’ai bien aimé ce tome 1 même si comme vous le dîtes, y a quelques maladresses et que l’histoire est un peu prévisible sur ce tome 1.

    Contrairement à Prophecy, où le héros principal était quelqu’un de réfléchi et qui avait une vraie raison ( presque noble si on se place de son point de vue) pour endosser le rôle de Paperboy avec ses 3 autres acolytes, là on est face des lycéens désœuvrés, qui n’ont pas de raisons pour justifier leurs actes si ce n’est leur désespoir et leur mal être, du coup le coté visuel plus violent, c’est pas un mauvais choix je trouve et ça colle bien avec l’ambiance et à l’atmosphère que dégage cette ville, à l’air étouffant et qui semble pourrie jusqu’à la moelle, qu’arrive à créer OBATA à travers ses dessins (j’aime bien son style pour le coup, et j’aimerais beaucoup tester Shimauma son titre majeur où il est scénariste et dessinateur).

    Franchement j’ai été agréablement surpris par ce spin-off malgré ses défauts.

    • L'Otak' des Lettres

      Merci pour le commentaire.

      J’ai eu un peu plus de mal personnellement, mais soyons clair (je précise juste pour les futurs lecteurs hein) : le spin-off n’est pas mauvais. Je trouve juste qu’il y a certains défauts qui nuisent grandement à sa qualité, mais sans doute que cela sera comblé au tome suivant, puisque le récit se passera après celui de l’oeuvre originale.

  2. Excellente critique !

    J’ai l’habitude d’en lire juste histoire d’en savoir un peu plus avant de choisir si j’achète certains titres ou pas mais elles influent rarement sur ma décision en général.
    Là elle contient sans me spoiler exactement ce dont moi j’ai besoin pour savoir si ça va me convenir ou non.

    Merci

    Ps : c’est non évidemment et c’est une bonne chose pour la place et mon portefeuille en plus ^^

  3. Bonne critique, j’ai pas encore lu le manga, je vais surement relire l’original avant vu mon amour pour Tsutsui et je me demandais si tu allais faire une critique du film live ?

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