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Poison City Tome 2

Poison City – Tomes 1~2 (Latitudes)

Poison City – Tomes 1~2 (Latitudes) Éditeur : Ki-oon
Titre original : Poison City
Dessin : Tetsuya TSUTSUI
Scénario : Tetsuya TSUTSUI
Traduction : David LE QUERE
Prix : 30 €
Nombre de pages : 432
Date de parution : 10/12/2015

Tokyo, 2019. A moins d’un an de l’ouverture des Jeux Olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette afin de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat sur tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeux vidéos, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné. C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra-réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone…

La dernière œuvre de Tetsuya TSUTSUI, créée en collaboration avec les éditions Ki-oon, n’aurait pu être publiée à un moment plus adéquat. Ayant subi la censure dans une préfecture du Japon, TSUTSUI a mis en scène (dans une version romancée), ce qu’il a subi, et cette expérience nous arrive entre les mains avec plus de force encore, après les deux attentats contre les libertés subis par Paris cette année. 

Ki-oon a fait l’excellent choix de publier Poison City sous deux formats, afin de toucher le maximum de personnes. Le format « Latitudes » permet d’accentuer la force du message et de mettre en valeur les dessins de TSUTSUI (auxquels on pourrait reprocher de manquer parfois d’arrière-plans même si je trouve que cela ne nuit nullement à la qualité globale).

On a une couverture rigide, douce au toucher, jouant sur les contrastes entre l’orange en fond et les personnages colorisés afin de créer un sentiment de relief. À l’intérieur, outre une pagination pertinente, on a affaire à un papier un peu rigide, mais permettant de bien valoriser chaque planche, sans que celle au verso ne soit visible. Difficile d’imaginer une meilleure mise en valeur pour le dernier titre en date de l’auteur.

Concernant Poison City, on est d’abord plongé dans le manga que veut faire Hibino, le personnage principal de l’œuvre de TSUTSUI. On peut supposer deux intentions de la part de TSUTSUI : soit il invite le lecteur à juger directement les planches qui, plus tard, sont celles qui poseront un problème ; soit il veut faire comprendre, dès les premières pages que les deux intrigues s’entrecroisent dans une analogie métaphorique, où les deux héros vont vivre un cauchemar apocalyptique. La seconde hypothèse semble être privilégiée, puisqu’à la fin du premier chapitre, Hibino pense qu’il a dû s’aveugler pour ne pas voir les changements drastiques qui ont eu lieu autour de lui, tout comme son héros.

Alors qu’Hibino présente son travail à son éditeur (qui aime beaucoup ce qu’il voit), ce dernier lui fait une remarque qui instaure déjà le climat de tension : il lui demande de dire que les actes de cannibalisme sont faits par des zombies plutôt que par des humains. L’auteur est un peu sous le choc en entendant cela, d’autant plus qu’il avait déjà volontairement songé à réduire l’aspect choquant de son manga en ne représentant pas les scènes les plus gores. Cependant (à la surprise du lecteur), il accepte.

La fin du chapitre 1, servant à poser les enjeux du récit, montre à quel point la censure devient grotesque et est déjà excessive. Hibino va y être brutalement confronté lorsqu’une statue représentant un enfant qui urine sera détruite sous prétexte qu’elle va à l’encontre de la loi contre la pornographie infantile. Non seulement cela montre à quel point la censure va loin, mais cette scène montre aussi que les censeurs ne font nullement la part des choses.

TSUTSUI ne semble que sous-entendre son opinion à travers l’étroite relation établie entre la vie d’Hibino et le récit de Dark Walker. Tout comme son héros, le mangaka imaginaire débarque dans un monde en plein changement, la vague de zombies devient la vague de censure : tous deux sont confrontés à une apocalypse, où les sentiments humains disparaissent peu à peu. Ce rapprochement entre les deux récits n’est d’ailleurs pas le seul : la couverture du tome 1 de Poison City, en collection « Latitudes », est la même que celle du tome 1 de Dark Walker, qu’on voit dans le chapitre 4.

Néanmoins, il semble improbable que TSUTSUI ait été complètement neutre dans son traitement du sujet, ne serait-ce qu’à cause de la manière dont il illustre les « œuvres déconseillées » (non recommandées aux moins de 15 ans) et les « œuvres nocives » (interdites aux moins de 18 ans et non-exposées en rayon). En effet, les œuvres « déconseillées » sont représentées par Prophecy, et les œuvres « nocives » par Manhole. Sans le dire, TSUTSUI nous raconte son vécu, son expérience, son ressenti.

Concernant le comité de censure, les contrastes entre ombre et lumière, ainsi que les plans en contre-plongée rendent sinistres et antipathiques beaucoup des membres de la commission, empêchant donc d’adhérer à leurs propos extrémistes. D’ailleurs, le côté dictatorial du ministre Furudera, dont on apprend dans un chapitre préquel les raisons de son aversion pour les manga (raisons qui le rendent encore plus détestable) ressort davantage face à l’objectivité du dramaturge Toda, présent pendant un temps dans cette commission.

Même s’il reçoit la visite d’un éditeur américain qui veut publier son manga aux Etats-Unis (entre la sortie des deux tomes), la publication au Japon reste toujours nécessaire pour Hibino, ne serait-ce que pour pouvoir vivre. Malheureusement, pour parvenir à ne pas être signalé à la censure, l’auteur devrait modifier l’agencement des cases de son manga, afin d’avoir le moins de pages « nocives ». Face à cela, Hibino ne peut qu’hurler sa frustration, puissamment mise en scène par un dessin sur une page toute entière.

Sans dévoiler la fin, on peut vous dire u’elle comporte un fort message de résistance. Même si cette chronique est assez courte, elle n’a pour but que de vous parler de la série. Les questions abordées par l’auteur, riches et intéressantes, seront développées dans un dossier à paraître dans quelques semaines. Le rendez-vous est pris !

Poison City Tome 1 Poison City Tome 2

La dernière œuvre de Tetsuya TSUTSUI, créée en collaboration avec les éditions Ki-oon, n'aurait pu être publiée à un moment plus adéquat. Ayant subi la censure dans une préfecture du Japon, TSUTSUI a mis en scène (dans une version romancée), ce qu'il a subi, et cette expérience nous arrive entre les mains avec plus de force encore, après les deux attentats contre les libertés subis par Paris cette année.  Ki-oon a fait l'excellent choix de publier Poison City sous deux formats, afin de toucher le maximum de personnes. Le format "Latitudes" permet d'accentuer la force du message et de mettre…

"Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur"

Graphisme - 70%
Histoire - 80%
Mise en scène - 74%
Originalité - 75%
Edition - 90%
Dans son genre - 77%

78%

Express-ion

Cette série tombe à un moment où, plus que jamais, il est bon de rappeler ce qu'impliquent la censure et la liberté d'expression. En se basant sur son expérience, TSUTSUI a su transmettre un message puissant, à travers une narration et un dessin maîtrisés. Tout ceci en fait son meilleur titre à ce jour.

A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres
Professeur otak' qui adore fouiller en profondeur l'essence des mangas, afin d'en dégager le bon et le moins bon.

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