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Pline – Tomes 1 & 2

Pline – Tomes 1 & 2 Éditeur : Casterman
Titre original : PLINIVS
Dessin : Mari YAMAZAKI & Tori MIKI
Scénario : Mari YAMAZAKI & Tori MIKI
Traduction : Ryôko SEKIGUCHI & Wladimir LABAERE
Prix : 8.45 €
Nombre de pages : 200
Date de parution : 18/01/2017

Pline était un naturaliste de la Rome antique dont la vie entière fut guidée par une imagination sans limite et un amour inconditionnel de la recherche. Son Histoire naturelle est une encyclopédie monumentale née d’une inextinguible soif de connaissance appliquée à l’ensemble des phénomènes se produisant sur notre planète. Aujourd’hui, nous ne disposons que de très peu de sources nous permettant de nous faire une idée de l’homme qu’était Pline, aussi devons-nous nous en remettre à notre imagination. Un exercice qui, personnellement, me donne la chaire de poule ! Comme j’aimerais que nous puissions remonter dans le temps, mon complice de choc et moi-même, afin de vivre en immersion dans le monde de celui que je considère aujourd’hui comme un mentor ! Mari YAMAZAKI

Après Thermae Romae, série folle comme on les aime, et PIL, les éditions Casterman décident de refaire confiance à Mari YAMAZAKI avec l’une de ses dernières séries en date, Pline, une oeuvre qu’elle co-écrit et co-dessine avec Tori MIKI et qui paraît à raison d’un tome tous les six mois (environ) depuis 2014 chez Shinchôsha.

Mari YAMAZAKI n’est pas seule… à aimer l’Italie d’antan ! Tori MIKI… l’adore aussi ! Les deux auteurs combinent ainsi habilement leurs talents pour nous faire découvrir l’histoire de Pline, amoureux de la nature qui a compilé toutes ses trouvailles et observations dans un ouvrage colossal, l’Histoire Naturelle.
À l’époque où la botte ne portait pas encore ce nom, les romains dominaient le « monde » (ce qui en était « connu » en tout cas) et de nombreux scientifiques commencèrent à faire leur apparition, que ce soit dans les moments de conflits intenses ou bien dans les périodes de paix relatives. Le héros de ce manga en fait partie. Même s’il ne dispose pas des outils disponibles aujourd’hui, Pline possède un bon sens de l’observation et une excellente faculté d’analyse.

C’est un personnage apprécié et que son entourage porte en haute estime. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’admiration que son premier scribe lui porte mais aussi le vocabulaire employé par ceux qui ne le connaissent pas pour le qualifier. C’est un homme qui, même s’il n’a pas froid aux yeux (sa réaction lors de l’éruption du volcan est d’une témérité presque puérile), sait reconnaître les situations perdues et n’hésite pas à s’avouer vaincu quand l’issue ne fait plus aucun doute (c’est pour ça qu’il finit par se diriger vers la résidence de l’empereur).

Cependant, Pline n’est pas une biographie. Les auteurs n’hésitent pas à s’intéresser aux personnages secondaires et n’auront aucun mal à déplacer le point de vue sur l’empereur ou même sur Euclés, le jeune homme qui accompagne le savant dans son voyage et qui lui d’homme à tout faire. On aura donc des chapitres où le protagoniste n’apparaît quasiment pas et… ça ne gênera personne ! Les scènes « coulent » presque et les changements semblent presque naturels sous les plumes de YAMAZAKI et de MIKI.

Les deux mangaka nous proposent un découpage très carré avec des cases souvent assez grandes et de nombreuses planches à case unique qui nous permettent d’apprécier une vue qu’ils jugent mémorable dans toute sa splendeur. Chipotons un peu : il ne manque qu’un grand format pour vraiment en profiter de manière optimale. Cette construction des planches n’est pas sans rappeler la BD franco-belge et ses pages aux cases toujours très rectangulaires et sans grosse pris de risque.

Dans le cas de Pline, ça ne s’applique pas forcément (du moins, pas à 100%). Même si la volonté d’avoir une base visuelle claire et bien délimitée est là, la construction permet aux auteurs de poser un rythme assez lent et de faire basculer le lecteur en mode « contemplatif » puisqu’il devient immédiatement spectateur d’une histoire qui se déroule, à vitesse « humaine », sous ses yeux.

Le titre ne se lit pas en trente minutes, ce n’est pas un volume d’Ad Astra qui contient souvent quelques batailles pour accélérer un peu le rythme. Il y a un volume non négligeable de texte, nécessaire pour les explications historiques et la mise en contexte dont il serait dommage de se passer. Les auteurs ont d’ailleurs une petite rubrique « discussion » de quelques pages en fin de volume où ils dévoileront quelques secrets de fabrication et donneront quelques précisions sur la période et les personnages.

Le dessin de la série n’est pas assuré par Mari YAMAZAKI dans son intégralité. Le titre est une collaboration de plus en plus complète au fil des chapitres si on en croit les petites discussions des auteurs en fin de tome. Il n’y a pas de limite sur « qui dessine quoi » mais ça ne se remarque pas forcément pour autant !

D’un point de vue graphique, ceux qui avaient lu Thermae Romae ne devraient pas être déçu puisqu’on retrouve le trait atypique (un peu rondouillard) de l’auteure. Son style a, bien entendu, gagné encore en finesse et on imagine que Tori MIKI a du travailler pour s’y adapter. On retrouve ainsi ce style assez éloigné du dessin traditionnel japonais qui se rapproche plus de ce qu’on trouve dans la BD franco-belge, surtout au niveau des personnages.

Leur aspect réaliste vient renforcer l’authenticité des décors (qui sont principalement l’oeuvre de Tori MIKI dans leur conception) tout simplement superbes.
Vous pourrez en voir quelques exemples dans cet article avec un entrepôt à rouleaux et la réserve d’un médecin par exemple. On sent qu’il y a eu un joli travail de recherche mais aussi un peu d’imagination pour reconstituer habilement des endroits qui n’existent plus ou qui ont foncièrement changé, dans leur aspect comme dans leur fonction (les médecins ne gardent plus de plantes médicinales et d’excréments d’animaux depuis longtemps !)

Casterman nous a habitué à une qualité d’édition constante et particulièrement élevée. Ils ne font pas faillir leur réputation ici avec un bon boulot à tous les niveaux même s’il y a deux choses qui frapperont immédiatement le lecteur.
En premier, on remarque la couverture « peau de pêche » au premier contact, texture qui fera un peu penser à du parchemin et donc à quelque chose de plus vieux qu’il ne l’est. Ensuite, l’intérieur est assez étonnant puisque l’éditeur a choisi un papier plus fin que d’habitude mais aussi plus léger, ce qui rend l’ouvrage beaucoup plus souple qu’un tome de Thermae Romae par exemple (on reste loin de Glénat ou des derniers titres de chez Kana, rassurez-vous).

Alors qu’on découvre des bulles au vocabulaire riche et spécifique, on imagine que le travail de traduction n’a pas été une mince mais le texte est fluide, efficace et ne demandera pas vraiment de relecture pour être parfaitement compris grâce à une syntaxe bien gérée par les deux traducteurs qui ont restructuré quand il y en avait besoin.

Histoire d'un Rom ?

Graphisme - 73%
Histoire - 75%
Mise en scène - 70%
Originalité - 78%
Edition - 85%
Dans son genre - 83%

77%

Leçon

Pline fait partie de ces mangas historiques qu'il faut prendre le temps de lire. YAMAZAKI et MIKI nous proposent un travail abouti et très intéressant dans sa gestion des personnages. Si vous avez envie d'une petite plongée dans le coeur de la Rome antique, Pline vous conviendra sans aucun doute.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

2 commentaires

  1. Alors là Ours, chapeau ! Non seulement c’est une excellente critique et par rapport à ce qu’on peut entendre, tu as vraiment bien parlé du dessin, découpage, etc… Un peu plus que d’habitude je dirais et c’est pas plus mal !

  2. bonjour,

    J’ai beaucoup aimé Thermae Romae et le regard décalé qu’une mangaka japonaise peut porter sur la Rome Ancienne. Votre excellente critique m’a donné envie de lire cette nouvelle série.
    Une petite remarque cependant : à l’époque de Pline, contrairement à ce que vous écrivez, l’Italie s’appelait déjà l’Italie (Italia en latin et ses habitants Italici) mais ce n’était pas encore une « nation » moderne bien sûr, rien qu’une désignation géographique.

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