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Platinum End - Tome 1

Platinum End – Tome 1

Platinum End – Tome 1 Éditeur : Kazé Manga
Titre original : Platinum End
Dessin : Takeshi OBATA
Scénario : Tsugumi OHBA
Traduction : Thibaud DESBIEF
Prix : 6.99 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 25/05/2016

Mirai, un jeune homme qui a perdu tout espoir en la vie, est sauvé par un ange alors qu’il tente de se suicider. Mais cette rencontre fatidique pourrait bien le plonger dans un désespoir plus profond encore…
Takeshi OBATA et Tsugumi OHBA nous livrent un thriller sombre mettant en scène anges et humains autour d’un thème qui leur est cher : la frontière délicate entre le Bien et le Mal.

En seulement deux séries (Death Note et Bakuman, publiés chez Kana), le duo OHBA-OBATA a su s’inscrire dans le panthéon des mangaka les plus appréciés. Ce n’est donc pas sans raison que leur dernière série, Platinum End, publiée cette fois-ci chez Kaze, a suscité l’intérêt de tous, et a eu la chance d’être rapidement proposée en parution numérique simultanée avec le Japon.

Cette fois-ci, exit les shinigami et le monde de l’édition, et bonjour aux anges ! Alors, que vaut cette nouvelle série, que les lecteurs ont pu découvrir en numérique depuis le mois de février ?

Logo Platinum End

On va tout de suite parler du plus évident : graphiquement, c’est sublime. OBATA n’a rien perdu de son trait, c’est vraiment un pur plaisir de voir des dessins d’une aussi grande qualité. Les détails foisonnent et les arrières-plans sont magnifiques. Ajoutez des contrastes entre ombre et lumière parfaitement maîtrisés, qui permettent d’insister sur le trouble ou la peur des personnages, ou encore à faire ressortir un élément, comme le prouve la première illustration du tome.
Bien sûr, le trait n’est parfois pas exempt de défaut. On peut prendre pour exemple la scène, dans le chapitre 3, où un malfrat tire une rafale de balles, mais qui ressemble plus à un coup de lance-flammes. Cependant, c’est très rare pour vraiment porter préjudice à l’œuvre.

Concernant la mise en scène, on a de très bonnes choses comme d’autres moins bonnes. Le début du tome commence de façon très intéressante à ce niveau : Mirai, le héros du récit, est très facilement identifiable comme un personnage tragique et isolé des autres, dominé par son environnement.
Par exemple, la vue en contre-plongée quand il arrive à son immeuble, montre bien qu’il est écrasé par celui-ci. Le trait assez sombre ajoute à l’atmosphère intense et pesante du chapitre 1.

Platinum End - Tome 1 (Image 2)Platinum End - Tome 1 (Image 1)
PLATINUM END © 2015 by Tsugumi Ohba, Takeshi Obata / SHUEISHA Inc.

De plus, le fait que le récit commence in medias res avec des prolepses narrant la vie de Mirai permet de rentrer rapidement dans l’action, et d’apprendre progressivement les tenants et aboutissants de ce qui se joue.
La mise en place du récit, la présentation du personnage principal et des artefacts angéliques sont rapides, mais sans être incomplets. On comprend juste ce qu’il faut, tout en sachant qu’il y a de fortes chances pour qu’on en apprenne davantage au fur et à mesure que l’histoire progressera.
J’ajoute que la mise en scène montrant toute la perversion du second personnage à avoir un ange est excellente : le caractère malsain se ressent parfaitement et on ne peut qu’éprouver de l’antipathie envers ce candidat à la divinité.

En revanche, la mise en scène de la fin du chapitre 1 est assez maladroite. À la fin de celui-ci, on voit de nouveau un flashback, cette fois axé sur Dieu et la mission qu’il confie aux anges. Ce passage est important car il permet de voir que tous les anges sont différents et n’ont pas forcément les mêmes ambitions.
Néanmoins, dans la mise en scène, il est dissonant : on a l’impression que les auteurs ont voulu le caler à tout prix avant le chapitre 2, avec la subtilité d’un cyclone traversant les Philippines. D’après moi, il aurait eu plus de sens et aurait été plus légitime dans le chapitre 2, quand Nasse (l’ange gardien de Mirai) lui explique en quoi consiste sa mission et ce qui attend Mirai dans le futur.

« Qu’en est-il du récit ? » me direz-vous… C’est sans doute le point faible majeur de Platinum End. Soyons bien d’accord : il n’est pas mauvais, loin de là. Cependant, on a connu mieux, ne serait-ce qu’avec les deux séries précédentes du duo nippon.
Durant ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement avec Mirai Nikki, au niveau des humains désignés pour succéder à un dieu et qui n’ont d’autre choix que de se battre. D’ailleurs, j’avoue que le fait que le héros s’appelle « Mirai » ne doit pas être étranger à ce sentiment.
On peut également trouver quelques similitudes avec Death Note, comme par exemple la présence d’un personnage qui se présente comme un justicier mais qui en fait est plutôt un psychopathe, ou tout simplement par l’image d’un jeune garçon qui obtient des pouvoirs grâce à l’intervention d’un être surnaturel.

Ensuite, les anges m’ont un peu dérangé, surtout Nasse (qui, personnellement, m’a autant exaspéré que Navi dans Ocarina of Time) vu que c’est celui qu’on voit le plus. Je ne parle pas, bien sûr, de leur présence : j’ai bien accepté un dieu de la mort qui se goinfre de pommes, alors un ange !
Ce qui m’embête, c’est qu’ils n’ont pas un caractère très angélique. Nasse donne des conseils assez « maladroits » à Mirai ; utiliser ses pouvoirs pour voler des choses par exemple ! On a plutôt l’impression d’avoir affaire à des anges déchus, qui tentent de corrompre et de tenter les hommes. Cependant, comme Mirai lui-même va souligner ce point, on peut y voir une volonté des auteurs de rompre, justement, avec l’image qu’on se fait de la caste angélique.
C’est intéressant et étrange à la fois qu’apparemment, les démons ne soient pas considérés comme existants ici, alors qu’on a des anges…

PLATINUM END © 2015 by Tsugumi Ohba, Takeshi Obata / SHUEISHA Inc. Platinum End - Tome 1 (Image 3)
PLATINUM END © 2015 by Tsugumi Ohba, Takeshi Obata / SHUEISHA Inc.

Mis à part ces soucis, le récit propose tout de même des points intéressants. Mirai est vite attachant, puisqu’on compatit en découvrant l’horreur de sa jeunesse, qui ressemble à celle d’une Cendrillon des temps modernes, en plus cruelle encore.
Ce qui est original, c’est qu’il ne rêve pas de se venger des malheurs qui lui sont arrivés dans le passé. Au contraire, il souhaite réussir à vivre une vie simple et heureuse, en utilisant avec parcimonie les pouvoirs qu’il a reçus, même si un destin assez tragique s’oppose à cela.

OHBA reste dans un récit assez sombre, où l’humain est dépeint comme le vrai porteur du vice, et où le monde est cruel. On n’est pas dans un monde idyllique, même si ce n’est pas non plus l’Enfer sur Terre. En cela, le duo reste dans une formule qui a su faire leur succès, donc on peu avoir bon espoir que cela s’améliore dans les prochains tomes.
Cet espoir peut être placé dans l’antagoniste, présenté au chapitre 2, qui est le parfait contraire de Mirai : il est cynique, ambitieux, orgueilleux, il n’hésite pas à tuer et semble même y prendre du plaisir. Même dans son apparence, il est le reflet inversé de notre malheureux héros.
Ainsi, on attend quand même de voir comment la lutte va évoluer puisque le tome se termine sur un cliffhanger efficace (bien que prévisible) où Mirai est face à l’un d’entre eux.

Pour finir, attardons-nous sur l’édition que nous offre Kaze, après un point sur la version numérique (dont on vous avait déjà parlé). Le seul vrai défaut que j’ai pu constater (qui n’est pas la faute de l’éditeur, je pense) est que les doubles pages ou les dessins qui débordent sur une autre ne sont pas présents.

En effet, au moins pour les Kindles, on lit page par page, donc on voit en deux morceaux ce qu’on voit en un seul dans un volume relié. C’est pourquoi je trouve qu’il vaut mieux prendre la version papier, au moins pour rendre justice au dessin d’OBATA. Cependant, si vous voulez vraiment connaître la suite du manga et être au même point que nos amis nippons, alors bien sûr, n’hésitez pas à investir 0,99€ mensuellement.

Quant à la version papier, je ne peux que saluer le travail sur la jaquette de celle-ci, qui est très proche visuellement de la version japonaise, avec la présence de motifs brillants à la lumière. Le dessin ressort très bien, et le logo est très bien placé, ce qui permet de ne pas empiéter sur celui-ci.
Par contre, c’est dommage que la quatrième de couverture soit assez vide, ce qui rompt un peu avec la première. Le papier est plutôt rugueux, mais pas trop, il n’est ni trop épais ni trop fin, c’est correct.

Ange ou Démon

Graphisme - 93%
Histoire - 66%
Mise en scène - 64%
Originalité - 63%
Edition - 70%
Dans son genre - 65%

70%

Divinité

Si on omet le magnifique trait de dessin d'OBATA, le reste du tome reste agréable à lire, mais la série ne se détache pas encore du lot. Le duo OHBA-OBATA nous a habitué à de très bonnes séries, donc ce sentiment mitigé vient peut-être des attentes amenées par leurs précédents mangas. Il ne reste qu'à voir au tome 2 si les choses décollent.




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres

Professeur otak’ qui adore fouiller en profondeur l’essence des mangas, afin d’en dégager le bon et le moins bon.

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