Publicité

Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / La Plaine du Kantô – Tomes 1~3

[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

Publicité

La Plaine du Kantô – Tomes 1~3

La Plaine du Kantô – Tomes 1~3 Éditeur : Kana
Titre original : Kanto Heiya
Dessin : Kazuo KAMIMURA
Scénario : Kazuo KAMIMURA
Traduction : Samson SYLVAIN
Prix : 18 €
Nombre de pages : 400
Date de parution : 07/01/2011

Le 15 août 1945, un avion de l’US Air Force s’écrase dans un champ de la région de Chiba. C’est ainsi que s’ouvre, le jour même de la capitulation du Japon, le grand roman d’apprentissage de Kinta, jeune garçon élevé par son grand-père écrivain après la mort de sa mère. À travers lui, sa découverte de la sexualité, des affres de la vie et de la bassesse des sentiments humains, c’est aussi le Japon de l’immédiat après-guerre qui est dépeint dans ses mutations rapides et sa confrontation directe à l’Occident. Comment ne pas voir, dans la vocation de cet enfant pour le dessin et sa fascination pour une sexualité parfois trouble, une grande oeuvre autobiographique qui retrace avec une tendresse amère une vie à inventer dans un monde bouleversé ?

C’est avec La Plaine du Kantô, l’un des titres les plus personnels de Kazuo KAMIMURA que nous terminons les chroniques de ses oeuvres parues en France. Toujours chez Kana, on retrouve un titre dans lequel le sexe a, une fois de plus, une place majeure puisqu’il est au centre de l’évolution du jeune garçon.

Le mangaka nous avait habitué à des héroïnes mais cette fois, c’est un homme ou plutôt un personnage masculin qui est au centre de l’histoire (ce qui n’empêche en rien les envolées lyriques, rassurez-vous). La Plaine du Kantô, c’est l’histoire de Kinta, un jeune garçon qui vit dans un Japon qui vient de se rendre et qui doit subir une occupation américaine qui laisse souvent des traces (thème que l’on retrouve dans Une Femme de Shôwa). Dans les trois volumes qui composent la frasque, on va suivre son parcours, son évolution et la façon dont il va prendre la vie.

Kinta n’entendra pas vraiment parler de sexe avant sa rencontre avec Ginko. Au départ, le petit garçon ne se préoccupe que de vivre et de partager de bons moments en compagnie de son grand-père (sa mère est morte suite à un bombardement). Cependant, la mystérieuse Ginko, une « fille dans un corps de garçon », va lui faire découvrir des choses qu’il ne soupçonnait pas. Elle voit en lui un confident, un ami précieux puisqu’il est le premier à qui elle révèle son secret et c’est aussi à lui qu’elle fait découvrir certains plaisirs, prémices de la vie d’adulte.

Il est intéressant de noter que l’histoire s’ouvre sur une histoire de chewing-gum. Cette nouveauté apportée par les américains permet de faire des bulles qui finissent par éclater et c’est un peu ce qui se passe lorsque Kinta découvre le sexe. Que ce soit des choses encore innocentes avec Ginko ou sa première fois un peu forcée avec une prostituée un peu bourrue, le jeune homme va changer d’attitude lorsqu’il comprendra ce qu’impliquent les relations des adultes.

En tout cas, et c’est probablement l’une des leçons à tirer de La Plaine du Kantô, le héros ne va jamais dénigrer une pratique quelconque et ne se montrera jamais fortement opposé ou dégouté lorsque d’autres feront des choses qui ne l’attirent pas forcément.
Il tire cette ouverture d’esprit de son enfance avec Ginko qui, dès le départ, avait décidé de faire quelque chose de différent des autres enfants. Le petit garçon n’ayant pas encore d’idées préconçues inculquées par la société, il n’avait eu aucun mal à l’accepter et il n’aura ainsi aucun mal à accepter toutes les autres pratiques sexuelles. Après, il vit aussi avec un peintre qui s’est spécialisé dans la représentation du bondage et qui utilise sa femme comme modèle live.

On peut presque dire que Kinta vit avec le sexe au quotidien. Ouvert, le jeune homme tombera quand même dans les pièges traditionnels de l’adolescence en se faisant ensorceler par la coqueluche du lycée.
Cette dernière entretient, soit dit en passant, une relation avec son prof principal et le meilleur élève de la classe mais elle ne peut s’empêcher de succomber au charme de « garçon blessé » du héros mis en scène par KAMIMURA. La fin de leur relation sera d’ailleurs orchestrée d’une main de maître par le dessinateur qui ne va pas hésiter à virer sur de la tragédie pure le temps d’une scène particulièrement intense.

Le jeune homme sera aussi piégée par une femme obsessionnelle qui, après l’avoir rencontré, ne jurera que par lui (alors qu’elle sortait avec l’un de ses « concurrents » auparavant). Cette dernière, un peu à la manière d’une mata hari, va le séduire et tuer petit à petit son potentiel créatif alors qu’il ne s’y attendait pas vraiment et qu’il n’avait rien demandé. C’est « l’amour qui lui est tombé dessus », un peu comme ça.
Pourtant, il va rapidement se rendre compte que c’est loin de cette fille qu’il peut développer son potentiel et peindre ses plus belles oeuvres et c’est pour ça qu’il va tout faire pour s’en éloigner. Comme quoi, l’amour (ou le plaisir charnel) n’apporte pas toujours la félicité attendue.

Cependant, l’histoire de Kinta, c’est aussi celle d’un dessinateur qui peine à trouver sa route. Une fois dans le monde des adultes, le jeune diplômé persiste dans un travail qui ne l’intéresse pas énormément. Il fait de l’alimentaire en quelque sorte et son maître semble assez perplexe quant à certaines de ses créations.

Alors que son envie est au point mort, il va stimulé par l’arrivée d’un rival. Ce dernier débarque de manière aléatoire puisqu’à sa première apparition, il se cache des autorités dans la demeure de Yanagawa Ôgumo (dans laquelle vit le héros depuis la mort de son grand-père) et c’est complètement par hasard que son talent sera découvert et qu’il deviendra son disciple.
Le dénommé Yamada (qui partage une ressemblance intrigante avec Kevin Yamagata, l’un des héros de Billy Bat) va presque voler la vedette à Kinta puisqu’il va vite trouver du travail dans une branche pourtant verrouillée où seul le talent pur permet de s’en sortir. Même « l’homme à la cape » reconnaît que le petit jeune sait y faire et va faire en sorte de le guider au mieux. Le sexe revêt aussi une importance cruciale pour Yamada puisque l’art de ce dernier évolue en fonction de ses expériences. Plus c’est fou, plus le résultat est impressionnant.

On découvre ainsi une véritable solidarité entre ces différents auteurs qui n’ont pourtant aucun lien de parenté. Ôgumo n’était qu’un ami du grand-père de Kinta, rien ne le forçait à le prendre sous son aile. C’est encore plus vrai avec Yamada avec qui il n’avait absolument aucun lien et qu’il prend pourtant comme disciple sans vraiment réfléchir, juste par amour de l’art et par envie de développer un talent qui n’attend que le bon guide pour pouvoir s’épanouir.

Graphiquement, KAMIMURA fait du KAMIMURA et on retrouve l’une de ses oeuvres qui fait probablement partie des plus abouties en ce qui concerne le dessin. C’est toujours aussi fin et on se plait à chercher les points communs dans les évolutions graphiques des personnages. Entre le Kinta môme et le Kinta adulte, il y a cependant plusieurs différences majeures même si on retrouve dans son visage, la même espièglerie du début à la fin.
Le lecteur retrouvera ainsi ces double-pages fantastiques dont seul le mangaka a le secret. Il se permet aussi quelques pages « à la TEZUKA » avec notamment cette transformation (tout en rondeur, ça a son importance) de l’immensité de la ville en Plaine du Kanto qui n’est pas sans rappeler les changements de terrains de certaines zones visitées par Astro.

Pour l’édition, Kana fait un travail assez similaire aux autres oeuvres du maître qui ont été éditées. On a le droit à un grand format et à trois tomes assez conséquents (environ 400 pages). On notera cependant le changement de couverture pour un effet peau de pêche loin d’être déplaisant.
Malheureusement (et il se pourrait que ça soit un problème sur l’ensemble d’un tirage), on remarque quelques défauts d’impressions sous forme de lignes noires à droite de certaines pages, un peu dommage pour des volumes à 18 euros pièce (même s’il doit y avoir moyen de se les faire échanger assez facilement).

C'est avec La Plaine du Kantô, l'un des titres les plus personnels de Kazuo KAMIMURA que nous terminons les chroniques de ses oeuvres parues en France. Toujours chez Kana, on retrouve un titre dans lequel le sexe a, une fois de plus, une place majeure puisqu'il est au centre de l'évolution du jeune garçon. Le mangaka nous avait habitué à des héroïnes mais cette fois, c'est un homme ou plutôt un personnage masculin qui est au centre de l'histoire (ce qui n'empêche en rien les envolées lyriques, rassurez-vous). La Plaine du Kantô, c'est l'histoire de Kinta, un jeune garçon qui vit dans un Japon qui vient…

Voyage en Terre d'inconnus

Graphisme - 88%
Histoire - 70%
Mise en scène - 90%
Originalité - 83%
Edition - 70%
Dans son genre - 89%

82%

Dénivelé

La Plaine du Kantô est un manga qui vous fera entreprendre un voyage. Il vous montrera l'évolution d'un être singulier, de l'enfance à l'âge adulte dans un Japon d'après guerre en pleine reconstruction et en pleine recherche d'une identité. Le petit Kinta grandit et se nourrit d'expériences qui ne le laissent jamais indemne.




Acheter sur Amazon

A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

Laisser un commentaire

banner