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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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Père et fils - Tome 1

Père & fils – Tome 1

Père & fils – Tome 1 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Chichikogusa
Dessin : Mi TAGAWA
Scénario : Mi TAGAWA
Traduction : Géraldine OUDIN
Prix : 7.9 €
Nombre de pages : 194
Date de parution : 10/03/2016

Torakichi, herboriste itinérant, passe la majeure partie de son temps sur les routes pour rendre visite à ses clients. Résultat, il n’a quasiment jamais vu son fils de trois ans, Shiro… À la mort de sa femme, il prend une décision qui changera sa vie : celle d’emmener le petit garçon avec lui sur les routes !

Mais si Torakichi est incollable sur les plantes médicinales, il n’y connaît rien aux enfants et est loin d’être un père modèle… Pourquoi Shiro pleure-t-il ? Pourquoi se réveille-t-il en pleine nuit ? Entre les soucis du quotidien et son travail éreintant, le jeune papa est complètement dépassé. Les aléas du voyage et les rencontres diverses l’aideront-ils à renouer le lien perdu avec son fils ?

ATTENTION : Cette chronique contient des révélations sur l’intrigue. Vous êtes prévenus !

Le catalogue de Ki-oon est l’un des plus hétérogènes du marché : alors qu’un thriller d’horreur tire sa révérence (Secret, pour ne pas le citer. Vous pouvez d’ailleurs retrouver une chronique traitant de la série complète ici), voilà qu’apparaît sur les présentoirs un nouveau seinen, d’un tout autre genre.

Enchanté par une bande-annonce, soignée comme Ki-oon sait les faire, et assez confiant au vu des autres mangas de même catégorie que l’éditeur nous offre (Bride Stories, Emma, A Silent Voice, etc), les attentes étaient grandes pour le tome 1 de Père & fils.

Je vous préviens de suite : vous ne fermerez pas ce tome (ni cette chronique, je pense), sans verser de larmes. Clairement, ce manga est beau, autant dans la forme que dans le fond. Le pathos est très présent, mais sans entacher le récit, on ne verse pas dans le larmoyant. C’est une histoire très simple, intemporelle et touchante.

Père et fils - Planche 2
© Mi Tagawa / MAG Garden

Dès le début, on est plongé en plein dans la tristesse, sentiment renforcé par la sobriété de la scène montrant la disparition de Shiori, maman du petit Shiro et épouse de Torakichi.
Cependant, TAGAWA ne s’appesantit pas sur cela et passe assez vite sur une scène de vie quotidienne entre le père et son fils, où l’on voit déjà les difficultés qu’a Torakichi à s’occuper de Shiro. Le père est partagé entre le calme et la colère, ce qui rend  la scène assez comique puisqu’il passe d’un seul coup de l’un à l’autre, d’autant plus que Shiro lui donne à ce moment-là de la valériane, une plante aux vertus apaisantes !

Pendant tout le reste du tome, on voit que Torakichi est assez bourru, qu’il a du mal à exprimer correctement ce qu’il ressent. Néanmoins, à aucun moment, on ne doute de son amour sincère pour son fils. Il est très maladroit en tant que père, et on comprend la réaction de sa sœur face à certains actes de Torakichi mais on ne se dit jamais qu’il n’aime pas Shiro.

En fait, s’il est aussi maladroit, c’est à cause de son ressenti vis-à-vis de son rôle de père : il ne se sent pas légitime. Du temps où sa femme était encore en vie, il continuait à voyager pour son métier d’apothicaire itinérant, sauf qu’en faisant cela, il n’a quasiment jamais vu Shiro et ce dernier considérait son père comme un étranger. Puis, à cause du chagrin, Torakichi a confié son fils pendant deux années à sa sœur, sans revenir une seule fois voir Shiro…

Néanmoins, on voit clairement que, même si le père s’énerve, il a beaucoup de tendresse pour son fils. Par contre, ce sentiment est souvent contre-balancé par autre chose qui le rend moins évident. Dans le chapitre 2, Shiro fait des cauchemars et se réveille en hurlant. Torakichi va essayer de calmer son fils en lui donnant un remède, mais c’est en premier lieu pour que lui-même puisse dormir et se reposer, car Shiro, lui, est toujours en pleine forme le lendemain.

Père et fils - Planche 1
© Mi Tagawa / MAG Garden

En revanche, au fil du chapitre, le père va réconforter son petit garçon, quand il finit par comprendre pourquoi celui-ci se réveille en pleurs. Shiro a des terreurs nocturnes, car il rêve que son père l’abandonne de nouveau, sans lui prêter un regard. Seul dans ses rêves, le petit garçon qui n’a pas encore quatre ans voit ressurgir ses craintes les plus inconscientes. Ce n’est que plus vrai quand on voit Shiro essayer de raconter des choses à son père mais que celui-ci ne l’écoute pas.

S’il l’avait fait plus tôt, Torakichi aurait vu, comme le lecteur, le respect, l’admiration et l’amour que Shiro lui porte. On le voit très clairement à l’expression d’allégresse qui se dessine sur le visage du petit quand l’un des collègues de son papa lui dit qu’il est aussi curieux et doué avec les plantes médicinales que son père l’était à son âge. Sa joie se voit clairement, et elle ressurgit à la fin quand enfin, il peut le dire à son père, qui voit alors à quel point son fils l’aime.

La joie et l’amour de Shiro sont deux des points forts de la série, car on constate avec aisance que le petit est très naturel et spontané, plein de candeur et de naïveté. Cela le rend très touchant, d’autant plus qu’il ne manque pas d’espièglerie avec son papa qui prend la mouche très vite. Par contre, quand son papa va mal, il fonce le réconforter, lui apporte des plantes médicinales : la souffrance de son père devient la sienne.
Comme le dit Miwa, une jeune fille que Torakichi soigne depuis des années, Shiro est le remède aux blessures du cœur de son père.

Père et fils - Planche 3
© Mi Tagawa / MAG Garden

En plus d’être drôle, le récit et le dessin (il y a deux double-pages sublimes à la fin du volume) parviennent facilement à nous émouvoir, face au drame vécu par les deux parents. On ne peut qu’être ému de voir Shiro mettre des plantes et tenter de soigner les Jizo qu’on trouve le long des routes, car il pense que sa maman se trouve dans chacun d’entre eux, comme le lui avait dit son père afin qu’il ne soit pas trop triste de ne plus la voir.

La dévotion de Shiro est très pure : il veut juste être avec son papa, ne pas le quitter, et fait tout pour se rendre utile. Il déborde de bonne volonté et d’amour, ce dont son père ne prend conscience que petit à petit. D’ailleurs, c’est l’une des clés de la qualité de ce titre : Torakichi n’est pas un père parfait, qui sait tout ce qu’il faut savoir. Au contraire, il s’y prend très mal, mais il fait tout pour s’améliorer et assumer son rôle de père.

La mise en scène est excellente tout au long du titre. TAGAWA sait parfaitement représenter les scènes tristes, drôles, légères, tendres mais aussi les varier intelligemment. C’est savamment dosé, jamais trop ni pas assez. On peut aussi fortement apprécier les petites « parenthèses » faites entre chaque chapitre où l’on en apprend un peu plus sur le passé du père et du fils. De plus, sous la couverture, on trouve des petites histoires de quelques cases très amusantes, qui font une très bonne introduction au titre.

L’édition de Ki-oon, une fois encore, met en valeur le titre, grâce d’abord au travail sur la couverture. Celle-ci a un toucher qui fait penser à un ancien parchemin et se détache de celles auxquelles on a pu être habitué ; les couleurs ressemblent à des aquarelles sont du plus bel effet. Quant à l’intérieur du tome, rien à redire : l’impression est très bonne, le flux de paroles est bien adapté à la lecture et colle très bien au dessin.

Père et fils - Planche 4
© Mi Tagawa / MAG Garden

Ah, vous dirais-je Papa

Graphisme - 74%
Histoire - 77%
Mise en scène - 85%
Originalité - 76%
Edition - 77%
Dans son genre - 78%

78%

Ohana

Père & fils est un beau manga très tendre et émouvant qui donne une petite bouffée de joie (mais aussi de tristesse) qui fait du bien. Comme on attend le retour de Shoko et Shoya, on attend avec impatience celui de Torakichi et Shiro.




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres
Professeur otak' qui adore fouiller en profondeur l'essence des mangas, afin d'en dégager le bon et le moins bon.

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