Publicité


[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

Publicité

Our Summer Holiday

Our Summer Holiday

Our Summer Holiday Éditeur : Delcourt/Tonkam
Titre original : Kami-sama Ga Uso wo Tsuku
Dessin : Kaori OZAKI
Scénario : Kaori OZAKI
Traduction : Patrick HONNORÉ
Prix : 7.99 €
Nombre de pages : 224
Date de parution : 07/06/2017

Natsuru, 11 ans, est la star de son collège et jeune espoir du football. Il se retrouve mis à l’écart le jour où il refuse les chocolats que lui offre la plus jolie fille de l’école. Seul, il fait la connaissance de Rio, une fille de sa classe qui est rejetée par ses camarades à cause de sa très grande taille. Ils vont petit à petit se rapprocher et Rio va alors lui avouer son lourd secret.

Immortal Rain n’avait pas forcément laissé un souvenir impérissable chez tout le monde mais le titre avait le mérite de proposer des personnages intéressants et travaillés, à défaut d’une histoire bien ficelée. Avec Our Summer Holiday paru en juin 2017 chez Delcourt/TonkamKaori OZAKI devrait parvenir à mettre tout le monde d’accord.

Autant le dire dès le début, le lecteur se trouve en présence d’un manga loin d’être conventionnel. Le titre traite d’un sujet particulièrement complexe et qui est loin d’être réjouissant mais parvient à le faire dans une atmosphère jamais réellement plongée dans le pathos. Il y a, dans l’oeuvre d’OZAKI, deux enfants qui souffrent énormément mais pour des raisons presque inversées.
Chez Rio, c’est l’absence d’une figure paternelle qui lui fait mal et ce mensonge dont elle s’est convaincue la ronge en permanence et ne lui permet pas de retrouver une situation stable, d’où sa misère. Les signes visibles ne pardonnant pas, les enfants ne seront pas tendres avec elle à l’école, ce qui viendra l’enfoncer un peu plus.
Pour Natsuru, c’est un peu l’inverse. Sa souffrance, il l’a un peu créée par lui-même. Sa peur panique des filles l’a poussé vers le statut de paria dans sa classe lorsqu’il a mis un vent assez violent à la petite coqueluche de l’école. Cette dernière n’a pas hésité à utilisé son influence pour le mettre au ban et l’isoler au maximum. Son changement de coach de football n’aidera pas l’enfant en perte de repère qui ne saura plus vraiment comment se positionner dans son propre environnement familial.

À chaque fois, c’est la relation parent/enfant qui est au centre du soucis. Si c’est évident pour Rio, c’est un peu plus complexe chez Natsuru. Ce dernier vit très mal sa solitude mais cherche aussi à ne pas gêner le travail de sa mère. Il comprend qu’elle doive faire des choses importantes et possède assez de maturité pour tenter de résoudre ses problèmes par lui-même et ce, même si, au fond, il sait qu’il n’en a pas encore les moyens.

Il ne faut pas non plus négliger la part de naïveté de ces enfants qui n’ont encore pas pu faire l’expérience des horreurs de l’âge adulte. Rio ne s’est pas convaincue que son père était vraiment parti en Alaska parce qu’elle a peur ou qu’elle est désespérée. Ce n’est pas du tout ça, elle croit tout simplement son père parce que, pour elle, il n’a aucune raison de lui mentir. C’est son dernier point de repère dans la vie (avec son grand-père qui ne va pas faire long feu) et même si le lecteur verra facilement le jeu du père, la petite fille n’a pas assez vécu pour le comprendre.

OZAKI n’hésite pas à mettre en scène ses personnages dans des situations particulièrement classiques pour le genre (la gestion du budget, la répartition des tâches ménagères) pour montrer les liens qui se créent entre eux et leur complicité naissante. Il y a quelque chose qui se passe entre Rio et Natsuru qui va aider le jeune garçon à transcender sa peur du genre féminin (sa réaction face à la petite princesse montre une véritable timidité).

Pour ceux qui se demanderaient pourquoi il y a encore un chat dans un manga, la réponse est assez simple même si elle ne plaira pas forcément à tout le monde. Avec la venue de l’animal, la mangaka semble vouloir faire comprendre au lecteur qu’être parent est à la portée de n’importe qui. À leur niveau, les deux enfants (de onze ans chacun, soit dit en passant) vont mieux s’occuper de ce nouveau venu dans leur environnement familial que le père de Rio ne l’a jamais fait.
Même si l’astuce est classique (une petite transposition), elle est utilisée assez intelligemment pour que le lecteur ne se pose aucune question sur sa légitimité. Si on connaît ce genre de situation, on n’a pas vraiment l’impression de lire quelque chose que l’on avait déjà vu. L’histoire de Tôfu reste fraîche et suffisamment en retrait pour ne pas empiéter sur l’histoire principale constituée par le relation Natsuru/Rio.

Cette impression de « facilité » de la responsabilité parentale est accentuée par l’âge des personnages principaux. Que ce soit Rio ou Natsuru, aucun des deux n’a d’expérience et pourtant, que ce soit vis à vis du chat ou du petit frère de Rio, les deux jeunes enfants se comportent comme des parents. Ils élèvent deux êtres pourtant très différents et ne semblent avoir aucun réel souci à le faire. Le fait d’être en vacances aide un peu à la gestion de la situation mais il semblerait que ce qui prime, c’est surtout l’attention portée aux « enfants ».

Ces deux parents d’infortune vont se concentrer sur leur tâche et ne dévieront pas de la ligne qu’ils se sont fixés. En se concentrant sur leur objectif, ils parviendront à un meilleur compromis que le géniteur qui a abandonné lâchement Rio.  Au début, le lecteur doute. Même s’il n’est pas dupe, le lecteur veut croire, un peu comme la petite fille et son frère, que son père est vraiment parti afin de gagner de l’argent pour subvenir à leurs besoins. OZAKI distille d’ailleurs les informations sournoisement et ne donne pas tout d’un coup. Rio va rajouter un petit morceau à sa phrase de manière progressive, ce qui fait qu’elle ne mentira jamais réellement mais ne dira pas vraiment la vérité non plus.

Le trait de la mangaka s’est encore affiné depuis Immortal Rain et on se trouve clairement en présence d’une oeuvre sublime. Les personnages sont fins, les décors font particulièrement vivants et l’utilisation des trames est d’une efficacité redoutable. La dessinatrice est parvenue à obtenir un rendu tout simplement impressionnant à tous les niveaux et le titre vous en mettra plein les mirettes à chaque page, aucun doute là-dessus.

Pour l’édition, passé la déception du titre international (on a de moins en moins le choix de toutes façons), on retrouve quand même un ouvrage de qualité. Les couleurs de la jaquette sont vraiment magnifiques et ressortent super bien à l’impression.
La traduction signée Patrick HONNORÉ est d’une fluidité exemplaire et on note un bel effort d’adaptation du vocabulaire qui, dans certaines situations « adultes » vient faire le contraste en étant particulièrement enfantin. Rien ne semble avoir été laissé au hasard et ce n’est pas le lecteur qui viendra s’en plaindre.

Tout le monde ne peut pas être parent

Graphisme - 88%
Histoire - 80%
Mise en scène - 75%
Originalité - 77%
Edition - 75%
Dans son genre - 86%

80%

Kids

Our Summer Holiday est un titre qui peut être abordé de plusieurs manières et c'est ce qui fait sa grande qualité. Le thème de la relation brisée entre un parent et sa progéniture est traitée de manière sensible et intelligente et avec un trait particulièrement bien maitrisé.




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

Laisser un commentaire

[the_ad id="59920"]