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Orange 3

Orange – Tomes 1~5

Orange – Tomes 1~5 Éditeur : Éditions Akata
Titre original : orange
Dessin : Ichigo TAKANO
Scénario : Ichigo TAKANO
Traduction : Chiharu CHUJO
Prix : 7.95 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 24/03/2016

Un matin, alors qu’elle se rend au lycée, Naho reçoit une drôle de lettre… une lettre du futur ! La jeune femme qu’elle est devenue dix ans plus tard, rongée par de nombreux remords, souhaite aider celle qu’elle était autrefois à ne pas faire les mêmes erreurs qu’elle. Aussi, elle a décrit, dans un long courrier, les évènements qui vont se dérouler dans la vie de Naho lors des prochains mois, lui indiquant même comment elle doit se comporter. Mais Naho, a bien du mal à y croire, à cette histoire… Et de toute façon, elle manque bien trop d’assurance en elle pour suivre certaines directives indiquées dans ce curieux courrier. Pour le moment, la seule chose dont elle est sûre, c’est que Kakeru, le nouvel élève de la classe, ne la laisse pas indifférent…

Cela fait maintenant plusieurs mois que la séparation entre Akata et Delcourt a été actée. En a résulté l’émergence d’un « petit » éditeur qui attendait son premier gros hit. Avec Orange, la maison fondée et gérée dans le Limousin tient un succès mérité tant le titre proposé est excellent.

Pour les fans d’Ichigo TAKANO, l’oeuvre précédente de l’auteur, Dreamin’ Sun, est disponible aux éditions Delcourt. La mangaka avait déjà été repérée par Akata avant sa séparation et avait eu la bonne idée de signer la première oeuvre de l’auteur (sans compter ses recueils de nouvelles). Même si le ton est différent, on retrouve le style toujours très positif de l’auteur.

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orange © Ichigo Takano 2012 / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo

Manga Mag aura tout le temps de vous reparler de Dreamin’ Sun lorsque la série sera terminée en France (à l’heure actuelle, il manque encore trois volumes). Ce qui nous intéresse aujourd’hui… C’est orange !

Le manga de TAKANO est avant tout une histoire de regrets. Peu importe comment est arrivé la lettre que Naho reçoit. Au final, ce qui compte, c’est ce qu’elle représente. Chaque ligne de ce petit journal intime véhicule une petite partie de la peine de l’adulte que Naho est devenue. Chacune des instructions données n’existe que dans un seul but : éviter l’évènement tragique qui a complètement chamboulée la vie de l’héroïne.

L’histoire ne raconte pas comment Naho tombe amoureuse de Kakeru mais plutôt comment Naho (et les autres personnages) peuvent faire en sorte d’éviter ce futur pleins de regrets…  Cependant, à aucun moment Ichigo TAKANO ne cherche à ancrer son manga dans la science-fiction. Pour justifier le caractère surnaturel de la lettre du futur, la mangaka reste très vague et refuse de se laisser embringuer dans les paradoxes temporels.

Pour ce faire, elle mentionne le concept d’univers parallèles. La lettre n’a donc pas été envoyé « du » futur mais « d’un » futur, celui où Kakeru a disparu. Lorsque les personnages en parlent, on se dit que l’auteure a tout simplement choisi la facilité mais plus en avance dans la série, plus on se rend compte que ce choix est loin d’être anodin. En réalité, il vient même renforcer le regret (et dans une certaine mesure cette nostalgie) que l’on retrouve pendant tout le titre.

Les mots de Naho adulte font mention de souvenirs qu’elle se remémore avec peine mais aussi avec une certaine joie. On le sent dans les mots qu’elle utilise, dans les actions qu’elle décrit, dans les conseils qu’elle donnent à sa version passée.

Pour en revenir aux mondes parallèles, la théorie veut que, chaque décision prise pose les bases d’un futur différent. Il y a donc de multiples possibilités mais ça implique aussi que même si Naho ne peut pas changer le futur de celle qui lui a envoyé la lettre. La seule chose qu’elle peut faire, c’est se créer un futur où elle n’aura pas à pleurer la mort d’un être cher ou à vivre avec la déception d’une décision mal prise.

TAKANO ne tourne pourtant pas cette élément scénaristique comme un élément de pathos. Au contraire, elle se focalise sur le positif : le changement qui se produit chez Naho. Savoir ce qui va se passer lui donne un courage qu’elle n’aurait jamais eu sans les précieux conseils de l’adulte qu’elle est devenue.

orange © Ichigo Takano 2012 / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo
orange © Ichigo Takano 2012 / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo

Dans le parcours de Naho, on retrouve l’idée ce sentiment de puissance que l’on retrouve chez la jeunesse. Les adolescents ont encore une marge de progression, des possibilités de développement étonnante. Tout n’est qu’une question de décision. La mangaka, dans un sens, tente de faire comprendre aux jeunes qu’ils ont les clés de leur futur.
Faire des choix n’est pas facile et s’ils font le mauvais, ils devront vivre et assumer les conséquences de leurs actes.

Il y a donc une volonté de sensibiliser les jeunes à l’importance des choix qu’ils font. La fougue ne fait pas tout et parfois, il faut réfléchir avant de faire certaines choses. Même les actions les plus banales peuvent avoir des conséquences dramatiques.

TAKANO ne s’adresse pas qu’aux jeunes filles ou au jeunes garçons. En regardant bien, un titre comme orange, publiée « comme un shôjo » (comprenez : dans un magazine shôjo) au Japon, comportent un bon nombre de valeurs traditionnelles du shônen.
Alors qu’au départ, Naho est toute seule, elle sera très rapidement rejointe par Suwa et son petit groupe. Ils vont tous travailler ensemble dans un seul but : sauver Kakeru. L’entraide, le travail d’équipe n’est pourtant pas très shôjo où souvent, une jeune fille essaye plutôt d’attirer un homme (ou plusieurs) sans aide extérieure.
Chacun des personnages ne vit que pour une chose, un peu comme le héros d’un Dragon Quest qui n’hésite pas à faire don de soi pour atteindre son but ultime. Naho est dans la même optique, seul compte l’objectif et elle est prête à tout donner pour l’atteindre.
Enfin, on retrouve dans l’héroïne cette volonté de ne jamais abandonner, caractéristique du shônen à l’état pur : « Quand on tombe, il faut se relever ! ».

Avec autant de références, il est difficile de ne pas comprendre pourquoi le titre parle aussi bien aux garçons qu’aux filles. C’est là où l’éditeur a été intelligent et ne l’a jamais catégorisé comme shôjo mais comme « M marron » soit, dans leur système, une lecture adolescente et plutôt mixte.

Bien sûr, la mangaka n’oublie pas de développer des aspects de la comédie romantique classique. Après tout, on reste dans l’optique d’une histoire d’amour. Vous retrouverez donc les scènes habituelles comme la fête du sport, le feu d’artifice d’un festival d’été, une rivale en amour qui débarque… Bref, l’auteur a vraiment pensé a tout le monde et même si certaines scènes sont classiques, la narration fait toujours la différence.

De manière générale, le titre est sublime graphiquement. Pour se convaincre du talent de TAKANO, il suffit de regarder les couvertures qui débordent de couleurs et d’expressivité.
Elle possède aussi un talent fou pour les expressions des personnages et peut, par un simple regard, faire comprendre au lecteur l’état dans lequel se trouve ses héros.
On sent aussi un bon travail de documentation sur les décors et l’auteure a du prendre pas mal de clichés de la ville de Matsumo pour les reproduire avec une fidélité qui force le respect.

L’une des plus grosses énigme du manga reste son titre. Ce n’est jamais dit clairement mais il provient probablement du jus d’orange que Kakeru offre à Naho pour la remercier des bento qu’elle lui fait.
Au moment où elle se rend compte qu’elle aurait dû dire clairement à Kakeru ce qu’elle ressentait pour lui (dans le tome 1, à la toute fin du chapitre 3), on peut lire les mots suivants résumant ses pensées : « Le jus d’orange, il était sucré et acide à la fois. Son goût amer, comme le chagrin… »
Le regret, le regret… Encore le regret ! Celui de ne pas avoir pu exprimer ses sentiments, de ne pas avoir empêché quelque chose qui lui avait pourtant été expliqué par la lettre…
Si on se base sur la Naho du futur (celle qui écrit), on pourrait dire que le sucre est le bonheur d’avoir connu Kakeru et que l’acidité représente le destin qui le lui aura pris…  Dans l’optique de la Naho actuelle, le sucre serait encore une fois d’avoir fait la connaissance de Kakeru et l’acidité de savoir que le destin va lui prendre (si elle ne fait rien bien sûr).

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orange © Ichigo Takano 2012 / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo

L’édition d’Akata est tout simplement excellente. Comme d’habitude avec l’éditeur, la qualité est au rendez-vous même si, pour le coup, on a l’impression que l’éditeur a vraiment pris soin de son bébé.
La série est parue au format seinen (donc un peu plus grand que leurs shôjo comme Daisy, Lycéennes à Fukushima ou Double Je) et avec une couverture effet peau de pêche, beaucoup plus agréable que le laminé classique.

Le contraire est rare chez l’éditeur mais la traduction/adaptation est difficilement critiquable. Les dialogues coulent, ce qui permet au lecteur de ne jamais vraiment s’arrêter lors de sa lecture. Les cinq tomes sont tellement légers que l’on peut les enchaîner sans voir le temps passer et sans avoir à s’arrêter pour tenter de comprendre ce qui est dit.

Le bonus qui fait plaisir : l’éditeur a proposé un joli coffret de rangements pour marquer la fin de la série. Contrairement à d’autres éditeurs, Akata a fait les choses bien en donnant le choix aux lecteurs.
Ceux qui avaient commencé la série avec le tome 1 ont pu se procurer un coffret contenant uniquement le tome 5 (pour seulement deux euros de plus que la version classique) et ceux qui le souhaitent peuvent se procurer les 5 tomes directement dans le coffret !
Gros succès pour l’éditeur puisque le tirage initial du tome 5 a été épuisé en une toute petite semaine !

Avec un spin-off dans les cartons, orange est un manga qui n’a pas fini de faire parler de lui. Il est difficile de dire si le titre en avait vraiment besoin tant l’oeuvre est maîtrisée mais si l’auteure choisit intelligemment le thème de ce nouveau titre, on doute de sa capacité à nous décevoir.
Sorti il y a quelques semaines, le film tiré du manga n’a, pour l’instant, pas eu beaucoup d’échos positifs. Il s’est retrouvé au coeur d’une polémique en décembre dernier. L’auteure avait annoncé sur Twitter qu’elle n’irait pas le voir mais avant que des explications puissent être données, elle avait du supprimer son compte. Impossible d’en dire plus pour l’instant, le film n’étant pas sorti en France.
La bonne nouvelle de ces derniers mois, c’est l’annonce d’un animé qui débutera cet été. Alors que le manga est terminé, on ne peut que s’attendre à une adaptation fidèle et, sans nulle doute, mieux gérée que le film. Vu la qualité du manga, on a hâte de voir ce que ça va donner !

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“Le souvenir d'avoir été jeune ne produit que du regret."

Graphisme - 90%
Histoire - 85%
Mise en scène - 87%
Originalité - 84%
Edition - 85%
Dans son genre - 95%

88%

Rouge

Orange est un must have dans toute mangathèque qui se respecte. Plus qu'un simple manga, le titre d'Ichigo TAKANO nous raconte une histoire passionnante avec des personnages réalistes et attachants, le tout servi par un graphisme sublime et un sens de la composition et de la narration tout simplement épatants.




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

2 commentaires

  1. Je pense que le titre « Orange » vient de la couleur du couché de soleil qu’ils regardent ensemble sur la couverture du tome 5.
    Il me semble qu’à la fin du tome, ils parlaient d’une promesse qui consistaient justement à voir ce couché de soleil tous les 5

    • Ours256

      C’est une bonne hypothèse aussi. J’y avais pensé mais je m’étais dit que ça aurait dommage que la signification du titre arrive vraiment à la toute fin ^^. Faudrait vraiment que TAKANO débarque en France qu’on lui demande directement 😀

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