Publicité


Nos Yeux Fermés

Nos Yeux fermés

Nos Yeux fermés Éditeur : Pika Édition
Titre original : Hana ni Tohitama e
Dessin : Akira SASÔ
Scénario : Akira SASÔ
Traduction : Aurélien ESTAGER
Prix : 16 €
Nombre de pages : 270
Date de parution : 12/04/2017

La vie n’est pas tendre avec Chihaya… Et elle le lui rend bien. Le bonheur ? Elle ne connaît pas. Son père alcoolique, sa mère partie, elle enchaîne les petits boulots pour pouvoir joindre les deux bouts. Un jour, son pied heurte accidentellement la canne d’Ichitarô, un non-voyant. À partir de cet instant, ce jeune homme à la joie de vivre communicative va tout faire pour entrer dans la vie de Chihaya et lui faire voir le monde autrement.

Avec sa collection Pika Graphic, l’éditeur peut se permettre de proposer des choses assez différentes et de faire quelques tentatives de oneshot qui n’auraient pas forcément été possibles dans un format normal. Nos Yeux fermés fait probablement partie de ces petits paris de l’éditeur pour toucher un public plus large via son grand format. Une chose est sûre, le titre d’Akira SASÔ s’y prête à la perfection.

Comprenez une chose, Nos Yeux fermés n’est pas un titre militant. L’auteur ne cherche pas activement (et c’est là toute la subtilité) à défendre une cause et à faire passer un message engagé. Ce qu’il cherche à faire, c’est raconter une belle histoire entre deux personnes qui ont eu une vie très différente.

Chihaya est une jeune femme qui en a vu peut-être un peu trop. Avec l’addiction de son père et la disparition de sa mère, la jeune fille n’est pas particulièrement très enthousiaste quand il s’agit de parler de la vie et on comprend facilement pourquoi. Pourtant, elle n’a aucune pensée suicidaire et ne cherche pas vraiment à en finir même si elle avance péniblement dans son quotidien.

Au contraire, Ichitarô est animé d’une joie de vivre qui s’avère communicative puisque tout la zone dans laquelle il vit n’a que son nom à la bouche. Partout où il passe, les gens semblent avoir repris un peu du poil de la bête. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que la plupart des habitants du quartier ne mentionne jamais sans handicap visuel lorsqu’il est question de le décrire ou même de simplement parler de lui.

Dans le monde imaginé par SASÔ, c’est celui qui ne voit rien qui parvient le plus facilement à s’immiscer dans le coeur des gens. C’est probablement pour ça qu’il va être très rapidement attiré par Chiyaha. L’attirance ne pouvant pas être physique, le jeune homme a su remarquer quelque chose de particulier chez la jeune fille. Il a peut-être senti une part d’ombre mais aussi très probablement une volonté de connaître quelque chose d’autre.

Vous l’aurez compris, le mangaka parle de handicap mais parle surtout d’amour. Qu’Ichitarô soit aveugle ne change rien pour Chihaya qui voit en lui une personne bienveillante qui peut lui apporter un bonheur qu’elle n’a encore jamais pu éprouver.
Le handicap passe au second plan et ce qui compte, c’est ce magnétisme entre les deux personnages principaux. De plus en plus, on se rend compte qu’ils ont besoin l’un de l’autre et c’est bien ce qui est le plus intéressant.

Graphiquement, le trait de SASÔ est assez fin mais reste un peu en dessous des standards modernes avec des personnages un peu rondouillards et des cases qui peuvent paraître assez vides (pas parce qu’il n’y a pas de décors mais c’est l’effet d’une faible utilisation des trames).

Pourtant, ses personnages restent très expressifs donc pour le lecteur cible de la collection Pika Graphic, ce style assez épuré passera très bien. Les cases sont d’ailleurs très bien construites avec des lieux qui varient assez pour qu’on ne s’ennuie pas et une bonne gestion de la « vie en arrière plan » (comprenez « les actions qui se passent dans les décors ») qui montre un certain savoir faire.

Pour le découpage, on ne peut pas faire plus classique mais l’auteur joue assez avec la taille de ses cases pour mettre en place sur l’ambiance pour ne pas que le lecteur lui en tienne rigueur. Mention spéciale pour ces double-pages somptueuses où on nous présente le paysage tel qu’Ichitarô se l’imagine, avec tout son optimisme et sa poésie.

Du côté de l’édition, Pika propose son grand format spécifique à la collection Graphic. On notera un papier de très bonne qualité et un ouvrage semi-rigide qui permet une lecture vraiment agréable.
Il n’y a rien à redire sur la traduction, le texte coule avec une fluidité exemplaire et le lecteur ne s’arrêtera pas pour comprendre une phrase mal formée ou à la syntaxe douteuse puisqu’il n’y en a pas !

Les couvertures des titres de cette collection de l’éditeur ont essuyé de nombreuses critiques et elles sont, pour la plupart, assez difficiles à comprendre. Pika a fait le choix de prendre une case ou du moins une illustration intérieure et de la modifier pour proposer des couvertures simples, stylisée et qui ne mentent jamais sur le contenu. Force est de constater que le résultat renforce le côté uniforme de la collection et est loin d’être horrible à l’oeil.

Petit voyage dans l'univers d'un non-voyant

Graphisme - 67%
Histoire - 67%
Mise en scène - 82%
Originalité - 71%
Edition - 80%
Dans son genre - 78%

74%

Blind Spot

Avec Nos Yeux fermés, Akira SASÔ nous propose une belle histoire d'amour qui sensibilise le lecteur en lui faisant découvrir que le quotidien d'un non-voyant n'est pas forcément sombre et que quelqu'un à qui il manque quelque chose peut très facilement surprendre son entourage par grâce à une attitude positive qui force le respect.




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

Laisser un commentaire

[the_ad id="59920"]