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Le Mari de mon frère - Tome 1

Le mari de mon frère – Tome 1

Le mari de mon frère – Tome 1 Éditeur : Éditions Akata
Titre original : Otôto no Otto
Dessin : Gengoroh TAGAME
Scénario : Gengoroh TAGAME
Traduction : Bruno PHAM
Prix : 7.95 €
Nombre de pages : 200
Date de parution : 08/09/2016

Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a pas alors d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses…

Éditeur qui n’hésite pas à proposer des titres qui abordent des sujets complexes, Akata revient en ce début du mois de septembre avec un titre dont le thème est difficile à résumer en un seul mot : Le mari de mon frère de Gengoroh TAGAME, œuvre grand public d’un auteur habitué à mettre en scène l’amour au masculin.

Avant même de commencer à parler du titre, je tiens à rappeler qu’il est bien tout public. Il n’y a absolument aucune scène qui pourrait choquer ou qui nécessiterait l’utilisation de plastique protecteur et un logo géant « -18 » sur la couverture.

On ne gagne pas un prix par hasard. En général, il faut convaincre un jury (plus ou moins grand) pour y arriver. Prix d’excellence du 19e Japan Media Art Festival, le titre de Gengoroh TAGAME n’a pas remporté cette compétition par hasard.

Commençons par le point qui risque de diviser le plus : le trait du mangaka. Les décors sont assez réalistes et plutôt bien dessinés, rien à dire de ce côté là, c’est un travail propre qui est fourni par l’auteur. Les enfants, Kana la première, sont toujours très « ronds » et très mignons et possède ce petit air innocent que l’on retrouve chez la petite Yotsuba de Kiyohiko AZUMA.

La difficulté vient des adultes (et plus particulièrement des hommes) qui, à l’opposé des enfants, sont très « carrés ». De par ses travaux précédents, le dessinateur a fait de ces « armoires à glace » sa marque de fabrique et il n’est pas certain que l’œil de tous les lecteurs parviennent à se faire à ce style très spécial.

Une fois passé l’épreuve du style graphique, on rentre dans le vif du sujet. Yaichi et Kana découvrent Mike, un gaijin (étranger – puisqu’il est d’origine canadienne) et mari du défunt frère de ce dernier. La démarche de l’auteur est particulièrement intéressante puisqu’il va proposer deux visions différentes de l’arrivée d’un élément nouveau dans la vie des deux personnages principaux.

Yaichi, adulte modelé par la société possède déjà de nombreux préjugés sur la question de l’homosexualité. Bizarrement, les origines de Mike n’ont pas l’air de le déranger plus que ça (alors que les étrangers ne sont pas très bien perçus en règle générale au Japon). Cependant, il a beaucoup de mal à concevoir que son beau-frère aime les hommes.
Rapidement, on se rend compte que l’homosexualité lui fait peur et réagit assez mal lorsque Mike le touche ou essaye de se rapprocher alors que ce dernier n’a aucune intention particulière vis à vis de lui. Yaichi se retrouve en territoire inconnu et doit faire face à une façon d’aimer qu’il ne connaît pas. En être humain, il a tout simplement peur de ce qu’il est incapable de comprendre et d’expliquer.
L’arrivée de Mike dans sa vie et l’œil frais de sa fille vont le pousser à s’intéresser à un côté de son frère dont il n’avait jamais vraiment voulu entendre parler. Un dialogue se créé, les relations évoluent au fur et à mesure que ses conceptions changent.

Kana, n’est autre que l’innocence. Sa jeunesse et la naïveté qui l’accompagne lui permettent de ne pas avoir d’idées reçues sur les choses et donc de beaucoup mieux les accepter dans la mesure où elles lui sont expliquées simplement. Curieuse, elle n’hésite pas à bombarder son oncle Mike de dizaines de questions, parfois un peu indiscrète pour l’étiquette japonaise.
On retiendra notamment, au détour d’une conversation, qu’elle n’hésite pas à demander à Mike qui faisait l’homme et qui faisait la femme dans son couple. Plutôt que de paniquer (ce que fait Yaichi) ou de s’offusquer, Mike prendra le temps d’expliquer à la petite fille que puisque le couple est constitué uniquement d’hommes, il y a tout simplement deux maris.

Rien de plus simple à comprendre pour une enfant qui n’a aucun problème à conceptualiser cette relation qui a pourtant l’air de donner tant de mal à Yaichi… En utilisant cette méthode, Gengoroh TAGAME essaye de faire comprendre à son lecteur que ces choses qui peuvent paraître effrayantes quand on ne les connaît pas sont peut-être plus simples qu’elles n’en ont l’air.

Sans pousser ou forcer, le mangaka explique à son lecteur ce qu’est une relation homosexuelle à travers les souvenirs de Mike. Alors que le titre aurait pu laisser penser qu’on nous montre un couple au jour le jour, on se rend très vite compte que ce n’est pas du tout le sujet du manga. C’est plutôt l’évolution de Yaichi vis à vis de l’homosexualité qui va se retrouver au centre du titre.

En ce qui concerne l’édition, le titre possède les mêmes qualités que tous les seinen de l’éditeur. Le format fonctionne toujours aussi bien avec un papier fin mais pas trop et une qualité dans la traduction et adaptation tout simplement remarquable. Bruno PHAM a fait un très bon travail de traduction en retranscrivant efficacement les difficultés que Mike éprouve à parler la langue japonaise mais aussi les expressions infantiles de Kana.

Un homme avec... un homme.

Graphisme - 60%
Histoire - 67%
Mise en scène - 80%
Originalité - 85%
Edition - 70%
Dans son genre - 75%

73%

Musclé(s)

Sans montrer de relation homosexuelle, Le mari de mon frère est un titre parfait pour sensibiliser le lecteur à cette forme d'amour souvent mal interprétée et mal comprise. TAGAME signe un titre intelligent, jamais vulgaire qui, à coup sûr, mérite qu'on s'y intéresse.




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

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