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Souvenirs d'Emanon

Souvenirs d’Emanon

Souvenirs d’Emanon Éditeur : Ki-oon
Titre original : Omoide Emanon
Dessin : Kenji TSURUTA
Scénario : Shinji KAJIO & Kenji TSURUTA
Traduction : Géraldine OUDIN
Prix : 15 €
Nombre de pages : 180
Date de parution : 25/01/2018

1967, dans le sud du Japon. Loin des événements qui agitent le monde, un étudiant prend le chemin du retour après un voyage d’errance. Une longue nuit en ferry s’annonce. Alors qu’il cherche à oublier une énième déception amoureuse en se plongeant dans ses romans de SF, une intrigante jeune femme s’installe à ses côtés. Fumant cigarette sur cigarette, elle a pour unique bagage un sac à dos marqué des initiales “E. N.” Son nom ? Emanon, ou “no name” lu à l’envers… Elle aussi voyage seule et sans but apparent. D’abord peu bavarde, les yeux dans le vague, elle se rapproche du jeune homme, car il lui rappelle un ancien amour… datant de plusieurs siècles ! Au fil de la conversation, elle lui dévoile son secret : sous ses airs d’étudiante, elle cache une âme vieille de trois milliards d’années ! Ses souvenirs remontent au plus profond des âges, avant même l’apparition de l’humanité. Son récit dépasse toutes les histoires de SF. Cette nuit en compagnie d’Emanon va bouleverser à jamais la vision du monde du jeune voyageur…

Après l’excellent L’Île errante, Ki-oon nous fait plaisir en sortant un deuxième titre de Kenji TSURUTA dans la foulée. On continue sur le thème du voyage avec Souvenirs d’Emanon, un manga qui nous plonge dans une histoire intrigante et fascinante à la fois.

Basé sur une histoire de Shinji KAJIO, le récit met en scène deux personnages dont le nom importe peu. Si le jeune garçon n’est jamais nommé, celle qui l’accompagne se présente comme Emanon (No name à l’envers). Cette dernière possède un don assez spécial, sa mémoire se transmet et elle se rappelle de tout depuis même avant l’apparition des hommes.
Cette pointe de science-fiction fait toute l’originalité de l’oeuvre. Ce qui aurait pu être une romance traditionnelle va basculer dans un récit poignant qui

Le postulat de base fait un peu penser à la problématique des gens qui possèdent une mémoire photographique. A-t-on vraiment besoin de se souvenir de tout ? Pour le coup, Emanon aimerait ne pas avoir à porter ce fardeau. Elle apparaît comme blasée et sans réelle envie d’aller plus loin.
Elle possède ce sentiment d’avoir tout vu que l’on retrouve souvent chez les personnages immortels. Ces derniers pensent qu’ils ne pourront plus rien découvrir et qu’ils peuvent prédire tout ce qui va se passer grâce à leur expérience. Emanon, mémoire de l’humanité, passe d’un être à l’autre et apprend au fur et à mesure.

Cependant, elle se rend rapidement compte qu’elle ne peut pas s’attacher. Si ceux avec qui elle crée des liens meurent, elle reste la même. Son existence est assez complexe à définir puisque sa « mémoire » et sa personnalité se transmet de corps en corps. Lorsqu’un hôte arrive à un certain point, sa descendance reprend le flambeau et le corps original perd tout souvenir lié à son don.

Ainsi, même si elle aime ou elle est aimée, le sentiment disparaîtra à un moment. Ce qu’elle peut vivre avec les autres est voué à être éphémère pour ensuite laisser place à une solitude qui ne fait que grandir. Pour s’éviter des souffrances inutiles, Emanon a d’ailleurs décidé de ne plus trop s’attacher pour faire en sorte de ne plus être blessée. Elle se permet toujours des rencontres de passage mais essaye de ne pas aller plus loin.

Au final, le jeune homme n’a pas plus d’importance que ça. Il représente un moment dans la vie d’Emanon, un moment pendant lequel elle aura pu se laisser aller un peu plus qu’à son habitude puisqu’elle a été jusqu’à lui conter sa véritable histoire.

La façon dont l’auteur met en scène le récit est d’autant plus intéressant qu’on se demande du début à la fin si la jeune fille ment ou si elle dit la vérité. Autrement dit, il est difficile de savoir à quel type de récit on à affaire avant d’arriver au bout même si au feeling, on peut voir les affinités pour la science-fiction.

Graphiquement, le trait de TSURUTA est toujours un régal pour les yeux. Si vous aimez le style, vous retrouverez tout ce qui fait le charme du mangaka : un trait fin et bien marqué qui sublime des décors fouillés, des personnages réalistes et des visages expressifs au possible.

Pour poser un rythme efficace, on retrouve donc un découpage en cases assez larges et avec énormément de gros plans. Préparez-vous donc à laisser votre regard dériver sur les planches magnifiques du dessinateur. On se laisse si facilement porter qu’on se rend à peine compte qu’on est arrivé au bout !

L’édition n’a rien absolument rien à envier à celle de L’Île erranteKi-oon continue à proposer des produits de qualité au niveau de la fabrication et ça se ressent à la lecture. Petit bonus ici, il y a pas mal de pages en couleurs pour le plaisir des yeux.    Si on ajoute la très bonne traduction de Géraldine OUDIN (qui semble avoir bien compris la façon de faire de l’auteur), on obtient une oeuvre aboutie du point de vue de l’édition.

Souviens toi l'été dernier...

Graphisme - 87%
Histoire - 82%
Mise en scène - 92%
Originalité - 78%
Édition - 80%
Dans son genre - 88%

85%

Memory

Les Souvenirs d'Emanon fait partie de ces histoires belles et mélancoliques qu'il est difficile de ne pas conseiller. Si vous aimez les ambiances "entre deux mondes" et le trait de l'auteur, vous pouvez faire confiance au savoir faire de l'éditeur pour vous proposer un ouvrage à la hauteur du talent d'un mangaka comme TSURUTA.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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