Publicité

Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / Le Voleur d’Estampes – Tome 1

Publicité

Le voleur d'estampe - Tome 1

Le Voleur d’Estampes – Tome 1

Le Voleur d’Estampes – Tome 1 Éditeur : Glénat
Dessin : Camille MOULIN-DUPRÉ
Scénario : Camille MOULIN-DUPRÉ
Prix : 13.25 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 13/01/2016

Japon, fin du XIXe siècle. Dans une société en crise, le Voleur mène une double vie. Le jour, il œuvre dans le restaurant portuaire de son père. La nuit, il dévalise la colline aux palais. Ce qui le guide : le frisson de l’aventure, la sensation de liberté, le sentiment que le monde lui appartient. Jusqu’au jour où il cambriole le gouverneur. Jusqu’au jour où sa fille découvre son visage. Entre l’héritière, promise à un destin qu’elle refuse, et le Voleur, piqué dans son orgueil, se noue alors un étrange chassé-croisé…

En voilà un livre qui a de quoi surprendre ! Imaginez un instant une bande-dessinée mettant en scène la Joconde. Elle est tranquillement là, à attendre les bras croisés et l’instant d’après, la voici qui arpente les rues de Florence, faisant son marché avant de s’installer sous un arbre pour admirer le paysage. Visualisez maintenant la Grande Vague de Kanagawa du célèbre peintre HOKUSAI. Nous la connaissons tous. Elle se dresse majestueusement sur la gauche, dominant des pêcheurs dans leurs barques avec le Mont Fuji à l’horizon. La voilà qui s’abat maintenant sur les personnages qui tentent alors de garder la tête hors de l’eau. On pourrait en faire un film d’animation ! Imaginez ce que cela donnerait…

C’est exactement ce que fait ici Camille MOULIN-DUPRÉ. Le but était de proposer un « trait japonais » et non pas quelque chose qui soit « d’inspiration japonaise » (ses propres mots). Peut-être est-ce sur cette marche-ci que d’autres auteurs français ont trébuché ? Essayer de comprendre la sensibilité japonaise plutôt que de faire de la bande-dessinée à la japonaise avec notre sensibilité occidentale. Bien sûr ! Quand on fait des sushis, on les fait à la japonaise, on ne met pas du cassoulet sur une boulette de riz en espérant que ça ne se casse pas la figure !

Le voleur d'estampes - double page
LE VOLEUR D’ESTAMPES © 2016 Camille Moulin-Dupré / Éditions Glénat

Quand on ouvre ce livre, on sait immédiatement de quoi il s’agit. Le style est maîtrisé à la perfection et il est modernisé juste ce qu’il faut pour que ce soit agréable à lire. Modernisé car réalisé entièrement sous Photoshop. Cela a d’ailleurs le défaut de faire des dégradés (souvent utilisés ici dans les fonds des planches, en tant qu’arrière-plans) assez froids car trop réguliers, trop parfaits.

En dehors de cela, les perspectives, les postures et les décors nous plongent sans difficulté dans cette ambiance de conte médiéval au doux parfum de fleur de cerisier. On a l’impression d’avoir en main un parchemin dont l’histoire prend vie entre nos mains. Il s’anime presque et l’on a l’impression de regarder un film d’animation ou la cinématique d’un jeu tant les cases s’enchaînent avec fluidité. Il n’y a pas à dire, le défi est relevé de ce côté-là. Si l’ambiance du Voleur d’estampe est aussi réussie, c’est tout simplement parce que l’auteur maîtrise parfaitement les codes de ce style si particulier.

Pour ce qui est de l’histoire, elle n’a malheureusement rien d’exceptionnel même si elle colle assez bien à ce que l’on pourrait attendre d’un récit prenant place à cette époque. Le héros, jeune serveur dans le restaurant familial, trouve sa vie ennuyeuse et recherche le grand frisson. C’est à la tombée de la nuit qu’il va le trouver. Il endosse alors le rôle du Voleur et il s’aventure dans les maisons des riches de la ville pour y dérober leurs trésors.

Il devient le héros des habitants plus modestes même si ses intérêts à lui sont bien plus personnels. Un soir, tout va changer pour lui : la fille du gouverneur va voir son visage. Elle qui se sentait prisonnière de sa vie de privilège sera intrigué par ce personnage aventureux. Elle ne trouve d’échappatoire que dans l’opium dans lequel elle se laisse aller à ses visions chimériques. Elle espère désormais que le Voleur viendra l’emporter loin de cette vie à laquelle elle ne trouve aucun intérêt.

Le voleur d'estampes - double page
LE VOLEUR D’ESTAMPES © 2016 Camille Moulin-Dupré / Éditions Glénat

L’histoire, assez simple, a un côté vaguement shakespearien mais ce qui accroche le plus le lecteur, c’est indéniablement l’ambiance globale du titre : les divers personnages d’arrière-plan (les artisans principalement ou même les proches du Gouverneur), les rues bourrées d’échoppes diverses et variées… Y’a pas de problème, on y est ! Le problème, c’est que le récit évoluant très vite, on n’y passe que peu de temps et au final, impossible de trouver beaucoup de personnages vraiment intéressants. C’est dommage car une histoire plus fouillée ajoutée à l’originalité de titre auraient donné une association de qualité.

En ce qui concerne la qualité de l’ouvrage, on trouve l’un des titres les plus réussis de Glénat de ces derniers mois. Pour un tel titre (comprenez « à un prix aussi élevé »), l’éditeur se devait de proposer un grand format mais surtout un papier irréprochable et des noirs profonds afin de bien rendre les contrastes et la profondeur.

Pari (plus ou moins) réussi puisque l’on se trouve en présence d’une plus épais que d’habitude mais aussi un format un peu plus grand afin de permettre aux lecteurs d’apprécier les planches sublimes de Camille MOULIN-DUPRÉ. Après, certains trouveront le livre encore un peu souple, de quoi donner à Glénat de quoi réfléchir sur la politique à adopter vis à vis de ses prochaines sorties.

Feuilletez des milliers de bandes dessinées gratuitement sur Sequencity

Quand j'aurai cent-dix ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie.

Graphisme - 70%
Histoire - 45%
Mise en scène - 70%
Originalité - 75%
Edition - 72%
Dans son genre - 60%

65%

Ninja

Plus qu'un global manga, Le Voleur d'estampes est un hommage à l'art japonais ainsi qu'aux histoires du Japon médiéval. La performance graphique est impressionnante, mais l'histoire aurait gagné à approfondir ses personnages.




A propos de Robot-M

Robot-M
Il a tellement été chamboulé lorsqu'il est tombé sur Akira un jour en médiathèque, qu'il a décidé d'y travailler. C'est aujourd'hui un médiathécaire herbivore spécialisé en jeux vidéo et dévoreur de mangas.

Laisser un commentaire

banner